Cette sale petite histoire

Les deux poêles à fond dans l’atelier, je fume une cigarette pour m’arrêter. Je viens de faire le fond de deux toiles de format 46×55 cm avec une grosse brosse de peintre en bâtiment. Les couleurs font joli…

Ça m’énerve que ça ne soit que joli. Je pourrais me cogner la tête contre le mur. Mais non je fume ma cigarette, j’attends un peu, j’essaie de prendre du recul, du recul par rapport à cette sale petite histoire que je ne cesse de me raconter.

Vous la connaissez sûrement, elle est commune, d’un banal à pleurer, c’est celle de l’homme qui rentre chez lui et qui découvre que tout a changé. Les meubles ont disparu, les murs sont repeints, personne n’est là pour le saluer. Il n’y a plus que cette étrangeté qu’on appelle le vide.

Et cette sale petite histoire pour essayer de se réchauffer.

L’histoire d’un homme qui a tout raté et qui ne cesse de le regretter.

Et puis il y a aussi tous ces vieux rêves qu’il n’atteindra jamais, c’est évident…il ne peut plus se leurrer. Et cette histoire il se l’est tellement rabâchée qu’il est devenu le personnage principal de celle-ci, une sorte de anti héros.

Il fait très froid malgré les poêles à fond. Il faut que je me dépêche avant d’avoir les doigts trop gourds.

La peur du froid est terrible… on a déjà froid avant d’avoir froid. On pourrait se raisonner, mais non justement ce n’est pas l’intérêt. Il y a toujours un intérêt à tout ce que l’on pense ou fait.

Un petit animal, type rongeur, mulot, rat ou hamster ne cesse de quémander…. Mets le poêle à fond et raconte, raconte encore la sale petite histoire pendant que je plante mes crocs dans ta faiblesse inventée elle aussi à cette fin.

Quelle horreur ! je gueule en éteignant ma cigarette, elle est où cette putain de bestiole et me voici au centre d’une pièce vide une tapette à la main, un couteau entre les dents… bonjour le tableau!

—Tu devrais être plutôt content me dit sa petite voix soudain

— je suis à deux doigts de tuer quelqu’un je réplique, répète un peu pour voir

—arrête de te plaindre, tu n’utilises pas les bons mots pour raconter ton histoire, change en les termes et tu verras. Tiens un petit indice, ce vide dont tu as peur et que tu désires en même temps appelle le « espace » et maintenant regarde… je veux de l’espace et je me plains soudain d’en avoir ….est-ce que ça ne change pas tout ?

La petite histoire à toussé, puis elle s’est mise à dérayer…je me suis retrouvé entouré par tous les saints de l’évangile et là une autre voix, une belle voix disait quelque chose sur le royaume des cieux et sur le paradis.

Et là je me suis vu de haut, j’étais collé à mon plafond, il faisait bon chaud. J’ai vu que ma calvitie ne s’était pas arrangée puis je me suis mis à rigoler tout seul comme un idiot en voyant les débuts de mes deux tableaux…c’était du ciel pas de doute, c’était de l’espace…c’était ce que me cachait depuis toujours cette sale petite histoire.

C’est là que j’ai dégringolé d’en haut pour me retrouver ici séant tout cabossé mais joyeux et je me suis dit qu’il fallait vite le raconter pour faire un peu rire les gens, au beau milieu du froid, au beau milieu de l’hiver.

Fond à l’huile

5 réflexions sur “Cette sale petite histoire

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.