L’amour, la peinture, le tout ou rien

Peinture érotique japonaise époque Edo ( Galerie Collin Estampes )

Il y a sans doute autant de sottise à entrer en amour qu’en peinture avec à la bouche ce chantage permanent que l’on se fait à soi-même, ce fameux tout ou rien. On y perd en fluidité, en légèreté, et cette essence qu’on porte en soi, passe de l’état gazeux à l’état lourd d’un minéral, probablement un genre de cristal , sans intermédiaire.

Avec l’âge il est possible qu’on comprenne mieux cette sottise, comme on saisit aussi la beauté des fleurs, sans pour cela faire de longs discours, interrompre enfin le monologue intérieur.

Etre simplement là, interdit. Vieille expression désuète depuis que plus rien vraiment ne parait l’être, et que l’on nous serine à tout bout de champs des slogans sur ce que doit être ou pas cette liberté.

La liberté, l’amour, autant de thèmes qui désormais sont là pour attirer le chaland puisqu’ils sont reconnus de nécessité publique. La douleur d’être enfermé en soi, la souffrance d’être seul au monde, comme tout cela rapporte gros désormais. Tant qu’on croit que quoi que ce soit vienne du dehors, de l’extérieur.

Ainsi en peinture ce temps passé à reproduire des choses connues, archi connues et déjà mille fois faites comme en amour d’ailleurs.

On se dit ce sera tout ou rien, on se le chuchote, se le murmure comme pour se donner une raison alors qu’en fait aucune raison n’est là.

Aimer et peindre sans raison voilà la folie de nos jours. Et cela offusque l’intelligence à un tel point qu’elle préfère le mépriser plutôt que d’en tirer profit. Et c’est tout à fait ainsi que l’intelligence mène sans détour à l’idiotie.

Comprendre que l’intelligence est un moyen et non une fin demande du temps, du recul comme l’amour et la peinture. Une fois passée la période faste des lunes de miel, il faut savoir conserver l’enthousiasme, c’est toujours le plus difficile tant la nostalgie nous force à l’égoïsme, à la tristesse.

C’est à ce moment là justement, qu’il faut se souvenir des vertus de l’acceptation, se concentrer sur elle, comme un chien de berger guette les égarés dans les pâturages sans barrière. Accepter au quart de tour finit par mener au plaisir de l’attention et nourrit cet affamé perpétuel.

Cependant que l’enthousiasme n’est pas une possession, mais un état d’être. Chez moi extrêmement volatile. Et s’il ne dure guère c’est que je remarque à quel point le moindre enthousiasme extérieur affiché m’agace prodigieusement la plupart du temps.

Du coup j’en reviens au point de départ invariablement, j’accepte cet agacement pour ce qu’il me révèle, je finis par prendre plaisir à relever mes failles, mes défauts, et soudain, imperceptiblement mon cœur s’allège, le pinceau devient plus léger, la peinture plus fluide, et tout tombe alors dans cet espace vide, en apparence, d’où surgissent mille formes d’enthousiasme sans que je ne puisse m’en approprier vraiment aucune. Sans que je ne puisse m’approprier vraiment le moindre résultat. D’où cette difficulté permanente à recevoir le moindre compliment, tous ces pièges qui surgissent sous la forme de propositions laudatives.

Comment appelle t’on cela déjà dans la langue de tous les jours ? Etre mal baisé je crois. Et bien accepte-le, accepte le fait d’être mal baisé pourquoi pas… et peut-être qu’à un moment où un autre tu en tireras du plaisir va savoir… et même un certain enthousiasme qui sait ?

4 réflexions sur “L’amour, la peinture, le tout ou rien

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.