Nous obtenons ce que nous demandons (2)

La foule s’était amassée et demandait des miracles. Et globalement un miracle était de voir le maître faire apparaitre des bonbons, ou sortir des pierres de sa bouche. Ce qui me renvoya aussitôt à ma propre demande en matière de miracle.

Quel miracle attendais-je vraiment ? J’en fis l’inventaire rapidement et je ne vis que des mirages qui s’évanouissaient au fur et à mesure où je me concentrais.

Quelque chose qui sort de l’ordinaire voilà ce qui est exigé. Quelque chose que nous avons envie de nommer l’extraordinaire. Nous formulons cette demande d’extraordinaire mais nous ignorons tout de l’ordinaire comme de l’extraordinaire. Nous n’avons à la bouche, dans nos pensées que cette demande vide de sens. Une demande qui tourne en elle-même comme un programme informatique, un de ces virus qui vérole tout notre esprit.

Puis une fois le grand spectacle achevé le maitre alla s’asseoir à l’ombre d’un grand arbre. La foule se dispersa et je restais seul au milieu de la place. Je marchais vers le vieil homme et m’asseyais près de lui.

Je lui fis part de mon dégout soudain pour les miracles et il me répondit

— Nous obtenons toujours ce que nous demandons.

Cette phrase me parut aussi absurde que tout ce que j’avais vu depuis le matin et un peu vexé je me relevais pour partir vers le lac. Quelque chose me gênait cependant et je ne parvenais pas à trouver la paix comme je l’avais espérer. Quelque chose qui ne cessait de se mettre en travers de mes espoirs de paix. Je demandais la paix mais je n’avais pas non plus la moindre idée de ce qu’elle pouvait être vraiment. Je voulais seulement que quelque chose se taise en moi et me fiche la paix. Ce qui était aussi une demande, celle de ne plus être dérangé. Je demandais de parvenir à un degré d’équanimité tel que rien ici sur la terre ne pourrait jamais plus me déranger.

Et en même temps je ne cessais de formuler des demandes parallèles. Comme par exemple étancher ma curiosité, visiter telle ou telle ville, apprendre cette position de yoga, caresser les cheveux longs des femmes qui venaient laver le linge au bord du lac.

Je demandais la paix tout en ne cessant de provoquer en moi toute une somme d’agitations. Je n’étais que confusion.

Le lendemain la même scène se déroula. Le maitre extirpa des bonbons et des pierres de sa bouche il y eu des oh et des ah et des applaudissements, des crises d’hystérie puis exactement de la même façon le calme revint sur la place tandis que le vieux alla s’asseoir exactement à la même place sous son arbre.

Je m’approchais à nouveau et m’asseyais, mais sans rien dire cette fois, j’étais fatigué car je n’avais pas dormi de la nuit.

— Que veux-tu me demanda le vieil homme soudain après quelques minutes et je crus d’abord qu’il pensait que je voulais lui demander quelque chose.

— Juste me reposer à l’ombre avec vous.

— Non, que veux-tu vraiment ? me dit-il

Et je mis un certain temps à assimiler cette question car j’eus soudain l’intuition qu’il me parlait de tout autre chose, une chose qui jusque là m’était inconnue. Je me souviens comment le sol s’ouvrit sous mes fesses à cet instant où je me répétais la question qu’il m’avait posé de sa voix calme en anglais.

— Que veux tu vraiment ? Elle était comme un koan nippon que l’on vous pose à l’entrée de l’oreille et qui peu à peu fait son chemin vers la cervelle pour la ruiner totalement afin que votre attention se dissipe et fonde vers le cœur.

A ce moment là j’éclatais en sanglots car je m’aperçus que je ne savais absolument plus ce que je voulais. Tout se dissipait à mesure où je tentais de m’y accrocher. Je ne voyais plus que le vide, un vide effrayant et les seuls mots qui sortirent alors de ma bouche furent

je ne sais pas ce que je veux, je crois que je ne veux rien.

— Alors tu auras ce rien, me dit encore le vieil homme dans un soupir. Puis cette fois ce fut lui qui se leva et je le vis s’éloigner pour pénétrer dans la grande bâtisse où il demeurait.

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