Carnet 31

reprise d’un tableau ajout d’un glacis bleu comme une peur bleue une colère bleue

« L’écriture venge, a-t-on lu cette semaine, je ne l’ai jamais perçu comme cela. De toute façon on est écartelé. Comme du désarroi à la colère, comme de se fermer les yeux à ne pas pouvoir fermer les yeux. Comme du bruit qui nous rejoint même les deux mains sur les oreilles. La littérature n’a jamais été un refuge. Pourtant, elle doit lever haut la tête, ne rien voir et marcher quand même. C’est l’importance que j’accorde à L’été 80 de Marguerite Duras : famine, guerre civile, soulèvement de la Pologne, terrorisme aux Jeux olympiques de je ne sais plus où, et on parle de la météo, de la plage. Même si la nuit, faute de pouvoir dormir, il y a cette télé sans le son qui reste allumée. On n’est pas indemne du monde, mais comme c’était plus facile de le dire il y a dix, cinq, voire deux ans, voire dix mois. L’angoisse cogne aux parois sans recours. C’est ça, le monde qu’on laisse ? Ce bruit est partout depuis trente jours dans nos textes. Bien évidemment que dans nos carnets c’est sous-jacent, ça heurte. Banalité dans le journal d’une banque qui en avale une autre, mais pour ces 1500 gars jetés au chômage dans leur ville, quelle part même de bruit dans le bruit général, quand il faudrait ? C’est sous-jacent, mais écrire la colère c’est si rare en littérature. Il y a le mot dans d’Aubigné (« Je parle dans la colère »), le mot fait un titre de Michaux, mais on en fait vite le tour. On ne fait pas littérature avec le constat à blanc de l’état du monde. Il faut une forme, un flux, un cri, un charroi. Il faut distordre. Ou couper le son et ne garder que l’image, comme Duras. Pas besoin chacun de tout dénoncer : on prend chacun son petit lambeau de colère, terreur, désespoir, refus, injustice, et on distord la phrase comme on ferait en musique avec des delays et de la reverb, quitte à ne plus entendre que le bruit. Deviner n’en sera que plus fort. Ou l’image donc, sans le son, à vide (on reviendra tout bientôt sur le mot). Chacun sa bannière et on défile ensemble. Mais une manif de texte. Seulement c’est ça aussi pour nous le drame : pour que ça tienne littérairement, il faut distordre, il faut crier, voire hurler (s’il vous plaît, ce n’est pas en mettant des majuscules partout, c’est dans la syntaxe). Si ça ne tenait qu’à moi –– bon, et donc allez, je le fais, ce n’est pas un texte que je vous demanderais de m’envoyer, mais un bout d’enregistrement sur téléphone ou ce que vous voulez, et vous m’envoyez le mp3 en fichier joint, je fais le montage bout à bout. 480 signes, ça fait quoi, 50 secondes ? à nous toutes et tous, on a demain soir un podcast d’une heure. Mais quel plaisir on aura à le renvoyer faire front à tout le triste état du monde. » Proposition 31/40 Atelier d’écriture le grand carnet FB Tierslivre

9:22 divagation à la Jelinek

enquêtes téléphoniques et sondages.

Tu n’as pas dis le mot exact, tu inventes des mots. continue comme ca tu n’as va pas faire long feu ici. C’est une faute grave. bien sûr on ne va pas te licencier pour ca. on ne t’appellera plus. tu n’aurais plus de mission pendant un mois. c’est un exemple. ce peut aussi bien être une semaine qu’un trimestre. tout dépendra de la charge de travail. on fera appel aux plus dociles. en premier ceux qui lisent servilement le texte inscrit sur leurs écrans. et puis ceux qui ont aussi un résultat évidemment. les deux vont ensemble. les plus efficaces et en même temps les plus serviles. continue à inventer des mots. tu sais ce qui t’attend.

angine, donc pas d’audio.

Et pour bien démarrer la journée : Pablo NERUDA Et THEODORAKIS je ne m’en lasse pas et ça remplacera mieux ce que j’aurais pu dire dans le micro.

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