Cela va de soi.

huile sur carton format 30x30cm 2022

Cela va de soi, ça coule de source,

sont des expressions entendues et qu’il m’arrive d’utiliser, machinalement, mais que veulent-t ‘elles vraiment dire ? Encore un petit miracle ce matin qui consiste à me dire ça va de soi intérieurement, à propos de la peinture, puis à m’interroger sur cet automatisme.

si ça va de soi ça ne vient pas que de moi.

C’est à dire que ça ne provient pas uniquement de ma cervelle, mais de quelque chose qui se trouve à la fois en moi et à l’extérieur de celui-ci.

Cela provient d’une inconscience qui soudain s’éclaircit et devient consciente de quelque chose sans pouvoir toutefois poser un nom, une définition pour faire entrer dans une case ce que je découvre ou plutôt pressens.

C’est avant tout une émotion, un canal émotionnel plus que mental qui provoque une vibration dans le moment où soudain je me rends compte, qui le secoue cet instant en rendant floues ses frontières qu’un instant auparavant je pensais, je croyais précises.

Que les choses aillent de soi ainsi tout soudain c’est exactement comme ça que la peinture s’effectue lorsque je m’y abandonne.

Lorsque je ne pense à rien, que je me fiche de contrôler ou maitriser quoique ce soit.

Cela ne va pas soi immédiatement, il y a un rituel à mettre en place. Quelques petites choses simples comme nettoyer la palette, préparer ses couleurs avant de peindre, choisir le couteau ou le pinceau,

Et le silence de l’atelier, particulier aussi à certaines heures de la nuit, de la journée.

Lorsque la configuration de tous ces petits gestes, de toute cette cérémonie se met en place c’est comme la formulation silencieuse d’un énoncé, d’une hypothèse mathématique.

La résolution ensuite passe par l’action, par la main. Et moins je réfléchis mieux c’est, tout du moins dans un premier temps.

Dans ce moment de la peinture où rien ne s’oppose à l’étalement de la couleur telle qu’elle vient depuis les mélanges effectués sur la palette, il n’y a que de la joie à peindre et dont je ne peux me rendre vraiment compte par la pensée.

C’est après coup en y repensant que je m’en aperçois. Lorsque je pense à cet état sans pensée accompagné d’un sentiment parfois proche de la nostalgie.

C’est à dire encore que je peux me souvenir d’avoir été vivant à cet instant là précisément sans doute bien plus que lorsque je pense à l’être. Lorsque je me dis je suis un peintre et que je ne peins pas puisque je suis en train de penser la peinture plutôt que de l’agir.

Et une fois qu’elle est là, achevée par une interruption quelconque souvent, soit le manque de peinture, soit un dérangement, soit justement la pensée qui se mêle de vouloir la juger, la peinture effectuée me renvoie à moi-même toujours la même interrogation, le même mystère.

D’où vient cette facilité, cette aisance qui sitôt que je la regarde, la juge, perd de sa fulgurance comme de son unicité, et s’affadit en chose inutile ? Comme s’il s’agissait d’une nouvelle scorie dans ce travail de fouille qui ne s’arrête jamais.

Je ne peux me contenter de ce que je vois lorsque je le confronte avec la trace encore toute fraiche de ce sentiment de plénitude qui m’aura aidé à le créer. Je n’arrive pas à effectuer le lien. Je me sens rejeté à la marge comme quantité négligeable.

C’est souvent en raison de ce « ça va de soi » que j’ai du mal à dire « je suis un artiste ».

Ou alors il faudrait que j’accepte qu’être artiste c’est être aussi chaman, c’est à dire tout simplement être un tuyau par lequel passe des informations sur lesquelles il ne s’agit d’avoir aucun contrôle vraiment, aucune paternité.

J’aspire alors à un second temps de la peinture comme on rêve d’un Eldorado, un nouveau monde, un pays neuf aux ressources intarissables. Une abondance possible.

Mais tout cela se tient dans ma cervelle évidemment, emprisonné dans des buts des objectifs que j’ai pour habitude de déclarer mesquins comme le fameux profit que je pourrais tirer de ce pouvoir magique.

Le profit chez moi ne va pas de soi. Je n’arrive pas à le confondre en amour et partage. J’ai toujours cette crainte qu’une malignité s’en mêle, de n’être pas assez fort pour la combattre à la loyale, et donc j’y renonce.

Pourtant je sais déjà intuitivement que lorsque je serais riche c’est le jour où je n’aurais plus besoin de l’être. Exactement comme je peins désormais sans vouloir faire de chef d’œuvre.

Lorsque tout absolument tout ira de soi et que moi je ne serais plus là à regarder par dessus ma propre épaule.

Peut-être que c’est une boucle.

Jeune il s’agit d’avoir une foi aveugle, puis on arrive à un âge où l’on perd cette cécité, on se met alors à voir la confusion et à chercher la clarté, Puis vient encore un autre âge où voir ou pas n’a absolument plus aucune espèce d’importance. Où justement les choses vont de soi, sans que l’on n’intervienne, pense, imagine qu’on y est pour quoique ce soit. Et comme tout va au poil certainement si on l’accepte totalement. Aller au poil comme aller à poil, on n’est surement pas encore rendu.

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