Peindre la vérité.

Collection les saboteurs Terry Broughton

La chatte ne reviendra peut-être pas. C’est à partir de cette opinion que ce texte commence, une opinion qui surgit comme ça pour affronter l’événement. Parce que je me rends compte de la folie dans laquelle je suis en train de sombrer. Cette nuit encore j’entends miauler par delà les hauts murs de la cour, j’enfile mon blouson et sors hagard dans la rue.

je tourne à l’angle en espérant et puis je ne tombe que sur une autre rue : vide.

j’appelle Lola, où est tu ? Et depuis la cour de mon voisin j’entends un miaulement. C’est son chat, pas la mienne, je le sais désormais car la nuit précédente j’ai emporté un escabeau pour aller regarder par dessus son mur, animé déjà par le même espoir, la même folie.

Heureusement que la police municipale n’est pas passée.

Du coup je suis triste, et penaud. Vexé aussi de voir comment mon obstination à vouloir à tout prix que la chatte revienne, ne paie pas cette fois.

C’est une prière non exaucée.

Mais Dieu c’est moi, personne d’autre. Il faut que je me souvienne de tous mes mensonges c’est le plus difficile. C’est ma propre invention voilà tout, c’est ma propre interprétation et qui va bien au delà de tous les chats, toutes les bestioles du monde entier. Sans oublier que tout ça me dépasse aussi à un moment donné. Merde !

Voilà donc ce qui ne va pas. C’est mon rapport à l’événement mon interprétation perpétuelle du moindre événement dans des buts que je ne m’a voue pas facilement. Mystère et splendeur de l’inavouable. Comme par exemple : ne pas accepter la perte. Ce qui va au poil avec : ne jamais rien jeter.

Je suis en train de travailler sur mon site web et je vois bien comment l’obstination encore ici se répète.

Trouver les bons mots pour dire je suis un artiste-peintre par exemple me prend la tête.

Je cherche à imaginer que ce que je dis soit compréhensible par quelqu’un d’autre, alors que visiblement ce n’est toujours pas clair pour moi.

Toujours cette quête insensée de la vérité qui ne s’arrête jamais qu’au seuil de toutes les opinions.

Par hasard je découvre un peu plus tôt, en allant me promener sur le site de Jackson en quête de nouveaux tubes, une artiste-peintre dont le travail me touche jusque dans la moelle des os. Terri Broughton. Sur sa page d’accueil elle dit :

Pendant 30 ans, j’ai lutté contre deux forces opposées : un désir profond de peindre et la conviction que je n’étais pas peintre, une étiquette qui m’a été donnée dans l’enfance. Au lieu de cela, j’ai détourné mon énergie vers la céramique, l’art-thérapie et l’enseignement.

Peindre après toutes ces années, c’est comme ouvrir les fenêtres d’une vieille maison sombre et la remplir d’air léger et revitalisant.

J’ai eu les larmes aux yeux en regardant ses tableaux. J’ai passé un bon moment à tout décortiquer, à tout regarder et à tout lire. ( pour ceux qui ne parlent pas anglais si vous avez Chrome, il faut faire un clic droit , traduire en français)

Puis quelque chose a fait tilt, enfin c’est une façon de dire que c’est encore une opinion que je me hâte de poser face à l’émotion, à l’événement de l’émotion qui surgit.

« Tilt » c’est le flipper qui dit pouce.

Je flippe à mort. Et voir ces tableaux là à ce moment là je me frappe le front. Elle fait quelque chose de superbe et qui touche les gens avec son opinion à elle sur sa propre vérité. Elle peint sa vérité et cela touche les gens !

Et tout de suite après : je suis à des années-lumière de ça je me dis.

Cette violence que je retourne tout à coup, systématiquement envers moi-même. Je me trouve chiant à mourir.

J’ai fait quelques aller retour entre la maison et l’atelier. Un chat miaule au delà du mur. Je ne suis pas Terri Broughton, moi je suis Patrick Blanchon, 62 ans, probablement artiste raté et qui fume comme un pompier cigarette sur cigarette en espérant que quelque chose, je ne sais quoi, revienne.

Evidemment cette image est parfaitement ridicule. J’en ris. Que puis-je faire d’autre de façon raisonnable ?

Et puis moi j’ai envie de peindre des choses abstraites, de toutes petites choses, au couteau et avec beaucoup de délicatesse malgré les apparences brouillonnes que je place toujours comme un écran pour que personne ne sache quel grand couillon d’assassin je suis.

Une réflexion sur “Peindre la vérité.

  1. Il arrive le moment où on ne se pose plus de questions du genre: qui suis-je etc.. Comme tu le dis, on peint ce qu’on a envie de peindre, on écrit de même et on atteint ainsi, sa vérité (de l’instant) Et ne jamais rien regretter est une nécessité.

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