Encore quelques mots sur le sabotage.

Je suis au delà du texte précédent déjà. Comme je l’ai toujours été et le serai désormais. Ce qui n’empêche nullement le sabotage de perdurer. Prendre conscience du sabotage ne le résout pas instantanément. Il faut emprunter des chemins chamaniques encore une fois.

Récapituler, en voyageant dans les strates.

Je repense à ce paysan qui tue devant moi des oisillons. Ce sont de petits merles. Il les frappe contre une pierre d’un geste dépourvu d’hésitation et je vois le sang jaillir, puis il balance les petites dépouilles sur le tas de fumier tout proche. Je suis dans cet effarement encore aujourd’hui. Comment peut-on effectuer un tel geste pour préserver quelques fruits du pillage ? Ca me dépasse. Je suis un gosse et ça me dépasse.

J’ai cherché des explications durant 62 ans et je n’en trouve toujours aucune suffisamment valable pour me convaincre. C’est à dire que j’en veux toujours énormément à cet homme qui doit bouffer les pissenlits par la racine depuis des décennies désormais.

La mentalité paysanne n’est pas facile à comprendre même si on a un peu vécu à la campagne, il y a des choses qu’on ne comprendra jamais, parce qu’au bout du compte on vit en ville. Même dans mon village aujourd’hui, je reste citadin. C’est à dire que je conçois le même étonnement, le même effroi vis à vis de mes voisins, car Le Péage de Roussillon, c’est la campagne. Même si nous habitons une maison de village, même si nous bénéficions du confort de l’électricité, de l’eau courante, que la gare est à 5 mn à pied, la mentalité ici n’a pas changé, c’est une mentalité paysanne, une mentalité de ruraux. Je suis certain qu’en cherchant un peu je trouverais un paysan semblable à celui que j’ai connu enfant. Un tueur d’oiseau dépourvu d’état d’âme.

Merde ! comment peut-on chérir les cerises plus que les oiseaux ?

C’est à cause de ce que je considère comme une erreur de logique que je ne parviens pas à pardonner. C’est à dire à me débarrasser, pour m’alléger surtout de cette vision catastrophique. De cette haine du genre humain qui au bout du compte tout mis bout à bout se sera constituée comme cet étau.

Il y a évidemment quelque chose de puéril dans ce raisonnement, me dit l’adulte en moi.

Sur quoi le gamin réplique par un coup de pied et quelques crachats.

Lequel des deux a raison ? Je n’en sais rien du tout, moi je suis Dieu, je n’interviens pas, c’est cela exactement le libre-arbitre.

Ce sont des événements, des faits, des émotions qui naissent et puis des explications comme des pansements que l’on invente pour faire passer la pilule.

Alors qu’il parait évident que le mieux serait de boire un verre d’eau fraiche et de la boucler. Surtout la boucler.

La boucle.

Donc ce mort qui dans le temps a posé devant moi cet acte, il fait partie de moi, il fait partie de Dieu dans ce que j’imagine être l’omnipotence. Ce que je nomme aussi l’absence ou le vide.

Et cela me conduit illico à la peinture chinoise. 1/3 de signifiant, 2/3 de vide. Et les chinois désigne le vide par un autre mot : la respiration.

Ce meurtre vaut pour le 1/3 de plein entouré probablement d’un vide particulier, d’une respiration particulière. D’un aveuglement à tous les autres meurtres commis en amont et en aval de cet événement précis qui me revient.

Le problème de la vérité encore une fois, et de ma propre opinion sur un fait, de ma propre réaction.

Est-ce une vérité pour cet homme de massacrer la progéniture des merles pour protéger son jardin, et dans ce cas alors quelque soit les états d’âme qui le traversent, il s’accroche à cette vérité car elle fonde sa morale de paysan. Morale sans laquelle il se sentirait perdu, exilé du groupe.

Ne puis-je pas moi comprendre cet homme, son acte vis à vis de cette morale un peu mieux désormais ?

Et au lieu de me dire encore et encore quel salaud je le hais, me dire bon sang quel courage finalement il faut pour parvenir à tuer un oiseau afin de rester soi-même, tel qu’on puisse s’imaginer être soi-même.

Voilà le cœur de ma difficulté d’andouille. Qui est de toujours trouver des circonstances atténuantes à chacun. Tout simplement parce qu’on va tous crever, que tout va fatalement se terminer tôt ou tard et que la notion de « rendre des comptes » a fait de moi une sorte de scribe.

Que cette mission scribouillarde finalement sabote ma vie de jour en jour un peu plus.

Je me perds en conjoncture comme un sablier en grains, et d’une façon que je conçois inexorable.

Alors que je pourrais arrêter tout cela en m’installant devant mon chevalet et peindre comme j’écris, peindre tout ce qui me passe par l’être. Imperturbablement comme Dieu.

A croire que Dieu lui même aime se saboter de temps à autre, en ayant inventé l’homme que je suis comme larbin pour le faire à sa place.

Et le fait de l’accepter n’est-ce pas cela le pire des péchés, je me demande.

D’un autre coté on peut aussi imaginer que l’on s’invente un Dieu miséricordieux, un être d’une infinie pureté, d’un infinie sagesse, bien au dessus de nous autres, pour se vautrer à loisir dans notre bauge comme de beaux cochons. s’en donner à cœur joie dans le sabotage, la crasse et l’idiotie car on aurait l’intuition que c’est un tribut, une taxe, un impôt et que équilibre de l’univers doit être à ce prix.

Du coup pardonner à ce vieux paysan ne fera pas de moi un homme meilleur, je reste le cochon que je suis. Un cochon allégé. L’avantage en revanche est d’en être un tout petit peu plus sûr et donc d’avancer d’un pas plus ferme sur le sentier qui mène à l’évidence car après quoi courir sinon cela ? je vous le demande

Trois petites toiles au couteau et à l’huile format 20×20 cm

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