occurence et hypertexte

Pblanchon 2023

La familiarité que tu auras construite avec les mots est le résultat d’une urgence qui t’a contraint à devenir, durant la première partie de ta vie, un être parlé plutôt qu’un être parlant. Une familiarité de surface qui t’aura surtout aidé à te débarrasser d’une parole, ayant compris que la plupart des fois où tu l’utilisais, seuls quelques mots clefs étaient entendus. L’objet de cette parole que tu pourrais nommer fonctionnelle était d’indiquer un certain nombre d’objectifs et à te positionner toi ou autrui en tant que sujet se dirigeant vers l’un d’eux, et c’était sensé rassurer ainsi un entourage. En revanche s’interroger sur l’origine de tous ces mots de tous ces objets, personne ne trouvait cela utile. ce n’était que perte de temps, et vite classé dans une catégorie péjorative, –l’intellectuelle

A l’école peu d’émulation non plus de la part de tes instituteurs, maîtresses et autres professeurs. Un programme scolaire à suivre pour atteindre également, ou à l’aide de moyennes pondérées, des objectifs. Des classes surchargées, et parfois aussi un manque d’enthousiasme assez flagrant pour toute notion de transmission se répercutant sur sa réception. Un essoufflement, une fatigue, un dégoût palpable des deux côtés semble t’il. Et tu te seras révolté assez tôt d’une façon inconsciente contre ce type d’enseignement. Tu te seras arc-bouté pour ne pas y pénétrer, refuser d’être ainsi englouti par ce que déjà tu pouvais alors considérer être une pensée formatée une pensée unique, une pensée vide. Et surtout contre l’autorité qui désirait te l’imposer. L’enseignement comme antichambre de l’usine, du bureau, de l’armée, destinée à fabriquer des morts convenables que tout rouleau compresseur pourrait laminer sans difficulté particulière, des ouvriers soldats employés citoyens dont la seule qualité requise était la docilité. L’enseignement comme préambule à la fosse commune dans laquelle on enfouirait tous les anonymes ayant atteint l’objectif qu’on attendait d’eux, travailler, faire des enfants, maintenir l’approvisionnement de l’espèce, consommer, le tout avec un minimum de vague.

D’une certaine manière tu fus aussi prisonnier ou esclave qu’un juif en Égypte sous Pharaon. Donc pas très étonnant qu’à un moment où a un autre la notion d’exode, de désert te serve de recours. Mais comment as tu compris intuitivement l’étymologie de ces mots, voilà une énigme. Car c’est le mot liberté qui tout de suite se présenta en premier en tant que synonyme quand tu convoquais ces mots. c’est ainsi que l’exode, l’errance pénétrèrent en toi autrement que sous la forme commune d’une malédiction.

Ce fut bien des années plus tard que te parvinrent les signes avant-coureurs, les prémisses d’une explication. D’une part en étudiant ton histoire familiale, la branche maternelle notamment et le soupçon de plus en plus insistant d’être contraint à y découvrir un secret, une judéité qui due être si inavouable pour celles et ceux qui durent la taire que jamais aucun indice ne te fut livré. D’autre part l’étude des mots vers quoi tu fus de façon irrépressible attiré. Ce voyage intérieur que tu effectuas comme poussé par une destinée étrange d’abord en toute inconscience, tu peux désormais en relever toutes les étapes majeures et mineures. Toutes les occurrences. jusqu’à la découverte récente d’un élément à l’apparence à la fois bénigne et en même temps extraordinaire, le CMS Spip via l’étude d’un site internet non moins bénin qu’extraordinaire. Il s’agit d’un site sur la littérature , le Tierslivre.

Si tu déclares en même temps ces deux termes de bénin et d’extraordinaire c’est que ces deux mots paraissent expliquer un mouvement qui revient perpétuellement dans ton existence. Le fait de voir un objet, de penser ou imaginer savoir ce qu’il est en premier lieu puis t’apercevoir que derrière cette apparence bénigne, banale, si tu creuses un peu, l’extraordinaire ne tarde pas à en surgir Rien de magique ou de fantastique cependant mais simplement extraordinaire comme l’extraction d’un point de vue dans lequel tu te tiens figé la plupart du temps, oppressé, exténué. Un extraordinaire semblable à une respiration, mieux, un second souffle.

Quand tu t’aperçois de l’architecture de ce site c’est toute une pensée qui soudain se retourne sur elle-même. L’horizontalité que tu y découvres est ce désert qui t’accueille, une vaste étendue fertile, un vert pâturage. Tu peux y faire paître ton troupeau le temps d’une vie entière que ça ne suffira pas pour en épuiser les richesses. Qui s’attendrait à ce que le désert ne soit pas toujours sec comme celui du Sahara, quelqu’un qui ne serait pas borné ou victime d’une pensée formatée justement. Quelqu’un qui se serait rendu dans le Sinaï et serait aussitôt tombé sur le cul d’y trouver autant d’animaux, de plantes de verdure et d’eau. Quelqu’un qui se serait penché sur l’étymologie des mots, sur leurs occurrences, leurs histoires. Tout cela tu l’auras fait en toute inconscience sans but véritable dans un égarement et une solitude incroyable quand tu y réfléchis désormais. Tu te souviens aussi tout à fait fortuitement en écrivant ce texte sans plan, sans idée préalable, que la racine hébraïque du mot désert étrangement est la même en hébreu que celle du mot pâturage, et aussi du mot parole.

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