Deux jardins

Photographie Hiroshi Sugimoto

L’idée qui s’imprime au réveil, c’est la notion du jardin, chacun le sien, mais mitoyens. Un rêve donc, dans lequel subsiste une connivence, alors qu’aucune parole ne sera vraiment échangée. Une séparation que l’on devine davantage que l’on ne la constate, aucun mur, pas de haie, ni grillage. Une sorte d’arrangement en quinconce. Elle vit sa vie, moi la mienne, deux quotidiens parallèles ; et bien que je ne voie jamais son visage, seulement sa silhouette, et encore, pas dans son entièreté, je sais qu’il s’agit d’elle. Même flou quant à qui je suis réellement dans ce rêve. Il me semble être soudain doué pour une pharmacopée étonnante qui met en jeu les plantes, les décoctions, les tisanes, et qui apaiserait beaucoup et, de plus, avec grand plaisir, ceux qui viennent de fort de loin pour les goûter. Et, pourtant, il me parait soudain être ici, dans ce rêve plus moi-même que jamais.Et en même temps, au réveil, un inconnu. Une silhouette fugace qui s’évanouit sitôt que je veux tenter de la stabiliser dans mon esprit.

Ce qui est encore plus étrange, c’est que ne pouvant me rendormir, je me retrouve soudain devant les photographies d’Hiroshi Sugimoto. Ces photographies en noir et blanc prises à la chambre un peu partout sur la planète, mais toujours avec cette même composition. Compositions dans lesquelles on ne voit où ne devine qu’une ligne d’horizon séparant ou marquant la différence à peine entre ciel et eau.

Ce qui m’incite à jeter ces quelques notes, c’est la paix éprouvée dans ces deux visions, celle du rêve et celle issue de ces photographies. Comme un dénouement. Comme si je tenais cette fois le dernier mot d’une longue histoire. Comme si ce dernier mot avait rejoint par je ne sais quelle alchimie le pouvoir évocateur rencontré ordinairement avec un premier mot, comme je le pratique désormais mécaniquement. Le fait aussi que cette évocation se produise suite à un rêve, depuis une confusion le nimbant à partir des valeurs de gris des images photographiques, et non plus d’une phrase, d’un mot que je rumine le matin.

S’agit-il pour autant d’une réconciliation, non, car les retrouvailles sont devenues impossibles. Et, cette impossibilité justement est compréhensible comme étant la condition, la clef de voûte de cette réconciliation. Comme si tout le réel vécu avait été vaporisé, s’était dissout, et qu’il ne reste plus aujourd’hui comme symbole de toute notre histoire que ces deux jardins mitoyens. Chacun y vaque à ses occupations quotidiennes, continue une sorte d’existence dont la porosité n’échappe pas à l’autre. Comme si l’on savait tout et qu’il ne soit plus important de le savoir par le détail, par le relevé d’indices, de préoccupations, mais plutôt comme provenant de la nature de l’être de chacun. Et, que l’on connaisse si intimement cette nature que l’on en éprouve à sa proximité une sérénité rare.

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