La boue

Il a plu et il fait beau à nouveau, c’est un matin sans école, un jeudi. Tu dévales le grand escalier sans t’attarder à en observer chaque marche que tu connais par coeur, la main glisse légère sur la rampe noueuse de ciment armée sensée représenter du bois par son relief noueux et veiné. Tu jettes un regard sur la porte de la cave, bouche noire sertie dans un désordre de lierre et de glycine. Tu dévales le grand escalier qui mène depuis l’étage vers l’en bas, jusqu’à la terre assombrie par les pluies d’automne. De grandes flaques d’eau s’étendent comme des miroirs posés dans la cour. Mais tu ne te mires pas. Tu plonges les mains à l’intérieur pour aller racler le fond, en extraire un peu de boue. Grâce à celle-ci que de possibles, que de constructions. Tu échafaudes des palais, des forteresses, des canaux, plusieurs Venises avec de petits ponts, des Rialto. La boue élément indispensable, providentiel grace auquel la main trouve une intelligence pour construire la ville, mais surtout les ponts qui relient les rives, les gens, qui créent du trafic, de la communication. Tu peux rester là accroupi toute la matinée, personne ne viendra te déranger, te demander de jouer, t’ordonner quoique ce soit. Le père est sur la route, la mère dans sa nostalgie. Tu es tranquille, tu entretiens cette relation sensuelle avec la boue, que demander de plus ?

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