Accueillir le vide en peinture

On cherche à combler pour s’extraire de quelque chose qui, de prime abord suscite un malaise. C’est un réflexe. Comme c’est aussi un réflexe de vouloir expliquer le retard ou le silence de l’autre. La plupart du temps on s’invente des histoires et le ressort de ces histoires s’appuie souvent sur des sentiments de perte, d’abandon, de trahison, de manque, de deuil que l’on ne cesse de nourrir ainsi. La raison est que nous regrettons de nous en être autant remis à l’autre, que le sentiment de vide s’associe à une profonde déception.

Parce que nous nous trompons de direction, d’adresse.

Parce que l’autre qu’il soit un être ou un objet ne nous rétribue jamais d’une confiance, d’un amour que par égarement nous leur adressons.

Parce que nous n’avons aucune idée de la juste mesure de cette rétribution sauf qu’elle doive se manifester soudain comme la présence de l’absolu.Notre erreur notre maladresse consiste à vouloir forcer le miracle pour que nous nous appuyons sur la présence de celui ci afin d’être enfin rassurer quant à l’intuition d’une transcendance.

Qu’est-ce que la peinture sinon un objet que l’on investi ? Et surtout qu’ attendons-nous de celle-ci qui soit à la hauteur de notre propre idée d’absolu?

D’autant que l’on utilise la peinture ensuite pour créer du lien avec d’autres objets fantasmatiques que ce soit Le Public, les publications dans les réseaux sociaux, les galeries, les salons, les collectionneurs et les badauds…

Est-ce que ce n’est pas tout aussi naïf d’espérer quelque chose de l’ordre lui aussi en grande partie d’un absolu au travers de la peinture ?

Les histoires que l’on s’invente lorsque cet absolu prend du retard peut tout à fait être comparables aux histoires que l’on se raconte à soi même sur un quai de gare, à une table de café, sur un banc public.

On a cherché à combler un vide et ce sentiment de vide soudain nous revient encore plus intensément d’autant semble t’il qu’on aura essayé de ne pas en tenir compte, de le fuir par tant de moyens que désormais on considère vains.

De là à s’enfoncer plus avant dans la solitude, la folie, à vouloir regarder en face cet effroi que le vide nous inspire, dans une révolte qui elle aussi est muée par l’extrême, c’est une façon logique de vouloir s’accrocher à cette idée étrange d’absolue.

Je parle de la peinture mais ce serait tout aussi valable pour de nombreuses activités humaines. Ce pourrait être le voyage, s’adonner à l’opium, à la poésie, au bricolage ou au sexe. Derrière le visible de toute notre agitation se dissimule un invisible, les mille visages de l’absolu ou de l’amour puisqu’il faut bien dire le mot.

Aucune action ne peut s’effectuer sans provenir simultanément du vide de l’absolu et de l’amour. Ce sont trois termes qui désignent une seule et même puissance.

Donc plutôt que de s’agiter à vouloir fuir une idée souvent erronée du vide comme du plein, laisser filer ces idées là est probablement salutaire.

Accueillir le vide comme un ravin à traverser pour se rapprocher de la source, accepter l’éblouissement d’en être sorti et de pouvoir la contempler. Comprendre que ce deuil est notre deuil de l’absolu qui renforce d’autant sa présence, son intimité…qu’il ne cesse pas d’être toujours là surtout dans les moments où le manque est le plus aiguë.

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