Fatalité

C’est la fatalité, comme elle s’éprouve au plus profond de chacun de nous qui gène. Nous faisons semblant de vouloir passer outre mais lorsqu’elle nous rattrape, ou que nous nous laissons rattraper par celle-ci nous nous apercevons alors que tout ce que nous avons tenté pour parvenir à l’oublier ne sert qu’à vérifier plus intensément encore sa présence.

Comme cette inaptitude à vivre en commun des choses communes, simples, dit-on. Comme cette résistance perpétuelle vis à vis de cette simplicité qui nous revient comme un boomerang à cause ou grâce à cette sensation vaguement désagréable du fatal.

Ce poison en nous qui toujours nous chuchote que les plus belles choses ne durent pas. Qu’elles s’achèveront comme tout s’achève. Comme tout doit à un moment ou l’autre s’achever. Comme nous allons irrémédiablement nous achever nous-mêmes. Quand ? on ne le sait pas mais la certitude plane.

La fatalité est cette épée de Damoclès sous laquelle nous nous agitons en faisant semblant de ne pas nous en souvenir.

J’ai toujours été contre. Obstinément contre. A un point tel que le grotesque en fait éclater l’évidence.

Je me souviens encore de ces périodes insouciantes où tout était possible. Ou je parvenais à étouffer, à bâillonner la fatalité en la stupéfiant par mes pirouettes, mes saltos, mes clowneries. Cette vieille histoire de Shahrazade et le sultan sans doute m’aura inspiré la résistance et la révolte.

Cette histoire ne s’interrompt jamais. C’est notre monologue intérieur. Pour ne pas se défénestrer, se pendre, s’immoler. Pour ne pas fomenter de nouvelles guerres dans lesquelles l’humanité reviendra à sa sauvagerie première, nous nous racontons ces histoires incessantes, elles ne sont probablement inventées que pour cette raison. Pour tenir à distance une fatalité que tout le monde ressent, ce trou béant.

Fatalité de la violence et du sacré la nimbant.

Pour faire face à tout cela, l’institutrice ou l’instituteur, l’école. Et le peu de moyens qu’on y accorde. Si on ne connaissait pas la musique, on pourrait se révolter, si se révolter servait à quoi que ce soit, si l’essence de la révolte n’était pas déjà établie comme une donnée du plan.

Je veux dire cette exploitation indécente de l’autre rapporte tellement d’avantages, d’intérêts, qu’il vaut toujours mieux tenir en brandissant la fatalité, la crainte, plutôt que d’enseigner vraiment les raisons profondes de la violence. Cette violence qu’un petit nombre ne se gène pas de déployer sans vergogne pour asservir tous les autres.

Son visage parait changé. Elle ne se montre plus autant en pleine lumière, elle est logée dans de hautes tours, dans les quartiers d’affaires, dans les coulisses de boudoirs proches des gouvernants. Elle ricane de l’ingénuité générale et fait fi de toutes les oppositions tellement naïves qui se dressent face à elle.

La violence contre la poésie ça ne parait pas sérieux, pas de force égale.

Et pourtant. La fatalité pourrait un jour avoir envie d’air frais, ou bien d’aller encore plus loin dans la partie qu’elle joue avoir un meilleur rôle dans le livret de l’évolution.

La fatalité poétesse imaginez un peu cela. On sera tous mal barrés assurément car la poésie ne supporte aucun à peu près. Je veux dire la vraie.

Une fatalité de la justesse alors ? Et où trouver les institutrices, les instituteurs ? On est en droit de se dire chez les poètes, et bien non pas si sur. Rappelez vous que les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés.

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.