32. Les âmes coincées

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Je les vois depuis toujours. Elles surgissent à l’improviste dans mon champs de vision. Cela peut se produire à n’importe quel moment de la journée. Ce sont des silhouettes. On les voit mais on n’en tient pas compte. Ce sont à l’instar des figurants d’un film des éléments du décor qui servent à renforcer sa véracité.

J’ai mis un moment à comprendre de quoi il s’agissait. Ce sont les âmes coincées dans ce monde qui n’arrivent pas à trouver la sortie. Beaucoup parmi elles ne savent même pas qu’elles sont des âmes égarées. Elles ne savent même pas qu’elles ont quitté leur corps. Que celui-ci pourrit sous la terre, est devenu ossements, depuis des années, parfois mêmes des siècles, des millénaires.

J’ai cependant toujours porté une attention à ces silhouettes quelles qu’elles soient. Oh pas une attention aigue bien sur. Il ne me venait pas à l’idée de les aborder, de tenter de connaitre leur histoire dans le menu.

En revanche il m’est arrivé par simple politesse d’échanger quelques propos sur le temps qu’il fait, sur le prix des marchandises dans les rayons d’un supermarché, ou encore de répondre à une question simple qu’ils se posaient tout haut sur leur orientation dans la ville.

Je ne suis jamais étonné lorsqu’on m’aborde ainsi dans la rue pour me demander un renseignement. C’est bien ce qui m’étonne.

Depuis que je sais que ces âmes égarées existent et qu’elles ne cessent de vouloir entrer en interaction avec les vivants, plusieurs fois me sont venues des sueurs froides.

Je me suis évidemment demandé si je n’étais pas une des âmes égarées également.

Je n’en parle jamais avec les gens qui m’entourent. Je veux dire je n’ai pas trouver de moyens fiable de vérifier l’authenticité de mes propos.

Ce n’est pas par peur que l’on se moque de moi, que l’on me prenne pour un hurluberlu, ou un fou. Non, c’est que je n’y pense pas tout simplement. Je m’y suis tellement habitué à ces âmes perdues que j’imagine que tout le monde peut les voir aussi nettement que moi je les vois.

Ce qui n’est après tout pas si certain que ça.

Le pire serait d’imaginer que tous les gens qui m’entourent et moi-même sommes tous des âmes égarées.

Ce serait des conversations de sourd en quelque sorte. Et on ne se rendrait même pas compte de notre égarement mutuel.

On continuerait de penser que nous sommes tous vivants alors que nous sommes morts depuis des milliers d’années.

Ce qui me rappelle l’expérience du chat de Schrödinger. Peut-être sommes nous dans la même expectative, celle de savoir enfin, avec certitude, si nous sommes vraiment vivants ou vraiment morts.

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