Où en sommes nous avec l’excellence ?

Encore une petite nuit durant laquelle j’ai tourné en rond comme un derviche. Mais pas d’éveil au bout de la transe. Cela arrive plus souvent qu’on l’imagine. Et après avoir balayé, rangé, feuilleté, fumé, bu du café, surgit une idée enfin. Ou plutôt une question à propos d’une idée. Toutes les actions que l’on mène ainsi dans une nuit, une journée, sont elles liées à une même volonté d’excellence ? Autrement dit doit-on balayer avec autant d’application que l’on écrit un texte, peint une toile, prépare le café, roule sa cigarette.

Grande question.

Mais sait-on ce que c’est que cette excellence dont on nous rabat les oreilles depuis l’école ? comment la définir dans mon souvenir ? O égal nul, 5 égal médiocre, 10 excellent. voilà en gros ce que j’en ai retenu. Mais c’est à mon avis insuffisant pour se faire une idée claire de ce qu’est l’excellence.

On se sent gêné lorsqu’on essaie de vouloir la définir. Enfin moi surtout. J’ai l’impression que c’est plus une question d’habitude. On évoque l’excellence comme le loup, ou l’Arlésienne. Mais son visage on ne saurait pas vraiment le reconnaitre.

Peut-être parce que nous vivons sur des acquis anciens, une idée d’ excellence qui provient des vieux grecs ou romains. Depuis le monde a changé et il semble que peu de personnes ne s’attachent à reformuler la définition de ce mot. Est-ce que l’excellence aujourd’hui peut-être la même qu’au temps de Socrate, de Vitruve. Est ce que l’on ne se fourvoie pas en tentant de s’appuyer sur un modèle, un patron totalement démodé.

Evidemment j’en reviens encore à la peinture. C’est elle qui m’apprend tout finalement.

Est-ce que je vise cette notion d’excellence antique lorsque je peins, pas vraiment. Parfois oui bien sur, j’ai été tenté je peux l’avouer, dans ma jeunesse qui a duré longtemps. J’ai essayé de peindre comme De Vinci et Dali, comme tout le monde. Et je me suis arraché les cheveux de ne pas y arriver, et aussi de temps à autre d’y arriver.

Car on a l’air fin au 21 ème siècle de peindre ainsi. Encore que cela revienne sous une autre forme, l’hyperréalisme, sorte d’avatar de l’excellence classique, utilisé pour faire du neuf avec du vieux.

Peut-être que l’excellence était un concept s’appuyant aussi sur une audience, un collectif, qu’il fallait au moins deux personnes minimum pour décréter une quelconque excellence de quoique ce soit.

En est t’on encore capable désormais, parfois j’en doute. La volonté d’atteindre à une excellence me parait aujourd’hui plus du domaine d’une lubie, voire d’une pathologie. Ainsi par exemple le discours politique ressassé par toutes les extrêmes droites, le retour aux valeurs notamment, quelles valeurs… Quelles valeurs pour un Berlusconi, un Salvini, une Méloni ? Voilà où peut mener la volonté inconsidérée de baser ses agissement sur un tel mot lorsqu’on ne prend pas la peine ou qu’on ne veut pas la prendre d’étudier ce qu’il représente, ce qu’il signifie. N’est-ce pas une volonté aveugle ?

Ce que peut-être l’excellence désormais si elle ressemble au fascisme ni plus ni moins qui donc en voudrait sincèrement ? Sauf toujours les mêmes qui tirent profit de la misère du manque et du désir pour établir plus profondément leur profit.

Peindre comme De Vinci comme Dali aujourd’hui cela rapporte quoi de plus au monde que le maintien d’un point de vue non pas fasciste, n’exagérons pas , mais de voyeur qui regarde le monde par le trou d’une serrure. Un voyeur pour qui la beauté sera toujours au delà de cette serrure finalement. Enfermée dans un cadre accrochée au mur d’un musée face auquel nous spectateurs sommes aussi réduits à n’être que des voyeurs.

Je n’aime finalement pas ce mot d’excellence. Je lui préfère le naturel. Mot sans doute galvaudé si on ne l’associe pas à un autre qui est la justesse. Juste et naturel comme la musique si l’on veut. Et c’est ainsi sans trop y penser que l’on balaie un atelier, avec des jours avec et des jours sans, que l’on traverse l’insomnie, tenu en éveil par l’incroyable amnésie du monde qui ne se souvient jamais que de ses peurs ataviques, et trop rarement de la joie d’être.

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