Remise en question

Je pense à cette expression, la remise en question. Je pense à ce désir qui m’échappe car tous les objets qui me permettent ordinairement de l’éprouver disparaissent un à un comme sèche la rosée. En ce moment rapidement, un film à l’accéléré, l’évaporation des objets du désir. Evaporation de ces mille et une opinions que je me suis fabriquées, la plupart du temps seul dans mon coin, sur ce désir.

Le désir est tellement semblable à cette pensée qui, sans objet soudain, s’installe dans un centre et tourne sur lui-même avec une alternance électronique du sens de la rotation.

Enthousiasme et dépression.

L’écriture me sert à examiner ce mouvement. A prendre au moins une distance j’espère, un recul.

Et comme tout à coup m’y fait réfléchir Joël dans un commentaire sur l’un de mes textes où je parle de l’exiguïté de la joie d’écrire, de peindre en contraste avec l’étendue de la douleur.

Peindre ou écrire nous mène un peu plus haut que ce que nous sommes. Nous sommes dépassés en fait et c’est un état au delà de la peine et de la joie. Nous y sentons-nous bien ?

Joël Hamm

Il dit quelque chose que j’ai compris comme : Ne sommes nous pas au delà ? à cet instant où l’on écrit, on peint ? Et est-ce que cet état ne nous conviendrait pas ?

Y a t’il un état convenable plus qu’un autre, y a t’il une pensée plus intéressante qu’une autre, y a t’il une peinture, un texte plus convenable dans le sens où l’état dans lequel ils seraient crées le serait ?

C’est sans doute là dans l’incapacité d’en juger que l’absence d’objet associé à cette insistante présence du désir nous dévoile soudain notre fragilité, notre vulnérabilité, si présentes qu’on se hâte alors de les dire véritables, authentiques.

Donc il s’agit à nouveau d’une stratégie de la pensée, ou de l’inconscient qui soudain nous prive d’objets à la seule fin d’en trouver coute que coute d’autres, d’où l’attrait de la nouveauté.

Le refuge dans la fragilité, la vulnérabilité comme un enfant se réfugie dans un giron maternel, afin de bénéficier d’un regard, d’une caresse voire pire.

Ce qui soudain me rend à la fois le désir et n’importe lequel de ses objets, méprisable, dérisoire. Alors qu’il était autrefois vecteur, énergie, force.

Un pure inconstance se manifestant dans une constance de métamorphoses.

Mais ce n’est qu’une opinion personnelle, c’est encore loin d’être une vérité, une de ces vérités proche du dogme Tout comme parfois l’amour peut l’être.

Une pensée nue, un désir nu, qu’est ce que ça pourrait être ? Et surtout est-ce que ce n’est pas un fantasme encore comme on fantasme la gratuité des actes ?

Et quand je dis : je suis désespéré, n’est-ce pas d’une soif dont je parle comme d’un aveu tellement honteux , je suis désespéré d’avoir chopé une espèce de chancre, une blennorragie de l’âme. Quelque chose de totalement inconvenant qu’elle brise toute convention, tout jeu, tout ce qui justement a pour rôle la médiation entre violence et beauté.

—Je suis désespéré… combien de fois ai-je fui personnellement parce qu’entendre cette connerie m’était insupportable.

Donc voudrais-je emmerder le monde à mon tour en le murmurant, le gueulant, , l’écrivant, ou le peignant que ce serait encore un coup d’épée dans l’eau. Il est à craindre que ça n’apporterait pas d’eau utile à faire tourner les moulins. Ce ne serait encore que du vent perdu ne rencontrant aucune éolienne.

Après je pourrais ramasser de la boue, pétrir à mains nues une nouvelle idole, l’appeler l’Inutile, lui faire des courbettes en faisant bruler de l’encens. Et m’endormir enfin paisiblement qui sait ?

Une réflexion sur “Remise en question

  1. Tes visages ont un regard intense, triste et beau à la fois. D’où viennent-ils, sinon d’une lointaine et secrète banlieue de ton moi profond ? (certains diraient de ton âme) Paradoxalement, Ils font du bien à qui les regarde. D’où l’utilité du travail du peintre… Quant à ton texte, j’en propose un écho ici: https://lavieaucontraire-joelhamm.fr/2021/11/26/fils-du-hasard-3/
    OU ici : https://lavieaucontraire-joelhamm.fr/2022/02/10/une-vie-2/

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