La merveilleuse invention du bouton pause.

J’en étais au troisième Jack Daniel et ça ne passait toujours pas. Le genre de colère que l’on rumine durant des jours et des jours sans relâche. A croire qu’on éprouve une trouille terrible de rester sans.

— Pas beaucoup de monde ce soir me dit Eva qui était là depuis le début de la soirée. T’as pas l’air dans ton assiette ajoute t’elle.

— Oh rien de grave que cet excellent 12 ans d’âge ne puisse amortir, juste une énième dispute avec la femme de ma vie, je dis.

— tu devrais essayer le bouton « pause » me lance Eve en clignant d’un œil.

Je l’aime bien Eve, c’est une ancienne journaliste spécialisée dans l’art content pour rien. On se croise régulièrement au Montana. Elle y vient seule et repart parfois avec un petit jeune ou l’un des nombreux jazzmen qui viennent s’exhiber là. Elle ne dit pas trop de connerie à la minute, et cerise sur la gâteau, elle apprécie le whisky elle aussi, ce qui d’ailleurs nous a permis de nous adresser la parole pour la première fois, une première fois qui remonte à loin… je me demande si j’étais déjà au trente-sixième dessous avec la femme de ma vie à cette époque là…

On s’est regardés, fameuse idée, merveilleuse idée le bouton pause. C’est vrai que c’est un truc auquel je n’avais jamais pensé.

— Normal tu as la caboche toujours encombrée… se moque Eve. Elle me regarde, je la regarde

— Non on est amis on ne va pas gâcher ça je dis.

— Bien sur qu’on est amis elle dit. Et je vois son regard mélancolique dériver vers son verre puis revenir vers le mien, vide. On remet ça aller c’est ma tournée elle dit.

Je ne me souviens plus vraiment de la suite, à vrai dire certaines absences dues au taux d’alcoolémie dans le sang m’ont toujours intriguées. Comme par exemple le simple fait de me retrouver après une nuit de beuveries dans mon lit au matin. Comme s’il existait une sorte de pilote automatique, une conscience en dessous de la conscience usuelle des choses des évènements et des êtres.

Le clitoris d’Eve était phénoménal. A un moment je l’ai regardée dans le blanc des yeux parce que je pensais m’être fait alpagué par un travelo. Mais non c’était une vraie femme me suis-je convaincu de penser.

— On est amis elle dit encore, je peux l’entendre 5 sur 5 tandis que je tripotais son engin comme on appuie sur le bouton pause d’un magnéto. Avance rapide, pause, recul sidéral.

Après je ne sais plus trop, j’ai oublié, ça doit certainement être imprimé quelque part encore mais j’en ai perdu l’accès.

Et puis aussi j’étais déjà bien installé dans mon cinéma habituel il faut dire. Le genre de spectacle que l’on doit subir plus ou moins passivement parce que quelque chose nous attire dans l’obsession et la répétition. Et aussi parce que l’on espère inlassablement une happy end tout en la redoutant.

Sur ce genre d’installation le bouton pause est inaccessible, on ne le trouve nulle part autour du grand écran. La seule solution serait de se lever et de déranger tous les gens assis dans le noir en se barrant. Tout à fait le genre de précaution à la con à laquelle aussi on s’accroche pour tenter de conserver un peu de dignité, ou une identité qu’on ne veut jamais lâcher.

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