L’ennemi public numéro 1

— vous êtes un monstre, vous n’avez aucune considération pour personne, vous êtes notre ennemi, l’ennemi public numéro 1

L’avocat général, une femme blonde et sèche fit un mouvement de manche théâtral puis elle s’assit laissant la place à l’avocat de la défense un petit homme affable dont les petites mains boudinées sortaient en s’agitant de manches visiblement trop grandes pour lui.

Il fit ce qu’il pu. Mais visiblement ce n’était pas suffisant. A voir la tête des jurés, tout ce qu’il avançait comme prétexte, raison ou excuse pour tenter d’expliquer les actes de son client les agitaient plus qu’autre chose.

Quelque chose d’intolérable planait sur l’assemblée. Un malaise indéfinissable que tout le monde tentait de définir plus ou moins à l’aune de la chose commune qu’on nommait la Loi.

L’accusé était un homme sans âge. A l’observer de plus près il pouvait avoir dépassé la quarantaine. Son teint était pâle et il paraissait fatigué. Le regard était vide, presque paisible.

Il y eut encore quelques effets de manche puis tout le monde sorti pour attendre la fin des délibérations.

Parmi la foule qui s’était amassée sur les marches se tenaient quelques journalistes et j’en reconnu un que je saluais d’un petit signe de la main. Aussitôt il vint vers moi.

— Il va certainement prendre perpette me dit-il en battant le briquet pour allumer une cigarette. il disait ça avec une espèce de joie de journaliste content d’avoir de quoi nourrir son papier et qui me dégoutta.

Je prétextais avoir un coup de fil à passer pour m’éloigner et j’amenais mon portable à mon oreille sans composer de numéro afin qu’il vit bien que je disais la vérité.

Tous ces gens sur les escaliers en grande discussion à propos du verdict attendu, ils étaient fébriles, leur excitation était contagieuse, je fus assailli par des images de populace en rage criant et vociférant autrefois sur les grands places de la capitale, là où l’on pendait, écartelait, coupait des têtes roulant dans de grands paniers d’osier.

Quelqu’un dit— il faut faire un exemple

Un exemple. Et peu à peu tout se mis en place dans ma tête. Ce n’était pas tant les crimes qu’avaient commis cet homme le plus grave pour ces gens, c’est que par ses actes il avait ouvert la porte à un désordre que tout le monde pouvait sentir désormais installé en soi. Un désordre tel qu’il en était devenu insupportable. Un désordre tel qu’il sublimait par ricochet une idée, un rêve, une vieille obsession d’ordre.

Un peu comme la présence des clochards des villes agitent le bocal des bourgeois, pour qu’ils finissent par se donner bonne conscience d’être en sécurité au chaud, heureux de n’avoir pas sombrés dans la rue.

Qu’avait donc fait cet homme que l’on jugeait ? c’était un écrivain célèbre, auteur de romans policiers qui avait glissé vers la folie soudainement et qui avait tué sa femme de 30 coups de couteaux, une véritable boucherie, un acharnement de dément.

A force d’inventer des tueurs dans ses romans quelque chose s’était produit, comme une confusion entre la réalité et la fiction. Il avait été si loin dans les ressorts psychologiques de l’assassin que le désir de passer à l’acte était devenu impérieux.

L’avocat n’était pas de taille, cela s’entendait. Il s’était appesanti sur le caractère acariâtre de l’épouse de ce pauvre type, son besoin insatiable d’argent, ce n’était pas la meilleure défense à choisir c’était évident.

Impossible pour ces nombreuses personnes obsédés par la logique l’ordre, les règles, la loi et bien sur l’argent de comprendre cette envie de meurtre qui soudain peut s’emparer d’un écrivain au delà du loisir d’écrire des romans

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