50. Notule 50

Toile inachevée

Les premiers mois de la vie comptent plus que toute la vie. C’est dans cet intervalle que la plupart de nos perceptions, sensations, désirs et peurs se codifient comme des programmes dont nous ne cesseront d’explorer les variations tout au long de notre vie. Il est très difficile de prendre de la distance avec ce programme, d’en étudier les occurrences, les répétitions, les boucles sans en être sorti. Et si l’on parvient à s’en sortir on se trouvera encore plus démuni qu’avant bien souvent car la liberté de choisir soudain sa propre vie est encore une épreuve à dépasser.

Combien de tout ce que l’on croyait cher, indispensable doit on laisser derrière soi pour s’extraire du programme ? Une multitude d’êtres, d’objets, de pensées, d’idées…

Pour parvenir à encore plus de solitude se dira t’on parfois non sans un certain dépit.

Ou bien pour rejoindre les autres plus intimement se dira t’on aussi.

Car être vraiment seul est encore un fantasme, une peur, une chimère.

Tout est connecté mais lorsque la conscience en prend conscience l’utilité de le déclarer tombe comme un fruit mur de l’arbre.

Que ce Je soit un dieu ou un diable quelle importance quand on ne sait même plus désormais ce qu’est d’être tout simplement humain.

Cette fille dont je me souviens était un trésor, et aussi le dragon assit sur ce trésor.

Depuis sa plus tendre enfance elle avait été aimée, choyée, probablement comme une princesse et évidemment on la destinait à épouser un prince moderne, médecin, chirurgien avocat, etc. Il a fallu qu’elle jette son dévolu sur le miteux que j’étais à 18 ans. Un farfelu total, désespéré d’avoir sans cesse à prouver que j’existe.

Vivre sans avoir besoin de preuve c’est quelque chose et ça se voit, ça se sent.

Lorsqu’on s’est séparés elle m’a vaguement parlé d’aller je ne sais où pour  » faire de l’humanitaire » une fois sa médecine achevée.

C’est là que j’ai compris que même les dragons assis sur des trésors peuvent suffoquer et se culpabiliser d’être ce qu’ils sont.

Et dans mon for intérieur je me souviens aussi d’avoir espéré qu’elle renonce à ces conneries, qu’elle assume à la fois le dragon et l’or merde ! C’eut été la moindre des choses et je n’aurais pas eut par la suite à m’endurcir autant après une telle insulte à mon intelligence.

Je lui en ai énormément voulu, en tâche de fond et durant des années. Cela a occasionné des ravages car au moindre dragon je me transformais en Saint-Georges et je me barrais avec la caisse.

Mais heureusement tout finit par m’ennuyer et l’ennui se transforme ensuite comme le plomb en or, la rage brute en bienveillance, cet antichambre de la grâce.

Puis quand la grâce s’amène je la vois clairement et j’y renonce

On ne m’y reprendra plus c’est ce que je me dis à chaque fois.

Et bien sur je recommence, je recommence comme un tableau en balançant des couleurs en pagaille sur la surface blanche.

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