26. L’invention de l’équipe.

Souvenir d’enfance acrylique sur panneau de bois 20×20 cm

Hier dans le temps me revoici comme professeur face à un petit groupe d’élèves. Etonnamment le groupe est limité. Quatre personnes seulement. Aussitôt le programme de culpabilité et de mésestime se met en marche.

C’est de ma faute forcément si certains ne sont pas là. Je ne suis pas un bon prof, ce que je propose est trop abstrait. Je suis beaucoup trop exigeant. Je ne pense qu’à moi et à ma vision de la peinture, bref j’emmerde pas mal de gens qui viennent ici seulement pour prendre un peu de bon temps.

Quand j’observe le tsunami des reproches que je m’effectue à moi-même, je sors fumer une cigarette sur le perron.

Temps mort.

Puis je reprends mes esprits, je me fie à ce qui me traverse.

Bien aujourd’hui nous allons travailler sur le thème de l’accumulation.

Regardez autour de vous et en vous comment les choses finissent par s’accumuler, nous envahir, nous étouffons. Explorons ça. Evidemment j’ai oublié d’apporter de la documentation mais c’est assez simple vous n’avez qu’à fermer les yeux et observer.

Il y a deux choses importantes dans ce thème. Prendre conscience de l’accumulation est une chose, puis trouver des relations entre les objets, les formes accumulées sur la feuille de papier. Et c’est en établissant ces relations que de nouvelles formes pourrons se laisser entrevoir.

Alors s’opère un travail de « vidage ». On épure tout ce qui parasite cette nouvelle image entrevue grâce à la relation crée entre des objets apparemment hétéroclites.

De façon pratique on ne travaillera qu’en noir et blanc pour la première partie puis avec une seule couleur pour la seconde phase. On n’utilisera le blanc et le noir comme additif à la couleur qu’à la fin si besoin.

Le médium c’est l’eau. Créez des valeurs seulement avec du pigment de l’eau, travaillez par couches fines, accumulez les couches successivement pour atteindre l’intensité souhaitée ou nécessaire.

Ces mots je ne fais que les restituer aussitôt qu’ils arrivent à l’esprit.

Le temps semble suspendu.

Tout le monde se met au travail avec les quelques indications fournies. je suis là pour donner des conseils, je vais de l’un à l’autre, encourage, guide, propose.

Je m’aperçois que certaines choses ne sont pas encore comprises. La notion de contraste, de valeurs, de plan.

Pourtant je l’explique à chaque stage, à chaque cours… Est-ce que cela vient de moi ? Est-ce que j’explique si mal que ça ?

C’est J.M qui me réveille de ma torpeur culpabilisante.

— C’est drôle ce que tu dis, parce que tu le dis à chaque fois mais j’ai l’impression de n’en comprendre qu’une toute petite partie à chaque fois. ça ne vient pas de toi, je sais que ça vient de moi.


Un autre dit c’est vrai pour moi c’est pareil. Et un autre encore.

En fait tous sont d’accord pour déclarer qu’ils n’arrivent pas à saisir tout d’un seul coup, que c’est comme une prise de conscience progressive. Et tous disent ça vient plus de nous que de toi.

Ce qui me rassure bien sur. Et m’interroge aussi.

Je peux percevoir tous leurs blocages. Intuitivement je sais ce qui cloche. Je peux guider, conseiller, débloquer en indiquant. Mais je n’ai pas le pouvoir d’accélérer le temps de la compréhension, le temps de la connaissance.

Méta position.

Je suis un élément parmi d’autres. Nous formons une équipe. Peu importe que j’ai dans cet événement le rôle de prof. tout le monde est logé à la même enseigne quand il s’agit du mystère.

J’ai donc moi aussi quelque chose à apprendre par le fait même que j’ai le rôle d’enseigner.

Apprendre surtout à trouver les bons mots, les métaphores, les flèches qui « en même temps » atteindront toutes les cibles.

Le cœur de l’équipe.

Comment l’équipe prend t’elle conscience d’être une équipe ?

En dessinant et peignant nous échangeons sur les événements de l’actualité. Le covid qui repart, les élections pestilentielles, la guerre en Ukraine. Nous avons tout cela à vider, toute cette accumulation de calamités.

Le fait que nous ayons cette envie de peindre pour nous vider aussi l’esprit n’est pas quelque chose à prendre à la légère.

A un moment je ne peux pas me retenir de dire que de grandes choses se préparent. Je suis presque horrifié de me l’entendre dire, mais comme pour la peinture je ne m’oppose pas.

Une grande flotte extraterrestre est en marche je dis.

Je pense qu’ils vont éclater de rire. Pas du tout. Et je m’aperçois que tout à coup les langues se délient, tous plus ou moins ont le même genre d’intuition. Ce qui n’aurait pas pu arriver si le groupe habituel avait été au complet car on aurait botté en touche, plaisanté, et finalement nous serions revenu à des discussions classiques, de celles que l’on rencontre dans ce genre de stage habituellement.

Il y a eut un échange véritable, et tous nous avons été surpris par le fait que le temps nous manquait. Pourtant nous avons passé 4 heures ensemble.

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