2. Que la lumière soit

Rêve ou réalité ?

C’est la nuit, la maison est tranquille. Je viens de descendre à l’atelier pour fumer une cigarette et je contemple le désordre dont je me suis entouré comme d’habitude. Depuis quelques jours ce désordre m’est incompréhensible, il ne me semble plus nécessaire comme avant.

Je peux imaginer un espace désormais totalement différent, un lieu où à chaque fois que j’aurais besoin de quelque chose je saurais immédiatement à quel endroit le trouver.

J’avoue avoir fait de nombreuses fois l’inventaire des solutions qui pouvaient s’offrir pour créer la clarté. Aucune n’a tenue plus de quelques jours.

Aujourd’hui je crois comprendre la raison véritable pour laquelle le désordre revient sans relâche. Il me sert à la fois d’entrave et de protection. Il est cette habitude que j’ai installée faute de mieux, tout simplement parce que je ne sais pas demander d’aide. Parce que depuis toujours je me considère comme l’unique responsable de mon désordre.

Et donc par cette même logique je pense être aussi le seul qui puisse être apte à créer l’ordre, à réparer ce que je nomme le laisser-aller, le désordre de ma vie comme de mon atelier.

Cette tentation de créer un ordre, je sais déjà à quel point elle sera vouée à l’échec si je ne compte que sur mes seules ressources. Si je continue à vouloir être ce vieux con orgueilleux et soi disant savant dont je ne cesse d’entretenir l’image à mon propre regard.

Hier en me rasant durant un bref instant j’ai aperçu mon reflet vaciller à la surface du miroir. J’ai soudain vu un jeune homme en pleine vigueur qui me souriait. une Image loufoque que j’ai immédiatement chassée de mon esprit en me traitant de benêt.

J’ai répété ce mantra de la vieillesse , avec plusieurs références aux trains qui déraillent, à des choses qui autrefois étaient sensées tourner rond muées par de pauvres vues d’esprit.

Je fume ma cigarette en repensant à cette lassitude qui s’est emparée de moi et qui a répudié les rêves.

Je fume ma cigarette en observant méthodiquement chaque ilot du désordre.

Je ne fais qu’observer, rien d’autre, je me dis que ce n’est même plus la peine de m’accabler. Les carottes sont cuites, tu te diriges vers la fin accepte le et observe. Voilà ce que je me dis.

C’est à ce moment là que je me suis senti soudain totalement différent. D’un seul coup j’ai trouvé le gout de la cigarette absolument immonde et j’ai écrasé celle-ci dans un cendrier plein déjà à ras-bord.

J’ai regardé le grand mur blanc face à moi sur lequel j’ai peint un carré de toile 70 x70. J’ai éprouvé une envie de rire soudaine. Et le rire qui m’a soudain secoué a du produire quelque chose.

Je n’avais plus aucune douleur nulle part soudainement. Je me suis même senti joyeux tout à coup sans raison. Un jeune homme.

—Je suis un jeune homme j’ai dit tout haut.

La chatte a dressé une oreille et s’est retournée, elle semblait acquiescer en miaulant.

Et puis j’ai eu soudain cette intuition qu’il suffisait peut-être de prononcer tout haut ce que l’on voulait pour créer quoique ce soit. Chose que je me suis toujours interdit de faire étonnement en cette vie.

Je me suis bien sur demandé si j’étais en train de devenir complètement maboul.

Etais-je en train de rêver tout bonnement, un de ces rêves gris et stupides comme j’en traverse tant en tant que jeune vieillard ?

Et tout à coup j’ai entendu cette phrase que j’avais apprise sur les bancs du catéchisme.

— Que la lumière soit !

Qui n’est dans le fond qu’une demande effectuée à haute voix par le Verbe lui-même. Une prière à mon humble niveau désormais alors que longtemps j’ai pensé qu’il s’agissait d’un commandement.

Ce qui change tout.

Ce qui permet de passer d’un cauchemar au rêve et du rêve à la réalité que l’on désire finalement.

Que la lumière soit

c’est bête quand on y pense, surtout dans cette époque de boutons poussoir où on allume et éteint des pièces et des villes sans y penser.

Je me suis dit que j’étais peut-être prêt, enfin, à demander vraiment quelque chose désormais.

Et c’est paradoxal d’avoir ce genre de pensée au moment même où je sens que je n’ai plus vraiment besoin de grand chose, à part un peu de clarté et cette envie de voir disparaitre le désordre.

Enfin, après avoir relaté cette petite expérience qui m’a bousculé dans toutes mes certitudes, j’ai décidé d’aller me coucher et de m’endormir sur une nouvelle demande.

Plusieurs fois j’ai murmuré tout bas :

—Qui suis-je ?

Avec cette étrange confiance que je remarque m’envahir en prononçant ces mots, une confiance proche de la plus folle des certitudes.

Mais cette fois je balaie mon envie de rire. Je me sens tellement paisible.

Et voilà exactement comment je me suis endormi comme un petit enfant certain du lendemain.

Photographie de mon atelier vu au travers de vitres embuées.

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