58. La peste ou le choléra

— Il y a des réalités auxquelles tu ne peux pas échapper. Le second tour des élections présidentielles en ce dimanche d’avril par exemple.

Inlassablement Maria continue.

J’avais presque oublié ces élections durant toute la rédaction de ce texte bizarre.

A vrai dire ni l’un ni l’autre des deux candidats ne représentent mes idées. Je serais tenté de rester chez moi, de ne pas aller voter.

— C’est exactement ce que les reptiliens veulent me dit Maria. Que tu soies spectateur et non acteur !

— Oui mais bon Maria, voter pour la peste ou le choléra, merci bien, franchement quel intérêt ?

Dans un cas on s’en reprend pour 5 ans de galères sociales dans l’autre cas on risque une guerre civile. Peut-être même que de toutes façons, qu’on choisisse un camp ou l’autre ça finira inexorablement ainsi.

— Tu ne vas pas commencer à faire ta midinette Shanti. Rappelle-toi ! l’important est de choisir, puis d’agir. Ecoute ton cœur et agis. Et quelque soit ce choix ensuite, il te faudra l’assumer.

— Mais tout ça n’est qu’une farce démocratique, les jeux sont déjà fait d’avance Maria qu’importe celui ou celle qui sera élue ce seront toujours les mêmes qui tireront les marrons du feu. Le fric fait feu de tout bois et ce quelque soit les scandales, les révélations, que les médias veulent bien nous livrer comme on donne des restes à des chiens.

— Ne cherche pas à esquiver encore une fois avec des discours s’il te plait. Prends une décision et agis bon sang ! Tiens, juste pour t’aider un peu je vais te livrer quelques informations qui pourraient t’aider dans ton choix. Comme par exemple le fait que du coté de ta mère ta lignée humaine possède des origines juives.

— Quoi ? c’est drôle que tu me dises ça j’étais justement en train d’y penser. Dans un certain sens mon choix est déjà fait par ma propre histoire, dans mon sang, dans chacune de mes cellules.

— Donc fin de la discussion. Et puis imagine que demain tu te réveilles avec la vision de l’extrême droite au pouvoir et que tu auras aidé à y parvenir par cette accumulation de velléités citoyennes, imagine comment tu t’en mordras les doigts.

Tout cela faisait une sacrée mixture, un bordel fabuleux dans mon crane. Qu’est ce que ces élections venaient donc faire ici dans mon récit ?

— Dans un cas comme dans l’autre la guerre est inéluctable Shanti. Il va falloir te battre et te souvenir de qui tu es vraiment de toute urgence.

Aussitôt que Maria m’ait eu évoqué l’urgence je vacillais soudain. Je fus pris d’une migraine intense et attrapait la boite de doliprane.

Peu de temps après je m’allongeais sur le canapé du salon et fermais les yeux.

En toutes les langues montèrent des exhortations à la haine de l’autre plus ou moins bien déguisées. Hitler, Mussolini, Franco… c’était toujours du même tonneau, placer la peur au centre comme un totem, puis la nourrir sans relâche avec tout le combustible que l’on pouvait imaginer.

Je vis des gens arrachés de leurs foyer errer sur des routes s’élançant vers l’inconnu. Des bateaux qui se brisaient contre des récifs et dont tout l’équipage se noyait, je vis des meurtres à la pelle, des viols, des enfants qui pleuraient. Tout cela au nom de l’argent, tout cela au nom de la peur de manquer de ceux qui déjà en ont bien plus que nécessaire.

C’était insoutenable, d’une injustice à en crever.

Soudain je me vis dans un poste de pilotage en plein ciel, une sorte d’avion bombardier je crois, le copilote à coté de moi n’avait plus de tète, je voyais le sang jaillir de son cou et gicler sur le parebrise du cockpit. Nous avions du être touché car j’avais un mal de chien à conserver l’assiette de l’avion qui battait de l’aile, je mis un moment à comprendre que je perdais de plus en plus rapidement de l’altitude.

En jetant un coup d’œil de part et d’autres que vis que les moteurs étaient en flammes. Puis horrifié j’aperçus la surface de l’océan, sa surface bleue se rapprocher de plus en vite. J’ai juste eu le reflexe d’appuyer sur la manette pour m’éjecter

Un bruit infernal s’éloigne de moi, je suis stoppé net comme immobile tout à coup, suspendu dans les airs. J’aperçois tout en bas l’avion voler en éclats, et puis soudain un silence fracassant.

Lorsque j’arrive moi aussi à la surface de l’eau le choc est rude, je m’enfonce sous l’eau, j’effectue des efforts désespérés pour me libérer des sangles de mon parachute. L’eau est glaciale, il faut que je tienne bon. Il faut que je vive.

Je me réveille en sueur. Combien de temps s’est il écoulé à peine une demie heure lorsque je veux me fier à l’horloge que j’aperçois sur le mur de la cuisine. Alors que j’ai l’impression d’avoir vécu cet évènement sans un temps parallèle d’une durée difficile à déterminer.

La peste ou le choléra ? Quel maux choisir puisqu’il faut choisir. La question fantôme se représenta aussitôt.

Mais j’ai déjà choisis me dis-je, il y a de ça bien longtemps. Lève toi Shanti, lève toi et marche !

11 réflexions sur “58. La peste ou le choléra

  1. C’est tout à fait ça Patrick. La peste ou le choléra. C’est pourquoi j’ai voté blanc. Si nous sommes dans cette situation depuis quelques années au moment de voter au deuxième tour, c’est la faute de toutes les politiques menées jusqu’à maintenant. Alors qu’ils assument si le RN est élu un jour.

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