Comment sortir de la confusion ?

Qu’est ce que la confusion ? Vous connaissez peut-être, voir surement, il semble que nous ne puissions pas nous en passer. Et que serait le contraire de la confusion dans ce cas ?

Pourrait-t’on dire qu’il s’agit de la clarté ?

Dans ce cas la confusion serait l’ombre et la clarté ne pourrait pas jaillir autrement qu’après avoir traversé la confusion, jusque là tout va à peu près bien n’est-ce pas ?

Comment se manifeste la confusion ? comment naît-elle ? s’attache t’elle à un seul domaine de votre vie ou bien à l’ensemble de celle ci ?

Cela demande un peu de réflexion.

En effectuant une recherche sur un célèbre moteur de recherche, la première définition serait

« le trouble d’une personne confuse » … avec ça nous sommes bien partis.

Que dit la science ?

« La confusion est un trouble aigu, transitoire de l’attention, de la cognition et de la conscience, habituellement réversible et très fluctuant. Les causes comprennent presque toutes les affections, ou médicaments. Le diagnostic est clinique, aidé des examens de laboratoire et habituellement d’imagerie pour en identifier la cause. Le traitement consiste à corriger la cause et à mettre en place des mesures de support. »

Nous ne sommes pas arrivés non plus.

Allons voir du coté des journaux féminins puisque c’est la suite logique trouvée par l’algorythme:

« La confusion mentale, parfois appelée syndrome confusionnel, est un symptôme assez fréquent souvent difficile à interpréter. Une personne confuse perd la notion du temps et de l’espace, elle s’égare facilement et une simple conversation peut la laisser perplexe. Ses facultés intellectuelles sont altérées. La confusion peut être un état passager ou un premier symptôme d’une pathologie incurable telle que la maladie d’Alzheimer. Elle peut être provoquée par une crise d’épilepsie, une tumeur, une psychose, un traumatisme, une infection ou un trouble vasculaire. Le traitement dépend de la cause sous-jacente. »

Vous pourriez à mon avis continuer à lire toutes les pages du web et les multiples définitions de la confusion que vous ne seriez pas plus avancé. Surtout si à la base vous êtes déjà confus, c’est à déconseiller.

Par les temps actuels il semblerait que se tenir loin de toute « information », de tout mot d’ordre permettrait d’aller puiser en soi des richesses inédites… il suffit de s’y mettre, une pelle, une pioche, yaka… Enfin ce n’est que mon avis bien sur.

Peut-on parler alors d’une sensation confuse, d’un sentiment confus, d’une pensée confuse ? il semble que la confusion ne se manifeste pas toujours de la même façon suivant l’angle de lecture de l’observateur.

Que serait une sensation confuse si elle ne pouvait avoir de définition précise, elle échapperait alors à l’analyse comme au contrôle. Analyse de qui contrôle de qui et de quoi ? Mystère et boule de gomme.

Toujours cette cervelle qui cherche à s’empiffrer de définitions et de mots d’ordre, à se rassurer en se haussant sur la pointe des pieds si tout à coup elle semble perdre le contrôle. Et que fait-t’on lorsqu’on croit perdre le controle ? Soit on est abattu et on se retrouve en position foetale ( mentalement ou physiquement, avec des chips et une canette devant la télé) soit on monte sur ses grands chevaux pour vociférer… comme si finalement quelque chose se plaignait continuellement à l’intérieur de la forteresse rassurante de nos analyses rationnelles, claires, logiques. Une ambiguïté qui ne serait jamais satisfaite de son sort. Soit je suis rassuré de tout mais je m’ennuie, sois je perds le contrôle je deviens confus mais comme c’est épatant en même temps cette confusion… où extrêmement douloureux aussi à terme quand on a terminé de trouver cela épatant.

Etre confus suite à une défaillance biologique cela peut s’envisager, un neurone qui baille, un synapse qui se relâche… et c’est l’obsolescence et l’entropie qui pointent le bout de leur vilain nez. « Vilain » pour la famille, pour les proches.

Celle ou celui qui peu à peu découvre la confusion en tant que « maladie » justement confond désormais le proche et le lointain, l’ici et l’ailleurs, peut-être n’en souffre t’on même pas.

C’est juste un égarement avec par ci par là des repères familiers qui s’effacent peu à peu dans la brume. Reste t’il encore un spectateur intérieur de cette métamorphose dans ce cas ? que reste t’il vraiment une fois que tout est confondu, que tout est oublié ?

La confusion c’est aussi l’indifférencié, comme l’indifférence à tout ce qui pouvait autrefois jouer le rôle de colle entre les différents fragments de notre personnalité, comme de notre identité. Peu à peu l’écho de bruits sourds qui s’éloignent comme aussi le timbre de voix aimées qui rejoint les sons environnants et qui s’évanouissent également. Autrement dit « l’enfer des autres » comme leur paradis.

Ce qu’il y a d’étrange avec la confusion c’est qu’elle égalise, elle nivelle tout ce à quoi la violence, le désir, la haine ou l’amour pouvaient autrefois s’accrocher pour produire du mouvement.

Il y a de lourdes confusions comme de légères, et toute la palette des oublis et des lapsus entre les deux comme toujours.

Il se pourrait comme le disait Samuel Beckett que cette confusion générale, dont on ne se rend d’ailleurs plus vraiment compte soit en fait une sorte d’utérus dans lequel nous serions encore bloqués.

Quand est ce qu’on va naître…? dit un des clodos de « fin de partie » en attendant Godot.

Dans ce cas là la vie serait le lieu magistral, le territoire de toutes les confusions dont nous chercherions plus ou moins adroitement de nous extraire, toujours en vain sinon par la mort que l’on confondrait encore bien sur avec l’idée d’y voir enfin « plus clair ».

N’y a t’il pas un autre moyen que de se pendre afin de domestiquer cette confusion? c’est à cela que je pense cette nuit, n’arrivant toujours pas à dormir comme d’habitude éblouit par la rapidité du temps qui passe si vite dans la journée.

Illustration « Lucifer » Jackson Pollock

Mille et une façons de creuser sa tombe./ A thousand and one ways to dig your grave

C’est un tout petit roman que vous avez certainement lu lorsque vous étiez jeune, petit par l’épaisseur, par le nombre de pages, petit aussi désormais quand on s’en souvient longtemps après, petit comme une étoile à peine perceptible dans le fin fond du ciel noir. Il s’agit du « Siddhartha » de Hermann Hesse.

Que raconte ce livre sinon que quelque soit le chemin emprunté nous nous rejoignons tous au même endroit, que l’on pourrait nommer

« le lieu où l’on se rend compte de son ignorance. »

Celui qui cherche la sagesse et celui qui ne la cherche pas, quelle importance ? puisque au final la vraie découverte sera que nous n’y avons pas accès. Soyons un peu raisonnable les véritables éveillés son rarissimes et partons du principe que ce n’est ni toi ni moi.

La sagesse est sans doute aussi une petite étoile qui nous guide du plus profond de notre ignorance vers un peu moins d’ignorance et c’est déjà pour beaucoup un pas de géant.

Mais un peu moins d’ignorance fait tout de même mal à côté du peu de joie qu’il nous apporte. Un peu moins d’ignorance, c’est dérober encore une fois le feu et en payer les conséquences. Alors on s’aperçoit que nous avons fait tout ce chemin doté d’intentions changeantes au cours du temps, et que ce changement incessant n’est qu’un changement d’outil afin de creuser notre tombe. Un coup ce sera une pelle d’autre fois une pioche, pourquoi pas une simple cuillère, qu’importe l’essentiel est ce trou autour duquel sans le savoir nous nous affairons.

L’orgueil et la vanité mènent le monde et vont souvent se nicher en dernier recours sous la plus humble des robes de bure. Derrière le plus farouche des anonymats se cache toujours quelqu’un dans l’attente d’être découvert.

Ce ne sont que des histoires que nous nous racontons pour passer le temps. C’est tellement extraordinaire en soi qu’on pourrait se demander si le seul but n’est pas déjà là, dans cette inaptitude à accepter la vie telle qu’elle est, sans avoir besoin de l’interpréter sans arrêt ?

Il y a quelque chose de profondément émouvant dans cette inaptitude à vivre que ceux qui ne la connaissent pas, ou feignent de l’ignorer plutôt ne peuvent pas du tout savourer. Car c’est dans cette vulnérabilité, cette précarité, qui gît au fond de chacun de nous que naissent les émotions les plus subtiles, comme les sentiments les plus forts et qui souvent d’ailleurs nous emportent et nous dépassent.

L’histoire de Siddhartha lorsqu’on se souvient de son origine est celle d’une révolte contre le père.

L’histoire de la peinture du 20 ème siècle est aussi l’histoire d’une bande d’enfants rebelles.

Et désormais que la nécessité de lutter contre nos pères ou nos mères disparaît, nous restons bras ballants et comprenons tous les coups d’épée dans l’eau que représentent la plupart de nos actes.

Cette prise de conscience apparaît souvent tardivement et sans doute est ce aussi dans l’ordre des choses, ce fameux « ordre des choses » dont nous refusions d’entendre parler, vous vous souvenez ?

La tombe c’est ce creuset dans lequel le plomb et l’or au bout du compte se rejoignent pour retrouver leur nature, ce qu’ils ont toujours été, simplement du métal, des enfants de Gaïa la solitaire qui tourne sur elle-même en nous rêvant plus beaux que nous n’avons jamais été.

Désormais il existe un opéra Rock du même nom que ce petit livre .Je me suis posé la question : pourquoi ce personnage de Siddartha aura t’il été pressenti comme un bon investissement pour les producteurs qui financent ce spectacle…?

Sans doute parce que contre toute attente le guerre des enfants contre les parents touche à sa fin d’une certaine manière.

Ce qui était détourné par l’institution et la famille ne l’est plus et nous allons assister de plus en plus rapidement à la croissance d’une violence sans raison et à sa réciprocité. Il y aura à nouveau des boucs émissaires temporaires et éternels, ce temps durera ce qu’il durera, et peu importe, tout n’est-il pas toujours un éternel recommencement ?

Le fait que nous assistions en peinture à ce que l’on veut nous faire passer pour un retour vers la Renaissance, d’ailleurs on rajoute l’adjectif « sauvage », pour renforcer le buzz, indique la volonté d’un retour au calme, entre l’artiste et ses commanditaires. Bien sur « sauvage » à la Bansky de préférence qui reste dans un anonymat dans le seul but de faire encore croire qu’il serait un mauvais fils et donc un vrai artiste …

Cependant qu’il est absorbé par la fabuleuse machine à faire de l’argent comme au temps des Médicis et de Leonard qui inventait des clitoris volants au nez et à la barbe de toute la papauté tout en allant se reposer dans un Chambord en peignant la Joconde comme on peint la girafe.

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It is a very small novel that you certainly read when you were young, small by the thickness, by the number of pages, small also now when we remember it long after, small like a star barely noticeable in the end of the black sky. It is « Siddhartha » by Hermann Hesse.


What does this book say, except that whatever path we take, we all meet in the same place, which we could name the place where we realize our ignorance.


Who cares for wisdom and who does not seek wisdom, what does it matter? since in the end the real discovery will be that we don’t have access to it.


Wisdom is undoubtedly also a small star which guides us from the depths of our ignorance towards a little less ignorance and it is already for many a giant step.


But a little less ignorance still hurts for the little joy it brings us. A little less ignorance is to once again steal the fire and pay the consequences. Then we realize that we have come all this way endowed with changing intentions over time, and that this incessant change is only a change of tool in order to dig our grave. A blow it will be a shovel other times a pick, why not a simple spoon, whatever matters is this hole around which without knowing we are busy.


Pride and vanity lead the world and will often nestle as a last resort under the most humble dress. Behind the fiercest anonymity is always hiding someone waiting to be discovered.


These are just stories that we tell ourselves to pass the time. It is so extraordinary in itself that one could wonder if the only goal is not already there, in this inability to accept life as it is, without having to interpret it constantly?

There is something deeply moving about this inability to live that those who do not know it, or pretend to ignore it rather cannot savor at all. Because it is in this vulnerability, this precariousness, which lie at the bottom of each of us that are born the most subtle emotions, like the strongest feelings and which often besides carry us and exceed us.


The story of Siddhartha when we remember its origin is that of a revolt against the father. The history of 20th century painting is also the history of a bunch of rebellious children. And now that the need to fight against our fathers or our mothers disappears, we remain swinging and understand all the swords in the water that represent most of our actions.

This awareness often appears late and no doubt it is also in the order of things, this famous « order of things » which we refused to hear about, do you remember?

The tomb is this crucible in which lead and gold ultimately come together to find their nature, what they have always been, simply metal, children of Gaia the lonely one who turns on herself dreaming of being more beautiful than we have ever been.

Now there is a Rock opera of the same name as this little book. I asked myself the question: why was this character from Siddartha considered a good investment for the producers who finance this show …? No doubt because against all odds the war of children against parents is coming to an end in a certain way. What was hijacked by the institution and the family is no longer hijacked and we will witness more and more quickly the growth of violence without reason and its reciprocity. There will be temporary and eternal scapegoats again, this time will last as long as it lasts, and whatever, isn’t everything always an eternal beginning?

The fact that we are witnessing in painting what we want to pass for a return to the Renaissance, moreover we add the adjective « wild » to reinforce the buzz, indicates the desire for a return to calm, between the artist and his sponsors. Of course wild, preferably Bansky, who remains anonymous for the sole purpose of still making people believe that he would be a bad son and therefore a real artist … however that he is absorbed by the fabulous machine for making l money as in the days of the Medici and Leonard who invented clitoris flying in the nose and beard of all the papacy while going to rest in a Chambord by painting the Mona Lisa as one paints the giraffe.

Les voyages

Quand on veut voyager et qu’on n’a pas d’argent, pas de temps, pas le courage, enfin quand on a une envie et qu’on fait tout pour ne pas la réaliser finalement, celle ci se faufile malgré tout pour parvenir peu ou proue à la surface du territoire matériel.

Peindre c’est aussi au delà des buts que l’on se dit une façon de laisser parler ces envies de voyages qui pendant longtemps furent compressées, maltraitées, oubliées.

Avec l’arrêt de la cigarette et la disparition des écrans de fumée multiples la vue devient plus claire, la main retrouve la fermeté du manche du pinceau, la souplesse et l’onctuosité des huiles.

Et s’il faut passer encore une fois par le noir et le blanc comme étape obligée ce n’est plus une raison pour ne pas accepter ce que l’envie murmure depuis si longtemps. Cela faisait longtemps que ça me pendait au nez. Ça va s’appeler  » voyages intérieurs  » c’est juste le titre et je ne sais pas où je vais.

Garder le cap

Quand le ciel change, que les nuages s’amoncellent à l’horizon, que l’on entend le petit bruit des factures qui arrivent par la fente de la boite à lettres, quand la mine de crayon se brise sous la pression et que l’on cherche le taille crayon partout en vain, quand la gomme est noire, quand le chat n’a plus de croquettes, quand tout est embrouillé à souhait dans la tête comme dans l’atelier, comment garder le cap ?

Chaque jour essayer un truc, écrire sur une feuille la liste des choses à faire par exemple, et puis la déchirer, la jeter à la corbeille pour voir ce qui reste en mémoire d’important vraiment.

Découvrir qu’au final rien d’autre n’est important que la certitude que tout un jour sera terminé.

Se lamenter un brin, puis se relever et avec souplesse. Tenter un auto coup de pied au cul.

j’ai testé pour vous, ça peut marcher de temps en temps, après 55 ans c’est plus périlleux, enfin pour les plus souples alors on enchaîne dans la foulée, par un petit café, une cigarette, ah non désolé j’ai arrêté.

Une envie brève comme un ange qui passe. Bien se rappeler qu’une cigarette ne dure guère, c’est tellement bref qu’on se demande quel plaisir vraiment on peut poser sur le plateau de la balance tandis que sur l’autre on a installé tous les dépits que la brièveté de cet acte saugrenu entraînerait. Toujours faire la part du pour et celle du contre.

Et puis s’en fatiguer, se révolter, gesticuler, tout cela ne dure pas longtemps quand on y réfléchit bien, juste un sale petit moment à se débattre, ça va passer. Et respirer, profondément, respirer.

Lorsque la lumière revient, avec le calme on en rigole doucement, on s’aperçoit, on se retrouve, on se tapote l’épaule, on s’encourage à nouveau, et l’on finit par s’apprécier. C’est vraiment à ce moment là précisément que le taille crayon resurgit, alors on s’assoit, on prend une nouvelle feuille et on y va. Une nouvelle journée alors est traversée et le soir vient, car il vient forcément, irrémédiablement. Alors on se demande si on a gardé le cap ?

On ne sait pas vraiment si c’est au sud ou au nord à l’est ou à l’ouest, aucun point cardinal n’est vraiment précis. C’est plus une impression, un ressenti qui va colorier la nuit de couleurs froides, de couleurs chaudes.

Et pour l’instant quand vient le matin, comme un gamin à chaque fois je reste ébahi.

Rater

Comment rater ton visage Huile sur toile Patrick Blanchon 2019

Aujourd’hui je vais contourner une grande difficulté dans ma vie, celle de vouloir réussir quoi que ce soit.

Je vais m’installer devant ma toile et je vais fermer les yeux à chaque fois que je vais déposer une touche de peinture. Et ainsi de suite jusqu’à ce que tout le tableau soit recouvert de taches de peinture.

voilà j’ai terminé je peux ouvrir les yeux et j’ai devant moi un tableau qui n’est pas réussi, un tableau que je serais tenté de classer dans la catégorie des œuvres ratées.

Et maintenant je suis devant le contraire de ce que j’ai toujours estimé être la réussite.

Mais qu’est ce qui ferait que ce tableau puisse être réussi ?

Pourquoi est ce que j’imagine qu’il est raté ?

D’où me viennent cette idée de réussite et d’échec ? Et cela me ramène automatiquement à l’immense confusion de mon enfance évidemment.

Réussir sa vie pour mes parents c’était avoir un bon job, puis progresser dans la même boite pendant des années et ainsi gravir peu à peu les échelons. Ils avaient confiance dans cette idée de réussite professionnelle puisque leurs parents leur avait transmise et les parents de leurs parents .. globalement, l’idée de la réussite professionnelle n’avait pas changé depuis des générations.

Lorsqu’en 1974 mon père reçut sa lettre de licenciement il travaillait déjà depuis plus de 15 ans dans la même entreprise, il avait démarré comme simple représentant et s’était peu à peu hissé comme responsable des ventes, puis directeur commercial. Il avait travaillé dur pour y arriver , le travail payait .Pour se former il n’avait pas hésité à s’inscrire au Conservatoire des Arts et métiers où il passait ses soirées et souvent des weekend entiers.

En revanche sa vie de famille était pour lui comme pour nous un échec, nous le voyions rarement, souvent stressé, parfois colérique, et tout ce qu’il devait entreprendre dans la maison, il semblait s’y attaquer à contre cœur. On peut supposer qu’il avait à ce moment là une sensation coupable de délaisser ses études, de négliger un investissement qu’il estimait plus important que de changer une ampoule, réparer une prise défectueuse, ou simplement aller changer une carte grise pour l’achat d’un nouveau véhicule.

Il passa presque une année à ruminer après son licenciement, et ce fut vraiment une année terrible pour notre famille, il s’enfermait dans un mutisme qui pouvait durer parfois des semaines entières, ou alors il entrait dans des colères homériques. Ce n’était plus pour nous, les enfants un modèle de sécurité et de réussite comme celui qu’il avait voulu nous imposer avant la catastrophe de sa mise à pied.

Du coup tous les conseils antérieurs en relation avec la réussite semblèrent devenir lettre morte, mes résultats scolaires ainsi que ceux de mon frère qui n’étaient déjà pas fameux dégringolèrent de manière vertigineuse.

Nous aurions dit d’une certaine façon que nous l’accompagnions résolument dans la découverte et l’exploration de ce nouveau territoire que représentait désormais l’échec.

Evidemment nous eûmes droit à des insultes et des humiliations carabinées de la part de nos parents qui ne comprenaient pas pourquoi nous ajoutions encore à la difficulté paternelle par nos mauvais résultats.

Mon frère fut orienté vers une voie de garage quant à moi je terminais laborieusement ma dernière année de pensionnat et devais réintégrer l’école publique et laïque ce qui n’était pas pour me déplaire au final.

Je n’établirai pas ici la longue cohorte de tentatives et d’échecs qui s’amoncela par la suite dans tous les domaines de ma vie. Non pas que je veuille en rendre qui que ce soit responsable ce n’est pas du tout cela, bien au contraire, j’ai endossé la responsabilité d’échouer tout simplement puisque la réussite ne semblait pas être une valeur stable.

Evidemment, je n’en fus pas conscient tout de suite, à chaque échec mon estime de moi en pâtissait comme j’avais vu mon père en pâtir, face à lui , l’échec j’étais copie conforme, cependant que je persévérais à accumuler d’autres échecs et ratages, et comme mon esprit est analogique en grande partie, j’établis assez vite des ponts entre les domaines professionnels, sentimentaux, etc , en fait j’ai continuer à vouloir à tout prix réussir mais en suivant la voie de l’échec .. J’étais inconscient de ma compétence de raté.

Le jour ou j’ai enfin compris que je ne cherchais pas la réussite mais l’échec en toutes choses, ma vie se modifia, désormais je me suis bâti une philosophie de l’échec le tenant pour une chose évidente, habituelle, normal e, inéluctable. Il y a plus de chance qu’une tentative quelconque échoue qu’elle réussisse.

En réalisant cela , en changeant mon fusil d’épaule, je me suis mis à regarder ce que les autres nommaient leur réussite et combien celles ci dans mon esprit étaient fragiles. Je voyais un ami dans un super job et je n’étais pas envieux, je savais que tôt ou tard il risquerait de le perdre, j’en voyais un autre avec une femme magnifique à son bras, je ne l’enviais pas plus sachant que celle ci pouvait au mieux le tromper au pire divorcer, et peut-être même disparaître tout simplement. Toute réussite n’était qu’éphémère.

Alors que l’échec m’offrait une stabilité épatante quant à sa régularité.

La phase suivante advint lorsque je commençais à me rendre compte de ce fonctionnement, je n’étais plus inconscient de celui ci , et je l’exploitais.

Je travaillais comme photographe à l’époque, et les hasards des rencontres m’amenèrent à développer des photos pour certains artistes connus. C’est à ce moment là que je prenais les négatifs souvent en noir et blanc et que je les travaillais sous l’agrandisseur pour en sortir des jolies épreuves positives.

Négatif, positif.. Je rencontrais une artiste photographe qui me prit sous son aile et m’embaucha spécialement pour la partie laborantine.

Comme j’étais encore léger d’argent et quasiment sans logis, elle m’offrit de m’installer dans un magnifique atelier de Clignancourt. L’espace était vaste, lumineux, aux murs une collection de masques africains rares constitué par le maître des lieux, peintre célèbre qui prêtait l’atelier à ma bienfaitrice en échange de séance de poses, car elle était modèle également et plus encore son égérie.

C’est dans la cuisine de l’atelier que l’agrandisseur et les bacs se tenaient et j’aimais ce petit lieu clos rassurant contre l’immensité de l’espace attenant qui m’angoissait par sa propreté et son agencement qui ne m’appartenait en rien.

Le soir je me réfugiais dans une alcôve ou j’avais dressé un lit de fortune, je rédigeais mes impressions sur mes petits carnets habituels, cela aurait pu être considéré comme une manière de succès, presque de réussite inespérée.

J’étais plutôt habile dans l’exercice du laboratoire, j’avais étudié avec des maîtres incontestés suite à de longues heures solitaires et un travail acharné. J’avais été capable d’investir quantité de nuits blanches dans cet apprentissage du labo car je travaillais dans la journée.

Et bien les problèmes commencèrent assez rapidement entre ma patronne et moi sur la façon d’interpréter son travail.

Ce n »était pas tout à fait ceci , mais pas encore cela … je déchirais les épreuves et je refaisais.. et représentais encore à nouveau mais ce n’était toujours pas assez ceci et pas encore cela .. De temps en temps, avais je du bol, je sortais un tirage magnifique et j’avais droit à une ou deux louanges mais réflexion faite, cela aurait peut pu être ceci à moins que ce ne soit encore mieux comme ça.

Cette promiscuité de ressenti nous amena à avoir une liaison évidemment, il fallait que nous allions au plus profond de nos divergences ou de nos points communs.

Cette relation dura une dizaine d’année, nous alternâmes ruptures et retrouvailles et je lui appris les rudiments du laboratoire pour qu’elle puisse tirer partie de ses négatifs toute seule.. J’appris par la suite qu’elle cessa toute activité photographique pour se réfugier dans un ermitage en Provence.

La réussite donc c’est un peu aussi comme le bonheur, les gens en général recherchent intensément ces deux choses, ils focalisent toute leur attention la dessus mais sans jamais se demander vraiment ce que serait vraiment la réussite pour eux ou le bonheur véritable

Ils épousent des concepts, des oui dire, des poncifs … et heureusement que les catastrophes existent sinon ils en resteraient là en passant à coté de leur vraie vie.

Changer

Huile sur papier journal Réalisation 1985 représentant quelques objets sur une table d'angle.Oeuvre de jeunesse de l'artiste peintre Patrick Blanchon
huile sur papier journal collection privée Patrick Blanchon

Il y a une différence majeure entre croire que nous sommes à un certain niveau et y être véritablement. La peinture n’échappe pas à cette règle.

Pour comprendre ce qui ne fonctionne pas dans un niveau d’évolution ,il faut passer aux niveaux supérieurs sans quoi impossible d’avoir le recul nécessaire.

Puis à l’occasion d’un regard jeté sur le chemin parcouru, s’arrêter pour apprécier honnêtement mais aussi à l’appui des nouvelles connaissances que nous avons acquises, le fil imperceptible qui relie l’ensemble afin de suivre la  trace, le  fil conducteur.

Sans cela nous pataugeons et tournons en rond comme un hamster dans une cage.

Ces derniers jours, j’ai  envie de ranger, de classer, de jeter, d’alléger. Faire le tri entre l’important, le nécessaire qui peut faire levier et l’inutile qui m’entrave, me scotche, me lie, m’ennuie.

Dans des cartons je retrouve une kyrielle de travaux de jeunesse et je les regarde d’un nouvel œil en tentant de lutter contre l’attendrissement de la nostalgie et la pulsion d’ouvrir un grand sac poubelle.

En retrouvant cette feuille de papier journal tâchée de couleur j’ai un doute avant de la froisser, la déchirer, l’évacuer. J e vais juste prendre le temps d’en reparler un peu, comme on parle à un ami sans fausse pudeur, sans artifice. 

Voilà :

Je peignais dans des chambres de hasard, sans confort, et seule la flamme de mes désirs et de mes ambitions , autant dire la flamme des illusions, me réchauffait et me nourrissait tout en même temps. J’étais dans le niveau le plus bas de l’échelle dont je parle plus haut. Le niveau où l’on se préoccupe encore beaucoup trop de l’environnement, de ce qu’on va manger, du comment on va payer la chambre et acheter ses titres de transport. 

Pour pallier les exigences requises par ce premier niveau, je travaillais comme archiviste dans une boite d’architecture. Un sous-sol poussiéreux où, s’entassaient tous les dossiers des projets réalisés ou pas, les études de plan, les calques de tout acabit, et les litiges réglés ou pas.

Je ne rechignais pas à la tâche, mais celle-ci était  si facile, je disposais de longues périodes durant lesquelles je lisais tout ce que je pouvais trouver chez les bouquinistes, et à la bibliothèque de quartier. Je me souviens encore avoir lu « les vies » de Plutarque dans une vieille édition, mais comme ma spécialité est de digresser, je ne vais pas étaler ici la liste tout aussi hétéroclite que gargantuesque des nourritures livresques que je dévorais d’une façon que je considère aujourd’hui .. aussi désordonnée que désespérée. 

Cependant voyez, je considérais que ma tache était facile, je m’étais installé dans une jolie routine qui me procurait de quoi assouvir ma soif d’apprendre, ma passion de la lecture.

Je ne gagnais pas grand chose évidemment et les fins de mois étaient toujours tendues à partir du 15. Ce n’est plus trop original de nos jours, c’est même devenu banal. En fait ce qui ne serait pas banal c’est qu’il en  fusse autrement.

Pour lutter contre la routine et l’ennui j’avais élevé la rêverie à la hauteur d’un sacerdoce et il m’était assez facile de supporter cette existence en me projetant dans un avenir dans lequel,inéluctablement  je serai peintre, écrivain, photographe, chanteur, érudit, philosophe, et bien sur « riche ».

La rêverie et l’espoir ne sont pas des phénomènes palpables. Ce ne sont que des rustines virtuelles que l’on tente de coller sur l’effroyable. 

Sans organisation, sans plan d’action, sans accepter de se fixer des objectifs autres qu’hypothétiques, non seulement je n’étais pas libre mais en plus je faisais fausse route et j’allais me retrouver enchaîné plus encore par la suite.

Cette suite je ne vous la raconterai pas encore. Pas aujourd’hui, peut-être même jamais, ce n’est pas bien important. La seule chose qui me paraît importante ici c’est que pour voir il faut fermer les yeux. Revenir à la racine de soi et considérer le mental comme un périphérique.

Une souris, un clavier, un écran mais pas l’ordinateur.

Ce n’est pas le mental qui peut faire changer de niveau. 

Changer c’est lâcher prise et ce terme est tellement galvaudé désormais, récupéré par des charlatans de tout acabit que je ne vais pas ajouter encore à la misère du monde.

Hier encore j’évoquais Ulysse attaché à son mat, dans « le chant des Sirènes »

J’adorais ce héros depuis l’enfance dans ce qu’il avait d’ingénieux et d’arrogant vis à vis des Dieux et des démons cependant qu’il n’est plus aujourd’hui qu’un homme comme tant d’hommes prisonnier d’une fausse idée de la liberté.

Alors finalement cette feuille de papier froissée et tachée de couleurs que personne n’a jamais vue, cachée au fond d’un carton, devrais je la jeter ou bien la garder ? 

Le chant des sirènes

Errances, Parrick Blanchon Acrylique sur toile  format 30x40 cm
Errances Patrick Blanchon 2006

On peut s’étonner d’une confusion dans la représentation de ces créatures. Chez les grecs anciens les sirènes sont représentées avec une tête , parfois aussi un buste de femme et  des ailes d’oiseaux. Représentation  fort éloignée de l’image populaire distillée de nos jours par  les studio Disney d’une créature mi femme mi poisson et plutôt  » cool ».

On peut aussi penser à la Sirène de Heinrich Heine, Lorelei, ou à la petite sirène de Copenhague.

 Possible que les sirènes soient une version négative des Néréides,   filles du dieu Nérée  Dieu des mers antérieur à Poséidon et de sa sœur Doris. Est-ce la notion d’inceste qui les transforme selon des époques plus moralistes en créatures suspectes et hostiles ?

En Anglais on peut noter qu’il existe deux mots distincts ( siren pour la sirène antique et mermaid pour une version plus moderne remontant au moyen-age).

Hier encore à  la cour du très ancien  dieu de la mer ,elles chantent et dansent et en cela  revêtent le rôle des  Muses  fort éloigné de celui des créatures hostiles dont nous parle Homère.

Les sirènes possèdent des instruments de musique, elles sont parfois 2, 3 ou 4 selon les versions des textes dans lesquels  on retrouve leurs traces.

Nul n’est vraiment sur non plus de l’emplacement de ce fameux rivage sur lequel elles résident. Leur chant étant censé outre  capter et  ravir l’attention et la vigilance des marins, calmer les vents.Il se pourrait en examinant des traces anciennes de cultes qui leur avait été dédiés qu’on les retrouve entre Sorrente et Capri, ou bien encore quelque part du coté du détroit de Messine.

On notera aussi qu’il existe aussi d’autres créatures dans la mythologie grecque ayant un lien de parenté avec les sirènes: Les Harpies. En grec ce terme évoque l’idée de capter et de ravir, non dans une idée de séduction mais pour attirer vers une fin inéluctable. Les harpies, au nombre de 3 se nomment Obscure, Vole-vite, et Bourrasque. Elles vivent sur la côte du Péloponèse dans les iles Strophade, en Grèce. Ce sont de vieilles femmes à l’allure peu sympathique et leur présence se manifeste par une puanteur insoutenable.

Leur commanditaire est Héra la jalouse, épouse de Zeus, ce qui vaudra aux Harpies d’être aussi nommées les « chiennes de Zeus » ce qui est étonnant car Zeus n’avait pas grand chose à voir avec elles … Elles dépendaient d’Héra qui les envoyait régler ses comptes lorsqu’elle était victime d’injures.

En harcelant les âmes de façon incessante par leurs méchancetés le mot harpie fut utilisé pour désigner les femmes acariâtres 

Elles symbolisent aussi une obsession de la méchanceté, du vice qui harcèlent les êtres qui ne savent contrôler leurs passions.

On se souviendra d’Ulysse qui, suite à l’avertissement de la magicienne Circé, demande à son équipage de l’attacher au mat de son navire lorsqu’il croise à quelques encablures des rivages blanchis de nombreux ossements  où vivent les fameuses sirènes.

Le bon sens populaire qui aime utiliser des raccourcis percutants en a tiré l’idée d’une offre alléchante mais qui peut se retourner contre celui qui l’accepte.

Cette idée de dangerosité de la femme rappelle une image en creux , celle de la femme généreuse, la muse. 

Les sirènes seraient-elles  le double inquiétant des muses et quel lien de parentalité pourrait on deviner entre ces deux extrêmes? 

Si l’on s’appuie sur la langue des oiseaux le mot sirène compte 6 reines et révèle la présence d’une absence pour citer l’écrivain Maurice Blanchot dans son texte « le regard d’Orphée », cette absence qui serait à l’origine du langage et qu’on ne verrait jamais comme désormais on détecte les trous noirs par les phénomènes périphériques qu’ils déclenchent. C’est lorsque l’écrivain, le peintre se dirige vers le chant imparfait des sirènes qu’Eurydice apparaît et disparaît à jamais. En Art, un texte, une peinture, une sculpture n’est pas la relation de l’événement de cette rencontre, c’est l’événement lui-même.

Dans le Médée de Sénèque on peut aussi lire : 

Et quand les terribles créatures charmèrent de leur voix harmonieuse la mer d’Ausonie, le Thrace Orphée chanta sur la lyre de Piérie et peu s’en fallut qu’il ne força la Sirène qui retient d’ordinaire les vaisseaux par son chant à suivre celui-là. »

Sénèque, Médée, 335-360.

Ulysse n’était pas un artiste mais un guerrier. Par la ruse et la volonté il désirait percer le secret des sirènes mais ce fut en vain car elles se jetèrent du haut des falaises pour sombrer à jamais dans la mer. Il ne nous reste que le texte homérique comme vestige de l’aventure de l’homme qui exacerbant sa raison à l’ultime participe à la naissance d’un monde dans lequel  Eurydice et les sirènes ne chantent plus. 

La psychanalyse voudrait réduire ce passage d’Homère à la naissance de l’identité de la personnalité d’Ulysse, on se souviendra qu’il se nomme « Personne » dans un récit précédent lorsqu’il se présente à Polyphème le Cyclope… Pourquoi pas ? mais est-ce suffisant ? n’est-ce pas un peu trop raisonnable encore ? voir malin voir rusé voir masculin et indicateur d’une perversion ( la version du père en l’occurrence Freud).

Ce n’est pas parce que personne ne les écoute qu’elles ne chantent plus, c’est seulement parce justement l’incohérence qui constitue leur sève manque de silence pour que nous puissions distinguer les notes de leurs mélopées. Les sirènes sont toujours là inaudibles à nos oreilles de consommateurs dans notre hâte d’assouvir nos pulsions et désirs le plus rapidement possible sans beaucoup de préliminaires.

Il manque toute une approche sensuelle autant que spirituelle proche du tantrisme pour renouer avec ce féminin qu’elles représentent dans ce qu’il peut révéler d’obscur et de lumineux tant chez la femme que chez l’homme.

Il faudrait un nouvel écrivain, un artiste qui montrerait le chemin sans mat ni lien, sans raison ni ruse pour nous extirper du rêve de la consommation vers la certitude d’être et ce faisant proposer à l’humanité une nouvelle Odyssée.

S’émerveiller

S’émerveiller de la peinture de Sarah mon élève de 11 ans 

Dans notre prison matérielle ici-bas nous possédons une clef magique qui pourrait ouvrir de nombreuses portes et que nous enfouissons trop souvent dans la routine quotidienne. Cette clef c’est la capacité d’émerveillement.

A fréquenter les enfants des  ateliers d’arts plastiques et de peinture cette capacité à  m’émerveiller de leurs œuvres m’est devenue peu à peu comme une respiration nécessaire. Que serais je seul dans mon atelier tournant en rond autour de mes rectangles et carrés si je n’avais en provision d’âme et de cœur ces courts instants hebdomadaires ?

Quelle chance de percevoir l’esprit libre, spontané, frondeur et candide de ces gamins qui me bouleverse tant !

et me laisse suspendu entre rire et larme 

Je songeais à cela en rentrant hier soir. ces quelques braises d’émerveillement encore chaudes me réconfortant du froid de novembre.

 Le tronçon de la nationale 7 que j’emprunte   traverse de lugubres villages dortoirs. et même encore tôt dans la soirée, ici,  plus que de  rares fenêtres encore allumées. Vous verrez encore  la carotte rougeâtre d’un bar tabac, un ou deux panneaux lumineux vantant une promotion sur le bricolage et c’est à peu près tout.

Je cheminais comme ça tout à cette pensée sur le merveilleux et me rappelais  comment j’adorais enfant les contes, les légendes et combien j’en dévorais le soir sous ma couette. Merveilleux et effroi  souvent mêlés car c’est par magie que je  pouvais m’extraire du pire et le pire alors m’était familier.

D’une sensibilité extrême alliée à une timidité maladive ma relation au monde en général et à mes proches en particulier se transformait assez souvent en calvaire et je n’avais guère d’autre issue que d’inventer un monde parallèle bien plus beau que celui qui m’entourait si horrifiquement  vrai.

En fait ce monde que j’envisageais  dangereux ne l’était guère que dans mes pensées, mon interprétation enfantine j’avais  besoin de ce pire comme d’un père  pour m’aider à construire mon merveilleux.

Tout à coup me revient en mémoire une des réponses concernant l’existence de Dieu que fit Maître Eckhart  à ses pairs dubitatifs concernant sa légitimité sacerdotale.

« J’étais avec Dieu dès son origine … » Ce qui revient à penser qu’il était bel et bien là avant la séparation de la lumière d’avec les ténèbres et qu’il poussa lui aussi un Wouah d’émerveillement balayant  toute thèse possible sur le narcissisme divin. Quand on lit que Dieu dit c’est vachement bien ce que j’ai fait là comprenez « Wouah » ça vous fera traverser une bonne épaisseur de mauvaises traductions.

Je me dis aujourd’hui qu’enfant j’exagérais ce que je considérais terrible. Le doute alors me fait vaciller de chagrin : peut-être ai je mal compris les terribles trempes que je recevais , les coups de poings, les coups de pied, les heures passées enfermé dans la cave, les brimades et l’humiliation, les « tu as le diable dans la peau » et les « tu n’es qu’un bon à rien « .

Dans le fond en fait non je n’ai rien exagéré de ce que j’ai vécu. S’il est possible que j’ai eu à visiter des enfers c’est bien au fond de ceux-ci que j’ai trouvé la lumière et cette obligation de m’émerveiller d’un rien. C’était mes cartes, ma boussole n’était pas tant  la colère que  la volonté, la nécessité  de comprendre.

Je ne suis qu’un grain de grenade parmi tant d’autres au fond de cette pomme mal traduite que le pauvre Adam croqua.

Sans doute mon travail de peintre aura-t’il été porté par cette volonté de comprendre, de « prendre avec » en considérant le chaos que je voyais s’étendre sur la toile comme une équation à résoudre. Si mon existence  et le monde ne faisait qu’un il me manquait alors un inconnu.

Jusqu’à ce que je découvre le pardon non pas pour pardonner vulgairement, mais pour donner cette part que je ne parviens pas à résoudre à l’Esprit afin qu’il m’en débarrasse qu’elle ne m’envahisse plus ni ne me terrasse.

Alors une autre sorte d’émerveillement, comme raffiné par  le renoncement, l’abandon, le dépouillement  est arrivé. Et comme des amis oubliés:  le vent, la pluie le chaud et le froid le lourd et le léger ont resurgi neufs et familiers tout en même temps. ( « Wouah! »)

Il y a un je ne sais quoi de testamentaire en ce moment dans mes écrits et je m’en rend compte au fur et à mesure que les mots et les pensées s’emboîtent les uns les autres. Chaque automne l’idée de la mort me revient de plein fouet comme un coup de martinet et me rappelle ma finitude à venir. Peut-être aussi la mort n’est t’elle qu’un passage, une transformation, et que nous la vivons sans nous en rendre bien compte tout au long des divers changements de notre vie.

Ma peinture s’en ressent qui voudrait que je m’écarte de l’anecdote, du fleuve et de tous ses affluents et confluents pour rejoindre l’immensité de l’océan. Comme un gamin qui joue  dans la gadoue et découvre dans l’écume  et les baves de la boue des lueurs intersidérales; je peins comme j’imagine que l’on meurt dans un dernier souffle, l’expiration d’un air trop longtemps contenu dans des poumons physiques comme spirituels et qui n’en finit pas de s’échapper.

Et puis ce qui est merveilleux, c’est que le lendemain jusqu’à nouvel ordre tout recommence à nouveau, une ou deux pirouettes, une grande roue, un salto et on poursuit son chemin.

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Bâtir sur du sable 10

Des heures qu’il l’attend et elle ne vient toujours pas. Alcofribas épluche une branche sur sa tonnelle en guettant de temps à autre l’escalier de la maison voisine. Des américains se sont installés là pour les vacances et depuis lors, depuis qu’il la vue la première fois sa vie toute entière s’est ensoleillée. Elle s’appelle Jenny elle est toute frèle avec de beaux yeux noirs et humides. Elle lui a dit demain vers 10 h dans un français maladroit.

Depuis lors Alcofribas se demande comment parler américain. Sous la douche il s’est mis à inverser toutes les lettres des mots en se disant que probablement l’anglais devait être tiré de là. Mais le premier essai n’a pas été bien concluant. La petite américaine l’a regardé ébahie, puis finalement a éclaté de rire en comprenant.

Ce n’est pas grave s’est dit Alcofribas. Un jour j’apprendrai l’anglais et je pourrai lui dire tout ce que j’ai tellement envie de lui dire. Mais à chaque fois qu’il la voit, qu’il y pense tout s’embrouille. C’est comme un blanc rempli d’une foule de choses indistinctes. S’il devait résumer l’émotion qu’il éprouve cela ressemble à de la faim. Il pourrait dévorer Jenny en l’avalant toute crue comme un petit poisson.

En même temps qu’il attend il réfléchit. Comment s’est t’il retrouvé prisonnier de cette pensée qui l’obsède ? Y avait il un vide si grand en lui pour qu’au moment où son regard a rencontré celui de Jenny il ressente cette sensation d’être rempli à ras bord d’elle.

Cela le perturbe autant que ça l’intrigue. Pourtant elle n’a pas dit grand chose. Juste quelques mots. Tout le reste a été échangé dans des attitudes, des mimiques, une certaine façon de changer de jambe pour faire basculer le poids du corps. L’odeur de ses cheveux, son odeur toute entière. Il se sent comme un idiot par moment, comme un oiseau dans une cage, un hamster qui cavale sur sa petite roue.

Puis il récapitule. C’est sa spécialité la récapitulation. Il va chercher dans son souvenir tous les contacts qu’il a déjà eu avec les filles. Une longue méditation où il voit se rejouer toutes ses émotions, où il voit à quel point il est le jouet de ses émotions. Il établi le compte de ses défaites. La conclusion qu’il pourrait en tirer c’est que la plupart du temps tout ne vient que de son imagination. Il n’y a que des écarts des gouffres entre ce qu’il imagine et les faits.

Le Père Bory arrive au bon moment. Ils se saluent échangent quelques banalités sur le temps. Puis Alcofribas n’y tient plus. J’attend une fille qui ne vient pas répond il au vieux qui lui demande ce qu’il fait.

Tu ne devrais pas perdre trop de temps dans les marivaudages lui dit alors le père Bory, et celui ci s’en va sans rien rajouter de plus vers le village.

Marivaudage ? Qu’est ce que ça peut bien vouloir dire se demande Alcofribas. Pour en avoir le coeur net il descend de sa tonnelle pour se rendre à la bibliothèque au rez de chaussée de la maison. Là il prend le Larousse , cherche le mot et lit la définition. Il ne comprend pas vraiment ce qu’elle dit cette définition, encore d’autres mots à chercher comme toujours… afféterie ? Préciosité ? Il y a une phrase d’un gars qui doit être breton … peut être un mot breton alors ?

Ce n’est encore que marivaudage; jusqu’ici, les traits d’esprit et autres bonnes manières nous dérobent à qui mieux mieux la véritable pensée qui se cherche elle-même (Breton,Manif. Surréal.

Nous dérobent à qui mieux mieux la véritable pensée qui se cherche elle-même… Alcofribas comprend tout à fait soudain le sens de cette phrase.

C’est comme une couche superficielle qui masque les vraies choses se dit il.

Il referme le gros dictionnaire. Retourne à la tonnelle. Le soleil est haut dans le ciel il commence à faire bien chaud. Dans l’ombre de l’arbre il y a un parterre de pivoines. Ce ne sont pas des fleurs excessivement colorées mais d’une tendresse infinie se dit Alcofribas. Et ces pivoines s’associent soudain à ce qu’il vient de comprendre dans ce mot breton.

Les filles n’arrêtent pas de marivauder, c’est même une spécialité qu’elles ont se dit Alcofribas. Cela l’agace toujours sans qu’il n’ait jamais compris pourquoi vraiment. Aujourd’hui il pense comprendre c’est parce qu’elle dissimulent quelque chose d’important derrière leurs inlassable marivaudage. Et il répète inlassable marivaudage.

Puis soudain il se souvient que ça lui plait aussi de ne pas avoir à pénétrer directement dans l’essentiel avec elles.

Cet essentiel qui pour Alcofribas serait de les mordre tout simplement à pleines dents, pour apaiser cette faim perpétuelle qui le dévore de l’intérieur.

C’est aux alentours de 11h30 que la porte s’ouvre. Jenny descend les marches lentement, on dirait une princesse croisée avec une magicienne. Quelque chose d’attirant et de repoussant. Alcofribas fait un petit signe de la main puis s’éloigne de l’autre coté de la maison en prétextant qu’il a un truc à faire désolé voilà je t’ai attendu maintenant faut que j’y aille.

Il y a des limites à la bêtise quand même se dit il et il tourne les talons.

Huile sur toile 38×46 cm Patrick Blanchon 2020

Divers tissements

Se divertir, se distraire, se recréer à tout bout de champs, une fuite éperdue hors de soi vers rien. Un rien pauvre appauvrissant en diable le plus vertueux de tous les saints. Parce que saint n’est plus mode autant que bœuf et le mouton est roi.

Tous les chantres bêlants le diront haut et fort et le rabâcheront.

Héritage empoisonné d’une oisiveté princière où de beaux messieurs et de gentes dames rivalisaient d’esprit jusqu’à plus soif tarissant ainsi tout l’important d’avant, le réduisant à une peau de zob, de chagrin.

Le 18ème et les lumières n’ont rien éclairé d’autre que la misère qui les entourait pour s’en gausser, se rehausser, se distinguer. Par contraste exister.

Le bel esprit primesautier, la légèreté, l’agilité, Un pansement sur une jambe de bois.

On nous a tant fait croire à la gloire, à l’esprit, aux belles lettres, à la philosophie et à la science, à grands coups de slogans de rediffusions de tubes, de classiques et de bouquins de poche, qu’au bout du compte par lassitude, par habitude, forcément on y a cru. Ne me dites pas que tout cela n’était pas prévu.

Et le loisir fut brandi soudain, le nouveau crucifix, avec tous ses pèlerinages, ses génuflexions, ses embouteillages lors des congés payés.

Derrière le front populaire quelle intelligence fomentait de toutes neuves entourloupettes ?

Le progrès aussi oh la la le progrès comme un bon vieux veau gras tirant ahanant le char de la modernité.

Quel carnaval ces petits malins nous auront encore inventé là.

Car dans le fond rien n’a bien changé depuis le fin fond des âges. Que du ressassé, de la resucée, rien de neuf n’est vraiment inventé.

Il y a toujours des riches et des pauvres, des forts et des faibles, des braves et des pleutres, et des cocus par monceaux.

Divertir pour attirer l’attention. Pour capturer l’attention afin qu’elle n’aille pas batifoler dans les fourrés, dans les chemins pas balisés. Divertir pour canaliser l’idiotie. Cette enfantine part de nous mêmes toujours prompte à se laisser berner et séduire par innocence par naïveté ou par paresse ou par fatigue.

Les déceptions s’accroissent d’autant qu’on espère toujours de plus en plus. Et fabriquer de l’espérance et du rêve c’est un sacré métier.

Qui se fait payer fort cher.

Ce sont toujours les mêmes princes primesautiers en apparence qui tiennent les cordons de la bourse. Des présentateurs télé et des acteurs et des artistes nominés qui vont flatter l’Etat ventripotent.

Comme à Versailles autrefois la cour se reflétaient dans la longue série de miroirs pendant qu’au delà toute la France peinait afin de rendre plus transparent le verre, plus fastueuse la belle image et quel culot d’avoir pour le jardin débauché Lenôtre. Même ça on nous l’a dérobé.

Et des impôts et des taxes et maintenant audio visuelle… Non rien n’a vraiment changé depuis la taille et la gabelle.

Ce sont toujours l’avidité et le pouvoir qui tiennent les rennes de ce traineau qui s’enfonce de plus en plus vers l’incurable.

Se divertir ne vaut que si de prime abord on est bien averti. Des tenants et des aboutissants de la farce et du folklore.

Se divertir comme on boit comme on baise, comme on s’oublie, comme on s’annule à petit feu pas seulement par ennui mais par absence.

Absence d’être absence de sens face à l’hégémonie de l’avoir et de paraitre.

Dessin crayon et feutre Patrick Blanchon 2020

Elections pestilentielles.

Sur les starting blocks les emmanchés costardés cocardés, se sont agglutinés. Ils attendent le coup de pétard, le départ, top on part qui sonnera le glas, aglagla de la grande bouffonnade lustrale. Voici la basse cour qui s’agite, cot cot codec Odette, Ô dettes Ô des belles poires Odalisque non pas là pas maintenant plus tard Tous les vizirs iznogood ceux qui rient ceux qui boudent et tous les autres qui fomentent, tirent sur la comète, affabulent, s’imaginent, fantasment, veulent la mettre Pauvre petite fée miette Qui ne sait pas dire niet Tandis que dans l’ombre dans la coulisse, dans la noirceur D’un trombone à piston Pon ! Pon ! Pon! On va chercher à tâtons pour le tâter le petit Napoléon le caporal mal embouché le boucher de l’Europe L’avant coureur solutionneur qu’à dit comment ça des chômeurs ?Ouste ! sus à l’italien, au russe, aux martiens aux daltoniens, aux lilliputiens. Tout ça ne vaut pas un bon vieux Louis, dort pas plus qu’un clair de lune à Genève s’exclament encore certains certains dans leur bon droit de flanquer sur le trône une nouvelle reine un nouveau roi poil au doigt !Oyez oyez citoyens, si t’as rien, François Maurice Robert, Eglantine, Rose et Lila Lis là le grand départ des élections pestilentielles est de retour !

Dessin A3 Patrick Blanchon 2020

Agir réfléchir.

Agir et réfléchir, ça se dédouble. Deux parallèles qui continuent leur petit bonhomme de chemin. Dichotomie. Scissiparité. Sans doute une mémoire cytoplasmique qui cherche à gagner du terrain coute que coute pousse dans les deux sens. Dans l’action comme dans la réflexion. Sans se toucher de trop. Mettons rarement.

Réfléchir est ce de l’action ? agir une inconscience de rigueur ? Le temps se brouille quand on y pense. Autant s’asseoir pour ne pas trop vite être étalé au sol par le vertige.

Entre les deux un doute une hésitation pour s’accrocher à quelque chose. Un genre d’accablement comme pour maintenir à quai un gros cargo. Des câbles dérisoires, mais suffisant pour se faire une idée quand même. Pour n’avoir pas d’idée vraiment claire. Attendre l’espoir en regardant dans le blanc des yeux la peur d’être à nouveau déçu. Petit coup de gong. Pause. Eponge moi le front, humecte moi les lèvres, resserre les liens à mes gants.

Dring ça repart, crochet du gauche et jeu de jambe. Moins sautillant d’un coup au 5 ème round.

Bing de plein fouet, dans l’arcade sourcilière le sang continue de pisser, la solitude trouve une issue et se rue en geyser. Liquide chaud et gluant, se mélange avec bave et écume qui glissent sur le menton.

Faut tenir. Ne penser qu’à ça. A rester debout esquiver rendre coup pour coup.

Seuls fruit de seul dans l’éclairage violent des spotlight, la foule en contre jour. On se cogne et s’étreint, on s’agrippe se soutient.

Show must go on.

Agir et réfléchir. ça se dédouble. L’un et l’autre torse nu à s’empoigner comme deux moitiés qui cherchent une unité.

L’arbitre siffle pour retarder. Pour éviter de sombrer dans la bestialité.

Faut respecter un peu les règles pardi. l’élégance la politesse. Etre sport.

Face à face désormais, défigurés, broyés, édentés, aveuglés nous nous tournons l’un autour de l’autre

et vice versa.

Le ring est tellement immense qu’il faut sans cesse le réduire.

Des petits pas. Jeu de jambe de plus en plus lent. Fatigue, agacement, colère et peur panique.

Face à face on se surprend, on se voit soudain tel quel. Un reflet.

Mais le public attend. Trépigne. la rumeur monte doucement. Un gagnant et un perdant vite.

Face à face on est complices. tu te couches ou je me couche l’essentiel n’est plus de vaincre.

L’essentiel est tout au sol, des flaques sans compter l’odeur. On se sera vidé de tout pour découvrir ce rien.

Agir et réfléchir se peut il qu’ils se rejoignent comme ces rails qu’on voit au loin et qui on l’imagine font dérailler les trains ?

Coup de sifflet de l’arbitre. La foule en délire défonce les accoudoirs. Sur les écrans des pub Coca Cola on sent déjà le sucre des parfums des filles trépignant dans la coulisse.

elles se jetteront bientôt devant pour agiter leurs drapeaux couettes, tresses et nattes

Tout ça pour dire aller tout ça c’était pas vrai c’était pour rire quel bon moment prout prout cadet à cheval sur mon bidet.

A quel moment on décide de dire pouce à soi-même est un beau mystère

Une embarquée belle hors d’ici de là.

on attend sans l’attendre l’ultime uppercut, on joue la surprise, le spasme le sursaut qui nous mèneront direct

droit hors du décor, à la croisée des horizons.

On filera à l’anglaise, en diagonale

et digne cependant d’avoir été au bout du supportable.

Jusqu’à mordre à belles dents dans l’intenable l’insoutenable,

voler quelque chose de son silence.

Et l’emporter au fond de l’océan

comme un galion qui sombre,

un vol et une restitution

Agir et réfléchir ça se dédouble

et même ça se multiplie à l’infini dans les applaudissements

quel cirque cet échange

ce mélange cette confusion

tout est affaire de substitution.

Rien n’est plus si important

L’irremplaçable est à 6 pieds sous terre.

Huile sur toile format 24×30 cm Patrick Blanchon 2020

Réussir rater

Hier encore grande discussion sur le fait de réussir, de rater un tableau. Certains jettent, ne veulent plus voir, ont honte. C’est à la mesure de l’exigence, de l’orgueil aussi. Souvent réussir est un cliché, c’est reconnaitre dans un travail celui d’un ou plusieurs qui rassure et réconforte.

Encombrement.

Il me semble avec l’âge que j’apprends une discipline insoupçonnée. Celle de pratiquer le ski sur piste noire.

Je n’ai skié qu’une seule fois dans toute mon existence. Vers 8 ans et ça c’est mal terminé.

Je n’ai pas obtenu d’étoile, mais une douleur au coccyx de plusieurs jours.

Je n’ai jamais réitéré pour diverses raisons. Economiques essentiellement.

Je m’aperçois que la peinture répond à un désir et à une frustration sans doute aussi de skieur.

Il faut slalomer entre ces notions de réussite et de ratage sans relâche sinon gare à la chute.

J’ai un nouveau travail sur le chevalet, j’ai fait une petite vidéo que j’ai postée sur mon compte instagram

Le premier commentaire que je lis est une observation sur ma « maitrise ».

Drôle comment on peut se trouver à des années lumières entre peintres parfois sur le sens d’un simple mot.

La maitrise c’est justement cette adversité contre laquelle lutter, slalomer pour ne pas s’étaler en dextérité froide, en habileté camouflant des béances.

Slalomer j’aime bien, je prends plaisir c’est toujours ça l’étoile à suivre.

La rareté

La rareté est une fille de rien qui cache ses trésors sous des haillons

c’est pour ça sans doute ce mépris cet intérêt pour les souillons

De la part des prétentieux des parvenus, des imbus, des perdus.

tous se fabriquent des idées de ciel clair, de transparence des nues

D’esclaves agitant des feuilles de palme, au dessus de leur front brûlant

De nichons en pomme, en poire, tout un marché bourré de chalands.

Et des culs oblongs, en forme de fusée pour sidérer le temps.

La rareté s’ignore et c’est dans le bel oubli qu’elle court les pieds nus.

Légère de sa jeunesse folle, ivre d’un rien, dans l’ombre des fortifs.

Certains l’appâtent au fric, au miel, tandis que d’autres tendent du rosbeef.

Elle leur sourit trois petits tours et puis encore s’enfuit

ça les agace ça les énerve, elle laisse derrière elle la ruine et l’ennui.

C’est qu’ils savent au fond d’eux mêmes ce qu’ils lui doivent.

Ils l’ont abandonnée un jour en voulant faire le zouave

Devenir plus ceci plus cela ce temps perdu en sens inverse.

C’est qu’il se souviennent en la voyant, d’illusions ils se bercent.

Mettre la main dessus la dévorer toute crue, l’achever jusqu’au bout.

Pour être enfin tranquille sans regret sans remords troulala itou.

Ceux là ils s’imaginent que ça ramènera le sel, à la vie le vieux bon gout.

Huile sur toile 70×70 cm Mai 2021 Patrick Blanchon

On ne s’entend pas

C’est un vrai bordel avec des maquereaux et des putes, des michetons à la pelle, des suceurs de bites et pas mal d’enculeurs de mouches. Il y a là aussi évidemment des artistes, des peintres, des écrivains, des poètes, eux sont venus là pour boire à la source. C’est à la lie sucrée acide qu’ils lèchent, mâchouillent, ingurgitent et digèrent toute cette impudeur, cette violence, ce grotesque et toutes ces merveilles visuelles, sonores, olfactives qui les accompagnent. C’est à partir de la boue de la sueur du sperme et de la merde qu’ils extrairont l’or du temps, l’or du monde, l’or d’une époque. C’est leur seul issue, ils ne savent pas faire autrement.

Les plus habiles se feront commerçants et bandits en surface, à l’intersection de leur monde et du monde. Ceux là sont carapaçonnés comme dans les vieux tournois, armures toutes scintillantes de bons mots et d’entregent. Ils savent plaire et ils en jouent. Pinces fesses et brosse à reluire, cirage de pompe au besoin, ils ne réfléchissent plus c’est pavlovien. Ceux là atteindront le sommet de la notoriété dans l’univers des petits bourgeois et un peu plus tard des grands par simple ricochet. La rumeur les emportera de boudoirs en alcôve, d’admiration en spéculation vers une gloire temporaire dont ils se moquent bien la plupart du temps.

Commerçant et bandits en surface mais pas si cons.

Il y a aussi les autres les gentils, ceux qui ne savent rien de l’orthodoxie de l’art. Ceux là ma foi, leur destin se joue aux dés, et il ne pèse pas bien lourd dans la balance des mondanités.

Parmi tous ces salauds qui se regroupent ici, dans ce cabaret, ce claque, ce bouiboui, il y a de nombreux degrés comme dans une armée, du simple bidasse au général en chef. En tant que bourgeois il y a bien au moins trente six façons de baiser son alter ego, malheur à ceux qui n’ont pas étudié leurs gammes, les balbutiants de la saloperie, les hésitants, les veules, ceux là ne sortiront pas du rang. Conspués par derrière comme par devant sans trop d’ambages.

Et les femmes.

Ah les femmes.

Elles en savent long comme le bras sur la musique. En silence le plus souvent elles font le distinguo entre le « cause toujours », le « malgré soi », le mal sevré, le salaud basique, prometteur et parfait. Elles aussi cherchent l’or, les bijoux, la distraction l’intérêt et l’oubli. Et c’est souvent par elles que l’art et la décoration progressent. C’est la loi de ce monde, derrière l’apparence des rôles, l’esclave intelligente devient maitresse et celui qui se goberge, le vaniteux, le fat finira à genoux ou au sol à se faire pisser et chier dessus.

Le mythe du type bien existe ici aussi, sauf qu’on ne donne pas la même définition au bien que dans les magazines.

Etre bien ici cela commence par ne pas être con. Ce qui évidemment amplifie la rareté. Ce qui évidemment crée des luttes des empoignades, des coups fourrés, des vacheries innombrables, pour s’accaparer l’oiseau rare.

J’étais cet oiseau là. Je peux bien l’avouer maintenant, les clients du cabaret ont depuis longtemps changé de crèmerie

Pourtant le cabaret lui continue, avec de nouveaux lieux éparpillés ça et là, une nouvelle clientèle soi disant, de nouveaux peintres, écrivains musiciens qui font sauter sur leurs genoux de gentilles dames et mêmes de beaux messieurs si délicats.

Rien n’a changé sauf une seule chose, le brouhaha.

Je me suis toujours demandé ce que le brouhaha permanent de ce lieu voulait me dire en creux.

Je crois qu’il suffit juste de tendre un peu plus l’oreille pour constater qu’ici on ne s’entend pas..

Aristide Bruant.

Un jour

Un jour viendra je serai dans de beaux draps.

Je regarderai tous les plans que j’ai tirés sur la comète

Et je serai fort aise de ne l’avoir jamais atteinte.

Car c’est ce ratage perpétuel

ces différents pas de côté

qui m’ont appris à danser

tralala itou.

Sinon je serais flèche comme on dit

celui là quelle flèche

J’aurais atteint dans le mille toutes les cibles

Les achevant aie aie aie toutes ces agonies.

Un jour viendra je regarderai mes chers remords

mes chers regrets, comme on reluque un vieux bout de PQ

Dans un élan de propreté.

Je dirai foin des béquilles pour ne pas tomber singe.

Pour rester vissé homme cet épouvantail

avec son beau collier, son boulet au pied

et ses méa culpa.

Je pisserai forcément contre un tronc d’arbre et peut-être alors

serais je frappé par la grâce, bien sur bien sur c’est ainsi qu’elle vient

comme une bonne blague.

j’agripperai la branche je dirai pas si grave.

Et je m’élèverai du canapé à la canopée

un vrai progrès !

J’éplucherai des bananes en me tenant les cotes

de rire en pensant qui j’étais.

Qui je fus qui j’aurais pu être.

Je regarderai le soleil se coucher ou se lever

Bien droit en face comme il se doit des ignorances

des « comment » et des « pourquoi »

En me grattant les couilles les aisselles et le ventre.

Je n’aurais plus que faim.

Je ne serai plus que seul.

serai plus que libre de toute liberté.

Collection Matérialités 2018 collection privée Patrick Blanchon

Bâtir sur du sable 9

Le problème avec les adultes c’est qu’ils n’ont pas d’honneur. Alcofribas a pris son vélo et a roulé jusqu’à la carrière, c’est ici qu’à mains nues il creuse depuis des semaines un tunnel qui espère t’il lui permettra d’atteindre la Chine. Et en même temps qu’il brasse la terre chaude, il numérote tous ses griefs contre le monde.

Zorro voilà un type qui a de l’honneur, Thierry la Fronde, John Wayne… hélas ce sont des personnages de feuilleton, de cinéma, de pures fictions. Dans la vraie vie ce n’est pas cela. Les gens promettent pour se débarrasser de la gène d’avoir à dire non voilà en gros toute la lâcheté.

Alcofribas a bien progressé dans son tunnel, il a maintenant une belle profondeur, il faudra aller chercher du bois pour étayer un de ces jours se dit il. Mais pour l’instant c’est plus la rage qui l’aide à creuser, il constate qu’elle est une énergie inépuisable. Sitôt qu’il commence à réfléchir, à élaborer une stratégie pour la sécurité de son ouvrage, l’ennui lui tombe sur le paletot. Il n’y a aucun plaisir dans la prévision du risque, du pire. Autant rester au niveau de la rage.

De temps en temps il déblaie la terre pour faire propre. Il repense à ce film qu’il a vu. Un gamin sur un toit de Pékin qui regarde un cerf volant s’élever au dessus de la ville. Ce gamin là doit exister et il aimerait le rejoindre sans bien savoir pourquoi. C’est la seule image de la Chine qu’il a Alcofribas. Pour le reste il ne sait pas.

Il rentre à nouveau dans son tunnel et progresse lentement quand soudain un tout petit éboulis attire son attention. Et juste au moment où il se dit oh oh il faut que je ressorte patatras tout lui tombe dessus et le paralyse. On dirait que la colline toute entière s’est effondrée sur lui. Il panique quelques instants, se dit qu’il va mourir là c’est certain. Et une fois ce constat effectué la paix s’installe. Il ne bouge plus, il respire doucement, il observe comment la mort va s’emparer de lui. Il éprouve presque du plaisir finalement d’ être en contact avec la certitude qu’il va mourir. Rien ne lui a jamais paru aussi réel que ça de toute sa vie.

Peu à peu il s’engourdit, c’est peut-être la même chose que le sommeil se dit Alcofribas. On meurt comme on s’endort voilà tout.

C’est à ce moment là que son double surgit, le sale gamin qui n’en fait toujours qu’à sa tête. Le voleur le menteur, ce monstre qui lui fait peur mais vers lequel il est attiré car il sait que l’autre ne se fait pas d’illusion sur le chagrin, la tristesse le malheur. Celui là est bel et bien du même tabac que ses héros. Sauf qu’il n’a rien de solaire comme eux c’est même tout le contraire. Il vient du fond de la Terre, de la noirceur et de la pourriture qui se décompose.

Hey mec bouge toi tu es en train de crever au cas ou tu ne le saurais pas.

Alcofribas est à peine surpris d’entendre sa voix sarcastique. Il a envie de lui dire fiche moi la paix, laisse moi je n’ai pas la force.

Mais l’autre l’interrompt aussitôt

Taratata Dugenoux. bouge ton cul faut sortir de là, tortille toi, fais comme les taupes, marche arrière en avant toute nage dans la terre à l’envers.

Alcofribas s’exécute. C’est une sorte de reflexe qu’il a désormais sitôt qu’il rencontre une autorité quelle qu’elle soit. Son premier reflexe est toujours d’obéir, c’est ensuite que ça se gâte.

Allez zou tu y es presque encore un effort Dugenoux. Alcofribas a de la terre plein la bouche mais il continue à progresser à rebours. C’est comme dans ses rêves se dit il, il suffit de décider de se rendre d’un point à un autre de fermer les yeux à l’intérieur du rêve lui-même pour ça marche. En un clin d’oeil ainsi il pourrait atteindre Cassiopée, Aldébaran ou même ce foutu toit de Pékin il le sait. Mais il sait aussi qu’il n’est pas dans un rêve, qu’entre la prise de décision et l(atteinte de l’objectif un temps considérable peut s’étendre. Pourquoi y a t’il donc cette distance, tout ce temps à attendre, tous ces efforts à produire, pourquoi autant d’embuches au désir ?

Son cerveau est reparti en même temps que l’autre le tanne.

Plus vite gros lard tu traines là, si tu ne te dépêches pas c’est la colline entiere qui va t’avaler. Et le salaud rigole pour bien marquer son mépris envers Alcofribas.

Ce qui le met en rogne évidemment lui Alcofribas le doux, le gentil, il faut qu’il sorte de ce putain de tunnel pour l’agripper ce sale con et lui flanquer une raclée, désormais il l’a son objectif , et ça décuple sa rage et ça décuple son énergie, et ça décuple son envie de vivre d’un seul coup.

Enfin la chaleur du soleil sur ses mollets, encore un petit effort et il s’extirpera tout entier, ça y est il y est et au moment où il sort complètement du tunnel l’ouverture se rebouche presque aussitôt tout est désormais obstrué comme si rien de tout cela n’avait jamais existé.

Alcofribas se relève crache toute la terre qui l’empêche de gueuler, il va pour se retourner prêt à en découdre à se ruer sur l’autre. Mais à cet instant surprise il n’y a rien. La carrière ensoleillée, un léger frémissement de feuilles dans les arbres avoisinants, un oiseau qui s’envole dans le ciel bleu. L’autre a disparu soudainement.

Sors de ta cachette salaud gueule Alcofribas je vais te tuer !

Personne ne répond. Tout est calme et paisible indifférent à sa colère à sa rage à son chagrin d’être ce qu’il est et à son échec.

Il remonte sur son vélo et prend le chemin du retour.

Sa mère vient de saigner un lapin qui pend à une branche de pommier. Elle se retourne, son tablier est plein de sang et elle le voit ouvrir le portail.

Mais tu t’es vu ? Qu’est ce que tu as fichu durant tout ce temps ? Et tes vêtements !!! ? Mais qu’est ce qui m’a fichu un abruti pareil ? tu as vraiment le diable dans la peau. Attend un peu quand ton père va rentrer… elle a un petit moment d’hésitation, file te laver tout de suite on en reparlera sois certain.

Puis elle se retourne vers le lapin et lui coupe la tête d’un geste formidable, comme dans un film d’horreur, le sang jaillit partout, Alcofribas court et gravit l’escalier de ciment pour parvenir à l’entrée . Il se retourne une dernière fois sa mère est en bas et l’observe, elle a allumé une cigarette son visage est écarlate. Il pense que ça aurait été sans doute mieux de mourir ce jour là.

Cliché noir et blanc d’un détail Série Matière. Patrick Blanchon 2019