31. L’humour et les montgolfières.

Comme j’habite près d’Annonay, je fais régulièrement ce rêve dans lequel je monte dans une montgolfière. Son enveloppe est fragile toute constituée de papier. Et pour s’élever, pour dépasser les obstacles que forment les collines, les monticules, parfois la flamme du réchaud ne suffit pas, il faut lâcher du lest.

Et voici justement ce qui m’arrive. La bonbonne de gaz est probablement vide et j’ai déjà jeté par dessus la nacelle quantité de sacs de sable.

Que pourrais-je trouver encore pour alléger mon vaisseau ? M’élever plus haut ? Foncer droit vers les étoiles ?

Salvador est ravi, les deux brins de sa moustache laissent dans l’air une fragrance parfumée presque palpable.

— Plus haut dit-il, encore plus haut ! Mais qu’attends-tu ? Jette encore du lest !

Je regarde le plancher et il n’y a plus rien à jeter. Je le regarde avec un air déconfit. Mais il semble ignorer mon désarroi. Il sourit les yeux rivés vers le haut. On dirait une peinture religieuse. Et soudain je crée une sorte de collage imaginaire dans lequel je place sa photographie à la place du visage de Mona Lisa.

—Ton humour nous fait perdre de l’altitude dit-il soudain en me regardant de haut.

Ce qui me fait rapetisser. En contre plongée j’essaie de me raccrocher à ses moustaches pour m’indiquer l’heure, assez précise normalement. Mais là je m’aperçois que les aiguilles sont devenues folles. Les brins de sa moustache font des moulinets.

— Vite imbécile on va s’écraser ! il dit calmement.

Mais comment faire pour balancer mon humour ? C’est sur qu’il ne va plus rester grand chose de moi après cela, je pense.

— Tout le contraire de ce que tu penses justement me dit Salvador qui lit bien sur dans mes pensées.

Ses yeux roulent dans leur orbites et j’aperçois dans leur brillance la jeune fille à la perle. Je peux encore zoomer un peu plus pour examiner l’image à la surface de la perle et je me vois : un tout petit bonhomme grimaçant. Merde, quel rêve à la con !

A peine ai je dit ces mots que j’entends le bruit du moteur, caractéristique d’un Messerschmitt abattu.

La nacelle s’incline dangereusement, Salvador s’agrippe à un filin avec un calme olympien tandis que je roule au sol d’un bord l’autre de notre embarcation.

— Jette ton humour fais moi confiance et je te refilerai un petit bout de chocolat pour te consoler promis.

Je ne savais pas Salvador si proche parent des arracheurs de dents.

Jeter mon humour ? mais ce serait la fin de tout, je ne serais plus rien, une larve, un ectoplasme je pense.

Et aussitôt je me transforme en larve évidemment. Du moins j’ai cette pénible sensation d’être devenu à la fois blanc, minuscule et de m’agiter fébrilement. Un asticot ni plus ni moins.

—Dernière chance avant de s’écraser me lance Salvador toujours très digne.

Est-ce qu’un asticot peut encore se risquer à faire de l’humour je me demande… Et à travers les lattes de bois du plancher je vois les champs de colza se rapprocher de plus en plus vite. J’admire le jaune bon sang qu’il est intense, qu’il est beau. Une vraie fascination !

Mon petit cœur bat dans ma petite poitrine d’asticot. Je suis captivé totalement pas la beauté de ces jaunes. Et au même moment j’ai la sensation d’une bulle de champagne qui sort de ma tête et reste un instant face à moi en suspension comme si elle m’étudiait . Je souffle dessus comme si c’était une bulle de savon. Elle sort de la nacelle et disparait dans le jaune du colza.

—ça y est Salvador, j’y suis arrivé !

Salvador me regarde, moustaches 11h11 il cligne de l’œil, puis tourne son visage vers le soleil, je ne vois plus que son profil, je suis la direction de son regard là haut moi aussi et je vois la belle Gala qui ressemble comme deux gouttes d’eau à ma Maria.

Je fais woua ! Et là bien sur la montgolfière s’élève , je peux la voir s’élever désormais étant donné que j’ai été déposé au beau milieu d’un champs de colza.

Durant un petit instant je me demande si je rêve encore mais rien n’est moins sur. Car tout est si intense ! Plus intense encore que dans la réalité. C’est à ce moment où le doute s’installe que je vois arriver une énorme boule blanche comme dans le feuilleton « le prisonnier ».

Elle me saute dessus et me phagocyte. Et là paf évidemment je me réveille pour de bon avec la sensation désagréable d’avoir encore une fois de plus raté un tableau.

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