Profondeur et surface.

Exposition Munch au Musée d’Orsay.

« Ah! ces Grecs! Ils savaient vivre ! Pour cela il faut, bravement, s’en tenir à la surface, au pli, à l’épiderme, adorer l’apparence, croire aux formes, aux sons, aux mots, à tout l’ Olympe de l’ apparence ! Ces Grecs étaient superficiels – par profondeur » (Pourrait-être une citation de Nietzsche)

Quant à l’exposition de Munch au Musée d’Orsay visitée dimanche du premier de l’An il faudrait rassembler les impressions perçues, dénouer ce noeud de contradictions, résoudre une grande confusion d’émotions. Car voir de visu les œuvres d’un peintre est fort éloigné du fait de consulter celles-ci imprimées sur les pages d’un livre. Être ainsi en prise directe avec la vibration du tableau, sa réalité si l’on peut dire. Tout d’abord je me demande si je ne suis pas déçu par quelque chose sur quoi j’ai du mal à poser des mots. Dire que la facilité, l’aspect brouillon, les couleurs ternes, m’ont rebuté serait inexact. Le propos n’est pas de faire de belles peintures évidemment, le Norvégien paraît-être animé par un soucis de justesse qui pour le peintre que je suis va bien au delà des tableaux eux-mêmes. Autrement dit -en autodidacte- faire avec les moyens du bord pour aller au plus près de ce que l’on désire exprimer. Sans se perdre dans le fignolage notamment des extrémités, mains et pieds. Ce qui procure en première impression la sensation de bâclé avant de comprendre que c’est une volonté d’honnêteté qui se trouve ici à peine dissimulée. Et cette économie de moyens mise en œuvre afin de s’en approcher. Puis de ce point de vue ou parti pris des choses c’est ce même mouvement enfin que l’on percevra de tableau en tableau tout au long de la visite.

Ce que m’apprend Munch c’est une volonté d’exprimer un paradoxe dans lequel la vie et la mort se tiennent telles qu’elles sont sans artifice. Et que le sentiment avec lequel ou sur quoi il s’appuie pour en rendre compte est l’économie de l’artifice ou de l’illusion. Une pudeur qui se manifeste par la maigreur des couches de peinture par exemple et dans les tons de brun, de violet, une faible chromaticité qui rappelle la peinture des flamands. En somme une peinture protestante. Il y a toujours une recherche d’équilibre entre l’austérité et la couleur vive qui, chez lui, se résume en couleur froide et chaude – et qui est un fil conducteur servant à éclairer d’un jour inédit l’idée que je me fais de cette austérité, au premier regard peu engageante. Une autre pensée est la réutilisation d’une idée sur laquelle il revient, sorte de leitmotiv, et qui m’apprend ou plutôt éclaire mes doutes lorsque quelque réflexion vint de pratiquer moi-même ce recyclage. Cette notion de recyclage qui semble être importante aujourd’hui dans tant de domaines et à laquelle en peinture je me suis souvent refusé parce que pour moi recycler une idée c’est un peu tricher et ne faire que peu de cas d’une abondance que l’on imagine infinie. Et c’est étonnant de constater soudain la corrélation qui est en ce moment en train de s’effectuer dans la société d’ aujourd’hui comme dans mes préoccupations personnelles, notamment via l’écriture. En résumé comprendre que l’abondance est une illusion, qu’elle nécessite des limites ou un cadre. qu’elle ne sert que d’ébauche ou de brouillon et qu’il est nécessaire peut-être même vital de la considérer comme telle. Comme une maladresse de débutant.

Ce sont que des notes écrites comme elles viennent, une sorte de déblaiement. Rien de littéraire dans la façon de les énoncer. Et juste ne pas s’enfoncer de trop dans la profondeur de ce sujet car comme indiqué je ne fais que tenter de résoudre une grande confusion qui persiste encore dans la nuit du 1er au 2 janvier. Confusion dans laquelle je parviens à déceler comme une inversion de valeur entre surface et profondeur.

Dans le RER lecture de quelques pages de Sainte-Beuve à l’aller comme au retour. Un portrait de Boileau et de son époque rédigé d’une telle façon que j’hésite de plus en plus à écrire quoique ce soit de marqué au sceau de la littérature. Impression de prendre des claques à répétition en ce moment quant à l’idée que je me fais de l’écriture, de la littérature comme de la peinture. Toujours cette fameuse remise en question perpétuelle, fatiguant, mais qui satisfait aussi à un vœu de justesse ou d’honnêteté.

Noté quelques mots ou expressions : basoche, sacramentel, tenir le dé.

Il y a certainement un lien entre Nietzsche, Munch, Sainte-Beuve et Boileau. Peut-être une sorte de nostalgie quant à un humanisme qui semble avoir déjà presque disparu de nos jours et qui savait mieux pénétrer dans ce paradoxe de surface et profondeur, percevoir l’homme dans ses ombres et ses lueurs et en inventer ainsi une représentation qui me séduisait plus que celle que l’on me brandit aujourd’hui. Ainsi cette stupeur en parvenant au quai du RER en arrivant à Paris depuis mon trou perdu d’Isère. Cette foule massée comme du bétail et qui joue des épaules et des coudes à l’ouverture des portes du train. cette perte d’identité de chacun pour confectionner une telle monstruosité à certain moment de la journée -les fameuses heures de pointe- Une immanence comme gouffre béant dans lequel les individus se jettent, forcés par la contingence, le désir, l’espoir… et avec une telle résignation ou abnégation la plupart du temps.

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