40. Qu’est ce que l’oubli ?

Hier soir je me suis endormi en me centrant sur mon cœur, j’ai remonté de longs couloirs, des corridors, des artères et des venelles en m’abandonnant au lacis de cette géographie étrange, en étant certain pour une fois d’arriver quelque part. C’est dans cette quête que le sommeil m’a pris, et au matin je n’ai que de très vagues souvenirs, des impressions tout au plus.

Je ne suis pas fatigué pour une fois. Au contraire. C’est comme si j’avais refait le plein d’énergie. En étant attentif je pourrais mettre cette sensation confortable sur le dos d’une bonne nuit de sommeil mais mon instinct me dit qu’il y a autre chose.

Comme si j’avais assisté à une réunion et que de nombreuses âmes m’avaient visité heureuses que j’ai décidé d’accomplir un bout de chemin en me laissant guider par mon cœur.

Et ce qui est étrange c’est qu’au moment où je m’installe à mon bureau, que j’ouvre ce traitement de textes, les mots me viennent spontanément tout comme les souvenirs qui les accompagnent. Comme si l’écriture était un portail par lequel je parviens à dissoudre l’oubli.

En même temps je n’ai pas encore accès à tout, je sens bien que l’on ne me propose que certains accès au fur et à mesure de ma progression dans le texte. Et que la patience, l’écoute sont requises sans être malgré tout obligatoire.

C’est dans cette marge de manœuvre entre réalité et fiction, humour et gravité que je comprends posséder un véritable libre arbitre.

Je pourrais parfois penser que les phrases me sont dictées mais si elles le sont ce ne peut être que par une version de moi-même qui en sait sans doute bien plus long que moi je n’en sais.

Je ne sais dans quel espace temps se situe cette part à l’œuvre dont j’ai parfois la sensation de n’être qu’un instrument.

Je le sais et je ne le sais pas dans un même temps. Dans l’instant.

Il n’y a que lorsque je pense à une continuité, à un développement linéaire du récit que j’oublie quelque chose, et cet oubli est nécessaire. Comme si rien ne pouvait s’effectuer sans lui.

Parfois je me dis que la poésie correspondrait mieux à cette orgie de textes que je ne cesse d’écrire.

Peut-être est-ce le but dont le moyen est cet écoulement premier d’ encre, comme un gâchis dont se servent les maçons pour ériger de simples demeures.

Lorsque j’écris je suis en phase avec un instant immense et ce que je nomme l’oubli n’est qu’un des nombreux personnages du roman, il possède une fonction spécifique comme chacun des personnages de celui-ci. Il n’est juste qu’un mot un nom , mais sa nature n’est pas celle de l’absence, tout au contraire, c’est bien plus un excès de présence qu’il me faut apprendre à comprendre, à équilibrer comme on équilibre un instrument de musique en l’accordant.

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