#Carnet #Prologue

C’est en 1980 le tout premier carnet qui ne soit pas associé à la vie scolaire. De la marque Clairefontaine, environ deux cents pages, petits carreaux pas de marges, reliure en tissu noir couverture verte avec un feutre noir pointe fine. Acheté dans une librairie dans le quartier de la gare de l’Est. Les premiers mots furent la date et un moment long, sorte de blanc ensuite. Vouloir dire mais ne pas savoir comment. Mais tenter le coup quand même, oser. Et surement comme le petit Poucet. Le projet de pouvoir se retrouver quand on est perdu. S’y retrouver dans les dates. Et après la date le blanc. Intimidant vraiment. Et puis si ridicule de dire je, en se relisant, si décevant de se relire comme si cela était écrit par un idiot.  Lire des propos si insipides. Tant qu’on cherche à réfléchir rien ne va. Mais recommencer chaque jour, juste un moment, pour ne pas se perdre de vue. A moins que ce soit justement le contraire. Et puis le carnet et les cafés. Le carnet la marche et les cafés. La marche pour se mettre en train.  Le café le seul lieu refuge pour écrire dans le carnet. Le seul lieu où ça sort surtout. Quelque chose comme une ambiance. Petites cuillères, verres, tasses ; givre ou buée sur les vitres, on ouvre le carnet magique et l’on inscrit la date du jour. C’est longtemps après les 100 premières pages que l’on récapitule. La journée d’avant comme sujet. Tout ce qui s’est passé de marquant et aussi le fugace, ce qui revient sous la pointe fine soudain sans crier gare. De 1980 à l’année 2000 un carnet par an ça fait une vingtaine. Sans compter ceux achetés parce que j’avais oublié de l’emporter, parce que j’avais changé de veste, ou encore au fond d’un sac que je n’avais pas pris ce jour là. Des carnets de secours tant c’était vital. A peine quelques pages noircies d’une toute petite écriture qui envahit tout l’espace, qui mange le blanc et l’air. Tout a fini au feu un été de 2001, parce que l’écriture était le lieu designé de toutes les malédictions, le lieu surtout de l’isolement, de la fuite, de l’égoïsme. De la liberté. C’est ce que j’ai pensé après qu’on m’ait bien suggéré. Cela n’a pour autant pas sauvé mon couple, divorce quelques mois plus tard. Ce que j’ai fait ensuite ?  Je ne sais plus 17 ans sans écrire une seule ligne. Je me suis perdu dans la foule. Dans la chronologie des dates. Et aussi plus possible de s’incarner vraiment dans quoi que ce soit. Juste vivre comme on peut en se retenant d’écrire. Aujourd’hui je n’ai plus de carnet. J’ai Ulysses, la boite à tout. Je note j’ai retrouvé cette ivresse et bien sur j’ai exagéré. Des milliers de notes en quelques années à peine c’est beaucoup trop. Ça je me le dis tout seul besoin de personne pour me le suggérer désormais. L’écriture est une dépendance, comme le tabac et l’alcool. C’est ce que je me dis aussi. Aller jusqu’au bout des dépendances c’est ce que j’ai toujours fait pour m’en guérir. Enfin pas pour tout non, je fume toujours comme un pompier. Mais cet atelier sur le grand carnet, peut-être une occasion de désintoxication. Passer du compulsif au réfléchi du flou au précis. Pour moi seul. Peut-être pas nécessaire de le partager. Juste le mettre ici sur le blog. Dans cette habitude prise de publier sans enjeu. de se ficher de tout enjeu. Faire l’exercice en solo. Trop peur du cirque. D’être tenté de faire encore le clown. Tout seul donc Juste pour le sourire. pas d’illustration pour ce prologue. Mais à partir des textes suivants un dessin, une peinture, si possible en relation avec le thème du jour.

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