Les photographies que l’on n’a pas prises.

En quittant Batsi j’ai pris quelques photos du lieu où nous avions passés ces quelques jours, le lieu d’hébergement. Rien de photogénique vraiment, le but n’était pas de faire de belles images. Non, c’était plus une tentative pour ne pas refaire la même erreur, pour briser une sorte de récurrence de l’oubli. Un pansement si l’on veut, pour protéger d’anciennes plaies encore probablement à vif. Contrer une fatalité à venir, et dont on se rendra compte des années après. La prise de conscience parfois douloureuse ne ne pas avoir pris certaines images parce que jugées trop banales, sans intérêt artistique.

D’ailleurs je ne fais plus de photographie artistique, cela m’est passé. Avec le numérique je me sers de la photographie plutôt comme d’un bloc-notes. Peut-être même un dégoût de l’artistique quand j’y réfléchis. De cet ancien point de vue, de cette ancienne vie. Une amertume, une aigreur que je ne peux plus me dissimuler. Oh non pas contre la photographie en elle-même, plutôt contre le photographe que j’étais. Et, encore tout cela s’est apaisé. Amertume et aigreur sont sûrement trop forts. Au delà de ces mots flotte quelque chose de tendre, de doux, de roux. Un air d’automne avec son odeur de bois brûlé, de décomposition, les virevoltes bucoliques des feuilles mortes qui tombent au sol.

Tous ces petits moments que l’on nomme banals, sans importance, le quotidien, je n’ai pas jugé opportun de les photographier. Ou alors tout à fait fortuitement en pensant à autre chose. Dans le cadre d’un projet, le boulot. Vous savez bien, l’hypnose qu’impose presque aussitôt le but à atteindre.

Une idée serait de tenter de les nommer, de retrouver les pièces manquantes . Oh pas tous, à mon âge je n’aurais plus le temps. Mais, s’il fallait choisir, faire un tri rapide, se dire aller seulement trois, lesquels ?

Je réfléchis un moment, quelque chose freine. Avec le temps on devient un peu plus attentif à ce qui se met en travers des intentions. Sans doute parce que tout bonnement ces intentions sont encore trop artificielles, parce qu’elles se calquent sur du déjà-vu, on pourrait aussi dire du cérébral seulement. Demeurer dans cette vigilance quant à ces intentions apparemment spontanées, séduisantes en raison de cette spontanéité. Voilà une raison que je pourrais même avancer si je voulais me justifier quand à une forme de plus en plus constante de procrastination. Que personnellement j’appelle la patience. Une patience de l’inertie. Ce que l’on peut nous effrayer via l’information, les catastrophes, l’urgence et le temps qui ne se rattrape plus. Des années que je résiste à tout ça. Procrastination si l’on veut. Si ça les rassure ou les aide à se désoler pourquoi pas. Les amis, les proches, la famille.

Surtout ne pas oublier que je suis en train d’écrire un texte. Forcément donc une auto fiction sitôt le pronom je dans tout cela.

Au delà de ce texte il y a celui qui ne sait déjà plus vraiment qui il est, un être constitué d’absences et non dits. Calme cependant. L’habitude de vivre avec toutes ces photographies manquantes probablement. Peut-être que la seule façon d’inventer une proximité qui lui convient réellement c’est celle-ci. Une proximité du vide qui, peu à peu, aura su se frayer son chemin à cause ou grâce à l’absence, l’oubli, le manque.

Je regarde ces photographies du portail, de cet escalier difficile à gravir après nos longues courses dans les collines environnantes, de ce bout de maison. Une sensation familière bien sûr, déjà presque de la nostalgie. Et, de nombreuses images de l’application photo sur l’iPad s’accumulent déjà depuis ce mois d’août. Un défilement rapide, tellement. Une métaphore sans doute rien de plus. Rester calme aussi d’autant qu’on le pourra, calme et résolu. Même têtu pourquoi pas.

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