Peinture, physique et spiritualité.

Excitation du vide, détail, huile sur toile 2019

La seule vraie question est de se demander comment se connecter à cette partie supérieure de l’édifice qui décide de tout en amont même de ce que nous avons coutume de nommer une origine, un big-bang.

C’est à dire le tableau déjà réalisé de tous temps, accroché sur un mur quelque part

Comment ôter le voile qui nous empêche de l’admirer dans sa plénitude éternelle ? Il n’est pas question d’un chef d’œuvre tel que nous avons l’habitude de penser le chef d’œuvre. Et peu importe qu’on le découvre sublime ou d’une nullité crasse.

Il n’est pas ici question de goût, de mode, d’air du temps. Ici on « sent » ce qu’est l’art en éliminant d’un clignement de l’œil, tout ce qu’il n’est pas,

Autrement dit en éliminant d’un claquement de pouce à peu près tout sinon tout de ce qu’est « moi ». C’est à dire ce programme, ce conditionnement qui aura envahi la sphère mentale, émotionnelle, spirituelle de l’homme qui porte mon nom et ne cesse de s’agiter, désarticulé par ses désirs égoïstes, mesquins.

Autrement dit en retrouvant une assise, et, au contact du sol, des fondations qui ne seraient pas bâties uniquement que sur du sable, de l’illusion, de la merde.

Et s’il fallait adresser une seule et unique prière, demander vraiment quelque chose d’utile à la communauté humaine de notre temps, ce serait alors la plus vieille, la plus mal comprise des questions humaines :

Le fameux « qui suis-je ? »

si ridicule cela puisse paraitre désormais où tout se jauge, se mesure, se détermine à l’aulne du « qu’ai je ou n’ai je pas encore »

Voir le tableau demande de se poser la bonne question, celle qui joue le rôle de sésame, capable d’ouvrir les portes les plus secrètes de la curiosité.

« Voir » le tableau demande de s’en détacher dans un premier temps. De se détacher d’une idée toute faite si je puis dire. C’est à dire prendre conscience en premier lieu du réflexe de vouloir tout voir, tout définir à la hâte comme on se débarrasse de quelque chose d’encombrant.

On ne s’introduit pas dans le mystère comme un hussard, cela requiert quelques préliminaires. IL faut exciter le vide afin qu’il ouvre les lèvres et que transite les bonnes informations. Celles capables d’être relevées par l’œil, généralement aveugle.

Exciter le vide réveille un futur déjà présent, et met en branle la grand roue des fortunes comme des infortunes. C’est à dire la collection d’événements neutres que nous interprétons comme pile ou face, noir et blanc, gentil et méchant, binairement par commodité.

Cette commodité qui crée notre monde commun, avec ses hauts et ses bas.

Des hauts et des bas liés directement à nos petits désidérata surtout. Utiles cependant, à ne pas dénigrer d’un revers de manche, en se laissant pousser tous les poils et en beuglant des conneries New-Age.

Non je ne vais pas par magie peindre un tableau. Je ne suis pas magicien, je ne suis pas chaman non plus en vrai, pas plus que je ne suis véritablement peintre artiste, écrivain ou je ne sais quoi.

Je réfute d’emblée toutes ces étiquettes car je sens qu’elles ne sont là que dans un but utilitaire, commode, qui ne me regarde plus. Lorsque je dis « je » dans un texte cela ne me regarde plus.

Dans la vie de tous les jours je suis obligé de croire un peu à ce « je » et de jouer le jeu. Obligé tout en n’étant pas dupe. C’est à dire que je suis le mouvement général comme on suit le chemin sinueux des couleuvres lorsqu’elles pénètrent à l’intérieur du gosier. On prend le temps de les avaler consciencieusement.

Et la physique ? Et la spiritualité ? Exactement comme la peinture, ni plus ni moins, que des outils.

Ce qui est tout de même fascinant ce sont les ponts que l’on peut soudain jeter entre ces trois éléments.

Comme je l’imagine un plombier pourrait le faire, un boulanger, un égoutier, peu importe le métier, l’art, c’est surtout une façon de perdre une idée d’importance plus qu’autre chose.

Perdre sa propre idée d’importance, y parvenir, et comprendre que peindre un tableau est devenu soudain d’une facilité dont on ne peut strictement rien extraire d’autre que de la joie simple.

En voilà un événement !

Et à ce moment là, comme il se doit, comme il l’a toujours été et sera, l’élève et le peintre, le moi et le soi s’inclinent l’un devant l’autre pour la meilleure satisfaction de l’Esprit.

2 réflexions sur “Peinture, physique et spiritualité.

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