65.Puisque toi et moi ne faisons qu’un

Il faudrait que je trouve un nom à ce personnage, un nom pas trop gnangnan. Un nom qui dit ce qui est. On ne trouve pas ça sous le sabot du premier âne venu. Comment s’y prend JR TOLKIEN pour qualifier ses personnages de noms mélodieux ou carrément abjects ?

Il suffit de claquer des doigts, de le faire apparaitre pour lui poser la question. C’est évident puisque toi Tolkien, tel que je te connais et moi ne faisons qu’un.

Au 8 ème ongle, je retrouve mon humour. Je m’invente une nouvelle histoire, des protagonistes, des rebondissements. Disons que ça passe le temps, ça rompt avec l’ennui. On peut aussi éprouver de l’ennui sous la torture, exactement comme lorsqu’on baise ou qu’on bosse à la chaine.

C’est une relation figée avec le monde et ne pas savoir comment changer de jambe n’arrange pas les choses.

— je sais que tu me trouves désirable dit, pile poil à cet instant, SHRIKKK la reine des lézards.

Voilà qui est fait. C’est presque ridicule mais il vaut mieux être ridicule que de ne pas être, telle est ma devise. Et puis presque, parce que, comme le dit René Girard, cela rend le semblable plus monstrueux encore. Voilà pour la culture, une petite référence opportune.

Et c’est souvent par le ridicule que l’évidence s’amène.

Le ridicule c’est la citrouille qui devient carrosse jusqu’à minuit seulement car ensuite les carottes sont cuites. On perd son soulier de vair et on avance à cloche pied sous le regard embué du Prince, charmant ou pas. Mieux vaut pas.

— Aie ! je dis vous me faites mal espèce de gros plouc de Mengele. Et de rire du ridicule de ce aie. Et de me fendre la poire copieusement devant les yeux de lézard de SHRIKKK.

Mon esprit se lézarde déjà depuis tellement longtemps que je ne suis plus à une nouvelle fissure près.

De plus je suis tellement sensible aux ondes de tout acabit. Les vibrations du croupion ou du bas ventre notamment. Je ne sais comment je m’y prend pour les déceler, si dissimulées, si infimes soient-elles.

SHRIKKK se dandine, c’est évident, elle veut se farcir mon avatar, elle commence à me susurrer des banalités à l’intérieur desquelles sont lovées des mines anti personnelles prêtes à exploser si je tends un peu trop l’oreille.

Si je perds ne serait ce qu’une fraction de seconde l’attention.

Il faut que je respire voilà tout. Inspiration, expiration. Voilà, la douleur reflue et l’envie de baiser aussi par la même occasion. Entre deux respirations je me dissous, ridiculement, plus de roue pour le hamster. Juste l’examen neutre de la douleur et du désir et de ce ridicule qui me sert de bâton de berger.

Au cimetière du Père Lachaise le bon berger et ce vieil homme encore vert, aux sourcils très fournis qui sort son pipeau pour attirer les jeunes femmes.

Je n’y croyais pas même en voyant la scène. Un véritable sabbat en plein lundi à l’heure de midi. Elles l’astiquent copieusement devant la statue du bon berger avant d’aller derechef se frotter l’entrejambe sur Victor le Noir.

De quoi rester pâle.

Mais pas du tout.

La respiration encore une fois et hop. On se fait à tout ainsi. Entre deux inspires et trois pater noster.

Car l’envie de cierge n’est pas rare chez les coincées du cul j’ai remarqué. Quoique les autres puissent faillir tout autant. C’est sans doute quelque chose comme une fragrance dans l’air du temps qui les oblige à battre le briquet pour allumer l’érection de ces bâtonnets cireux.

Le fait aussi d’allumer un cierge à la flamme d’un autre. Je ne suis pas psychanalyste je peux donc sombrer sans culpabilité aucune dans une vision ( édulcorée attention les enfants) de gang-bang. Sexe et mysticisme, la frontière est fine.

Va t’on m’arracher un ongle de plus ou me détacher les mains pour les arrimer à une croupe reptilienne ?

Entre les deux mon cœur balance.

Ce petit bout de viande que j’ai entre les deux guiboles ne s’émeut même pas. C’est désormais mon Dalai Lama, mon Bouddha et mon Jésus. Je pourrais l’appeler mon « coi ».

Comme dans la phrase de Stevenson : mon oncle ne prêta aucune attention à mes paroles, se contentant de baisser la tête et de rester coi 

ça vous la coupe je sais.

Non mais quoi, ce n’est pas parce qu’on est fou qu’on est inculte. Faut pas pousser mémé dans les orties.

Une bonne soupe d’orties ça fait une éternité.

Merde le temps passe.

Respire.

Je pourrais faire 300 pages juste sur cette scène de torture, mettons que je passe aux ongles des pieds ou que je commencer à lutiner la lézarde. Je pourrais même créer des chapitres, des sections, des sous sections. Puis flanquer une table des matières tellement j’en connais un sacré rayon.

Mais le vérité est toujours le pire à accepter. Tout ça n’intéresse ou ne regarde que moi. Oh nanisme quand tu surgis je m’emporte.

Abrégeons. Deux pistes se précisent.

L’ongle du petit doigt du pied

un orgasme royal de reptilienne.

Am stram gram …

Ni l’un ni l’autre banane. Tu ne vas pas changer de main à ton age.

—COUPEZ ! Dit la voix de Woody comme celle qui atteint l’oreille interne de Jeanne D’Arc à Domrémy.

Mettez lui un bonnet sur la tête qu’il ait vraiment la tète du gland, oui comme ça, oh mais c’est génial, aller on la refait

— Qu’est ce que je fais là ? réplique culte.

— Avec l’accent africain ce serait encore mieux s’il te plait insiste Woody.

— Qu’est ce que je fais là présentement ?

— Mais non merde pas Michel Leeb joue la normalement.

Bon d’accord si on ne peut même pas faire un brin d’humour c’est vraiment la fin des haricots. Et la tristesse encore une fois m’envahit parce que je le vaux bien.

— Il a l’air paniqué dit Shrikkk.

— Pas niquée toi même connasse je réplique mentalement.

ça pourrait s’arrêter comme ça pour aujourd’hui, le mal étant fait. Mais quelque chose me dit que non, qu’il faut persévérer. Percez et vous verrez dit un oiseau dans mes cheveux ( rares) merci Louise.

Je suis dans le jardin tout près de l’enclos de la dame à la Licorne tout soudain.

Et je suis aussi Frère François et Joseph Delteil.

que d’amour soudain !

Ma foreuse a rencontré un filon de diamant et je m’y enfonce comme dans du beurre mou, avec ce plaisir ineffable de ne pas voir la biscotte se péter en miettes.

J’ai creusé un puits profond, j’entends le gargouillis de l’eau souterraine, le liquide sourd, une mare se crée, secrète. Une nouvelle Riviera, sans russe ni transat.

sans personne. Je suis nu et je marche sur la plage. Je pourrais marcher comme Aldo bien sur et passer devant la reine des serpents en cambrant les reins.

Il suffit que je la redessine, que je lui arrange une ou deux courbes, et que sa poitrine tombe un peu. Qu’elle ait les yeux bordés de reconnaissance si possible.

Cette méchanceté je pourrais la laisser derrière moi encore une fois de plus, la laisser refluer comme la vague d’Hokusai au large.

Prendre un ticket de cinoche pour le dernier Walt Disney.

Mais je vomis plutôt. Cette gentillesse amerloque est bien pire que toute la méchanceté dont je ne serai jamais capable.

Et là juste au bon moment j’entends la respiration rauque de Dark Vador, je me retourne et je vois une silhouette sombre.

— Je suis ta mère Shanti

Bah voilà, enfin un rebondissement je me dis pour accuser le coup sans me répandre sur le plancher.

La reine des lézard c’est donc elle. Voilà pourquoi j’ai un crâne d’œuf.

Soudain le plafond explose, et je vois descendre des soldats par des filins. Rapidement ils empoignent Mengele, Herman le Bosch et Shrikkk maman. Puis l’un d’eux s’approche de moi pour me délivrer de mes liens. Il porte une armure en titane, probablement amélioré puisque c’est la mode dans les nouvelles séries Télé.

— Shanti tu vas bien ? Nous arrivons juste à temps j’ai l’impression.

Je reconnais la voix de Maria tout à coup. Et je ne sais pas pourquoi, je suis déçu. Comme si enfin j’allais avoir le fin mot de cette histoire et que cette opération militaire tout à fait inopinée m’en prive.

Je reviens à l’essentiel comme on revient au bercail. Respirer, laisser toutes les pensées, les idées, les opinions, les émotions et les sentiments s’évaporer.

Inspiration, expiration. ça marche pour tout un tas de choses. Ne pas jouir trop vite, endurer la souffrance comme le plaisir, Et surtout saisir dans la profondeur inouïe, entre deux respirations que tous ces personnages et moi-même Shanti ne faisons qu’un avec l’auteur de ce récit.


Clignancourt Septembre 1989

— Mais entrez donc !

Elle s’efface pour me laisser passer. Et déjà toute l’histoire entre nous est dans ce mouvement qu’elle effectue à la porte de l’atelier. En est-t ‘elle consciente ? En suis je conscient ? Bien sur que non. Mais tout pourrait se résumer comme ça.

— j’ai besoin de quelqu’un pour tirer mes négatifs noir et blanc et on m’a dit que c’était dans vos cordes. Vous trouverez ici tout ce qu’il faut, l’agrandisseur, les bassines, les produits, les papiers. Vous voulez un thé ?

— Un café plutôt si vous avez.

Pendant qu’elle disparait dans la cuisine j’observe les lieux. C’est un vaste atelier dont les grandes baies vitrées sont masquées par des rideaux de toile beige. La lumière pénètre doucement, atténuée par ces voiles ce qui confère à l’ensemble une atmosphère de douceur. Sur l’un des murs des masques africains sont alignés, il y en a de toutes tailles et ils me paraissent chargés d’énergies contradictoires.

Ce qui me fait penser au timbre de la voix de cette femme qui s’est absentée de la pièce pour aller me préparer du café. Un timbre légèrement décalé vers les aigus alors que sa corpulence devrait produire un son plus grave.

Sur les autres murs des tableaux colorés, des femmes nues très brune comme mon hôtesse, accompagnés d’oiseaux qui me font penser à une allégorie sexuelle. Il flotte dans l’air de l’atelier une odeur suave caractéristique comme lorsqu’on pulvérise du parfum sur des ampoules. Lorsque celles-ci s’allument et chauffent, effet garanti.

Elle s’appelle Rose et a dépassé la quarantaine ce qui ne m’empêche pas de la trouver désirable. Je n’ai pas encore la trentaine mais mon gout pour les femmes mures s’est de plus en plus affirmé suite à la rupture essuyée avec ma première compagne. Et déjà je me rends compte que je mélange tout, le travail, le sexe, les sentiments.

Il est vrai qu’après les 6 mois que je viens de passer au Portugal comme un ermite, les retrouvailles avec le monde m’agitent correctement le bocal. Ce qui me déçoit sans que je ne m’attarde de trop non plus sur cette déception.

Il me faut de l’argent c’est la priorité, je tente de me raisonner en buvant le café tandis qu’elle m’explique son travail avec cette voix un tout petit peu trop aigue.

J’ai des visions parallèles où je la vois accoudée au grand plan de travail juste là sous les baies vitrées. Elle est en train de me montrer son travail. Beaucoup de fleurs en noir et blanc. Ce qui m’interpelle c’est ce mot qui jaillit dans mon esprit : vrombissement.

Cette femme vrombit. Je n’ai jamais vu ça, ou je n’y ai jamais prêté attention. Ce qui m’interroge. C’est comme si je me démultipliais dans cet instant en plusieurs blocs, voire en plusieurs entités. comme dans un laboratoire plusieurs chercheurs sont là chacun s’occupant de sa partie sur un sujet bien défini.

Il y a le gars qui s’en revient de je ne sais où et qui a besoin de pognon pour y retourner.

Il y a le curieux qui se souvient qu’il est parti là-bas pour écrire et qui ne l’oublie pas.

Il y a l’homme en manque d’affection qui se réfugie dans l’idée du sexe car il ne veut surtout pas s’avouer une certaine impuissance à aimer comme tout le monde

Et puis il y a celui qui chapote le tout, le texte si je peux dire, voire l’auteur.

Littéralement. Un autre mot important qui me vient à l’esprit. Relater les faits tels qu’ils sont, sans les interpréter d’aucune façon. C’est à cette époque que je lis et relis Calaferte. Après la mécanique des femmes qui m’a laissé de marbre j’ai découvert son journal qui m’enchante. Je crois aussi que Truman Capote doit y être pour quelque chose avec son de Sang-froid

—Aimez vous Georges Brassens me dit-elle m’extirpant de mes pensées.

— j’adore !

Et de me montrer qu’elle peint elle aussi, toute une série de toiles où elle est nue avec le poète.

Pourquoi me montre t’elle ça ? je me demande. Le vrombissement revient à mon attention d’autant plus fortement.

Nous continuons à échanger sur tout un tas de sujets, elle aime passer du coq à l’âne tout comme moi. je pourrais me risquer à me réjouir que nous ayons autant de points communs soudain. Mais quelque chose m’en empêche. je reste sur mes gardes.

L’argent et tout ce qu’il faut faire pour en obtenir voilà un excellent garde-fou.

Nous passons ainsi un bon moment à bavarder, parfois sa voix s’infléchit enfin vers les basses, ce qui me rassure un peu.

— Et où logez vous lorsque vous revenez ainsi sur Paris me demande t’elle

— J’ai une amie qui m’héberge dans le 15 -ème et je vois son visage s’assombrir légèrement.

Nous nous mettons d’accord sur le salaire, sur les horaires. C’est un chouette travail finalement et je repars content de cette première rencontre. Faire du positif à partir de négatif, et gagner des sous en plus, quoi exiger de plus ?

Elle s’efface à nouveau pour me laisser sortir.

— alors à demain Rose

— à demain Patrick.

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