Au nom de la vérité.

Le langage est le lieu de la confusion, sans doute encore plus à notre époque, mais ce que j’écris n’est certainement pas une vérité universelle, je pourrais avancer qu’il s’agit de ma petite vérité personnelle, mais en fait il ne s’agit tout au plus que d’une opinion.

Lorsque Socrate dit qu’il ne sait qu’une chose qu’il peut, à peu près, considérer comme vraie, il dit qu’il ne sait rien.

Comme Descartes revisitant les connaissances acquises dans sa jeunesse et les remettant en question pour inventer le fameux Cogito ergo sum, je pense donc je suis.

C’est à dire que cette propriété que nous possédons tous en tant qu’humains, à différents degrés, du prétendu imbécile au non moins prétendu génie de la physique quantique, celle de penser, de tester des idées, des concepts, des opinions sur le monde qui nous entoure, cette pensée est en même temps une prison et lieu d’échanges de liberté.

Tant que nous pouvons penser à cette pensée nous pouvons nous éprouver comme être humain. Tant que nous pensons à cette pensée nous pouvons ressentir cette singularité qui caractérise notre espèce. Celle qui parait à première vue nous différencier de tous les êtres vivants, qui, jusqu’à preuve du contraire et surtout selon nos propres critères, ceux dont nous nous servons pour tenter d’établir une vérité, ne pensent pas.

Mais est-ce parce que ces êtres vivants dans tous les règnes qui nous côtoient ne pensent pas que nous pouvons pour autant les considérer inférieurs à nous ? Et si la recherche de la vérité ne sert qu’à vouloir contrôler, maitriser, dominer les forces de la nature et tous les êtres et choses qui la constituent, pour un « meilleur confort utilisateur » alors j’ai bien peur que cette quête de vérité ne soit tout bonnement constituée que sur le sable du dogme, qu’il ne s’agit que d’une « vérité doxique ».

Il y a des jours où je me sens l’égal d’une fourmi, d’un pigeon, d’un vers de terre, et non pas parce que le dégout de mon humanité m’entrainerait à fantasmer cette altérité, mais parce que dans le fond, tout comme Socrate, plus j’avance plus je me rends compte, plus je prends conscience à quel point je suis ignorant, à quel point je ne sais rien.

Il ne s’agit pas de le dire, de le répéter parce que cela produit une posture qui fait bien dans le chaos du monde actuel.

Il est nécessaire de vivre l’ignorance à fond. C’est ce que je n’arrête pas de faire finalement depuis le tout début, et quelque soit les supports d’expériences avec lesquels je « travaille », que ce soit l’écriture, la musique, la peinture, toute certitude ne peut jamais se réduire qu’à une opinion personnelle, c’est à dire à une illusion.

Que cette opinion devienne une vérité, je me rends compte à quel point aujourd’hui la soif collective de vérité, en opposition surtout au poids inouï du mensonge, semble d’autant plus dangereuse qu’elle semble vouloir s’étancher dans l’urgence.

Ce ras le bol du mensonge crée une panique qui se transmet comme une trainée de poudre. Une agitation qui peut soudain emprunter toutes les formes de l’effroi. Du viol au meurtre en passant par toute l’échelle des bassesses qu’impose les dogmes pour se maintenir.

Il ne peut y avoir de société sans cette valeur morale que recèle la vérité. Dire la vérité voilà donc ce qu’il convient de faire pour l’honnête homme pour se distinguer du voyou. Exactement de la même façon dire que l’être humain pense pour se distinguer de la bête. C’est à dire si je creuse plus profond jusqu’au nerf que nous avons ce besoin en nous, terrifiant, du meurtre, que nous recouvrons d’une patine de morale pour nous distinguer de la nature en général, voyous compris. Mais aussi étrangers, émigrés, noirs quand on se pense blanc, blanc quand on se pense noir etc.

C’est ce qui m’a certainement rendu fou il y a longtemps, quelque part dans le temps. Mais cette folie aussi n’est évidemment rien d’autre qu’une folie personnelle comme mes idées ne sont que des opinions personnelles.

J’écris ces choses car je ne peux dormir, la pensée ne s’arrête pas et tourne en boucle avec ses bribes de vieux programmes. Où est cette chatte ? Je me sens si vieux où est passé mon désir ? Comment en finir ? Comment ne pas faire suer le monde et moi-même avec mes opinions personnelles incessantes ? Est-ce que parvenir au paroxysme du dégout rend la mort plus douce ? Et cætera et cætera…

Une réflexion sur “Au nom de la vérité.

  1. Vérité… en Russe: « Pravda. » Anciennement journal soviétique (la vérité même !) actuellement journal officiel du Parti communiste KPRF,(sur internet) principale force d’opposition à Poutine. Vérité ici, mensonge ailleurs. Vérité maintenant, mensonge hier etc. Mensonge contenu dans la vérité et inversement. Vérité fluctuante chez chacun d’entre nous, comme la pensée…

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