Comment sortir de la confusion ?

Qu’est ce que la confusion ? Vous connaissez peut-être, voir surement, il semble que nous ne puissions pas nous en passer. Et que serait le contraire de la confusion dans ce cas ?

Pourrait-t’on dire qu’il s’agit de la clarté ?

Dans ce cas la confusion serait l’ombre et la clarté ne pourrait pas jaillir autrement qu’après avoir traversé la confusion, jusque là tout va à peu près bien n’est-ce pas ?

Comment se manifeste la confusion ? comment naît-elle ? s’attache t’elle à un seul domaine de votre vie ou bien à l’ensemble de celle ci ?

Cela demande un peu de réflexion.

En effectuant une recherche sur un célèbre moteur de recherche, la première définition serait

« le trouble d’une personne confuse » … avec ça nous sommes bien partis.

Que dit la science ?

« La confusion est un trouble aigu, transitoire de l’attention, de la cognition et de la conscience, habituellement réversible et très fluctuant. Les causes comprennent presque toutes les affections, ou médicaments. Le diagnostic est clinique, aidé des examens de laboratoire et habituellement d’imagerie pour en identifier la cause. Le traitement consiste à corriger la cause et à mettre en place des mesures de support. »

Nous ne sommes pas arrivés non plus.

Allons voir du coté des journaux féminins puisque c’est la suite logique trouvée par l’algorythme:

« La confusion mentale, parfois appelée syndrome confusionnel, est un symptôme assez fréquent souvent difficile à interpréter. Une personne confuse perd la notion du temps et de l’espace, elle s’égare facilement et une simple conversation peut la laisser perplexe. Ses facultés intellectuelles sont altérées. La confusion peut être un état passager ou un premier symptôme d’une pathologie incurable telle que la maladie d’Alzheimer. Elle peut être provoquée par une crise d’épilepsie, une tumeur, une psychose, un traumatisme, une infection ou un trouble vasculaire. Le traitement dépend de la cause sous-jacente. »

Vous pourriez à mon avis continuer à lire toutes les pages du web et les multiples définitions de la confusion que vous ne seriez pas plus avancé. Surtout si à la base vous êtes déjà confus, c’est à déconseiller.

Par les temps actuels il semblerait que se tenir loin de toute « information », de tout mot d’ordre permettrait d’aller puiser en soi des richesses inédites… il suffit de s’y mettre, une pelle, une pioche, yaka… Enfin ce n’est que mon avis bien sur.

Peut-on parler alors d’une sensation confuse, d’un sentiment confus, d’une pensée confuse ? il semble que la confusion ne se manifeste pas toujours de la même façon suivant l’angle de lecture de l’observateur.

Que serait une sensation confuse si elle ne pouvait avoir de définition précise, elle échapperait alors à l’analyse comme au contrôle. Analyse de qui contrôle de qui et de quoi ? Mystère et boule de gomme.

Toujours cette cervelle qui cherche à s’empiffrer de définitions et de mots d’ordre, à se rassurer en se haussant sur la pointe des pieds si tout à coup elle semble perdre le contrôle. Et que fait-t’on lorsqu’on croit perdre le controle ? Soit on est abattu et on se retrouve en position foetale ( mentalement ou physiquement, avec des chips et une canette devant la télé) soit on monte sur ses grands chevaux pour vociférer… comme si finalement quelque chose se plaignait continuellement à l’intérieur de la forteresse rassurante de nos analyses rationnelles, claires, logiques. Une ambiguïté qui ne serait jamais satisfaite de son sort. Soit je suis rassuré de tout mais je m’ennuie, sois je perds le contrôle je deviens confus mais comme c’est épatant en même temps cette confusion… où extrêmement douloureux aussi à terme quand on a terminé de trouver cela épatant.

Etre confus suite à une défaillance biologique cela peut s’envisager, un neurone qui baille, un synapse qui se relâche… et c’est l’obsolescence et l’entropie qui pointent le bout de leur vilain nez. « Vilain » pour la famille, pour les proches.

Celle ou celui qui peu à peu découvre la confusion en tant que « maladie » justement confond désormais le proche et le lointain, l’ici et l’ailleurs, peut-être n’en souffre t’on même pas.

C’est juste un égarement avec par ci par là des repères familiers qui s’effacent peu à peu dans la brume. Reste t’il encore un spectateur intérieur de cette métamorphose dans ce cas ? que reste t’il vraiment une fois que tout est confondu, que tout est oublié ?

La confusion c’est aussi l’indifférencié, comme l’indifférence à tout ce qui pouvait autrefois jouer le rôle de colle entre les différents fragments de notre personnalité, comme de notre identité. Peu à peu l’écho de bruits sourds qui s’éloignent comme aussi le timbre de voix aimées qui rejoint les sons environnants et qui s’évanouissent également. Autrement dit « l’enfer des autres » comme leur paradis.

Ce qu’il y a d’étrange avec la confusion c’est qu’elle égalise, elle nivelle tout ce à quoi la violence, le désir, la haine ou l’amour pouvaient autrefois s’accrocher pour produire du mouvement.

Il y a de lourdes confusions comme de légères, et toute la palette des oublis et des lapsus entre les deux comme toujours.

Il se pourrait comme le disait Samuel Beckett que cette confusion générale, dont on ne se rend d’ailleurs plus vraiment compte soit en fait une sorte d’utérus dans lequel nous serions encore bloqués.

Quand est ce qu’on va naître…? dit un des clodos de « fin de partie » en attendant Godot.

Dans ce cas là la vie serait le lieu magistral, le territoire de toutes les confusions dont nous chercherions plus ou moins adroitement de nous extraire, toujours en vain sinon par la mort que l’on confondrait encore bien sur avec l’idée d’y voir enfin « plus clair ».

N’y a t’il pas un autre moyen que de se pendre afin de domestiquer cette confusion? c’est à cela que je pense cette nuit, n’arrivant toujours pas à dormir comme d’habitude éblouit par la rapidité du temps qui passe si vite dans la journée.

Illustration « Lucifer » Jackson Pollock

Mille et une façons de creuser sa tombe./ A thousand and one ways to dig your grave

C’est un tout petit roman que vous avez certainement lu lorsque vous étiez jeune, petit par l’épaisseur, par le nombre de pages, petit aussi désormais quand on s’en souvient longtemps après, petit comme une étoile à peine perceptible dans le fin fond du ciel noir. Il s’agit du « Siddhartha » de Hermann Hesse.

Que raconte ce livre sinon que quelque soit le chemin emprunté nous nous rejoignons tous au même endroit, que l’on pourrait nommer

« le lieu où l’on se rend compte de son ignorance. »

Celui qui cherche la sagesse et celui qui ne la cherche pas, quelle importance ? puisque au final la vraie découverte sera que nous n’y avons pas accès. Soyons un peu raisonnable les véritables éveillés son rarissimes et partons du principe que ce n’est ni toi ni moi.

La sagesse est sans doute aussi une petite étoile qui nous guide du plus profond de notre ignorance vers un peu moins d’ignorance et c’est déjà pour beaucoup un pas de géant.

Mais un peu moins d’ignorance fait tout de même mal à côté du peu de joie qu’il nous apporte. Un peu moins d’ignorance, c’est dérober encore une fois le feu et en payer les conséquences. Alors on s’aperçoit que nous avons fait tout ce chemin doté d’intentions changeantes au cours du temps, et que ce changement incessant n’est qu’un changement d’outil afin de creuser notre tombe. Un coup ce sera une pelle d’autre fois une pioche, pourquoi pas une simple cuillère, qu’importe l’essentiel est ce trou autour duquel sans le savoir nous nous affairons.

L’orgueil et la vanité mènent le monde et vont souvent se nicher en dernier recours sous la plus humble des robes de bure. Derrière le plus farouche des anonymats se cache toujours quelqu’un dans l’attente d’être découvert.

Ce ne sont que des histoires que nous nous racontons pour passer le temps. C’est tellement extraordinaire en soi qu’on pourrait se demander si le seul but n’est pas déjà là, dans cette inaptitude à accepter la vie telle qu’elle est, sans avoir besoin de l’interpréter sans arrêt ?

Il y a quelque chose de profondément émouvant dans cette inaptitude à vivre que ceux qui ne la connaissent pas, ou feignent de l’ignorer plutôt ne peuvent pas du tout savourer. Car c’est dans cette vulnérabilité, cette précarité, qui gît au fond de chacun de nous que naissent les émotions les plus subtiles, comme les sentiments les plus forts et qui souvent d’ailleurs nous emportent et nous dépassent.

L’histoire de Siddhartha lorsqu’on se souvient de son origine est celle d’une révolte contre le père.

L’histoire de la peinture du 20 ème siècle est aussi l’histoire d’une bande d’enfants rebelles.

Et désormais que la nécessité de lutter contre nos pères ou nos mères disparaît, nous restons bras ballants et comprenons tous les coups d’épée dans l’eau que représentent la plupart de nos actes.

Cette prise de conscience apparaît souvent tardivement et sans doute est ce aussi dans l’ordre des choses, ce fameux « ordre des choses » dont nous refusions d’entendre parler, vous vous souvenez ?

La tombe c’est ce creuset dans lequel le plomb et l’or au bout du compte se rejoignent pour retrouver leur nature, ce qu’ils ont toujours été, simplement du métal, des enfants de Gaïa la solitaire qui tourne sur elle-même en nous rêvant plus beaux que nous n’avons jamais été.

Désormais il existe un opéra Rock du même nom que ce petit livre .Je me suis posé la question : pourquoi ce personnage de Siddartha aura t’il été pressenti comme un bon investissement pour les producteurs qui financent ce spectacle…?

Sans doute parce que contre toute attente le guerre des enfants contre les parents touche à sa fin d’une certaine manière.

Ce qui était détourné par l’institution et la famille ne l’est plus et nous allons assister de plus en plus rapidement à la croissance d’une violence sans raison et à sa réciprocité. Il y aura à nouveau des boucs émissaires temporaires et éternels, ce temps durera ce qu’il durera, et peu importe, tout n’est-il pas toujours un éternel recommencement ?

Le fait que nous assistions en peinture à ce que l’on veut nous faire passer pour un retour vers la Renaissance, d’ailleurs on rajoute l’adjectif « sauvage », pour renforcer le buzz, indique la volonté d’un retour au calme, entre l’artiste et ses commanditaires. Bien sur « sauvage » à la Bansky de préférence qui reste dans un anonymat dans le seul but de faire encore croire qu’il serait un mauvais fils et donc un vrai artiste …

Cependant qu’il est absorbé par la fabuleuse machine à faire de l’argent comme au temps des Médicis et de Leonard qui inventait des clitoris volants au nez et à la barbe de toute la papauté tout en allant se reposer dans un Chambord en peignant la Joconde comme on peint la girafe.

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It is a very small novel that you certainly read when you were young, small by the thickness, by the number of pages, small also now when we remember it long after, small like a star barely noticeable in the end of the black sky. It is « Siddhartha » by Hermann Hesse.


What does this book say, except that whatever path we take, we all meet in the same place, which we could name the place where we realize our ignorance.


Who cares for wisdom and who does not seek wisdom, what does it matter? since in the end the real discovery will be that we don’t have access to it.


Wisdom is undoubtedly also a small star which guides us from the depths of our ignorance towards a little less ignorance and it is already for many a giant step.


But a little less ignorance still hurts for the little joy it brings us. A little less ignorance is to once again steal the fire and pay the consequences. Then we realize that we have come all this way endowed with changing intentions over time, and that this incessant change is only a change of tool in order to dig our grave. A blow it will be a shovel other times a pick, why not a simple spoon, whatever matters is this hole around which without knowing we are busy.


Pride and vanity lead the world and will often nestle as a last resort under the most humble dress. Behind the fiercest anonymity is always hiding someone waiting to be discovered.


These are just stories that we tell ourselves to pass the time. It is so extraordinary in itself that one could wonder if the only goal is not already there, in this inability to accept life as it is, without having to interpret it constantly?

There is something deeply moving about this inability to live that those who do not know it, or pretend to ignore it rather cannot savor at all. Because it is in this vulnerability, this precariousness, which lie at the bottom of each of us that are born the most subtle emotions, like the strongest feelings and which often besides carry us and exceed us.


The story of Siddhartha when we remember its origin is that of a revolt against the father. The history of 20th century painting is also the history of a bunch of rebellious children. And now that the need to fight against our fathers or our mothers disappears, we remain swinging and understand all the swords in the water that represent most of our actions.

This awareness often appears late and no doubt it is also in the order of things, this famous « order of things » which we refused to hear about, do you remember?

The tomb is this crucible in which lead and gold ultimately come together to find their nature, what they have always been, simply metal, children of Gaia the lonely one who turns on herself dreaming of being more beautiful than we have ever been.

Now there is a Rock opera of the same name as this little book. I asked myself the question: why was this character from Siddartha considered a good investment for the producers who finance this show …? No doubt because against all odds the war of children against parents is coming to an end in a certain way. What was hijacked by the institution and the family is no longer hijacked and we will witness more and more quickly the growth of violence without reason and its reciprocity. There will be temporary and eternal scapegoats again, this time will last as long as it lasts, and whatever, isn’t everything always an eternal beginning?

The fact that we are witnessing in painting what we want to pass for a return to the Renaissance, moreover we add the adjective « wild » to reinforce the buzz, indicates the desire for a return to calm, between the artist and his sponsors. Of course wild, preferably Bansky, who remains anonymous for the sole purpose of still making people believe that he would be a bad son and therefore a real artist … however that he is absorbed by the fabulous machine for making l money as in the days of the Medici and Leonard who invented clitoris flying in the nose and beard of all the papacy while going to rest in a Chambord by painting the Mona Lisa as one paints the giraffe.

Les voyages

Quand on veut voyager et qu’on n’a pas d’argent, pas de temps, pas le courage, enfin quand on a une envie et qu’on fait tout pour ne pas la réaliser finalement, celle ci se faufile malgré tout pour parvenir peu ou proue à la surface du territoire matériel.

Peindre c’est aussi au delà des buts que l’on se dit une façon de laisser parler ces envies de voyages qui pendant longtemps furent compressées, maltraitées, oubliées.

Avec l’arrêt de la cigarette et la disparition des écrans de fumée multiples la vue devient plus claire, la main retrouve la fermeté du manche du pinceau, la souplesse et l’onctuosité des huiles.

Et s’il faut passer encore une fois par le noir et le blanc comme étape obligée ce n’est plus une raison pour ne pas accepter ce que l’envie murmure depuis si longtemps. Cela faisait longtemps que ça me pendait au nez. Ça va s’appeler  » voyages intérieurs  » c’est juste le titre et je ne sais pas où je vais.

Garder le cap

Quand le ciel change, que les nuages s’amoncellent à l’horizon, que l’on entend le petit bruit des factures qui arrivent par la fente de la boite à lettres, quand la mine de crayon se brise sous la pression et que l’on cherche le taille crayon partout en vain, quand la gomme est noire, quand le chat n’a plus de croquettes, quand tout est embrouillé à souhait dans la tête comme dans l’atelier, comment garder le cap ?

Chaque jour essayer un truc, écrire sur une feuille la liste des choses à faire par exemple, et puis la déchirer, la jeter à la corbeille pour voir ce qui reste en mémoire d’important vraiment.

Découvrir qu’au final rien d’autre n’est important que la certitude que tout un jour sera terminé.

Se lamenter un brin, puis se relever et avec souplesse. Tenter un auto coup de pied au cul.

j’ai testé pour vous, ça peut marcher de temps en temps, après 55 ans c’est plus périlleux, enfin pour les plus souples alors on enchaîne dans la foulée, par un petit café, une cigarette, ah non désolé j’ai arrêté.

Une envie brève comme un ange qui passe. Bien se rappeler qu’une cigarette ne dure guère, c’est tellement bref qu’on se demande quel plaisir vraiment on peut poser sur le plateau de la balance tandis que sur l’autre on a installé tous les dépits que la brièveté de cet acte saugrenu entraînerait. Toujours faire la part du pour et celle du contre.

Et puis s’en fatiguer, se révolter, gesticuler, tout cela ne dure pas longtemps quand on y réfléchit bien, juste un sale petit moment à se débattre, ça va passer. Et respirer, profondément, respirer.

Lorsque la lumière revient, avec le calme on en rigole doucement, on s’aperçoit, on se retrouve, on se tapote l’épaule, on s’encourage à nouveau, et l’on finit par s’apprécier. C’est vraiment à ce moment là précisément que le taille crayon resurgit, alors on s’assoit, on prend une nouvelle feuille et on y va. Une nouvelle journée alors est traversée et le soir vient, car il vient forcément, irrémédiablement. Alors on se demande si on a gardé le cap ?

On ne sait pas vraiment si c’est au sud ou au nord à l’est ou à l’ouest, aucun point cardinal n’est vraiment précis. C’est plus une impression, un ressenti qui va colorier la nuit de couleurs froides, de couleurs chaudes.

Et pour l’instant quand vient le matin, comme un gamin à chaque fois je reste ébahi.

Rater

Comment rater ton visage Huile sur toile Patrick Blanchon 2019

Aujourd’hui je vais contourner une grande difficulté dans ma vie, celle de vouloir réussir quoi que ce soit.

Je vais m’installer devant ma toile et je vais fermer les yeux à chaque fois que je vais déposer une touche de peinture. Et ainsi de suite jusqu’à ce que tout le tableau soit recouvert de taches de peinture.

voilà j’ai terminé je peux ouvrir les yeux et j’ai devant moi un tableau qui n’est pas réussi, un tableau que je serais tenté de classer dans la catégorie des œuvres ratées.

Et maintenant je suis devant le contraire de ce que j’ai toujours estimé être la réussite.

Mais qu’est ce qui ferait que ce tableau puisse être réussi ?

Pourquoi est ce que j’imagine qu’il est raté ?

D’où me viennent cette idée de réussite et d’échec ? Et cela me ramène automatiquement à l’immense confusion de mon enfance évidemment.

Réussir sa vie pour mes parents c’était avoir un bon job, puis progresser dans la même boite pendant des années et ainsi gravir peu à peu les échelons. Ils avaient confiance dans cette idée de réussite professionnelle puisque leurs parents leur avait transmise et les parents de leurs parents .. globalement, l’idée de la réussite professionnelle n’avait pas changé depuis des générations.

Lorsqu’en 1974 mon père reçut sa lettre de licenciement il travaillait déjà depuis plus de 15 ans dans la même entreprise, il avait démarré comme simple représentant et s’était peu à peu hissé comme responsable des ventes, puis directeur commercial. Il avait travaillé dur pour y arriver , le travail payait .Pour se former il n’avait pas hésité à s’inscrire au Conservatoire des Arts et métiers où il passait ses soirées et souvent des weekend entiers.

En revanche sa vie de famille était pour lui comme pour nous un échec, nous le voyions rarement, souvent stressé, parfois colérique, et tout ce qu’il devait entreprendre dans la maison, il semblait s’y attaquer à contre cœur. On peut supposer qu’il avait à ce moment là une sensation coupable de délaisser ses études, de négliger un investissement qu’il estimait plus important que de changer une ampoule, réparer une prise défectueuse, ou simplement aller changer une carte grise pour l’achat d’un nouveau véhicule.

Il passa presque une année à ruminer après son licenciement, et ce fut vraiment une année terrible pour notre famille, il s’enfermait dans un mutisme qui pouvait durer parfois des semaines entières, ou alors il entrait dans des colères homériques. Ce n’était plus pour nous, les enfants un modèle de sécurité et de réussite comme celui qu’il avait voulu nous imposer avant la catastrophe de sa mise à pied.

Du coup tous les conseils antérieurs en relation avec la réussite semblèrent devenir lettre morte, mes résultats scolaires ainsi que ceux de mon frère qui n’étaient déjà pas fameux dégringolèrent de manière vertigineuse.

Nous aurions dit d’une certaine façon que nous l’accompagnions résolument dans la découverte et l’exploration de ce nouveau territoire que représentait désormais l’échec.

Evidemment nous eûmes droit à des insultes et des humiliations carabinées de la part de nos parents qui ne comprenaient pas pourquoi nous ajoutions encore à la difficulté paternelle par nos mauvais résultats.

Mon frère fut orienté vers une voie de garage quant à moi je terminais laborieusement ma dernière année de pensionnat et devais réintégrer l’école publique et laïque ce qui n’était pas pour me déplaire au final.

Je n’établirai pas ici la longue cohorte de tentatives et d’échecs qui s’amoncela par la suite dans tous les domaines de ma vie. Non pas que je veuille en rendre qui que ce soit responsable ce n’est pas du tout cela, bien au contraire, j’ai endossé la responsabilité d’échouer tout simplement puisque la réussite ne semblait pas être une valeur stable.

Evidemment, je n’en fus pas conscient tout de suite, à chaque échec mon estime de moi en pâtissait comme j’avais vu mon père en pâtir, face à lui , l’échec j’étais copie conforme, cependant que je persévérais à accumuler d’autres échecs et ratages, et comme mon esprit est analogique en grande partie, j’établis assez vite des ponts entre les domaines professionnels, sentimentaux, etc , en fait j’ai continuer à vouloir à tout prix réussir mais en suivant la voie de l’échec .. J’étais inconscient de ma compétence de raté.

Le jour ou j’ai enfin compris que je ne cherchais pas la réussite mais l’échec en toutes choses, ma vie se modifia, désormais je me suis bâti une philosophie de l’échec le tenant pour une chose évidente, habituelle, normal e, inéluctable. Il y a plus de chance qu’une tentative quelconque échoue qu’elle réussisse.

En réalisant cela , en changeant mon fusil d’épaule, je me suis mis à regarder ce que les autres nommaient leur réussite et combien celles ci dans mon esprit étaient fragiles. Je voyais un ami dans un super job et je n’étais pas envieux, je savais que tôt ou tard il risquerait de le perdre, j’en voyais un autre avec une femme magnifique à son bras, je ne l’enviais pas plus sachant que celle ci pouvait au mieux le tromper au pire divorcer, et peut-être même disparaître tout simplement. Toute réussite n’était qu’éphémère.

Alors que l’échec m’offrait une stabilité épatante quant à sa régularité.

La phase suivante advint lorsque je commençais à me rendre compte de ce fonctionnement, je n’étais plus inconscient de celui ci , et je l’exploitais.

Je travaillais comme photographe à l’époque, et les hasards des rencontres m’amenèrent à développer des photos pour certains artistes connus. C’est à ce moment là que je prenais les négatifs souvent en noir et blanc et que je les travaillais sous l’agrandisseur pour en sortir des jolies épreuves positives.

Négatif, positif.. Je rencontrais une artiste photographe qui me prit sous son aile et m’embaucha spécialement pour la partie laborantine.

Comme j’étais encore léger d’argent et quasiment sans logis, elle m’offrit de m’installer dans un magnifique atelier de Clignancourt. L’espace était vaste, lumineux, aux murs une collection de masques africains rares constitué par le maître des lieux, peintre célèbre qui prêtait l’atelier à ma bienfaitrice en échange de séance de poses, car elle était modèle également et plus encore son égérie.

C’est dans la cuisine de l’atelier que l’agrandisseur et les bacs se tenaient et j’aimais ce petit lieu clos rassurant contre l’immensité de l’espace attenant qui m’angoissait par sa propreté et son agencement qui ne m’appartenait en rien.

Le soir je me réfugiais dans une alcôve ou j’avais dressé un lit de fortune, je rédigeais mes impressions sur mes petits carnets habituels, cela aurait pu être considéré comme une manière de succès, presque de réussite inespérée.

J’étais plutôt habile dans l’exercice du laboratoire, j’avais étudié avec des maîtres incontestés suite à de longues heures solitaires et un travail acharné. J’avais été capable d’investir quantité de nuits blanches dans cet apprentissage du labo car je travaillais dans la journée.

Et bien les problèmes commencèrent assez rapidement entre ma patronne et moi sur la façon d’interpréter son travail.

Ce n »était pas tout à fait ceci , mais pas encore cela … je déchirais les épreuves et je refaisais.. et représentais encore à nouveau mais ce n’était toujours pas assez ceci et pas encore cela .. De temps en temps, avais je du bol, je sortais un tirage magnifique et j’avais droit à une ou deux louanges mais réflexion faite, cela aurait peut pu être ceci à moins que ce ne soit encore mieux comme ça.

Cette promiscuité de ressenti nous amena à avoir une liaison évidemment, il fallait que nous allions au plus profond de nos divergences ou de nos points communs.

Cette relation dura une dizaine d’année, nous alternâmes ruptures et retrouvailles et je lui appris les rudiments du laboratoire pour qu’elle puisse tirer partie de ses négatifs toute seule.. J’appris par la suite qu’elle cessa toute activité photographique pour se réfugier dans un ermitage en Provence.

La réussite donc c’est un peu aussi comme le bonheur, les gens en général recherchent intensément ces deux choses, ils focalisent toute leur attention la dessus mais sans jamais se demander vraiment ce que serait vraiment la réussite pour eux ou le bonheur véritable

Ils épousent des concepts, des oui dire, des poncifs … et heureusement que les catastrophes existent sinon ils en resteraient là en passant à coté de leur vraie vie.

Changer

Huile sur papier journal Réalisation 1985 représentant quelques objets sur une table d'angle.Oeuvre de jeunesse de l'artiste peintre Patrick Blanchon
huile sur papier journal collection privée Patrick Blanchon

Il y a une différence majeure entre croire que nous sommes à un certain niveau et y être véritablement. La peinture n’échappe pas à cette règle.

Pour comprendre ce qui ne fonctionne pas dans un niveau d’évolution ,il faut passer aux niveaux supérieurs sans quoi impossible d’avoir le recul nécessaire.

Puis à l’occasion d’un regard jeté sur le chemin parcouru, s’arrêter pour apprécier honnêtement mais aussi à l’appui des nouvelles connaissances que nous avons acquises, le fil imperceptible qui relie l’ensemble afin de suivre la  trace, le  fil conducteur.

Sans cela nous pataugeons et tournons en rond comme un hamster dans une cage.

Ces derniers jours, j’ai  envie de ranger, de classer, de jeter, d’alléger. Faire le tri entre l’important, le nécessaire qui peut faire levier et l’inutile qui m’entrave, me scotche, me lie, m’ennuie.

Dans des cartons je retrouve une kyrielle de travaux de jeunesse et je les regarde d’un nouvel œil en tentant de lutter contre l’attendrissement de la nostalgie et la pulsion d’ouvrir un grand sac poubelle.

En retrouvant cette feuille de papier journal tâchée de couleur j’ai un doute avant de la froisser, la déchirer, l’évacuer. J e vais juste prendre le temps d’en reparler un peu, comme on parle à un ami sans fausse pudeur, sans artifice. 

Voilà :

Je peignais dans des chambres de hasard, sans confort, et seule la flamme de mes désirs et de mes ambitions , autant dire la flamme des illusions, me réchauffait et me nourrissait tout en même temps. J’étais dans le niveau le plus bas de l’échelle dont je parle plus haut. Le niveau où l’on se préoccupe encore beaucoup trop de l’environnement, de ce qu’on va manger, du comment on va payer la chambre et acheter ses titres de transport. 

Pour pallier les exigences requises par ce premier niveau, je travaillais comme archiviste dans une boite d’architecture. Un sous-sol poussiéreux où, s’entassaient tous les dossiers des projets réalisés ou pas, les études de plan, les calques de tout acabit, et les litiges réglés ou pas.

Je ne rechignais pas à la tâche, mais celle-ci était  si facile, je disposais de longues périodes durant lesquelles je lisais tout ce que je pouvais trouver chez les bouquinistes, et à la bibliothèque de quartier. Je me souviens encore avoir lu « les vies » de Plutarque dans une vieille édition, mais comme ma spécialité est de digresser, je ne vais pas étaler ici la liste tout aussi hétéroclite que gargantuesque des nourritures livresques que je dévorais d’une façon que je considère aujourd’hui .. aussi désordonnée que désespérée. 

Cependant voyez, je considérais que ma tache était facile, je m’étais installé dans une jolie routine qui me procurait de quoi assouvir ma soif d’apprendre, ma passion de la lecture.

Je ne gagnais pas grand chose évidemment et les fins de mois étaient toujours tendues à partir du 15. Ce n’est plus trop original de nos jours, c’est même devenu banal. En fait ce qui ne serait pas banal c’est qu’il en  fusse autrement.

Pour lutter contre la routine et l’ennui j’avais élevé la rêverie à la hauteur d’un sacerdoce et il m’était assez facile de supporter cette existence en me projetant dans un avenir dans lequel,inéluctablement  je serai peintre, écrivain, photographe, chanteur, érudit, philosophe, et bien sur « riche ».

La rêverie et l’espoir ne sont pas des phénomènes palpables. Ce ne sont que des rustines virtuelles que l’on tente de coller sur l’effroyable. 

Sans organisation, sans plan d’action, sans accepter de se fixer des objectifs autres qu’hypothétiques, non seulement je n’étais pas libre mais en plus je faisais fausse route et j’allais me retrouver enchaîné plus encore par la suite.

Cette suite je ne vous la raconterai pas encore. Pas aujourd’hui, peut-être même jamais, ce n’est pas bien important. La seule chose qui me paraît importante ici c’est que pour voir il faut fermer les yeux. Revenir à la racine de soi et considérer le mental comme un périphérique.

Une souris, un clavier, un écran mais pas l’ordinateur.

Ce n’est pas le mental qui peut faire changer de niveau. 

Changer c’est lâcher prise et ce terme est tellement galvaudé désormais, récupéré par des charlatans de tout acabit que je ne vais pas ajouter encore à la misère du monde.

Hier encore j’évoquais Ulysse attaché à son mat, dans « le chant des Sirènes »

J’adorais ce héros depuis l’enfance dans ce qu’il avait d’ingénieux et d’arrogant vis à vis des Dieux et des démons cependant qu’il n’est plus aujourd’hui qu’un homme comme tant d’hommes prisonnier d’une fausse idée de la liberté.

Alors finalement cette feuille de papier froissée et tachée de couleurs que personne n’a jamais vue, cachée au fond d’un carton, devrais je la jeter ou bien la garder ? 

Le chant des sirènes

Errances, Parrick Blanchon Acrylique sur toile  format 30x40 cm
Errances Patrick Blanchon 2006

On peut s’étonner d’une confusion dans la représentation de ces créatures. Chez les grecs anciens les sirènes sont représentées avec une tête , parfois aussi un buste de femme et  des ailes d’oiseaux. Représentation  fort éloignée de l’image populaire distillée de nos jours par  les studio Disney d’une créature mi femme mi poisson et plutôt  » cool ».

On peut aussi penser à la Sirène de Heinrich Heine, Lorelei, ou à la petite sirène de Copenhague.

 Possible que les sirènes soient une version négative des Néréides,   filles du dieu Nérée  Dieu des mers antérieur à Poséidon et de sa sœur Doris. Est-ce la notion d’inceste qui les transforme selon des époques plus moralistes en créatures suspectes et hostiles ?

En Anglais on peut noter qu’il existe deux mots distincts ( siren pour la sirène antique et mermaid pour une version plus moderne remontant au moyen-age).

Hier encore à  la cour du très ancien  dieu de la mer ,elles chantent et dansent et en cela  revêtent le rôle des  Muses  fort éloigné de celui des créatures hostiles dont nous parle Homère.

Les sirènes possèdent des instruments de musique, elles sont parfois 2, 3 ou 4 selon les versions des textes dans lesquels  on retrouve leurs traces.

Nul n’est vraiment sur non plus de l’emplacement de ce fameux rivage sur lequel elles résident. Leur chant étant censé outre  capter et  ravir l’attention et la vigilance des marins, calmer les vents.Il se pourrait en examinant des traces anciennes de cultes qui leur avait été dédiés qu’on les retrouve entre Sorrente et Capri, ou bien encore quelque part du coté du détroit de Messine.

On notera aussi qu’il existe aussi d’autres créatures dans la mythologie grecque ayant un lien de parenté avec les sirènes: Les Harpies. En grec ce terme évoque l’idée de capter et de ravir, non dans une idée de séduction mais pour attirer vers une fin inéluctable. Les harpies, au nombre de 3 se nomment Obscure, Vole-vite, et Bourrasque. Elles vivent sur la côte du Péloponèse dans les iles Strophade, en Grèce. Ce sont de vieilles femmes à l’allure peu sympathique et leur présence se manifeste par une puanteur insoutenable.

Leur commanditaire est Héra la jalouse, épouse de Zeus, ce qui vaudra aux Harpies d’être aussi nommées les « chiennes de Zeus » ce qui est étonnant car Zeus n’avait pas grand chose à voir avec elles … Elles dépendaient d’Héra qui les envoyait régler ses comptes lorsqu’elle était victime d’injures.

En harcelant les âmes de façon incessante par leurs méchancetés le mot harpie fut utilisé pour désigner les femmes acariâtres 

Elles symbolisent aussi une obsession de la méchanceté, du vice qui harcèlent les êtres qui ne savent contrôler leurs passions.

On se souviendra d’Ulysse qui, suite à l’avertissement de la magicienne Circé, demande à son équipage de l’attacher au mat de son navire lorsqu’il croise à quelques encablures des rivages blanchis de nombreux ossements  où vivent les fameuses sirènes.

Le bon sens populaire qui aime utiliser des raccourcis percutants en a tiré l’idée d’une offre alléchante mais qui peut se retourner contre celui qui l’accepte.

Cette idée de dangerosité de la femme rappelle une image en creux , celle de la femme généreuse, la muse. 

Les sirènes seraient-elles  le double inquiétant des muses et quel lien de parentalité pourrait on deviner entre ces deux extrêmes? 

Si l’on s’appuie sur la langue des oiseaux le mot sirène compte 6 reines et révèle la présence d’une absence pour citer l’écrivain Maurice Blanchot dans son texte « le regard d’Orphée », cette absence qui serait à l’origine du langage et qu’on ne verrait jamais comme désormais on détecte les trous noirs par les phénomènes périphériques qu’ils déclenchent. C’est lorsque l’écrivain, le peintre se dirige vers le chant imparfait des sirènes qu’Eurydice apparaît et disparaît à jamais. En Art, un texte, une peinture, une sculpture n’est pas la relation de l’événement de cette rencontre, c’est l’événement lui-même.

Dans le Médée de Sénèque on peut aussi lire : 

Et quand les terribles créatures charmèrent de leur voix harmonieuse la mer d’Ausonie, le Thrace Orphée chanta sur la lyre de Piérie et peu s’en fallut qu’il ne força la Sirène qui retient d’ordinaire les vaisseaux par son chant à suivre celui-là. »

Sénèque, Médée, 335-360.

Ulysse n’était pas un artiste mais un guerrier. Par la ruse et la volonté il désirait percer le secret des sirènes mais ce fut en vain car elles se jetèrent du haut des falaises pour sombrer à jamais dans la mer. Il ne nous reste que le texte homérique comme vestige de l’aventure de l’homme qui exacerbant sa raison à l’ultime participe à la naissance d’un monde dans lequel  Eurydice et les sirènes ne chantent plus. 

La psychanalyse voudrait réduire ce passage d’Homère à la naissance de l’identité de la personnalité d’Ulysse, on se souviendra qu’il se nomme « Personne » dans un récit précédent lorsqu’il se présente à Polyphème le Cyclope… Pourquoi pas ? mais est-ce suffisant ? n’est-ce pas un peu trop raisonnable encore ? voir malin voir rusé voir masculin et indicateur d’une perversion ( la version du père en l’occurrence Freud).

Ce n’est pas parce que personne ne les écoute qu’elles ne chantent plus, c’est seulement parce justement l’incohérence qui constitue leur sève manque de silence pour que nous puissions distinguer les notes de leurs mélopées. Les sirènes sont toujours là inaudibles à nos oreilles de consommateurs dans notre hâte d’assouvir nos pulsions et désirs le plus rapidement possible sans beaucoup de préliminaires.

Il manque toute une approche sensuelle autant que spirituelle proche du tantrisme pour renouer avec ce féminin qu’elles représentent dans ce qu’il peut révéler d’obscur et de lumineux tant chez la femme que chez l’homme.

Il faudrait un nouvel écrivain, un artiste qui montrerait le chemin sans mat ni lien, sans raison ni ruse pour nous extirper du rêve de la consommation vers la certitude d’être et ce faisant proposer à l’humanité une nouvelle Odyssée.

S’émerveiller

S’émerveiller de la peinture de Sarah mon élève de 11 ans 

Dans notre prison matérielle ici-bas nous possédons une clef magique qui pourrait ouvrir de nombreuses portes et que nous enfouissons trop souvent dans la routine quotidienne. Cette clef c’est la capacité d’émerveillement.

A fréquenter les enfants des  ateliers d’arts plastiques et de peinture cette capacité à  m’émerveiller de leurs œuvres m’est devenue peu à peu comme une respiration nécessaire. Que serais je seul dans mon atelier tournant en rond autour de mes rectangles et carrés si je n’avais en provision d’âme et de cœur ces courts instants hebdomadaires ?

Quelle chance de percevoir l’esprit libre, spontané, frondeur et candide de ces gamins qui me bouleverse tant !

et me laisse suspendu entre rire et larme 

Je songeais à cela en rentrant hier soir. ces quelques braises d’émerveillement encore chaudes me réconfortant du froid de novembre.

 Le tronçon de la nationale 7 que j’emprunte   traverse de lugubres villages dortoirs. et même encore tôt dans la soirée, ici,  plus que de  rares fenêtres encore allumées. Vous verrez encore  la carotte rougeâtre d’un bar tabac, un ou deux panneaux lumineux vantant une promotion sur le bricolage et c’est à peu près tout.

Je cheminais comme ça tout à cette pensée sur le merveilleux et me rappelais  comment j’adorais enfant les contes, les légendes et combien j’en dévorais le soir sous ma couette. Merveilleux et effroi  souvent mêlés car c’est par magie que je  pouvais m’extraire du pire et le pire alors m’était familier.

D’une sensibilité extrême alliée à une timidité maladive ma relation au monde en général et à mes proches en particulier se transformait assez souvent en calvaire et je n’avais guère d’autre issue que d’inventer un monde parallèle bien plus beau que celui qui m’entourait si horrifiquement  vrai.

En fait ce monde que j’envisageais  dangereux ne l’était guère que dans mes pensées, mon interprétation enfantine j’avais  besoin de ce pire comme d’un père  pour m’aider à construire mon merveilleux.

Tout à coup me revient en mémoire une des réponses concernant l’existence de Dieu que fit Maître Eckhart  à ses pairs dubitatifs concernant sa légitimité sacerdotale.

« J’étais avec Dieu dès son origine … » Ce qui revient à penser qu’il était bel et bien là avant la séparation de la lumière d’avec les ténèbres et qu’il poussa lui aussi un Wouah d’émerveillement balayant  toute thèse possible sur le narcissisme divin. Quand on lit que Dieu dit c’est vachement bien ce que j’ai fait là comprenez « Wouah » ça vous fera traverser une bonne épaisseur de mauvaises traductions.

Je me dis aujourd’hui qu’enfant j’exagérais ce que je considérais terrible. Le doute alors me fait vaciller de chagrin : peut-être ai je mal compris les terribles trempes que je recevais , les coups de poings, les coups de pied, les heures passées enfermé dans la cave, les brimades et l’humiliation, les « tu as le diable dans la peau » et les « tu n’es qu’un bon à rien « .

Dans le fond en fait non je n’ai rien exagéré de ce que j’ai vécu. S’il est possible que j’ai eu à visiter des enfers c’est bien au fond de ceux-ci que j’ai trouvé la lumière et cette obligation de m’émerveiller d’un rien. C’était mes cartes, ma boussole n’était pas tant  la colère que  la volonté, la nécessité  de comprendre.

Je ne suis qu’un grain de grenade parmi tant d’autres au fond de cette pomme mal traduite que le pauvre Adam croqua.

Sans doute mon travail de peintre aura-t’il été porté par cette volonté de comprendre, de « prendre avec » en considérant le chaos que je voyais s’étendre sur la toile comme une équation à résoudre. Si mon existence  et le monde ne faisait qu’un il me manquait alors un inconnu.

Jusqu’à ce que je découvre le pardon non pas pour pardonner vulgairement, mais pour donner cette part que je ne parviens pas à résoudre à l’Esprit afin qu’il m’en débarrasse qu’elle ne m’envahisse plus ni ne me terrasse.

Alors une autre sorte d’émerveillement, comme raffiné par  le renoncement, l’abandon, le dépouillement  est arrivé. Et comme des amis oubliés:  le vent, la pluie le chaud et le froid le lourd et le léger ont resurgi neufs et familiers tout en même temps. ( « Wouah! »)

Il y a un je ne sais quoi de testamentaire en ce moment dans mes écrits et je m’en rend compte au fur et à mesure que les mots et les pensées s’emboîtent les uns les autres. Chaque automne l’idée de la mort me revient de plein fouet comme un coup de martinet et me rappelle ma finitude à venir. Peut-être aussi la mort n’est t’elle qu’un passage, une transformation, et que nous la vivons sans nous en rendre bien compte tout au long des divers changements de notre vie.

Ma peinture s’en ressent qui voudrait que je m’écarte de l’anecdote, du fleuve et de tous ses affluents et confluents pour rejoindre l’immensité de l’océan. Comme un gamin qui joue  dans la gadoue et découvre dans l’écume  et les baves de la boue des lueurs intersidérales; je peins comme j’imagine que l’on meurt dans un dernier souffle, l’expiration d’un air trop longtemps contenu dans des poumons physiques comme spirituels et qui n’en finit pas de s’échapper.

Et puis ce qui est merveilleux, c’est que le lendemain jusqu’à nouvel ordre tout recommence à nouveau, une ou deux pirouettes, une grande roue, un salto et on poursuit son chemin.

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L’enthousiasme

Je peux relever une anomalie aussitôt que je suis confronté à l’enthousiasme. Cela remonte à la pension où l’on m’avait flanqué tout jeune très certainement. L’enthousiasme et le mysticisme avec une bonne dose de masturbation. Les nonnes n’étaient jamais bien loin, elles vivaient dans un bâtiment côtoyant ceux où l’école et l’apprentissage des bonnes manières s’exerçaient. On les voyait passer encapuchonnées dans leurs aubes et leurs voiles, sans presque jamais rien voir d’autre que leurs regards et évidemment à chaque fois on se faisait de fausses joies, on espérait un clin d’œil, ou bien apercevoir un morceau de leur anatomie. Mais même leur pied était prisonnier de grosses chaussettes et leurs sandales n’inspiraient guère autre chose qu’un peu de compassion.

Ces fausses joies, se répétaient régulièrement tant à l’adolescence une volonté têtue d’aventure se mélangeait avec les montées de sève intempestives. Elles m’emportaient souvent aux frontières d’une émotion que j’ai finie par considérer risquée puis dangereuse, l’enthousiasme.

Si vous voulez être soudain totalement dépossédé de vous-mêmes, soyez enthousiastes.

Pour me raccrocher à la réalité brute du monde j’ai fini par inventer une relation entre le sexe et l’enthousiasme et ce de très bonne heure. Une sorte de réflexe pavlovien si on veut.

Jeune homme en orage 100×80 2018 huile sur toile Patrick Blanchon

Par déduction les nonnes devaient forcément l’être, enthousiastes, même si elles faisaient absolument tout pour nous le dissimuler.

Cette façon de traverser la route devant nous, en maintenant un tel contrôle sur l’éclat de leur regard, afin de prétendre le rendre à nos yeux, terne et sans attrait particulier, sans la moindre aspérité provoquait aussitôt chez moi de magnifiques érections. Plus c’est défendu et impossible plus ça devient dur n’est ce pas…

Et au bout du compte je me demande si elles n’avait pas un don particulier pour propager l’enthousiasme, ces nonnes à l’air timide et rivées à l’entêtement de se montrer banales.

L’adolescence est la période par excellence des transferts de tout poil. Aussi mon désir fabuleux de nonnes, la violence de l’enthousiasme que celui ci déclenchait physiquement se reporta vite sur la femme de ménage, une maîtresse femme à la poitrine et au cul protubérants qui lessivaient les sols du dortoir avec une énergie farouche. On aurait dit que pour elle c’était une question de vie ou de mort de ne laisser aucune tache aucune poussière partout où elle passait. Elle en était physiquement marquée par un teint de pommettes rubicond et le front en sueur, tout en laissant dans son sillage une fragrance lourde de fer et d’épices affolante.

Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis fait porter pâle afin de me retrouver en pleine journée au lit guettant son arrivée dans la chambre. Je m’en faisais des films en technicolor avec toutes les possibilités modernes de zoomern de ralentir à l’envie certaines scènes particulièrement croustillantes.

Ces jours là , pour être honnête, il faut dire que je décidais toujours d’être enthousiaste, travailleur et obéissant, une sorte de bourrage de crâne personnel pour m’extraire de ma culpabilité de cancre ordinaire. Il y a aussi une émotion particulièrement agréable, quelque chose de lascif et d’entêtant, après avoir commis énormément de bêtises à vouloir s’amender. C’est une sorte de tout , un peu confus, que ces prémisses, ce préambule à l’enthousiasme. Et dans lequel on se sent peu à peu glisser vers quelques chose d’imprécis mais que l’on sent proche d’être définitif. Comme lorsqu’on va éjaculer, on se retient à répétition, pour mieux profiter du moment clef, ultime, celui pour lequel on a traversé toute une vie, et où on va enfin céder, lâcher totalement la purée et s’envoler pour se retrouver collé au plafond. Baudruche crevée.

Mourir enfin de plaisir entre les jambes de la femme de ménage alias la nonne tellement briguée. Tout cela inventé dans un recoin de la tête : un germe qui pousse et qui s’étend, traversant l’enthousiasme et les fausses joies pour parvenir au méat, au bout du gland.

ça m’a duré longtemps cette confusion entre enthousiasme et copulation. Jusqu’à ce que j’en ai eu fait le tour en long en large et en travers. Peut-être jusqu’à ce que j’en finisse avec pas mal d’idées du Père, de la mère et du saint Esprit. Que je sorte aussi de la confusion provoquée par la magie visuelle des vénus paléolithiques mélangées avec celle, merveilleuse des figures de harpies et d’amazones, de toutes les sorcières lubriques peuplant mon imaginaire de gosse maltraité.

Tout se sera curieusement réglé grâce à une autre partie de mon anatomie. L’oreille.

Avant les voix étaient les premiers vecteurs de mon entrée en enthousiasme qu’elles entonnent un chant à la chapelle ou fredonnent un air populaire en passant la serpillière, aussitôt, comme une formule magique, un abracadabra, la flute d’un hindou, le serpent relevait la tête.

L’enthousiasme que je croyais « voir » seulement pénétrer en moi par le regard me trompait, ou bien je me trompais moi-même.

C’est en apprenant à mieux écouter que je suis parvenu peu à peu à faire le distinguo. Car la joie, la fausse surtout, se trouve la plupart du temps, sur une certaine fréquence sonore, dissimulée dans le timbre des promesses et des chuchotements prononcés à la légère.

C’est la porte ouverte à toutes les interprétations, une confusion telle qu’elle provoque cet enthousiasme dont il faudra se dépêcher de s’extraire sous peine de se retrouver à léviter comme un con en plein milieu de la rue.

Avoir de la suite dans les idées

Qu’est ce que c’est qu’un artiste reconnu aujourd’hui ? Je me réveille avec cette question ce matin. Non pas que je sois obsédé par l’envie d’être reconnu, loin de là, mais tout de même cela vaut le coup de réfléchir un peu aux actions qui ont été mises en place pour obtenir cette fameuse « reconnaissance ». Pour voir, pour comprendre l’écart aussi qui m’en sépare, et les raisons pour lesquelles finalement je ne fais pas grand chose pour tenter de l’obtenir.

Dans le fond qu’est ce qui fait que moi je retiens le nom et le travail d’un artiste ?

C’est sans doute parce que je perçois une cohérence dans son travail, une suite dans les idées de ce qui me sera présenté de son œuvre. Est ce que ce qui est présenté est toute l’œuvre ? Parfois oui, parfois non. On ne retient finalement que peu de choses de l’œuvre générale d’un artiste, tout au plus une période, quelques œuvres liées à cette période qui, à force d’être montrées et remontrées finissent par identifier l’artiste et l’œuvre de celui ci. C’est rarement toute l’œuvre, c’est rarement le cheminement, ce sont juste des affiches publicitaires, quelques slogans.

Tout ce tralala que l’on fait autour d’un artiste ressemble généralement à de la publicité automobile. Un effet flash qui fait saliver le chaland. Qui donne envie. Le ressort principal, est cette envie de s’approprier quelque chose, que cela soit une partie de l’œuvre, ou bien glaner quelques ragots, quelques secrets, une singularité ou deux qui nourrira les conversations à propos de cet artiste là en particulier. Comme on parle d’un produit avec ses avantages et ses inconvénients.

La façon dont on s’intéresse à un artiste ou à son œuvre peut souvent en dire long sur soi et sur cette avidité. Surtout lorsque on jure tous les grands dieux que l’on est sobre et bourré de bonnes intentions.

Comme je n’avais pas d’ami, c’était logique que les écrivains soient en première ligne pour le devenir. Ils ne m’emmerdaient pas, ils étaient toujours accessibles, leurs livres en tous cas et j’étais libre totalement de me les inventer comme femme ou homme, personne ne viendrait jamais me contredire puisque au demeurant je ne parlais jamais de ça à personne.

Je n’avais pas d’ami dans le monde réel et donc je m’en inventais à ma convenance dans les bibliothèques. Voilà une façon d’approcher l’art. Est t’elle moins intéressée qu’une autre ? Pas du tout ! C’est juste une envie de s’approprier quelque chose de l’autre encore une fois sous couvert de bon sentiment avec une bonne base de malheur.

Je me souviens encore de mes lectures de Léautaud, de Stendhal, de Calaferte, leurs journaux essentiellement. Au fur et à mesure que je m’enfonçais dans le récit de leur quotidien je me l’accaparais, je finissais par ne plus voir les choses qu’à travers ces récits, je nouais ainsi une sorte d’intimité tellement j’étais moi-même dépourvu d’intimité avec le monde en général.

C’est assez lamentable lorsqu’on y pense. J’y ai souvent pensé n’étant pas totalement dupe de mes vices comme de mes vertus.

Ce qui fait que j’admirais ces écrivains devait cependant faire résonner quelque chose m’appartenant sans que je ne puisse jamais poser le doigt dessus. Leur fréquentation comme l’appropriation de leur pensée, de leur réflexion, me permettait de combler un vide que je pourrais résumer comme une absence totale de suite dans les idées.

Et curieusement c’est par leurs contradictions exposées dans leurs textes que leur cohérence intérieure m’apparaissait au travers de leurs chroniques bien plus qu’à travers ce que l’on considère généralement comme des œuvres majeures : les nouvelles ou les romans.

Le rouge et le noir me laisse de marbre alors que les chroniques italiennes de Stendhal m’enchantent. Il m’arrive en les lisant d’être tout à fait l’auteur sans que je ne puisse broncher. C’est à dire que je disparais totalement durant ces lectures, je m’oublie absolument. Je revois Grenoble comme le pauvre Henri Beyle et effectivement je trouve que c’est vraiment une ville sans intérêt, comme toute la populace qui peut y sévir.

Si je mets le nez dans Léautaud, du moins son journal c’est tout à fait pareil. Ma haine et mon désir de gueuses se mélange soudain pour provoquer à la fois l’envie d’être au sommet des Météores ou bien dans un cocon tout à fait encombré de bouquins et de bestioles affectueuses dans un pavillon de Chatenay Malabry.

Et du coup durant longtemps tous les repas que j’ai pu prendre, je n’étais que très rarement seul avec moi-même. Il y avait toujours un ou deux auteurs qui discutaient en moi-même des mille et un micro évènements de mes tristes journées, les interprétant à leur sauce, et ces sauces les relevant, les épiçant.

Kafka le pince sans rire évoquait les boxons et son impossibilité d’aimer normalement à Paul qui hochait la tête gravement en déclarant cher ami comme je vous comprend…Et soudain Henri Miller lâchait une connerie ou deux sur la saleté du monde, on débouchait une nouvelle bouteille de rouge et on restait en attente de ce qu’allaient pouvoir en dire Cendrars le bourlingueur en chambre.

visage d’un ami imaginaire huile sur toile 50×60 cm Patrick Blanchon 2019

Des amitiés de qualité que je me suis ainsi construites tout seul. Dans mon coin. Grâce au malheur d’être si bête ou si sensible ou si intelligent ce qui au bout du compte revient à peu près au même.

J’ai souvent pensé que j’étais inapte totalement à cause de cette difficulté à avoir de la suite dans les idées. Pas seulement comme artiste, mais comme homme déjà en premier lieu.

Sentimentalement quelle errance ! professionnellement aussi, et je pourrais énumérer tous les domaines ainsi des activités humaines sans que je ne puisse vraiment m’appuyer sur un seul m’indiquant une vraie suite logique, une authentique cohérence intérieure.

Pourtant j’arrive à la repérer d’autant mieux chez autrui que j’en suis dispensé cette suite dans les idées.

Et elle me fait souvent rire nerveusement.

Dans le fond il y a une sorte d’agence publicitaire logée dans ce genre de personne qui fait admirablement bien le boulot sans même que les intéressés s’en soucient. Une sorte de ligne éditoriale imposée dont ils sont privés de s’égarer. Comme aussi de cette fameuse « parole donnée » . Un truc amérindien sans doute détourné par le système économique débile dans lequel nous vivons et qui atteint à l’absurdité magnifique des normes Iso. Je fais ce que j’écris, je dis ce que je fais, je fais ce que je dis etc.

On parvient ainsi à de jolies cristallisations aux travers lesquelless les gens sont comme des insectes fossiles piégés dans l’ambre balte.

Voici le fossile d’un homme de bien et là l’ombre d’une femme de peu. Pour moi qui possède un œil de peintre ça ne fait pas vraiment une grosse différence, je vois juste un truc prisonnier de l’ambre et je trouve ça beau généralement.

Avoir de la suite dans les idées ? Sans doute que ça ne se voit guère chez moi quant à toutes les préoccupations normales qui animent mes contemporains.

Peut-être que je suis juste cohérent avec une idée du beau captée depuis le fond même de mon malheur permanent. Celui dont je n’ai plus honte du tout désormais. Et si j’y pense encore un peu plus loin, si je voulais absolument une suite à cette idée je tomberais nécessairement sur la joie c’est tellement évident que c’est pour cela que je prends bien mon temps, que j’aime m’égarer. Pour rester dans l’idée d’un malheur commun, ne pas sombrer dans cette joie qui serait évidemment absolument égoïste. Définitive et dépourvue de suite logique. Une joie comme un orgasme, une mort.

Exil des dieux

40 années d’errances dans le désert pour trouver la terre promise… belle métaphore pour une vie d’artiste qui vaut tout autant que celle d’un esclave cananéen. Avec un peu de chance on croise ça et là quelques buissons ardents qui, le temps nécessaire à mettre un peu d’ordre dans les esprits, les enflammer, procureront un brin d’espoir, un peu de patience supplémentaire.

Yavhé l’imprononçable tout comme David le rabâché, ne furent probablement que de petites divinités tutélaires avant de devenir ces fantasmes collectifs. Ces causes comme ces raisons d’ensanglanter la terre afin de prouver que tous les contes et les légendes d’autrefois n’étaient rien d’autre que des contes et des légendes.

Obstination de l’innocence cachée dans les pseudo lucidités.

On pourrait vite s’affubler du bâton de marche de prophète à partir du moment où l’on considère que l’errance est salvatrice.

A répudier les dieux, à les mépriser au profit d’un mieux ou d’un meilleur, d’un seul et unique, on se répudie soi-même tout simplement.

Le polythéisme correspondait à une mentalité collective dépourvue d’égoïsme. Le narcissisme n’avait pas de raison d’être.

On baisait à couilles rabattues en laissant pénétrer tous les panthéons en nous. Ils nous laissaient pantelants, mais apaisés au final.

Le monothéisme érige le reflet sublimé d’un égo magistral dans la plupart des crânes modernes. Erige comme un préliminaire qui n’en finit jamais de préliminer. Préliminer, éliminer, s’inventer de la délicatesse comme du papier cadeau.

Plus grand chose de véritablement pénétrant au bout du compte.

On suppute qu’on pénètre et c’est bien le pire des égarements.

Si ce n’est pas Dieu, la Science, le code, l’algorithme… l’égo a toujours besoin de péter plus haut que son cul de nos jours.

Je suis nostalgique de cette enfance du monde certains matins comme ce matin.

La neige n’a pas tenu. L’espoir n’a pas tenu.

Tout s’est dissipé médiocrement pour ne laisser que des flaques de flotte, de la bouillie, de la boue.

L’humanisme est comme cette neige qui fond d’heure en heure sur le toit des dépendances que j’aperçois depuis la fenêtre du bureau où j’écris.

Exil des dieux Huile sur toile 60x80cm Patrick Blanchon 2015

Paysages traversés par des zombies reluquant leurs reflets sur l’écran de leurs smartphones. Dans les glaces des boutiques, des restaurants fermés. Dans les yeux morts de leurs vis à vis.

Le premier sauvage venu verrait aussitôt ce truisme : Il n’y a plus grand chose d’humain voilà tout. Une sorte de compromis vaseux entre le primate et le robot.

Avec du Je comme préambule, comme déclaration au moindre programme.

Je vais faire les courses.

Je vais poster une connerie sur facebook.

Je vais me masturber 5 minutes pour passer le temps.

Je vais rêver d’ être autre chose que ce je suis surtout.

Je vais t’aimer

Je vais te tuer.

Je vais et je viens sans relâche, entre tout ça, j’essaie.

40 années d’errance dans le désert de l’égo et que des feux de paille, pas de buisson ardent.

Tout juste quelques petites salopes avec le feu au cul pour me réchauffer la peau et les os. Des bouillottes et pas grand chose de plus.

A percer leur enveloppe sentimentale pour découvrir tout ce qui se cache derrière de haine de rage et d’égoïsme.

A comprendre qu’au final je ne suis guère mieux. Je suis exactement pareil.

Pour devenir prêtre pas de meilleur école que la fréquentation des bordels.

Séminariste qui regarde sa foi dans le blanc des yeux fardés et les lèvres peintes et traversées d’anneaux.

Des déesses au long cou à l’anus éclaté par tous les pauvres glands sans queue ni tête

J’ai vu

j’ai écouté

Pourquoi donc ai je perdu tout ce temps ?

Sinon pour briguer une place de vizir , de dieu moi même bienveillant et condescendant ? Un intouchable dans le fond.

Ah mais maintenant vous ne pouvez plus me toucher. ( air faussement guilleret )

Quand je dis je, je sais de quoi je parle.

Aucun commandement ne m’est tombé sur la tête, aucun principe enfoncé dans le crâne.

Pas de clou dans les paumes non plus

Quelques épines dans le cul mais ça ne se voit pas trop, j’ai fini d’exhiber.

Putain , mais où sont partis les dieux ?

Je n’ai qu’à fermer les yeux et chasser de mon esprit tout ce que je sais, tout ce que j’ai cru savoir, et même l’idée saugrenue de savoir quoique ce soit un jour.

Devenir idiot totalement

M’exiler moi-même de toute velléité d’intelligence et de sagesse .

Etre enfin le singe que j’ai toujours été.

Celui qui sait se servir de toutes ses pattes et de sa queue pour s’accrocher aux branches et rester loin du sol.

Ce ne serait pas un gorille, surement pas. trop lourd et trop proche de ce que je suis à me frapper le poitrail pour un oui ou pour un non.

Macaque ça serait bien plus cool.

Qui donc se soucie des macaques, hein ?

Devenir macaque totalement oh oui !

pour suivre la piste laissée par les dieux dans leurs exil

suivre la bave luisante de l’escargot, de la limace comme celle des chiennes et des chattes en chaleur.

Ecouter encore une fois le chant des sirènes sans broncher jusqu’à ce moment

cette heure bleue

Tout en gardant bouche close.

Ne surtout pas tirer la langue.

Succomber dans le mutisme.

Ejaculer dans l’immanence.

Et enfin ne surtout pas retenir un merci beaucoup

seule vraie parole de ce film muet.

Le spectacle était tout à fait au poil.

Un peu long peut-être vers la fin …

ça devait sans doute être un réalisateur mongol non ?

La confiote

Plus ça va moins je fais de chichi. Plus je tente de m’exprimer simplement, naturellement. J’ai renoncé à la confiture et je coupe mon sucre en deux ce qui me rend à la fois plus léger, souple, énergique. Et en même temps je rigole doucement en me revoyant jeunot pérorant, à grands renforts de moulinets, sémaphore détournant l’objectif de garantir les marins des naufrages tout en y plongeant moi-même à tout bout de chant, d’une voix aphone. J’aurais voulu être en même temps Ulysse et toute la collection des sirènes que je ne m’y serais pas pris autrement.

La référence aura été un de mes « dadas » favoris, sa fulgurance déstabilisante me garantissait qu’on se mêle de vouloir renifler de trop près le trou du cul que j’étais. Comme aujourd’hui et ce de façon précoce, prémonitoire j’avais le sens des distances et des gestes barrières. Grace à la confiture dont je tartinais allègrement tous mes propos.

Le problème avec la littérature c’est lorsqu’on imagine ce à quoi elle doit ressembler.

C’est la même chose avec la peinture

avec l’amour

avec le sexe

avec tout au final

Dès qu’on se fait une idée on est perdu pour de bon et on passe un sale quart d’heure.

Je n’ai absolument rien contre les choses sales, elles m’ont beaucoup appris.

Mais à trop jouir du même on a parfois envie d’être autre.

La vie monastique, l’étude, la masturbation, on croit toujours que nous sommes irrémédiablement en manque alors que c’est tout bonnement le contraire.

Samsara acrylique et feutre format 30x30 cm Patrick Blanchon 2020
Samsara acrylique et feutre format 30×30 cm Patrick Blanchon 2020

C’est ce trop plein dont on ne sait quoi faire.

Il faut à un moment respirer tranquillement et faire le point.

Sortir son sextant et le diriger vers les étoiles pour ce coup là.

C’est mieux les étoiles.

Et puis bon dieu respirer pleinement, calmement rien que pour voir ce que ça fait.

C’est à partir de là seulement que l’on peut voir toute l’étendue de la confusion

Ce paquet de tensions, de stress directement issu de ce trop plein ingérable qui nous entraine à suivre ses quatre volontés.

On peut alors se dire que c’est un jeu sans gravité particulière que d’ordonner un peu les choses.

leur donner un sens

Rien que pour voir

où l’intelligence peut mener, lorsqu’on a vu où la bêtise sans relâche nous conduisait toujours.

L’ennui est salvateur !

On devrait l’inscrire sur le fronton des portails d’école, comme sur celui des entreprises

des camps de concentration de tout acabit.

l’Arbeit c’est juste bon pour les loufiats.

« Langeweile macht frei » c’est vachement mieux.

La confiote aussi dans le fond. Surtout si on est gourmand à toujours aller y foutre son nez ou son doigt ou quelque chose d’autre encore.

La confiote comme l’ennui, plonger dedans sans la moindre hésitation et s’en mettre plein la lampe. Jusqu’à plus soif.

Si on ne devient pas diabétique ou totalement con, alors une petite porte s’entrouvre au fond du tunnel.

Tu peux même presque entendre le jingle de la victoire comme dans question pour un champion

On découvre que tout ça n’est du qu’au trop plein désordonné, bordelique de notre manière de vivre que l’on confondait avec du pas assez, du encore, du défonce moi je t’en supplie

et du coup on sait que l’on peut gouter à la confiote pour ce qu’elle est

ou s’en passer totalement

ce n’est plus une histoire de compétition avec quiconque.

L’électrocardiogramme est régulier, sans différence notable de relief.

Quel dommage d’avoir à attendre 60 balais pour comprendre une chose si essentielle.

Emetteur, récepteur…

En informatique, on écrit du code dans un langage spécifique que l’on stocke dans un fichier. Puis ce fichier sera envoyé à un récepteur qui va l’interpréter et l’afficher au besoin. Je résume grossièrement évidemment.

C’est ainsi que l’on peut construire une page web par exemple.

Pour que la communication fonctionne correctement il est nécessaire que l’émetteur et le récepteur parlent le même langage. Qu’ils se comprennent mutuellement.

Si ce n’est pas le cas le récepteur renvoie un message d’erreur pour indiquer son incompréhension.

Cela n’a l’air de rien mais, lorsqu’on y pense, c’est véritablement ENORME comme trouvaille.

On n’imagine mal le nombre d’heures qu’il aura fallu pour inventer tout cela et tous les tâtonnements qu’il faudra encore traverser pour parvenir à la fluidité de ce langage, de sa syntaxe, puis, au bout du compte à une forme d’élégance.

C’est la même chose en peinture, en écriture, et dans la vie en général probablement.

Ces dernières 24 heures je me suis plongé d’une façon tout à fait téméraire dans l’étude des fonctions qui permettent de calculer, d’empiler, de faire des boucles, des sélections comme des calculs et un tas de choses encore je le suppute grâce au code Php.

Et au bout du compte c’est tout à fait comme ça que mes pensées sont revenues vers une de mes ex.

J’ai repensé à une de ses répliques fétiches surtout :

« Oh mais je te connais tellement bien…! » voilà par quoi nos entretiens ce concluaient généralement lorsque je me mettais de façon compulsive à ‘additionner, les explications, les excuses, les atermoiements, les esquives, les mensonges pour fabriquer un épais brouillard autour de ma personne alors en difficulté face à celle-ci.

J’écrivais en direct une sorte de code assez peu élégant, il faut bien le dire, que sa cervelle interprétait par

 » je connais la musique » ou encore

 » à l’ouest rien de nouveau » .

Pour finir le « oh mais je te connais tellement bien » était la seule chose qu’elle finissait par déclarer et à me renvoyer.

Retour à l’expéditeur d’une fin de non recevoir.

Une façon de s’amuser avec l’émission et la réception est de ne retenir qu’une fréquence de celle ci… par exemple la couleur et d’afficher un message différent …

Je n’ai jamais bien su si cela signifiait la même chose pour elle comme pour moi mais le fait est , puisque nous sommes désormais séparés , qu’il y a bien eu un moment où nous nous sommes enfin parfaitement compris.

A force de voir s’afficher une erreur on a le choix de se repencher sur le code ou bien d’aller jouer aux boules.

Je crois que j’ai choisi encore autre chose, n’étant pas féru de pétanque, même si je ne me souviens plus de ce que cela pouvait être. Peut-être une autre femme tout bonnement allez donc savoir.

De fait cette femme, mon ex, je m’étais dit un peu décontenancé qu’elle était une véritable tueuse de miracles.

Elle avait le chic pour rendre l’existence terre à terre d’une façon éhontée.

Après son « oh mais je te connais tellement bien » on aurait dit qu’elle me lessivait d’un coup de toutes les données miraculeuses sur la vie et moi-même que j’avais engrangées péniblement au cours des semaines durant lesquelles nous ne nous étions pas revus.

Car évidemment il fallu plusieurs break pour que je parvienne à prendre une décision finale.

Des retours à la ligne innombrables, durant lesquelles je tentais de remettre un peu d’ordre dans ma capacité à formuler des instructions pertinentes.

Hélas le peu que je parvenais à imaginer, le plus petit miracle naissant, elle le balayait d’un « oh mais je te connais tellement bien ».

Ce pourrait bien sur être une histoire triste et ce ne serait qu’une interprétation peu élégante comme il en existe tellement actuellement.

Mon problème si je puis dire c’est que je tiens la notion de miracle comme capitale.

Etre en vie est un miracle, écrire ces lignes après tout ce que j’ai traversé est un miracle, et si vous me demandiez ce qui n’est pas un miracle ici bas, je serais bien en peine de vous répondre désormais.

Car tout, absolument tout de ce que je vois, entends, goute, touche ou renifle appartient totalement désormais à la catégorie du miracle.

D’ailleurs si je devais faire un tableau avec plusieurs catégories je dirais que ce ne serait qu’une façon encore de décliner le miracle et rien d’autre.

Le miracle fabuleux

le miracle formidable

le miracle de tous les jours,

le miracle qu’on ne retient pas bien

le miracle qu’on oublie

le miracle dont on se souvient toujours

le miracle de voir un miracle

etc.

Mais cette femme avec sa petite phrase assassine m’a permis d’en apprendre un sacré rayon sur le miracle et sur la communication en général.

J’aurais pu resté navré ou prostré, dans un état cataleptique profond après un tel dégout ressenti, à me sentir castré de tout miracle possible vous savez…

Et même resté fâché pour finir. Décider de ne plus échanger un seul mot avec la gente féminine car dans ces cas là on a toujours tendance à grossir les choses, à les généraliser comme à trouver des boucs ou des chèvres émissaires.

Mais non, c’est encore un miracle qui m’est gentiment tombé dessus : je n’ai pas pu resté aigri bien au contraire ça m’a même redonné de l’espoir afin de pouvoir découvrir de nouveaux miracles à la pelle… Même si j’ai oublié tous leurs prénoms.

En comprenant cette notion de langage informatique, sa logique, sa précision de même que la limitation, la bêtise coriace de la machine qui ne renvoie les instructions qu’elle est en mesure de comprendre, j’ai beaucoup appris encore.

Sur la communication notamment.

Et ça c’est un miracle car je suis un sacré sauvage dans le fond.

Nous ne sommes pas des machines, nous sommes des être humains, même les femmes…

Hélas à trop côtoyer les machines et la rigueur obstinée de leur langage il se peut que nous fabriquions aussi des programmes du même genre, à la fois terriblement efficaces pour se rendre au supermarché le plus proche en étudiant un itinéraire grâce à un GPS ou pour construire le plan d’une thèse universitaire mais totalement débiles pour échanger avec les autres.

Nous ne savons pas programmer l’émotion ni l’irrationnel, nous ne savons pas programmer le miracle voilà le hic.

La fonction « Oh mais je te connais tellement bien » balaie tout de cet hémisphère du cerveau dans laquelle les miracles ne cessent jamais d’éclore.

On croit « que l’on connait tellement bien cependant ce n’est rien de moins qu’une croyance comme tant d’autres, et c’est là où c’est extrêmement subtil… Et c’est exactement grâce à cette petite subtilité quasi insignifiante que l’on peut rejoindre le miracle à nouveau.

Au bout du compte n’est-ce pas aussi une sorte de miracle que de poser son curseur de souris sur une icone et d’obtenir un écran noir ?

Si on n’est pas trop têtu on peut aussi se lever et s’éloigner un moment pour faire autre chose, des crêpes ou une ballade en forêt et qui sait si , dans celle-ci soudain, on ne va pas rencontrer enfin cette personne, ce miracle qui va nous dire :

« Oh mais je ne sais absolument rien de vous et pitié faisons donc que ça continue ! »

Instinct.

Elle suppose, c’est son truc. Moi j’agis. Je navigue en solitaire sur l’océan de ses suppositions. Sans autre boussole que le sel qui se dépose sur ma langue suivant le beau temps ou la bourrasque.

Je suis mon instinct et voilà tout. Je ne suis peut-être rien d’autre. Je me confonds avec lui. On ne peut pas nous dissocier. On ne le peut plus désormais.

Je pourrais faire autre chose. Devenir riche à millions, partir sur Mars, explorer le Pérou, ou m’installer sur le bord d’un canal bourbonnais à lancer ma ligne toute la journée ce serait exactement pareil.

Je le sais désormais.

Mon instinct fonctionnerait exactement de la même façon sur l’océan de toutes les suppositions.

Il y a toujours ce genre d’océan à traverser n’est ce pas ?

Surtout en soi-même.

Et pas qu’un seul.

Pour trouver la terre ferme bonjour…

Dans l’il et dans l’elle, tout essayé comme dans le nous, le vous , le ils.

Le je aussi énormément.

horizon incertain huile sur toile 2017 100x100 cm Patrick Blanchon
horizon incertain huile sur toile 2017 100×100 cm Patrick Blanchon

Et puis parfois je m’arrête au tu pour me reposer.

Le tu c’est bien.

Tu veux ou tu ne veux pas, je n’en fais pas un camembert.

Et en fait je m’en fous, je veux dire que cette part de moi qui navigue sur tous les océans s’en fout totalement.

Elle ne jure que par les arabesques que tracent les oiseaux dans le ciel

par le gout du sel

la clarté bleue de l’orage

et la saveur acide des citrons.

Cette sensation de nous

Les temps actuels sont plus aux « Je » qu’aux « Nous », sauf dans la haine , la colère et la tristesse, ces liens qui subsistent quand tous les autres ont disparu.

L’esprit prend congé en même temps que nous quand il ne reste plus que toi et moi.

Et cela te rend folle et cela me rend fou.

L’esprit c’est nous et nous ne sommes plus rien sans lui.

C’est à dire que nous ne ressentons plus cette fréquence formidable, l’énergie de la joie.

Mais de quel nous parle tu ?

De ce qui nous réunit plutôt que de ce qui nous sépare ma belle.

Tu n’y peux rien, je n’y peux rien c’est ainsi. Et toutes les constructions frelatées que nous installons en vain pour remplacer ce nous ne valent pas grand chose, ne valent rien.

L’amour ne vaut rien tel que nous avons cru qu’il pouvait être

l’amour est profond comme la nuit noire.

La solitude se renforce comme l’idée de séparation. C’est un cycle et rien de plus.

Plonger dans la solitude et dans toutes les fictions les tiennes comme les miennes c’ est un cycle, et tous les cycles ont un commencement et une fin n’est ce pas ?

Le jour s’achève pour laisser place à la nuit

La veille se repose sur le sommeil.

acrylique sur papier toilé format 30x40cm Patrick Blanchon 2021

Le vrai s’achève pour laisser la place au juste.

La nuit sert à se rapprocher du juste, à le réinventer.

Tout est dans cet ordre des choses que toi et moi ignorons désormais.

Pourquoi s’en soucier puisque qu’au bout du compte nous ne cessons de nous rejoindre dans cette nuit.

Au delà de nos consciences

Au delà de la haine, de la colère et de la tristesse.

Dans la joie profonde indéfectible et parfois brutale aussi.

Ce n’est pas parce qu’on se sépare que nous disparaissons vraiment.

C’est en se séparant d’une fausse idée de nous qu’on la perçoit surtout.

Et qu’une fois aperçue cette idée de nous s’enfuit.

Nous sommes toujours là, quelque part dans l’attente d’être acceptés, pardonnés, honorés

Et il est si bon d’ accepter aussi qu’il n’y a rien à y perdre ou rien à y gagner.

Toi et moi avons fait de nous des réussites ou des échecs selon nos pensées

Mais sommes nous seulement que nos pensées ?

Nous sommes bien plus nos pensées ?

Et il est bon de ne plus y penser parfois pour nous retrouver.

Ferme les yeux et vois la gueule édentée de la colère, de la haine et de la tristesse

Dépasse l’ennui et la peur

Caresse leurs échines pour les domestiquer

Sans empathie comme un vrai patron.

Pour devenir le juste patron de tous les nous à venir.

Si je vous disais tout

Elle m’avait menacé comme ça et je me disais c’est drôle. « Si je vous disais tout vous partiriez en courant ».

Cela fait bien longtemps que je ne cours plus j’ai répondu. Parfois je le regrette, mais la plupart du temps je m’en réjouis. Il n’y a que ça qui reste la joie ma belle.

Si tu me disais tout, tu ne me parlerais que d’un tout inclus dans un autre bien plus vaste, ça je le sais.

C’est pourquoi j’ai juste souris finalement.

Pourquoi les gens nous menacent t’ils ainsi de déballer leur tout ? Un tout qui n’est généralement que peanuts face à tout ce que l’on pourrait à peine imaginer comme tout.

Elle se déshabilla en silence dans la pénombre de la chambre.

A la fin je suis certain qu’elle pensa aussi m’avoir tout donné très certainement. Cette mode de tout donner pour atteindre à l’excellence…

Elle ne m’avait cependant donné qu’un tout à la mesure de ce tout dont elle ne me parlera jamais. Un tout qui probablement lui échappait.

Je n’ai pas trainé ce soir là, je crois que j’ai remonté le col de ma veste et que je me suis engouffré dans la nuit en repartant comme un voleur.

andalousie Huile sur toile format 80x60 cm 2018 Patrick Blanchon

Pourquoi être con comme Machiavel ?

Il disait qu’il ne fallait surtout pas montrer la moindre émotion, pas même ses 5 doigts cet homme là. Machiavel. Tout ça pour quoi je vous le demande ?

Et c’est au bout de cette question que je me suis souvenu de ces crocus que j’avais découverts dans le petit cimetière juif de Prague.

Nous étions face à face dans l’autobus sur la ligne 76, avec cette inconnue au regard si triste. J’étais parti pour rejoindre la gare de Lyon à pied mais il s’était mis à pleuvoir et, ce jour là, la pluie m’avait paru incongrue, j’étais plutôt joyeux dans le fond.

Du coup, concours de circonstances agréable je m’étais engouffré dans ce bus qui arrivait pile poil au moment où je cherchais à m’évader de l’incongruité.

Il y avait peu de monde en cette fin de matinée. Et puis, à l’arrêt suivant, l’inconnue est montée et s’est installée sur le siège vide devant moi. J’avais senti ma bulle envahie par la sienne. Une intersection de bulle dans la chaleur du bus avec la pluie glissant le long des carreaux et la ville floue au delà. Une sorte d’intimité soudaine qui s’installe sans un mot, juste un bref échange de regards.

Elle avait vraiment le regard triste.

visage femme regard triste acrylique sur papier format 30x40 cm Patrick Blanchon 2021
visage femme regard triste acrylique sur papier format 30×40 cm Patrick Blanchon 2021

Et moi je me retrouvais juste à ce moment là dans le quartier Josefov dans une vieille ville de République Tchèque à contempler des tombes défoncées par les années, surpris soudain par 4 ou 5 crocus qui sans doute réveillaient à nouveau la joie que j’avais perdue de vue quelques instants.

Je me disais que partager ce souvenir pourrait être un remède à la tristesse de cette inconnue. Mais la pudeur, et puis le temps, je me souviens que j’ai pensé au temps à cet instant là précisément. Cela prend un temps fou une rencontre n’est ce pas.

J’ai continué à penser à mes crocus, petites taches de couleurs revivifiantes au beau milieu du ghetto juif et de nos deux bulles de solitude accolées.

Et puis je suis revenu à mes premières pensées sur cet homme qui ne voulait pas même montrer ses 5 doigts. A Machiavel.

Pourquoi être con comme Machiavel ? je me suis dit

Et là j’ai dit : » il y a des crocus dans le cimetière juif de Prague, dans ce quartier de Jesofov que vous ne connaissez sans doute pas … « 

Les yeux tristes se sont métamorphosés soudain et l’incongruité enfin eut toute sa raison d’être. Après l’étonnement, elle se mit à sourire puis à rire franchement.

Et puis le bus atteint la destination que je briguais et j’ai dit bonne journée ma jolie en me levant en ajoutant en guise d’adieu un petit signe de la main.

La programmation

En ce moment pour des raisons techniques je me forme à la programmation. J’ai étudié le HTML et le CSS, qui était pour moi à peu près du même acabit que le mandarin classique avant que je n’y plonge le nez.

Puis, comme si cela ne suffisait pas, je me suis lancé dans le déchiffrage du langage PHP.

Bon vous allez dire:  » qu’est ce que ça vient faire ici sur ce blog où d’habitude tu nous déballes un tas d’idées saugrenues sur n’importe quoi et à peu près tout de préférence n’importe comment ? »

Et bien cela a un rapport. Enfin j’en vois un personnellement.

Imaginez que vous soyez obsédé par l’idée de vous rendre de Lyon à Paris et que vous ayez décidé de vous y rendre en train.

Vous avez étudié toutes les possibilités d’effectuer ce voyage auparavant si vous n’êtes pas impulsif comme je le suis.

A pied cela prendrait trop de temps.

A cheval également.

En voiture cela serait trop fatiguant.

Pour rejoindre le premier aéroport ça prendrait un temps dingue et puis les navettes ne sont pas non plus données, et les parking je n’en parle même pas.

Donc vous choisissez le train.

Il vous faudra donc consulter les horaires, vous enquérir du prix du billet, éventuellement le réserver sur internet et vous présenter à un moment ou à un autre sur le bon quai, face à la bonne voiture, dans laquelle, après avoir hissé votre bagage vous chercherez le bon numéro de place, celui inscrit sur le billet que vous consulterez attentivement pour ne pas vous tromper.

Bien.

Imaginez vous désormais assis, détendu, presque heureux de pénétrer dans ce roman que vous avez pris la précaution d’emporter avec vous pour passer le temps du voyage.

Et c’est là que l’homme assis juste en face de vous va vous parler.

-Vous allez à Paris ?

Vous hochez la tête avec une mine joviale ou circonspecte selon votre envie.

Et là l’homme se met à parler de Marseille.

Il vous parle de long en large de Marseille qu’il connait comme sa poche.

Mais vous, ça ne vous intéresse pas vraiment.

D’abord vous avez décidé de vous rendre à Paris.

Ensuite vous avez décidé de vous plonger dans ce roman.

Du coup l’homme devant vous qui vous parle de Marseille, vous le considérer comme une sorte d’hurluberlu ou un gêneur.

La communication passe mal entre vous, vous le constatez rapidement.

Vous ne le regardez plus en tentant de lire enfin les premières pages de votre livre avec l’espoir qu’il comprendra votre désintérêt.

Et il y a de bonnes chances pour que cela fonctionne. Au bout d’un moment l’homme se taira. Il ne vous dérangera plus.

Vous pourrez vous concentrer sur votre roman tout à loisir et au bout du compte vous atteindrez probablement la gare de Lyon à Paris.

Vous connaissez peut-être Marseille, ou pas du tout, peu importe. Ce n’est vraiment pas une préoccupation en ce moment pour vous.

Au moment de vous lever pour sortir du wagon vous aurez envie ou pas d’être poli et vous direz ou pas bonne journée à l’inconnu.

Et cela s’arrêtera comme ça , vous serez à Paris, vous aurez mis votre roman dans votre poche et vous vous dirigerez vers toutes les bonnes raisons que vous avez formées pour effectuer ce voyage.

Au bout de quelques heures vous ne penserez même plus à cet homme assis devant vous dans un train et qui avait tellement envie de vous parler de Marseille.

Pourquoi avait il cette envie à ce moment là particulièrement ? vous ne le saurez probablement jamais et cela vous importe peu au final.

Cependant, quelques semaines plus tard, vous serez dans un nouveau train avec la volonté farouche de rejoindre Marseille pour je ne sais quelle raison. Une ville pour vous totalement inconnue.

Vous repenserez à cet homme et vous vous direz alors: mais comme c’est drôle… vous aurez l’impression d’avoir découvert une sorte de parchemin délavé avec des caractères illisibles, mais qui contiennent néanmoins une information qui vous échappe.

Pas de panique !

Regardez bien…. en face de vous il y a cette femme. N’est t’elle pas à deux doigts d’ouvrir la bouche alors que vous vous apprêtez à ouvrir un nouveau roman ?

-Connaissez vous Paris ?

Si vous ne riez pas à ce moment là c’est que vous n’avez rien compris au film

vous êtes à coté de la plaque totalement.

Vous n’êtes pas plus ouvert sur la vie et le monde que le premier informaticien venu. Par contre vous êtes certainement bien plus disposez que je ne le serai jamais à comprendre les langues informatiques.

Et c’est exactement pour ces raisons que je vous propose deux nouveaux tableaux à l’acrylique sur papier.

Pour vous parler de poésie.

Vous connaissez la poésie…?