49. Frères galactiques

Le lendemain après Pâques je me réveille avec la gueule de bois. Bien que je n’ai bu aucune goutte d’alcool. Je pense à ce roman que je suis en train d’écrire et je me demande ce que j’ai bien pu faire pour que rien de bon ne vienne ce matin. Comme si j’étais lourd, embourbé dans une suite d’empêchements.

Auparavant je mettais cela sur le compte de la fatalité, ou d’une dépression chronique, ou encore d’un manque d’estime pour moi-même. Cette sensation perpétuelle qui me revient depuis l’enfance d’être nul, de n’avoir nulle part droit à une place.

Mais je ne peux plus penser ce genre de choses à présent. J’ai cette responsabilité désormais de comprendre ce qui provient de moi et ce qui désormais doit être considéré comme une attaque extérieure.

Je sais que ça va paraitre fou pour bon nombre de personnes mais la magie noire existe. Je n’ai pas d’autre mot pour qualifier ces attaques. Et peu importe d’ailleurs. Tout ce que je sais c’est qu’il faut que je me recentre profondément dans mon cœur, dans ma mémoire pour retrouver la paix et repousser l’Ennemi.

En même temps je réfléchis et je ne peux m’empêcher de récapituler les différents événements.

Depuis le premier moment où j’ai osé parler de mes contacts extraterrestres et aujourd’hui presqu’un mois désormais c’est écoulé. De plus j’ai publié régulièrement tout ce qui m’était comme dicté sans m’attacher aux conséquences d’une telle divulgation. En me rassurant sur le fait que la plupart des gens qui liront cela penseront qu’il ne s’agit que d’une fiction.

Mais je n’ai pas pensé qu’en agissant ainsi j’allais forcément attiré l’attention d’êtres beaucoup moins bienveillants.

Je remarque également que la sensation d’empêchement est devenu plus concrète si je peux dire depuis que j’ai commencé ma série de petits tableaux qui porte le titre « Révélations ».

Je me suis même inscrit sur le réseau VK, le Facebook russe, pour les poster sans savoir pourquoi. C’est comme si j’avais été guidé là aussi. J’ai juste eu la présence d’esprit de ne pas mettre mon vrai nom cette fois-ci , d’utiliser un pseudonyme.

Autre élément perturbateur, et que j’aurais trouvé amusant il y a quelques semaines encore: Les emails répétés de ce prétendu Chaman qui me sollicite afin que je l’aide à soigner une louve géante malade, moyennant quelques euros évidemment.

Cela fait trois ans je crois que je reçois des emails de sa part. Je ne me suis jamais désabonné car je trouve ses récits, ses pages de vente si on veut, extraordinaires. Il sait manier l’empathie, le copywriting à la perfection. Il m’a même tellement épaté que je lui ai acheté un talisman une fois. Tout travail mérite salaire je m’étais dit.

Au delà de l’aspect risible de cette anecdote, j’en éprouve un malaise, un doute. Celui de douter notamment que je peux toujours faire front à tout seul. Y compris vis à vis des attaques de magie noire.

Le doute est quelque chose que j’ai toujours beaucoup respecté, et durant toute ma vie. Mais je me rends compte aussi que depuis le début de la rédaction de ce roman, je l’ai mis de coté. Comme si soudain le fait de sentir tous les voiles de la réalité se déchirer ne me permettaient plus de lui accorder la même importance.

Le doute est un pinceau qui a fait son temps je me suis même dit. Et c’est d’ailleurs pour cela que j’ai réalisé ces petits tableaux en grande partie avec des feutres à l’acrylique.

Cette certitude nouvelle est là avec dans son sillage de nouveaux dangers qui je le sens peuvent surgir n’importe quand. Et dont la détection demande une acuité liée uniquement au fait de rester centrer en toutes occasions.

Ce qui signifie une attention encore plus aigue, tout en restant détendu, tout en restant le même en apparence. C’est ce que j’ai toujours fait je m’en rends compte aussi étrangement sans le savoir vraiment.

Donc désolé pour toi Chaman si je ne t’ai pas aidé financièrement pour soigner la grande Louve, j’étais occupé sur quelque chose d’autre. Mais intuitivement je sais que ce que je fais par d’étranges chemins rejoint aussi le tien. Mon soin lui parviendra sans nul doute. Nous soignons l’invisible quoique on en dise ou pense tous les deux à notre façon.


Lausanne avril 2001

L’agence d’intérim me donne une nouvelle mission, aide-charpentier. On me demande si je ne suis pas sujet au vertige car je vais devoir travailler toute la journée sur les toits d’immeubles en construction.

Pas de problème je dis. Et me voilà tranquille surtout pour quelques semaines quant à l’argent.

C’est là que je vois Jim. Celui que j’appellerai l’Indien dans mon roman à venir, bien des années plus tard.

Au début il n’est qu’une silhouette parmi les autres. Quand on pénètre dans un nouveau groupe dans ce genre de mission on n’a d’attention que pour celui qui donne les ordres. C’est peu à peu que l’on commence à distinguer un peu plus les autres qui nous entourent. En demandant un coup de main, un marteau, des clous et en partageant aussi la pause déjeuner.

Mais Jim est sorti du lot presque tout de suite. Nous nous sommes reconnus bien qu’il n’y ait absolument aucune chance pour que nous nous soyons côtoyés ici dans cette vie.

Ce n’est pas le premier jour que nous avons pu discuter ensemble. Je crois que c’était le lendemain soir. On s’est retrouvé à boire une bière ensemble à la terrasse d’un petit café pour profiter des derniers rayons du soleil. Cela avait été une belle journée, on avait enchainé les mouvements les uns après les autres longtemps avant de sentir la fatigue.

C’est la réflexion que nous nous sommes fait en commandant nos boissons. Comme une sorte de préambule prudent.

Et puis assez vite Maria était intervenu. Elle nous avait fait retrouver la mémoire. Bien sur à cette époque j’ignorais qu’elle se nommait Maria. Elle ‘n’était que cette voix dans ma tête, qui souvent me guide pour relater les faits, m’aider à me souvenir. Je pensais plus que ce n’était tout au plus que de l’intuition ou encore mon imagination qui a toujours été débordante.

— C’est vrai que j’ai l’impression qu’on se connait aussi me dit Jim en souriant tranquillement. Il avait un magnifique visage, un visage de vieil indien je ne peux pas dire les choses autrement. Avec son nez légèrement busqué, sa peau parcheminée, ses rides creusées profondément pour les intempéries de la vie.

Mais curieusement je ne le considérais pas comme un vieux . J’avais alors la quarantaine et je le considérais de mon âge, voir même j’avais aussi l’impression que c’était peut-être moi qui était vieux tout autant que lui. Bref le temps ne nous séparait pas bien au contraire.

En fait il était québécois d’origine. C’est ce qu’il m’apprit et effectivement il avait des origines amérindiennes. D’ailleurs nous n’avions pas échangé beaucoup de mots jusque là et je découvrais son accent québécois presque en même temps. Ce qui eut pour effet de me le rendre je ne sais pas pourquoi encore plus sympathique encore.

Il y a quelque chose qu’il faudra que je creuse sur mon rapport aux accents, notamment le quebecois. A chaque fois mon cœur s’envole de l’entendre comme si je me sentais bien plus proches de ces francophones là que de tous ceux qui vivent près de moi.

Jim m’appris aussi qu’il peignait ce jour là ce dont étrangement je ne fus pas étonné.

Lorsque je lui demandais quel style de peinture il faisait, il m’appris qu’il faisait un mixte entre les symboles de la culture amérindienne et la science fiction.

— J’ai même des tableaux à moi qui sont exposés au musée d’Art brut ici , à Lausanne.

J’en restais baba, mais en même temps je ne peux pas l’expliquer, une part de moi trouvait ça naturel.

Je lui dit aussitôt ce qui me traversait comme j’ai coutume de le faire avec les gens que j’aime bien envers lesquels j’ai confiance. C’est assez rare pour être souligné.

— je savais que tu étais peintre, sans savoir pourquoi.

— Moi aussi m’avoua t’il en souriant.

Nous n’en revenions pas. Un recommanda une nouvelle tournée et durant un petit moment on ne dit plus rien, on regarde le soleil se coucher, la lumière lécher les façades des immeubles et les gens qui courent dans tous les sens devant nous sur les trottoirs pour rentrer chez eux.

C’est un moment hors du temps où nous sommes des éléments immobiles dans un univers où tout se déroule à l’accélérer.

Et soudain j’ai cette pensée qui doit provenir encore une fois de mon imagination, de mon intuition, ou de Maria.

Jim et moi nous sommes frères galactiques

Et je remercie la Providence secrètement.

— Oui remercions la me dit Jim à ce moment là comme s’il avait le pouvoir de lire désormais dans mes pensées.

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