20.Régénération du vide

Mermaid Réalisé dans le cadre de la Triennale d’Aichi de 2010. 300 x 1 600 cm. Poudre à canon sur papier japonais (washi). © Cai Guo-Qiang (Photo : Izumiya Gensaku)

Quand l’empathie tourne à vide il convient de s’intéresser à la fois à ce que signifie l’empathie comme à ce que signifie le vide. C’est à dire à la façon dont chacun de nous se hâte plus ou moins de combler l’espace offert par ces concepts .

Lorsque nous éprouvons une sensation de malaise celle-ci provient la plupart du temps d’un trop plein. Nous avons la certitude d’avoir comblé quelque chose et pourtant tout concorde à nous signifier que nous sommes toujours aussi vide.

Ce paradoxe entre perception et impression nous propulse dans des fréquence basses de l’être, là où des milliers d’entités ne se gênent pas pour fondre sur nous comme la misère sur le pauvre peuple.

A de telles occasions une possibilité de régénération existe où nous pouvons recréer de l’espace.

Je me réveillais soudain en ayant la sensation d’avoir beaucoup œuvré durant mon sommeil. Comme si j’avais manipulé à vitesse supraluminique tous les éléments constitutifs de milliers de rêves. Un gigantesque puzzle de milliards de pièces aurait tout à coup défilées devant la tribune de mon discernement, qui lassé, aurait abdiqué soudain pour laisser à un nouveau rêve la possibilité de naître.

En me réveillant j’eus ce réflexe de faire un pas de côté, la lame d’un long sabre effleura ma joue et j’en profitais, toujours mué par l’intuition issue elle-même d’une longue habitude, pour porter l’estocade à l’adversaire inconnu.

— Excellent ! Maria bat des mains Tu es enfin revenu parmi nous. Café ou thé ?

Bizarrement j’eus envie d’un thé.

— Alors raconte dit Hildegarde tandis que je prends mon temps pour savourer le breuvage brûlant.

Mais j’ai décidé de ménager le suspens. Je les regarde toutes deux tranquillement et continue à me concentrer sur le gout du thé.

— Il le fait exprès lance une voix, et il me semble reconnaitre celle de Pablo.

— l’attente est comme un sexe fatigué des grottes qui tente d’espérer dans la moiteur des étoiles déclame de façon burlesque Salvador

Tous ces mots je les entends, je peux les comprendre, mais je les laisse passer en me concentrant uniquement sur la sensation de mes mains posées sur la tasse, sur la sensation du liquide qui glisse en moi et se mêle à mes humeurs. Rien ne me parait plus évident que cette attention à ce que je suis en train de faire plutôt que de penser, d’imaginer.

— Stop reculez tous dit alors Maria, je comprends ce qui se passe. Il a atteint un nouveau palier il est en pleine régénération du vide, il faut lui foutre la paix. Nous reviendrons vers lui un peu plus tard.

Peu à peu les voix s’éloignèrent et avec elles la sensation de familiarité étrange dont j’avais pris conscience. Puis je me rendis à l’évidence, j’avais la possibilité de déplacer cette sensation, de la faire reculer dans l’espace comme pour lui insuffler l’impulsion d’un mouvement. Enfin je la laissais vagabonder désormais emportée par l’unique conséquence cinétique de mon intention. Je la suivis ainsi durant un instant puis je la vis disparaitre aux confins d’un immense vortex, dont la forme était le zéro.

Je n’éprouvais pas d’émotion particulière. A peine fus-je étonné de ne pas éprouver le moindre étonnement. Puis je me concentrais à nouveau sur la place que j’étais sensé occuper moi-même dans cet espace que je n’eus aucune peine à réduire à l’infiniment petit d’un point.

Je me retrouvais alors dans un immense palais. Face à moi un chevalet et un magnifique paysage dont je compris immédiatement être l’auteur.

Une voix que je sus être celle d’un empereur chinois m’ordonnait quelque chose dont je ne saisissais pas le sens.

Alors je vis le petit tas de peinture noire sur le rebord de la palette. Je trempais mon pinceau dans celui-ci

Puis je peignis une porte dans le paysage, une porte qu’il me fut facile d’ouvrir, et qu’au travers de laquelle enfin je pénétrais.

Puis que je pris grand soin de refermer soigneusement derrière moi avant de me retourner pour faire face à l’immensité nouvelle du néant que j’allais de nouveau rencontrer devant moi.

Bien qu’il n’y eut ni pétard ni flonflon j’eus soudain la nette impression de me retrouver face à l’impromptu. En l’occurrence la trace au sol d’une sirène gigantesque laissée là comme un indice à suivre pour le pèlerin du cœur.

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