Carnet 40

Dernière proposition de ce cycle de 40 jours. La rédaction d’un mode d’emploi personnel. Presque comme ceux qu’on utilise pour les cafetières, les aspirateurs autonomes, les toupies derviches, et les anachorètes de tout poil. Une sorte de table des commandements du littérateur. Et, un peu normal ou logique qu’après 40 jours, on se tienne dans cet état propice pour s’inventer aussi un buisson ardent. Toute foi n’est-elle pas bâtie que sur ce genre de miracles que l’on se prodigue à soi-même- par pure décision et simultanément toute inconscience. Les imaginer suffit que de les voir.

Est-ce la fin du désert. Il serait sot d’y croire. Mais juste observer l’heure ou l’heur de ce miracle , se pencher soudain pour trouver manière ou façon de mieux s’ adapter au fil des jours, voire l’apprécier. Du reste rien de nouveau sous le soleil. Et n’est-ce pas ce que nous essayons tous, littérateurs ou pas. Créer à un moment dans la modestie inouïe de l’attribuer à un Tiers, tel mode d’emploi Et qu’importe qu’il appartienne à la catégorie des baumes, des placébos- pas à dénigrer un seul instant- s’il nous entraine à nous fabriquer un genre de consolation ou d’entrain qui ne soit pas remède pire que la maladie.

Voir cette proposition et les 39 autres plus un prologue sur le site du Tiers livre

Pourquoi pas 10 étapes , et surtout les laisser venir comme elles décideront. Comme toujours.

  1. Sans une première fois il ne peut en exister de seconde. Cependant que toute les fois où l’on reprendra le clavier ou le stylo il est souhaitable de se souvenir de cette première fois. De son désir d’aller vers les tous les autres nombres, vers l’infini. Qu’importe la raison pour laquelle ce désir se met en branle. Il s’agit simplement de se souvenir et d’allumer une bougie virtuelle ou pas, de lui attribuer durant quelques minutes, une offrande. Et aussi quelque soit le nombre de fois que l’on aura réitéré cette action d’écrire s’obliger à se tenir par tout moyen possible -dans une gratitude. Probable que ce soit le plus ridicule, le plus fou, et c’est justement pour cela qu’il faut le faire. C’est à dire à se tenir aussi loin du jugement qu’il nous en sera possible.
  2. Ne pas confondre l’un et le deux. Mais observer ce que chacun doit à l’autre de leurs existences désormais. Une fois que le deux surgit l’illusion aussi. Et de l’accepter comme socle à l’écriture le plus rapidement possible, non par rumination, pensée, discernement, mais par foi. La plus vraie des raisons pour cette fois. Autrement dit quand tu prends la position si particulière, assez peu naturelle finalement de t’asseoir à une table pour écrire, sache que tu te tiens au centre de cette illusion. Le meilleur indicateur qui t’aidera à mesurer ta progression c’est ton rapport à l’ennui. Pas besoin de le chercher, l’ennui est aussi présent que le désir. Ils sont là par essence. L’un te tire vers l’immobile et l’autre vers le mouvement. Ainsi en étant plus attentif à ces deux forces contradictoires en apparence tu pourras noter les divers solutions ou moyens que tu t’inventes pour les fuir ou leur céder en te tenant étrangement disponible à la moindre sollicitation du monde.
  3. Le fruit c’est le 3. C’est ce qui ressort de la confrontation du désir et de l’ennui, et ce que tu fais pour essayer autant que possible pour rester neutre vis à vis de ces deux-là. A ce point les manifestions d’humeur, les pensées lumineuses ou pas, joie ou tristesse ne sont que des objets de constructions, des briques. Et chacune se valent. L’important à conserver à l’esprit est qu’un fruit est là en devenir dont tu dois t’occuper. Ce fruit doit occuper toute la place en toi, à ce point que cette notion d’être toi s’évanouisse. Cela peut prendre du temps, des années et le temps n’existe qu’à cette fin d’effectuer ce parcours au travers de résistances qui sont comme une main à un jeu de cartes à jouer. La période du trois s’achève quand tu ressens que le fruit est là, qu’il remue dans tes entrailles.
  4. Le quatre est un moment de récapitulation. L’œuvre est là c’est désormais un fait concret. C’est carré. Cependant comme tout enfant elle demande attention, elle mobilise encore plus l’attention, elle permet aussi de revisiter toutes nos zones d’ombres une fois encore. Il faudra alors éliminer tout ce qui est confus, flou, aspirer à une plus grande précision et ce sans perdre de vue que tous les événements ne sont qu’une suite concrète pour en revenir à la source- c’est à dire au chiffre 1. Dans le quatre plus encore que jamais ennui et désir seront des outils dès lors qu’on aura mieux appris à les utiliser. La pensée, les émotions, les actes, les rêves forment les quatre cotés du carré de l’intuition. La vitesse à laquelle on perçoit le juste ou le faux est démultipliée. Désormais on peut percevoir toute chose à sa juste valeur. Toutes les illusions s’effondrent comme celle surtout de vouloir contrôler l’enfant, de la protéger, de la garder pour soi. On apprend alors que la nature même de cette œuvre est en relation avec l’autonomie qu’on lui accorde.
  5. Tout est désormais prêt pour qu’une main possède vraiment 5 doigts et qu’on puisse se la serrer soi-même. Vous voici au milieu. Entre 1 et 10. Mais beaucoup plus serein, ce qui favorise de mieux résoudre les contradictions. Ou plutôt d’en prendre un peu plus conscience ce qui aide aussi à les aplanir. Ou à les prendre comme elles sont tout bonnement sans se morfondre. Voire en rire. On prendra conscience comme jamais auparavant de la quintessence des choses qui nous entoure comme de celles que l’on produit soi-même et surtout de ce qui la produit depuis l’origine.. Mais attention prendre conscience ne signifie pas posséder. Il s’agit d’observer tout ce qui est en ce moment même en train de se dévoiler. Le vent vient de tomber, la mer est calme. C’est aussi là que le risque sera le plus grand de vouloir s’inventer des mirages, des anges, des sirènes. Autrement dit des raisons, des écueils probablement utiles pour ne pas sombrer dans la béatitude. C’est à dire revenir la case du 1 désormais qu’on en saisit intuitivement sa raison d’être et qui est une parfaite absence de raison. Ce qui est loin d’être rien si on y pense.
  6. Retour à la bagarre entre l’identique et le distinct. Nécessaire pour comprendre la géométrie, les lois secrètes de l’équilibre. Un mensonge de symétrie proposé dans la foulée de la sérénité comme pour l’éprouver. On ne peut qu’être admiratif à ce point chiffré du chemin de voir comment le 1 continue à pousser l’être le littérateur ou l’homme à gravir des paliers de plus en plus escarpés. Une fusée qui largue ses réservoirs de carburants au fur et à mesure de sa progression vers l’espace intersidéral. Avec le 6 vient l’idée de l’organisation du temps. On se demande comment y parvenir. Comment parvenir à organiser une temporalité alors qu’au fond de soi on sait pertinemment qu’elle n’existe pas. Cela demande encore des ressources de ruse, de patience, d’abnégation. Car il existe une jouissance de l’ennui comme une jouissance du désir. Et peu importe les souffrances encore que cette jouissance produit. C’est peut-être alors la découverte de nouveaux types d’équilibres basés cette fois sur l’asymétrie. Une meilleure organisation du temps c’est avant tout tenir à l’œil ennui et désir pour que l’autre ne prenne pas le pas sur l’un. Le 6 c’est aussi le surgissement du cercle de l’horloge, avec ses deux aiguilles et la journée de 24 heures. Comment mieux s’organiser à l’intérieur de cette boucle perpétuelle. A ce point du parcours on fait des tests, on peaufine. L’écriture est devenue laboratoire. Est-ce la naissance de quelque chose de nouveau ? D’un homme d’une femme, d’un être qui réunit dans l’un tous les genres. Métamorphose qui ne s’opère que par le labeur dans le temps de la journée désormais reflet de celui d’une vie entière et sans doute même encore au-delà.
  7. Désormais la musique est audible. Les sept notes qui la composent sont de plus en plus distinctes. On perçoit l’achèvement de quelque chose même si l’on n’est pas encore en mesure de trouver les bons mots pour le dire. Si le monde extérieur est de plus en plus limpide il faut encore faire un petit effort de conversion pour faire tomber une barrière. Celle créer par l’observateur perpétuel qui nous aura conduit jusqu’ici. Jamais la distance entre l’observateur et la raison pour laquelle il observe n’aura été aussi ténue qu’à cette étape du parcours. On pourrait voir ce tableau de Michel-Ange, ces deux mains qui s’effleurent dans un ciel laiteux. Serait-on dans l’achèvement de l’œuvre, on pourrait facilement le croire; ce qui nous sauve est toute la modestie accumulée par le labeur traversé dans les étapes précédentes; Quelle gloire, quelle satisfaction qui ne soit pas vaine à ce point de reposer le stylo et qui nous fasse rêver d’une petite sieste bien méritée sur nos lauriers. Et d’ailleurs céder à la sieste n’est certainement pas le pire des maux à traverser.
  8. Sieste de courte durée car déjà l’infini est là debout au pied du lit. L’infini ou la mort -on distingue mal ses traits et une fois encore désir et peur s’affrontent comme pour nous remettre en train. Donc on s’occupe, on ne se laisser pas aller. Il faut mettre en œuvre des stratégies. Mais on a déjà vu tout ça avec le 4, on révise, on se relit encore plus attentivement que jamais tout en riant bien sur de toutes ces pensées qui arrivent par flots et qui concerne la postérité. Rire d’en revenir encore à cela. Et ça fait du bien de rire, on devrait se fabriquer des protocoles destinés uniquement à cela au moins deux ou trois fois par jour, et si possible aussi de nuit quant on se lancer dans l’écriture comme dans ce bon vieux Jésus dans sa Passion. 8 Se souvenir de cette horloge octogonale crée par les Athéniens et donc chaque coté était dédié à l’un des dieux du vent. Le 8 est l’ étape ou seul l’apprentissage du rire mène à la délivrance finale. Mais apprendre à rire est aussi un vrai travail, il serait tout à fait inconvenant de l’oublier.
  9. C’est souvent là que tout se joue. Triple buse, triple andouille, c’est trois fois trois. Ou la béatitude absolue. Celle qui ne sert pas à grand chose lorsqu’on écrit. Qui est même souvent ennemie. On ne voudrait pas se transformer en saint, pas plus qu’en prophète, pas plus que devenir non plus aussi vieux que Mathusalem et éviter la mort, être emporté illico presto au ciel par une main divine. Il faut prévoir nez au vent l’arrivée du 9 et se carapater le plus vite possible quand ça sent un peu trop la Myrte ou l’encens.
  10. Et nous voici arrivés. Quel voyage. Il y a toujours le un et à coté un joli 0 on pourrait de demander qui est qui . Mais comme je n’en suis pas du tout arrivé là encore, je me permet donc de me taire ( enfin) pour ne pas influencer le destin qui je l’ai souvent remarqué est parfois assez chatouilleux

( Nous avons trois jours pour murir ce texte ou en écrire d’autres sur la même idée c’est aussi la consigne) Donc je vais laisser reposer. Si ça se trouve en relisant demain je trouverai tout cela complètement con- comme souvent. Ce qui ne m’empêche pas de le publier pour autant. Car le jugement est une chose mais l’œuvre est autre.

2 réflexions sur “Carnet 40

  1. « Et n’est-ce pas ce que nous essayons tous, littérateurs ou pas. Créer à un moment dans la modestie inouïe de l’attribuer à un Tiers, tel mode d’emploi Et qu’importe qu’il appartienne à la catégorie des baumes, des placébos- pas à dénigrer un seul instant- s’il nous entraine à nous fabriquer un genre de consolation ou d’entrain qui ne soit pas remède pire que la maladie. »

    L’écriture n’a cure de la maladie, elle se déclenche et elle s’arrête quand elle veut, mais elle est sans pouvoir contre l’attraction de son contraire : la page ou la toile blanche pour la peinture ! Remplir sa vie, combler son temps ou le perdre, c’est une affaire individuelle qui peut vivre longtemps sous influence. Décider de ne pas faire un tel Atelier prend tout son sens en te lisant depuis presque 40 jours. Prendre plaisir à savoir que d’autres le font et ne pas savoir ce qu’ils en font est un autre niveau de lecture solidaire. J’accepte de ne pas lire les autres non pas par désintérêt mais par peur d’être engloutie dans le magma des vies consommables et sans fin. Une question de loyauté et de tact. Je ne crois pas à l’écriture collective, je pense que la collecte d’écritures est un travail de tisserand que les éditeurs font plus ou moins bien et parfois avec passion et aveuglement. Le résultat est un objet étrange, un peu comme une sculpture de compression à la César. Comment la regarder et pire comment l’envisager ? Ce n’est pas l’affaire du 1 dont tu parles. Il n’est que le premier ou le dernier de la liste des postulant.e.s, il sait d’avance que son nom va disparaître du casting éphémère d’un projet. On peut vouloir monter dans un train et ne pas « désirer » arriver… Tous les voyages ne mènent-ils pas at Home, sweet Homme (Perhaps ?).

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