Cliché mystique

La boite à outils du prêt à penser contient aussi un compartiment pour tout ce qui concerne l’extraordinaire, le mysticisme notamment. Petit coffret rempli de pacotille, et dont la présence de toute évidence est destinée à flatter le narcissisme, ou comme on le dit désormais l’ego. Rien de nouveau sous le soleil. La Fontaine l’a déjà dit qui le tenait d’Esope : cette propension bizarre à vouloir devenir bœuf et qui atteint la grenouille surtout lorsqu’elle est désœuvrée, oisive. Ensuite on peut aussi essayer de prendre un peu de recul avec la notion de cliché car elle devient aussi un leitmotiv à l’intérieur de ce système déjà cité. On peut tout à fait trouver une utilité au cliché comme au lieu commun. Pas nécessaire de toujours s’en offusquer, de les pointer du doigt à seule fin de se construire une posture. Car au bout du bout cette posture finit, elle aussi, par devenir un lieu commun un cliché n’est-ce pas.

Donc le cliché mystique se répand désormais comme une belle tache d’huile, pas étonnant que les dérapages soient nombreux. Et si je rapporte cette notion à l’écriture ou à la peinture je peux mieux compter aussi mes propres difficultés ou raisons d’avoir sombré dans cette sorte d’égarement quasi mystique.. N’étant au bout du compte qu’un individu ordinaire parmi tous les autres, comment aurais-je pu imaginer moi-même y échapper sinon et fortuitement en revenant vers un peu plus de modestie ce que je considère pour le coup comme une grâce authentique.

C’est à dire en vivant de la façon la plus ordinaire, voire parfois même selon les circonstances tirant vers le drastique et l’ascétisme non par choix mais surtout obligé par l’absence ou le manque de ressources. Etre en prise directe avec ce que tout le monde s’accorde à nommer une réalité et que l’on désigne par toute une collection de noms d’oiseaux. Comme s’il fallait absolument que l’or provienne de la boue, que la grâce naisse de la chienlit. Toujours la dialectique, la friction des opposés pour faire jaillir l’étincelle d’un briquet. Nous sommes bien loin de la magie première, l’image de la foudre tombant sur la terre illuminant l’obscurité. Epoque de briquet jetables.

Le prêt à penser mystique n’est pas différent du prêt à penser en général. C’est juste un étiquette que l’on colle dessus qui semble créer la différence. Mais c’est juste une affaire de segmentation pour mieux cibler les call to action.

Tout ce que l’on est prêt à croire lorsqu’on se croit désespéré est le rouage principale de la machination ubuesque dans laquelle nous vivons. Mais que savons nous vraiment de ce désespoir, de quoi est-il réellement constitué … de clichés la plupart du temps. On peut se sentir désespéré parce qu’il convient de l’être lorsque certaines circonstances sont réunies. tout à fait comme une suite d’opérateurs logiques dans un code informatique.

Premièrement tu es seul. Deuxièmement tu n’es pas comme ces images d’hommes ou de femmes dans les magazines. Troisièmement il est normal que tu sois frustré puisque tu es seul et moche. Si en plus tu n’as pas de boulot que tu es au chômage et en fin de droit en prime, tu atteins enfin au but : Te voici enfin désespéré comme il faut.

Connerie relayée de plus en boucle par tous les médias. Effroyable mayonnaise.

Mais ce programme qui en déclare la validité ? Peut-être qu’on pourrait modifier le code, l’interpréter complètement différemment.

Tu es seul, donc tu n’es importuné ou n’importunes personne. Tu peux organiser ta vie comme bon te semble. Tu n’as pas d’attache, tu peux donc être mobile, prendre un avion pour te rendre à l’autre bout du monde et aller en plein hiver siroter un martini dry à San Pedro ou ailleurs. Secundo tu as une tête différente de celles des magazines. C’est plutôt une chance, tu peux te promener partout incognito. Tu te trouves moche ? encore mieux postule vite comme acteur et tu pourras avec un peu de chance ou de culot décrocher un second rôle d’ assassin ou de méchant. Etc.

Je veux dire que l’on n’est pas obligé de suivre le premier programme qui traine sur les écrans de télévision. On peut faire preuve d’un peu de créativité. Et même ne pas posséder de télévision du tout.

On peut aussi se ficher totalement de toutes ces choses. Et par opération alchimique du hasard avoir soudain perdu toute illusion, tout désir qui ne nous appartienne pas en propre. Donc se trouver tout à coup serein, simplement heureux de vivre au contact de la réalité de tous les jours. Sans avoir même besoin d’en demander plus. Etre simplement content de ce que l’on a. S’émerveiller d’une couleur, d’une lumière, d’un visage inconnu, et tout cela sans même éprouver le besoin de le dire, de l’écrire. En le vivant dans une immanence perpétuelle sans même y penser.

Je crois que le véritable extraordinaire, la vie la plus authentiquement mystique qui soit , se cache dans ce genre d’existence que nous jugeons à priori banale voire insignifiante tellement nous sommes dans une erreur d’appréciation entre ce que nous nommons beaucoup trop par paresse ou habitude : réalité et imaginaire.

Encore qu’il ne faille pas l’ébruiter de trop car même cela finirait tôt ou tard par devenir un autre mot d’ordre, un nouveau slogan. Une nouvelle nappe d’huile.

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