carnet 05

Le ciel. On ne se souvient pas de ce ciel ci ou là en particulier, mais on l’attend. On se tient prêt à l’accueillir. 5 fois dans la journée, prendre une photo si possible et s’arrêter pour noter. Que la phrase fonctionne avec la photographie.

3h46. Traversé la cour qui sépare la maison de l’atelier, pas regardé en haut. pas vu la lune, senti vaguement.une étendue noire au dessus de la tête. Normal mal dormi, tête dans le cul. Relu le mail de l’exercice du jour. Puis suis ressorti pour mieux regarder. Vu la lune cette fois entourée d’un halo. Pris une photographie avec l’iPhone, photo qui ne rend pas grand chose, lune si petite, si éloignée. Dans la nuit de dimanche à lundi réveillé de bonne heure, traversé la cour avec ma tasse de café à la main pour me rendre à l’atelier. Pas levé les yeux au ciel, senti l’obscurité au-dessus et tout autour. Puis appui sur l’interrupteur, éclairage des néons, relecture du mail pour l’exercice du jour. Ressorti juste après pour lever la tête et mieux regarder. Une petite lune entourée d’un halo, pris une première photo avec mon portable. Mais image pas terrible. Ressorti de nouveau pour zoomer, à mieux observer vu une couleur légèrement bleutée comme si la lune se trouvait très au- dessus des nuages, comme si j’étais au fond d’un gouffre matérialisé par la figure d’un cône tout à coup. Suis à la base alors qu’elle se tient au sommet, que le périmètre de cette ouverture donnait sur un autre monde. Fait une recherche ciel et poèsie, suis tombé sur des définitions de mots croisés , puis suis arrivé sur la page du printemps des poètes. Noté éther et nue. Ce qui me fait penser à un ciel de morve. Voilà pourquoi je ne participe pas au collectif. Je tourne vite trop vite trop souvent les choses en dérision. La dérision, une façon de jeter l’éponge. De ne pas lâcher une certaine idée de médiocrité générale à laquelle je m’attache comme Ulysse à son mat. J’entends bien, parfaitement le chant des sirènes, surtout toute l’ incohérence dissimulée au-delà. Parfois une velléité de briser les liens, que je repousse aussitôt comme si je savais pertinemment ce que cette incohérence aura comme effet sur moi. Mais tout bien pesé, qu’est-ce que j’en sais. Et puis être dévoré par des sirènes pas pire sans doute que de l’être par l’administration fiscale, l’URSSAF, la Cipav. Raisonnement terre à terre sous les nues noires, un mouchoir sur la tronche bourré d’éther pour m’endormir tout seul. Inversion de la logique collective, s’endormir en raisonnant alors que c’est rêver debout le chemin le plus simple. La lune est ceinturée d’un halo. Ce qui m’emmène chez Apollinaire, à zone, texte qui ouvre le recueil d’Alcools. Zona en grec est une ceinture. C’est désormais un mot pour exprimer cette fameuse médiocrité. La zone, la banlieue en opposition à la ville intra muro. Habiter dans la zone, vivre dans la zone, être un zonard. Mais Apollinaire à placé un accent circonflexe. Dans l’édition originale il écrit zône. Ce qui est aussi un vêtement religieux. plusieurs sens possibles dans ce mot, et le fait de placer ce poème en ouverture. Pas oublier qu’à l’origine le titre du recueil devait être “eau de vie” et aussi qu’il est écrit pour Marie Laurencin ( cycle de Marie) Laure “enceint”, Laure “ceinture”. Chenapan d’Apo.

A la fin tu es las de ce monde ancien

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine

Ici même les automobiles ont l’air d’être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

Seul en Europe tu n’es pas antique ô Christianisme
L’Européen le plus moderne c’est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D’entrer dans une église et de t’y confesser ce matin
Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d’aventure policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers

J’ai vu ce matin une jolie rue dont j’ai oublié le nom
Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
J’aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thieville et l’avenue des Ternes

Extrait de zone, Alcools, Apollinaire.

7h:00. Lassitude après avoir voyagé loin et si vite et de devoir revenir. Lundi se dresse d’autant que je me courbe. Au fait du petit toit cette lueur en étoile jeune et jaune. Et au-dessus le violent viol assez du bleu. Dormir ce serait bien. S’opposer une fois de plus au matin.

9h:00 le coeur n’y est pas. Mais le cœur n’a rien à voir là, dedans. Lève les yeux au ciel et vois il est là haut quelqu’un est passé pendant que tu t’ assoupissais ce ne sont pas les moulins mais les moutons de ce vieux cœur.

Eluard, ses périodes, ses amours, simple comme bonjour. Simple comme Paul. Je pense à Dominique, enfin à sa rencontre avec Dominique. Cette réactivation nucléaire incroyable dont il était capable derrière son aspect délicat. Et tout de suite après aux cailloux qui attirent toujours le plus mon attention dans les chemins. Les cailloux qui n’ont à priori l’air d’être que de simples cailloux. Puis je les prends dans la paume un par un un, le lisse est le point commun. Et est-ce que je me soucie du ciel à ces moments là. Non, bien sûr que non, de la terre, de l’eau de la boue et des pierres mais pas du ciel. Et dire qu’un jour, sur la route qui descend depuis la petite église d’Auvers j’ai eu ce toupet de déclarer à cette fille que j’avais la clef du septième ciel. Elle n’attendait que ça, voilà pourquoi, et donc c’était bien plutôt pour m’en débarrasser. Sauf que l’effet ne fut pas immédiat. Bizarrerie des souhaits. Eluard sacralise la femme. Si j’étais une femme cela m’ennuierait, peut-être pas au tout début, j’en sourirais, je penserais à une blague. Mais si ça dure un peu trop longtemps je me dirais que ce n’est pas de moi dont il est question.

Voir le ciel dans ses yeux, je l’ai fait. Pas d’appareil photo à l’époque, les images sont tatouées quelque part dans une des galeries, très lointaine du cœur. Parfois cela ressurgit sans que je le veuille quand je peins des visages. Se noyer dans un regard comme une pierre dans le ciel

13h11: un ciel de Borinage, quelque part au dessus de Boussu. J’imagine même la petite maison de Marcel. Le toit refait à neuf. Et aucun livre encore à l’intérieur, j’avais pris des notes il y a longtemps sur “quintes” paru en 1963. Auteur Marcel Moreau.

Une femme sans taille. brise boiteuse. poussière dure. Le soleil avare. Un crachat significatif. Il y avait de nombreuses convexités dans le ciel, il était pavé de dos de gibbon noirs et velus c’était funèbre et fulgural.

16h50 ciel pris depuis l’intérieur de l’atelier. Ce n’est pas l’usine mais ça me le rappelle. Le coucher de soleil comme aspiré par les bâtiments, peut-être à Aubervilliers. Même serrement de coeur. Le soir qui vient, puis ce sera la nuit. Métaphore de la fin de quelque chose. Cette impression de fin en suspension dans l’air, omniprésente désormais. Pas pour rien que j’ai pensé à Moreau tout à l’heure. Virer la pensée, retrouver la sauvagerie, l’impulsion. Mais quand je me relis je ne vois que des propos beaucoup trop polis. Un ciel sans espoir, l’espoir marchandise que l’on nous vend, que l’on vend à tous ceux qui ne savent pas quoi faire de leur présent. Mais débarrasser le présent de tout espoir qui y arrive…

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