L’alcool ou la religion

—accepte que dans ce combat tu ne gagneras pas, accepte-le une bonne fois pour toutes et pénètre dans ta faiblesse jusqu’au trognon pour attendre que la foi ou la grâce te tombe dessus…

—comme la misère sur le pauvre peuple, j’ai répliqué.

Ça n’a pas plu du tout, c’est comme ça que je me suis fait viré de AAA, l’association pour lutter contre la dépendance à l’alcoolisme.

En sortant je me serais flanqué des baffes. Comment avais-je pu…? Ce type ne cherchait probablement qu’à me faire prendre conscience d’une lutte inégale… mais la foi où la grâce comme remède, ça dépassait les bornes. Je n’étais pas en mesure de l’accepter et encore moins de le comprendre.

J’ai continué encore quelques mois à me poivrer le nez avec tout ce qui me tombait dans le godet. Et à écrire sur mon nombril comme un beau dératé. Et puis un jour j’ai arrêté de boire et d’écrire. Tout cela m’avait enfin sauté aux yeux, ça n’avait aucun sens.

Je ne pourrais même pas dire que j’étais content ou soulagé. C’était une vie différente voilà tout. Quelque chose d’austère, une sorte d’ennui dans lequel on s’introduit comme sous une couette. Il n’y fait pas spécialement chaud mais on s’y sent en sécurité.

Cette sécurité des braves gens qui lorsqu’on les en prive sont capables de descendre dans la rue avec des fourches, un couteau entre les dents. Dans le fond j’étais du même tonneau. J’avais juste essayé de reculer jusqu’à la corde une échéance.

Parfois lorsque j’y repense je ris ou je chiale c’est selon la luminosité du ciel je crois. Je me donne cette raison car je n’en trouve aucune autre valable.

— la grâce n’est pas donnée à tout le monde, m’a dit cette fille assise dans l’autobus. Je ne comprends pas pourquoi elle a dit cela tout haut. Au début bien sûr j’ai pensé que ces paroles s’adressaient à moi. Mais non elle parlait car elle ne pouvait pas contenir ça c’était bien trop dur à avaler. Personne ne l’a regardée… je crois qu’elle s’en fichait totalement. Elle l’a répété une fois ou deux puis elle est descendue du bus à la Bastille.

Lorsque le bus a redémarré on s’est regardés à travers la vitre et je lui ai fait un petit signe de la main. J’avais ce sentiment débile comme lorsque j’imagine commette une bonne action.

Je crois que c’est ce même jour que j’ai racheté du jack Daniels à l’Arabe du coin. Je me suis remis à me poivrer le nez pour essayer de retrouver quelque chose, pour sortir de l’austérité et échapper à toute forme de grâce qui pourrait par inadvertance s’accrocher à mes basques.

2 réflexions sur “L’alcool ou la religion

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