Là où il n’y a pas d’âge.

Annales akashiques, huile sur toile Patrick Blanchon 2018

C’est par hasard que le discours s’interrompt pour faire place au silence. Par hasard car à cet instant la volonté n’y est pour rien. Par hasard car on ne peut vouloir ce silence là,, on ne sait même pas qu’il existe.

Disons donc par hasard.

Je ne voulais plus discourir ainsi et un gouffre s’est ouvert en moi.

Je ne voulais plus peindre ainsi et la toile soudainement s’est déchirée, par hasard, ou providentiellement.

C’est à dire que dans cette déchirure le contenu n’a plus de sens, il ne reste plus que la forme floue à peine distinguable, un quelque chose. Ce flou provient à la fois de l’œil comme de l’ouïe.

Ce flou est le sujet et le sujet c’est à nouveau le peintre.

Qu’il peigne des nuages, des fleurs, son visage, un assemblage chaotique de taches, c’est exactement la même chose toujours.

Le sujet est immortel, on aurait tort de croire que l’interruption, la pause, en marquerait un début comme une fin.

La mort véritable elle-même n’y peut pas grand-chose.

Le sujet s’auto- transmet comme un bâton qui court seul sa longue course de relais

La forme en revanche est individuelle, unique. C’est la ressemblance qui aveugle le plus et interdit ainsi le passage.

La structure du discours est unique si le contenu est bateau pour se diriger vers l’inconnu, errer.

Ainsi Nadja. Ce livre bien complexe quand on tombe dessus sans filet.

Ulysse-Breton accroché à son mat intellectuel est bien moins solide finalement que l’authenticité de cet amour qu’une soi-disant timbrée lui porte. Timbrée et prophétesse, tout pour plaire pourtant … Mais non.

C’est à dire que c’est pareil pour le chant des sirènes, cette incohérence qui fonde tout le chant, tout le langage, il faut s’accrocher pour le regarder vraiment telle qu’elle est sans ciller.

Ce que dit Homère dans son récit est une chose, ce que fait Breton en est une autre, si proche mais tellement différente. Il se barre sans retour pour conserver sa tête, pour ce que ça lui sert, la belle affaire…

Ce qui se jette dans l’amer d’être découvert ce n’est pas la sirène. Ce ne sera jamais elle.

Ce qui se jette dans le néant c’est cette part enfantine en nous qui soudain comprend à quel point le babil général qu’elle tente d’imiter est vain.

Cependant si on tient un peu plus loin, si on slalome entre les catégories, celles du courage et de la lâcheté, le silence bruit intensément, et le néant s’ouvre sur les grandioses fêtes foraines Akashiques.

Le temps s’écroule sur lui-même et sitôt l’incohérence traversée, dépassée on en revient à ce pays natal,

Là où il n’y a pas d’âge.

2 réflexions sur “Là où il n’y a pas d’âge.

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