
Regarde les feuilles de la grande plante dont les minuscules doigts semblent s’accrocher à la façade. Nous l’avons plantée dans un pot deux années auparavant déjà et elle atteint presque les fenêtres du grenier. Feuilles jaunes et marrons vidées de leur vie. Ployant de leurs branches. Impression étrange. On se souvient du printemps passé où tout a recommencé. Les minuscules pousses devenues vigoureuses avec les mois. Assister de nouveau à la fin d’un cycle. Est-ce que la croissance ne nécessite pas ces cycles de mort et renaissance ? On aimerait y croire. Alors, on se projettera. Ainsi, on ne parle plus de plante, mais de soi.
C’est d’une même fragilité et d’une même force qui paraissent se réunir dans l’acceptation. Accepter le foutu cours des choses. Toujours la même résistance que je perçois à ne pas vouloir l’accepter. À demeurer du côté du fragile sans jamais explorer complètement son tréfonds, c’est-à-dire m’abreuver à sa force. La refusant obstinément. Pour ne pas être trop fort. Avoir tellement la trouille de cette force. Imaginant que l’intégrité de l’être ne saurait pas y résister. Devenir surhumain, toujours le même effroi.
Devenir féminin finalement n’est-ce pas de cet ordre ? Est-ce un effroi réservé aux hommes, je ne le crois pas. C’est de l’ordre du vivant quels que soient son genre et sa perception de celui-ci. Suis-je different de cette ampelopsis. Je l’imagine immédiatement au féminin. Pas pour rien.