L’or

Que ce que chacun creuse plus ou moins patiemment en son trou ne dispose que de l’humble dimension des timbres-poste. Le monde entier ne s’en ressentit-il pas ? Et, ce, tout autant dans son avenir que dans son passé, si soudain, on saisit, foudroyé par ce saisissement, la valeur du présent… Et, que toute cette violence soit ainsi canalisée, exploitée, partagée. Et, ce à des fins purement créatives. N’y découvre-t-on pas alors une énergie inépuisable. C’est par quoi l’on est surpris, après avoir ouvert et parcouru certains livres. C’est ce dont on peut se souvenir de, après avoir arpenté, tant et tant, les allées des bibliothèques. C’est ce qui nous inspire encore, lorsqu’on ose pousser la porte d’une galerie, d’un musée. N’est-ce pas également ce sur quoi l’on mise, intuitivement ou pas, en choisissant une œuvre de Mozart, de Satie, de Schubert ou de Nirvâna, pour se donner un peu d’allant au matin ? N’est-ce pas incroyable quand on y pense vraiment ? Que l’immensité puisse être contenue tout entière dans un objet à portée de main ? Et, qu’importe, que ce soit un roman, un essai, un recueil de poèmes, ou bien encore un disque de vinyle, un Cd, un DVD, un diaporama, une visite réelle contenue dans un temps et un lieu déterminés. Que ce soit un théâtre de rue, un cabaret, un Palais-Royal, quelle importance. Et, quand bien même faudrait-il faire cet effort de se déplacer… qu’est-ce que la taille du plus grand musée, de la plus grande salle de concert, du plus monstrueux cinéma, au regard des dimensions vertigineuses de l’infini qu’ils recèlent.

J’écris ces mots sans y penser de trop, de peur qu’ils ne s’enfuient bientôt, rapidement, avec l’accélération due à la rentrée. Encore quelques heures, quelques jours de répit. Puis, il sera requis de replonger dans le fil des jours, le quotidien. Dans l’oubli obligé qu’impose la contingence. Je freine toujours des deux pieds d’imagination. Cette imagination qui s’obstine souvent vers la peur, le pire, l’avenir, tous les extrêmes y compris l’ultime. Ensuite, je fais comme tout le monde. Les factures sont des maîtresses nageuses, mains sur les hanches, et qui attendent, autour de la piscine trop bleue, que je plonge. Le quotidien possède des vertus chirurgicales, tellement apte à lobotomiser les plus récalcitrants dont, bien sûr, je m’obstine encore à m’enorgueillir de vouloir faire partie.

C’est une erreur d’appréciation de séparer ce qui pourrait ainsi être et ce qui est. La marque d’une ignorance due à cette tendance d’imaginer que d’abord, il y aurait la culture, et après la friche, la jachère. Il faudrait toujours se souvenir que cultiver des pommes de terre et se cultiver soi-même ,c’est pareil. Et, que ce mépris n’est que la tentative de réinstaller un territoire, une propriété. Que ce mépris provienne du paysan comme des intellectuels, des esthètes c’est un faux débat. Chacun creuse son trou à sa façon, fore le réel, y compris quand ce réel se revêt des oripeaux de l’ennui, de la contingence, de l’insipide. Chacun peut extraire son or de la boue et y trouver sa richesse.

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