Mes visages

huile sur papier 2022

Je me suis remis à peindre depuis quelques temps après une longue période d’empêchements multiples. Ce genre de période nécessaire dans une vie de peintre, une remise en question, qui porte bien son nom lorsqu’on pense à la torture. Se torturer tout seul dans son coin surtout pour des choses probablement tout à fait inutiles. Jusqu’à ce que l’inutile tout entier vous saute enfin aux yeux. Car somme toute pour en revenir à une définition pragmatique de la peinture, de l’art en général, c’est bien cette quête de l’utile qui me conduit le plus sans que je ne veuille toujours l’entendre. Il faudrait toujours faire attention vraiment à ce que l’on ne veut pas voir ni entendre, ni penser d’ailleurs.

Je me suis donc remis à peindre parce que c’était utile que je le fasse, du moins j’y trouve une utilité soudaine après coup. Dans la réalisation de ces visages surtout qui ne sont pas des portraits, qui ne représentent évidemment pas une « réalité » mais questionnent celle-ci au travers du prétexte du visage.

Ils ont l’air d’être de vrais visages à première vue. Mais un œil exercé découvrira vite la supercherie qui se situe entre maladresse et habileté.

Avoir l’air d’être vrai, c’est tout à fait une peinture qui relate la problématique de notre époque. Je suis un peintre tout à fait contemporain pour cela.

Faire du mensonge quelque chose de touchant est un petit plus que je tente d’ajouter, mon épice personnelle qui donnera bon gout à la sauce pour l’avaler. C’est très subversif mine de rien.

Le tragique est un lieu commun, parce que notre cervelle préfère se réfugier dans le connu. Ce qui constitue un véritable enfer, le seul probablement.

Reproduire le connu dans un visage c’est mettre en scène une partie de cet enfer de cette tragédie, et placer la maladresse non visible immédiatement comme une issue. C’est à dire qu’une fois celle-ci découverte elle devient un indice pour se repérer dans la cartographie générale du mensonge. Toute la difficulté est de ne pas sombrer dans l’ironie, de ne pas y aller soi, et de ne pas y emporter le spectateur, car cela serait inutile, cela n’apporterait rien de plus.

Le fil rouge est l’émotion éprouvée vis à vis de cet écart entre habileté et maladresse. Et qui remet en question ces deux piliers à partir desquels les jugements s’élèvent sans relâche.

Peut-être que je divague, mais si cela n’est pas utile dans le monde d’aujourd’hui, qu’est-ce qui peut bien l’être ?

3 réflexions sur “Mes visages

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