L’épaisseur

Dans la maison on se sent à l’abri du froid même si physiquement on sent encore le froid, psychologiquement, c’est autre chose. Le fait d’être rassuré par les murs sans doute même si ceux-ci sont en carton. Rassuré par cette épaisseur que nous rêvons, que nous imaginons nous protéger de l’hostilité extérieure.

Mais la violence est toujours là, ce que nous nommons la violence et qui n’est au final qu’une énergie qui ne trouve pas d’issue. Une énergie que nous prenons soin d’emprisonner dans les faux-semblants, dans l’épaisseur du paraitre permanent et ce vis à vis des autres comme de nous-mêmes.

Quand je vois ma gueule dans la glace je détourne le regard. Je m’appuie sur des choses simples, le savon , le rasoir, le robinet sous lequel je tend la main pour tester la température de l’eau. Je m’enduis rapidement le visage de savon à barbe. Je ne vois plus ma gueule, mais le regard est là toujours, il me toise. Et je vois ce gamin toujours qui dit sauve moi sauve nous qui me rappelle une promesse que je ne tiens pas. Que je ne peux pas tenir pour qu’il devienne un homme justement. C’est ce que je me dis comme probablement mon père s’est dit la même chose, comme son père à lui et ainsi de suite.

Nous ne pouvons tenir les promesses faites à nos enfants intérieurs. Et tout va bien ainsi je crois. C’est une loi universelle, on ne peut pas aller contre cette loi.

Car la maturité nait avec la trahison, avec l’échec, avec la perte surtout. Il faut souvent traverser les épaisseurs de nos promesses, de nos mensonges pour saisir à quel point ces deux mots sont synonymes.

Bien sur il y a parfois des exceptions. Mais elles sont si rares. N’est-ce pas du temps perdu que de s’accrocher à cette idée que nous sommes rares ? Que nous sommes uniques ? Que nous sommes plus authentique ou sincère que les autres ?

C’est une perte de temps bien sur, une pure illusion à laquelle nous nous accrochons avant de découvrir le gouffre dans lequel déjà une de nos jambes pend.

Impossible à ce moment là de s’accrocher à la peur du vertige. Il faut vivre voilà tout. Il faut vivre sans plus se poser la question du comment et du pourquoi.

Il faut rassembler tout ce qui nous reste d’énergie, peu importe les sobriquets qu’on lui donnera , que les autres surtout lui donneront.

Personne d’autre que toi ne peut marcher dans tes chaussures. Surtout lorsqu’elles sont totalement dépenaillées, quasiment fichues, béantes sur le devant comme une bouche de tête de mort.

Personne d’autre que toi ne peux comprendre pourquoi à un moment donné tu préféreras marcher nu pied plutôt qu’à continuer d’avancer avec de telles godasses, qui du reste ne remplissent plus aucune des fonctions qu’on attendrait d’une chaussure.

Il faut se libérer à un moment donné de l’épaisseur rassurante, purement imaginaire aussi, de la semelle de ces godasses qui baillent. Leur dire bye bye.

Et avancer, avancer et vivre comme un animal, avec l’intelligence que seuls possèdent les animaux sauvages.

L’épaisseur des mensonges humains est semblable à l’épaisseur de la jungle. La faim et la soif seuls peuvent aiguiser le regard en quête du festin. Tout le reste n’est que billevesée, peur et illusions.

Vouloir absolument donner un sens à la vie, à l’Energie, pour traverser l’épaisseur, un sens en pensée serait la tentative la plus vaine qui soit.

Car l’épaisseur provient de la pensée toute entière.

L’épaisseur est la pensée.

Revenir au sens, à la question du sens ne peut pas s’effectuer sans tomber sur l’homonymie.

Le sens et les sens l’essence que l’on enflamme avec une allumette et qui ruine la maison toute entière.

2 réflexions sur “L’épaisseur

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