La dictature du je

Il nous faut des caricatures pour repousser à l’extérieur de nous-mêmes ce que nous ne comprenons pas ou comprenons trop bien. C’est toujours plus simple, facile, et ça redore le blason, cerise sur le gâteau.

Dis moi qui tu détestes je te dirai qui tu es.

Mais à la vérité il n’y a jamais que cette part de nous-mêmes toujours, ce manque de dialogue avec l’ombre qui nous parait insupportable, que nous nous acharnons à rejeter vers l’extérieur pour taper plus aisément dessus. Avec des mots, avec des armes, peu importe. L’essentiel étant de tenter de tuer quelque chose qui nous entrave ou nous dérange.

La dictature du je, elle est partout. Partout où le regard porte je ne cesse plus de la voir. Aussi bien en moi-même qu’à l’extérieur.

Il n’y a plus d’intermédiaire, plus de temporisation, plus d’institution.

Tout s’est effondré pour laisser la place à la réciprocité des violences.

— Pourquoi tu me regardes tête de nœud ? tu veux ma photo ? Bouge ou je t’en colle une.

Voilà en gros où nous en sommes parvenus.

Et ceux qui utilisent le je comme fanal à la paix ne sont guère mieux.

— Ma vérité lave plus blanc que la tienne.

Et si tu tiens la porte pour laisser passer l’autre c’est que tu as forcément un intérêt dissimulé, une main au cul à placer, ou pire va savoir.

Comment s’en sortir ? Il faudrait pouvoir reformater le disque dur. Balancer toute la mémoire morte aux orties. Réduire aussi la puissance de la mémoire vive. engranger toutes ces informations, tout ce savoir n’est qu’un leurre de plus.

S’appauvrir de toutes ces choses qui ne servent à rien sinon à s’entuber les uns les autres et surtout soi-même.

Aller marcher dans les forets, oublier tout ce tohu bohu incessant.

Parfois j’en suis là. Plus personne ne parle ma langue. Je suis certainement devenu fou sans même m’en apercevoir.

Un étranger.

Mais que font les étrangers vraiment lorsqu’ils débarquent ici en France ? Dans un pays quelconque ?

Ils étudient la façon de vivre des autochtones, ils ne tergiversent pas, ils s’adaptent. Trouver du travail, nourrir la famille, espérer un avenir. C’est d’une simplicité désarmante.

Alors qu’être étranger dans son propre pays, dans sa famille, quelle solution ?

Souvent moi aussi je me suis dit : il faut partir.

Mais ça ne fonctionne pas. A terme les chiens ne font jamais les chats.

Accepter les choses telles qu’elles sont ? Il faut des nerfs, un sacré sang-froid.

Faire avec.

Cela signifie que le familier n’aboutit à rien. Qu’il faut s’en méfier comme de la peste. Ce familier là.

Ce familier qui vous colle une image pour longtemps. Cette dictature du familier qui renforce la dictature de tous les je.

Il faut se méfier en permanence c’est éreintant.

Ou alors on peut aussi s’en foutre, prévoir de parvenir tôt ou tard au statut de martyr, abandonner ses chaussures sur le bord de la route et s’entrainer à marcher sur l’eau.

Messie, enfin, on parvient à plus grand je que le précédent. Qu’est ce qui différencie alors les deux ?

Y a t’il des différences entre Poutine, Hitler, Mussolini et l’enculé qui tient le petit bar du coin et qui exploite ses serveuses ?

Est-ce que Jésus du plus profond de son joli Je m’expliquera toutes ces conneries ?

Il parle de ses brebis égarées mais que fait-on aux brebis ? Que leur fait-on vraiment ?

On les tond, on les égorge et on les bouffe, voilà la réalité de ce monde.

On peut placer au-dessus de tous les ogres et ogresses un ogre invisible, divin, la cible c’est toujours la putain de brebis.

C’est à dire moi évidemment, bien sur.

3 réflexions sur “La dictature du je

  1. Je me disais bien que je serai un jour bouffer en brochette. Même pas peur, hors du troupeau je suis et resterai 🙂 J’aime l’idée de balancer la mémoire morte aux orties.Est-ce une question de mémoire, ou d’éducation? Les têtes bien faites, ne sont guère plus légion:)

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