Les filles

Je ne dirais plus comme tant d’autres que je n’ai jamais rien compris aux filles. Il y a un moment dans la vie où il convient de fuir les troupeaux. Non, les filles et moi c’est une autre histoire je crois, nous avons toujours été au diapason, on s’est toujours compris 5 sur 5 et je dis cela avec un manque total de prétention.

Déjà, draguer m’a toujours fatigué rien que d’y penser. Quand je voyais tous ces petits coqs dans la cour de récré faire le pitre et vous, battant des mains, encore encore, j’ai vite repéré les premiers symptômes de la nausée.

Je m’éloignais toujours pour ne plus regarder. Jamais aimé les corridas, les costards à paillettes et les os dans le nez…tout ce cinéma révulsant, la rumba des séductions.

J’attendais ma princesse charmante, celle capable de conserver son sang-froid, de ne pas baisser culotte pour une poignée de bonbons. Charmante de n’avoir aucun des charmes convenus surtout. Ordinaire à tomber. Charmante comme l’éveil et le crissement de la craie sur le tableau ou le goût des prunelles.

Plusieurs fois je t’ai rencontrée, tu es toujours venue à moi sans que ne fasse le moindre effort sauf celui de regarder, de percer à jour les portes blindées, les murailles.

Plusieurs fois nous avons marché de nuit dans les chemins, nous sommes enlacés dans les hautes herbes et dans les foins. Ton odeur je m’en souviens.

La confusion des sentiments nous l’avons lu front contre front, puis en riant

—Pauvre Zweig ! avons nous hurlé en chœur dans le petit matin blanc

Nous nous sommes pincés très fort peu de temps après pour être sûrs.

Sûrs enfin, sûrs que toute cette faiblesse était bel et bien notre seule et unique force. Que nos lâchetés étaient nos seuls faits d’armes honorables, réellement.

Nous n’avions pas besoin d’ersatz. Pas de jupe ni de pantalon pour nous repérer dans le brouillard. Et nous parlions de choses si simples comme du goût du pain, le blanc parfois, mais plus souvent du noir.

On se disait tout en silence, sans préface ni épilogue. Un seul regard et puis voilà c’est tout.

Sans imagination.

Comme des animaux. Sans la terreur des concepts qui reste accrochée au porte-manteaux. Sans tricherie inutile. Sans sincérité non plus.

C’était tout à fait au-delà t’en souviens-tu ?

De temps à autre nous jouions à la dînette. Tes petits plats bourrés de gravier, de sable et de cailloux que je goûtais non sans omettre de te baiser les doigts, de déposer comme il le faut, théâtral,la serviette sur les genoux…

—Quel admirable cordon bleu ma chère ! Serait-ce abuser de réclamer du rabiot ?

Oh c’est si bon d’entendre à nouveau ce petit grelot, ce ruisseau léger des rires.

Je ne me souviens plus de la façon dont les choses se sont produites…vous alliez à gauche et moi à droite, à moins que ce ne fut le contraire…

Oh les filles oh les filles…d’un coup vous étiez parties ou bien moi je ne sais plus.

Tout à coup je me suis retrouvé au Montana et le juke box c’est mis à chanter « femme avec toi » une belle idée étasunienne dite d’une voix bleue en français , j’ai du craquer à peu près à ce moment là.

Je suis devenu aussi con, sinon plus, que tous ces coqs que je détestais autrefois. J’ai découvert tout un monde de maisons closes, de femmes sans joie, d’entremetteuses.

Sous leurs parfums trop capiteux j’ai cherché en vain, il n’y avait pas le tien mais celui de la mort, avant-coureur de mes plus profonds anéantissements.

3 réflexions sur “Les filles

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