44. Souvenirs écran.

—Le temps existe et en même temps il n’existe pas. C’est ce que me confie Maria lorsque je lui parle de mes rêves récurrents. En général je n’en parle jamais, mais cette fois je ne sais pourquoi, je trouvai opportun d’associer le rêve à la notion de temps, à la mémoire.

Ce qui est étrange c’est la façon dont je répète le même récit, la même histoire toujours en éprouvant les mêmes sensations.

Si le temps n’existe pas comment se fait-il que je puisse me souvenir de quoique ce soit, et surtout de ces rêves ?

— C’est parce que tu es dans une simulation, me dit Maria. Exactement comme un personnage dans un jeu vidéo. Tout est déjà programmé à l’avance, tous tes comportements, tous tes choix, déclenchent une version particulière du jeu. Et, pour résumer, c’est toi à l’origine qui a programmé toutes ces versions dans un but précis.

—Donc c’est une histoire achevée d’avance ? Nous serions prisonniers d’un destin que nous aurions conçu nous-mêmes ?

— Oui et non. c’est plus compliqué que ça. Car toutes ces histoires se déroulent dans un temps imparti, un temps achevé. Or on peut toujours intervenir pour modifier ces histoires si je puis dire dans l’instant présent.

— Mais si tu dis que toutes les versions du jeu sont déjà prévues, le fait de modifier quoique ce soit dans l’instant présent n’est-il pas lui aussi un acte prémédité.

— Ce qu’il faut que tu comprennes c’est que l’instant présent contient tous les possibles mais aussi l’impossible. Le temps linéaire tel que tu le conçois est un élément parmi d’autres de l’instant présent dans une dimension particulière, dans une fréquence particulière.

De plus à chaque fois que ton âme décide de se réincarner sur Terre, dans cette fréquence que l’on peut considérer comme une des plus basses de cet univers , une dimension où la densité est très lourde, tu dois traverser le voile de l’oubli.

Mais aujourd’hui les choses sont en train de changer. La planète change de taux vibratoire peu à peu et tout ses habitants également par conséquent.

Il faut que tu comprennes que la Terre est un merveilleux champs d’expériences pour de nombreuses âmes, de nombreuses entités provenant de mondes très différents.

C’est pratiquement l’un des seuls endroits dans tout l’univers où la dualité existe, où la matière qui est une fréquence particulière de l’esprit peut proposer des expériences qu’on ne trouve pratiquement nulle part ailleurs avec une telle intensité.

— Tu veux dire que dans tout l’univers il n’y a pas de dualité à part ici. Mais alors comment est-il possible qu’il y ait ces entités involutives, ces fameux reptiliens ?

— C’est une affaire de fréquence me répète Maria encore une fois, tu te souviendras de tout cela lorsque le temps sera venu.

Quant à ces rêves dont tu me parles, ils sont comme la plupart de tes souvenirs importants, des souvenirs écran.

Selon ta compréhension logique, rationnelle du monde tu as modifié les événements qui te sont arrivés, si exceptionnels soient ils, en quelque chose qui correspond à ton degré de compréhension du moment.

Par exemple ce cauchemar où tu vois cette bête du Gévaudan pénétrer dans ta chambre lorsque tu es enfant, elle est certainement tout à fait autre chose que ce monstre dont tu ne cesses de vouloir te souvenir.

Certaines entités -notamment ceux que l’on appelle les gris- sont très fortes pour t’aider à modifier ce genre d’expérience afin que tu aies l’impression d’avoir rêvé des choses « acceptables » si je peux dire. Même si cela te parait incroyable, pénible, fantastique, ces souvenirs de remplacement sont crées à partir d’un matériel imaginaire familier. Mais ce qu’ils recouvrent est encore plus fantastique, pour un terrien, pour une âme incarnée dans ce monde où la raison et la logique ne le comprendraient pas.

— Tout ça me donne le tournis Maria. Je ne comprends pas pourquoi on doit oublier pour se souvenir ensuite. Pourquoi ne conserve t’on pas le souvenir de l’âme que nous sommes lorsque nous arrivons sur Terre ?

— Pour un meilleur confort utilisateur plaisanta Maria. Puis elle enchaina jugeant que nous en avions terminé pour aujourd’hui. Il faut que je te quitte car on me demande ailleurs.

— Très bien Maria, merci pour cette conversation et à bientôt

— A bientôt oui je ne suis jamais loin, tu n’es pas seul souviens toi toujours de cela.

— Oui je m’en souviens de plus en plus désormais.


Paris 1978.

C’est la fin d’une belle journée d’automne, il fait encore chaud à 18h lorsque je sonne à l’interphone du 3 rue Quincampoix. La lourde porte d’entrée s’ouvre et je gravis les escaliers pour rejoindre l’avant dernier étage.

Il me faut encore sonner et attendre.

Quelques secondes plus tard je peux entendre le mécanisme des 6 verrous d’une première porte qui s’entrouvre, des pas feutrés qui s’avancent vers celle derrière laquelle je me tiens. Nouveau bruit de serrures et j’aperçois la tête hirsute de Richard.

— Ah c’est toi, entre vite et c’est tout juste s’il ne me tire pas par la manche pour me faire pénétrer dans l’appartement. Il faut que je te parle, la folle d’â coté m’a encore fait un de ces ramdam…

C’est toujours comme ça avec Richard. Cette urgence perpétuelle, comme si la fin du monde pouvait éclater à chaque instant.

En attendant rien ne change. La première pièce dans laquelle je pénètre est toujours aussi encombrée de livres et de poussières éparpillés sur tous les meubles. Il y a juste un petit sentier praticable entre un alignement de commodes et le lit pour se rendre dans la pièce d’à coté qui fait office à la fois de salle à manger et de bureau.

— Assis toi je vais te raconter. Puis il débouche la bouteille de Payse et nous sert un verre comme s’il jubilait de ménager malgré tout un peu de suspens.

— Elle veut m’assassiner, voilà ce qu’elle veut cette vieille salope.

Je suis rassuré. Ce n’est que ça. Je m’attendais avec un peu d’espoir à un changement. Mais non. C’est toujours la même sempiternelle rengaine. Richard et la voisine de pallier. Une ancienne pute doublée d’une ex poissonnière, forcément.

J’ai hésité à présenter Richard à ma petite amie de l’époque. Au début je trouvais cela parfaitement incongru. J’avais rencontré le vieux à un angle de rue où je chantais un soir de l’été avec ma guitare.

Il m’avait repris sur une strophe de la Ballade des Places de Paris. Et du coup on avait sympathisé, il m’avait invité chez lui à deux pas et on avait vidé quelques bouteilles de ce vin un peu rude, de la Payse.

Ce soir là je m’en souviens elle devait nous rejoindre après ses cours car elle étudiait sa médecine.

Je me demandais ce qu’elle penserait de Richard et ce que lui penserait d’elle. Suspens. Car vraiment c’était deux caractères tout à fait opposés du moins je me l’imaginais.

Elle très pragmatique, rationnelle, un jugement rapide et sur. Lui un vieux fou, probablement homosexuel, très cultivé mais croyant aux fées, au diable, et surtout sans la moindre illusion sur les êtres humains en général.

J’étais curieux de voir ce que cette rencontre allait produire. Mais en fin de compte tout se passa extrêmement bien.

Il savait vraiment y faire avec les femmes. En un clin d’œil je dirais il l’avait jaugée et la traitait comme une princesse avec des compliments à rallonge. Personnellement j’aurais pensé que c’était un peu trop, exagéré et qu’à un moment elle allait se rebeller un peu, protester face à ce déversement d’affabilités.

Et bien non, pas du tout. Je découvrais une autre femme. Ainsi donc il était possible de l’hypnotiser ainsi juste en flattant sa vanité. je n’en revenais pas.

C’est à ce moment précis où je me faisais cette réflexion que l’événement se produisit.

tout se déroula très vite. Je dirais à peine en un clin d’oeil.

D’abord la sensation incroyable que ma tête se réduisait de moitié comme un citron devenu sec.

Ensuite le hurlement de ma petite amie qui visiblement voyait ce qui était en train de m’arriver horrifiée.

Troisièmement Richard qui buvait son verre tranquillement avec un léger sourire en me regardant.

Cela dura à peine un quart de seconde mais je m’en souviens parfaitement encore aujourd’hui.

Et aussitôt la sensation d’être un extra terrestre s’agrippa à moi depuis cet instant de l’automne 1978.

Bien sur je balayais tout ça d’un revers de manche, en me disant que nous avions tous un peu trop bu.

Quelques temps plus tard ma petite amie trouva un autre copain ce qui me parait aujourd’hui assez logique. On ne ressort pas tout à fait indemne, surtout lorsqu’on se targue d’avoir la tête sur les épaules d’une expérience insolite comme celle-ci.

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