Instinct.

Elle suppose, c’est son truc. Moi j’agis. Je navigue en solitaire sur l’océan de ses suppositions. Sans autre boussole que le sel qui se dépose sur ma langue suivant le beau temps ou la bourrasque.

Je suis mon instinct et voilà tout. Je ne suis peut-être rien d’autre. Je me confonds avec lui. On ne peut pas nous dissocier. On ne le peut plus désormais.

Je pourrais faire autre chose. Devenir riche à millions, partir sur Mars, explorer le Pérou, ou m’installer sur le bord d’un canal bourbonnais à lancer ma ligne toute la journée ce serait exactement pareil.

Je le sais désormais.

Mon instinct fonctionnerait exactement de la même façon sur l’océan de toutes les suppositions.

Il y a toujours ce genre d’océan à traverser n’est ce pas ?

Surtout en soi-même.

Et pas qu’un seul.

Pour trouver la terre ferme bonjour…

Dans l’il et dans l’elle, tout essayé comme dans le nous, le vous , le ils.

Le je aussi énormément.

horizon incertain huile sur toile 2017 100x100 cm Patrick Blanchon
horizon incertain huile sur toile 2017 100×100 cm Patrick Blanchon

Et puis parfois je m’arrête au tu pour me reposer.

Le tu c’est bien.

Tu veux ou tu ne veux pas, je n’en fais pas un camembert.

Et en fait je m’en fous, je veux dire que cette part de moi qui navigue sur tous les océans s’en fout totalement.

Elle ne jure que par les arabesques que tracent les oiseaux dans le ciel

par le gout du sel

la clarté bleue de l’orage

et la saveur acide des citrons.

Cette sensation de nous

Les temps actuels sont plus aux « Je » qu’aux « Nous », sauf dans la haine , la colère et la tristesse, ces liens qui subsistent quand tous les autres ont disparu.

L’esprit prend congé en même temps que nous quand il ne reste plus que toi et moi.

Et cela te rend folle et cela me rend fou.

L’esprit c’est nous et nous ne sommes plus rien sans lui.

C’est à dire que nous ne ressentons plus cette fréquence formidable, l’énergie de la joie.

Mais de quel nous parle tu ?

De ce qui nous réunit plutôt que de ce qui nous sépare ma belle.

Tu n’y peux rien, je n’y peux rien c’est ainsi. Et toutes les constructions frelatées que nous installons en vain pour remplacer ce nous ne valent pas grand chose, ne valent rien.

L’amour ne vaut rien tel que nous avons cru qu’il pouvait être

l’amour est profond comme la nuit noire.

La solitude se renforce comme l’idée de séparation. C’est un cycle et rien de plus.

Plonger dans la solitude et dans toutes les fictions les tiennes comme les miennes c’ est un cycle, et tous les cycles ont un commencement et une fin n’est ce pas ?

Le jour s’achève pour laisser place à la nuit

La veille se repose sur le sommeil.

acrylique sur papier toilé format 30x40cm Patrick Blanchon 2021

Le vrai s’achève pour laisser la place au juste.

La nuit sert à se rapprocher du juste, à le réinventer.

Tout est dans cet ordre des choses que toi et moi ignorons désormais.

Pourquoi s’en soucier puisque qu’au bout du compte nous ne cessons de nous rejoindre dans cette nuit.

Au delà de nos consciences

Au delà de la haine, de la colère et de la tristesse.

Dans la joie profonde indéfectible et parfois brutale aussi.

Ce n’est pas parce qu’on se sépare que nous disparaissons vraiment.

C’est en se séparant d’une fausse idée de nous qu’on la perçoit surtout.

Et qu’une fois aperçue cette idée de nous s’enfuit.

Nous sommes toujours là, quelque part dans l’attente d’être acceptés, pardonnés, honorés

Et il est si bon d’ accepter aussi qu’il n’y a rien à y perdre ou rien à y gagner.

Toi et moi avons fait de nous des réussites ou des échecs selon nos pensées

Mais sommes nous seulement que nos pensées ?

Nous sommes bien plus nos pensées ?

Et il est bon de ne plus y penser parfois pour nous retrouver.

Ferme les yeux et vois la gueule édentée de la colère, de la haine et de la tristesse

Dépasse l’ennui et la peur

Caresse leurs échines pour les domestiquer

Sans empathie comme un vrai patron.

Pour devenir le juste patron de tous les nous à venir.

Si je vous disais tout

Elle m’avait menacé comme ça et je me disais c’est drôle. « Si je vous disais tout vous partiriez en courant ».

Cela fait bien longtemps que je ne cours plus j’ai répondu. Parfois je le regrette, mais la plupart du temps je m’en réjouis. Il n’y a que ça qui reste la joie ma belle.

Si tu me disais tout, tu ne me parlerais que d’un tout inclus dans un autre bien plus vaste, ça je le sais.

C’est pourquoi j’ai juste souris finalement.

Pourquoi les gens nous menacent t’ils ainsi de déballer leur tout ? Un tout qui n’est généralement que peanuts face à tout ce que l’on pourrait à peine imaginer comme tout.

Elle se déshabilla en silence dans la pénombre de la chambre.

A la fin je suis certain qu’elle pensa aussi m’avoir tout donné très certainement. Cette mode de tout donner pour atteindre à l’excellence…

Elle ne m’avait cependant donné qu’un tout à la mesure de ce tout dont elle ne me parlera jamais. Un tout qui probablement lui échappait.

Je n’ai pas trainé ce soir là, je crois que j’ai remonté le col de ma veste et que je me suis engouffré dans la nuit en repartant comme un voleur.

andalousie Huile sur toile format 80x60 cm 2018 Patrick Blanchon

Pourquoi être con comme Machiavel ?

Il disait qu’il ne fallait surtout pas montrer la moindre émotion, pas même ses 5 doigts cet homme là. Machiavel. Tout ça pour quoi je vous le demande ?

Et c’est au bout de cette question que je me suis souvenu de ces crocus que j’avais découverts dans le petit cimetière juif de Prague.

Nous étions face à face dans l’autobus sur la ligne 76, avec cette inconnue au regard si triste. J’étais parti pour rejoindre la gare de Lyon à pied mais il s’était mis à pleuvoir et, ce jour là, la pluie m’avait paru incongrue, j’étais plutôt joyeux dans le fond.

Du coup, concours de circonstances agréable je m’étais engouffré dans ce bus qui arrivait pile poil au moment où je cherchais à m’évader de l’incongruité.

Il y avait peu de monde en cette fin de matinée. Et puis, à l’arrêt suivant, l’inconnue est montée et s’est installée sur le siège vide devant moi. J’avais senti ma bulle envahie par la sienne. Une intersection de bulle dans la chaleur du bus avec la pluie glissant le long des carreaux et la ville floue au delà. Une sorte d’intimité soudaine qui s’installe sans un mot, juste un bref échange de regards.

Elle avait vraiment le regard triste.

visage femme regard triste acrylique sur papier format 30x40 cm Patrick Blanchon 2021
visage femme regard triste acrylique sur papier format 30×40 cm Patrick Blanchon 2021

Et moi je me retrouvais juste à ce moment là dans le quartier Josefov dans une vieille ville de République Tchèque à contempler des tombes défoncées par les années, surpris soudain par 4 ou 5 crocus qui sans doute réveillaient à nouveau la joie que j’avais perdue de vue quelques instants.

Je me disais que partager ce souvenir pourrait être un remède à la tristesse de cette inconnue. Mais la pudeur, et puis le temps, je me souviens que j’ai pensé au temps à cet instant là précisément. Cela prend un temps fou une rencontre n’est ce pas.

J’ai continué à penser à mes crocus, petites taches de couleurs revivifiantes au beau milieu du ghetto juif et de nos deux bulles de solitude accolées.

Et puis je suis revenu à mes premières pensées sur cet homme qui ne voulait pas même montrer ses 5 doigts. A Machiavel.

Pourquoi être con comme Machiavel ? je me suis dit

Et là j’ai dit : » il y a des crocus dans le cimetière juif de Prague, dans ce quartier de Jesofov que vous ne connaissez sans doute pas … « 

Les yeux tristes se sont métamorphosés soudain et l’incongruité enfin eut toute sa raison d’être. Après l’étonnement, elle se mit à sourire puis à rire franchement.

Et puis le bus atteint la destination que je briguais et j’ai dit bonne journée ma jolie en me levant en ajoutant en guise d’adieu un petit signe de la main.

La programmation

En ce moment pour des raisons techniques je me forme à la programmation. J’ai étudié le HTML et le CSS, qui était pour moi à peu près du même acabit que le mandarin classique avant que je n’y plonge le nez.

Puis, comme si cela ne suffisait pas, je me suis lancé dans le déchiffrage du langage PHP.

Bon vous allez dire:  » qu’est ce que ça vient faire ici sur ce blog où d’habitude tu nous déballes un tas d’idées saugrenues sur n’importe quoi et à peu près tout de préférence n’importe comment ? »

Et bien cela a un rapport. Enfin j’en vois un personnellement.

Imaginez que vous soyez obsédé par l’idée de vous rendre de Lyon à Paris et que vous ayez décidé de vous y rendre en train.

Vous avez étudié toutes les possibilités d’effectuer ce voyage auparavant si vous n’êtes pas impulsif comme je le suis.

A pied cela prendrait trop de temps.

A cheval également.

En voiture cela serait trop fatiguant.

Pour rejoindre le premier aéroport ça prendrait un temps dingue et puis les navettes ne sont pas non plus données, et les parking je n’en parle même pas.

Donc vous choisissez le train.

Il vous faudra donc consulter les horaires, vous enquérir du prix du billet, éventuellement le réserver sur internet et vous présenter à un moment ou à un autre sur le bon quai, face à la bonne voiture, dans laquelle, après avoir hissé votre bagage vous chercherez le bon numéro de place, celui inscrit sur le billet que vous consulterez attentivement pour ne pas vous tromper.

Bien.

Imaginez vous désormais assis, détendu, presque heureux de pénétrer dans ce roman que vous avez pris la précaution d’emporter avec vous pour passer le temps du voyage.

Et c’est là que l’homme assis juste en face de vous va vous parler.

-Vous allez à Paris ?

Vous hochez la tête avec une mine joviale ou circonspecte selon votre envie.

Et là l’homme se met à parler de Marseille.

Il vous parle de long en large de Marseille qu’il connait comme sa poche.

Mais vous, ça ne vous intéresse pas vraiment.

D’abord vous avez décidé de vous rendre à Paris.

Ensuite vous avez décidé de vous plonger dans ce roman.

Du coup l’homme devant vous qui vous parle de Marseille, vous le considérer comme une sorte d’hurluberlu ou un gêneur.

La communication passe mal entre vous, vous le constatez rapidement.

Vous ne le regardez plus en tentant de lire enfin les premières pages de votre livre avec l’espoir qu’il comprendra votre désintérêt.

Et il y a de bonnes chances pour que cela fonctionne. Au bout d’un moment l’homme se taira. Il ne vous dérangera plus.

Vous pourrez vous concentrer sur votre roman tout à loisir et au bout du compte vous atteindrez probablement la gare de Lyon à Paris.

Vous connaissez peut-être Marseille, ou pas du tout, peu importe. Ce n’est vraiment pas une préoccupation en ce moment pour vous.

Au moment de vous lever pour sortir du wagon vous aurez envie ou pas d’être poli et vous direz ou pas bonne journée à l’inconnu.

Et cela s’arrêtera comme ça , vous serez à Paris, vous aurez mis votre roman dans votre poche et vous vous dirigerez vers toutes les bonnes raisons que vous avez formées pour effectuer ce voyage.

Au bout de quelques heures vous ne penserez même plus à cet homme assis devant vous dans un train et qui avait tellement envie de vous parler de Marseille.

Pourquoi avait il cette envie à ce moment là particulièrement ? vous ne le saurez probablement jamais et cela vous importe peu au final.

Cependant, quelques semaines plus tard, vous serez dans un nouveau train avec la volonté farouche de rejoindre Marseille pour je ne sais quelle raison. Une ville pour vous totalement inconnue.

Vous repenserez à cet homme et vous vous direz alors: mais comme c’est drôle… vous aurez l’impression d’avoir découvert une sorte de parchemin délavé avec des caractères illisibles, mais qui contiennent néanmoins une information qui vous échappe.

Pas de panique !

Regardez bien…. en face de vous il y a cette femme. N’est t’elle pas à deux doigts d’ouvrir la bouche alors que vous vous apprêtez à ouvrir un nouveau roman ?

-Connaissez vous Paris ?

Si vous ne riez pas à ce moment là c’est que vous n’avez rien compris au film

vous êtes à coté de la plaque totalement.

Vous n’êtes pas plus ouvert sur la vie et le monde que le premier informaticien venu. Par contre vous êtes certainement bien plus disposez que je ne le serai jamais à comprendre les langues informatiques.

Et c’est exactement pour ces raisons que je vous propose deux nouveaux tableaux à l’acrylique sur papier.

Pour vous parler de poésie.

Vous connaissez la poésie…?

Une mise à l’écart

L’habitude nous joue des tours dit Maxime Le Forestier dans une de ces chansons que l’on écoute sans peser chaque mot, et qui nous servent parfois de bruit de fond. Un bruit pour tromper l’ennui ou le silence qui se tiennent au delà de notre brouhaha intérieur. L’habitude d’écrire chaque jour un petit texte ne déroge pas à cette règle, il suffit d’environ 30 jours pour créer une habitude et la transformer en addiction. Si l’on n’y pense pas, cela peut durer des mois, puis des années.

C’est à partir de cette réflexion que je me suis interrompu quelques jours d’écrire sur ce blog. Pour voir évidemment. Pour tenter une expérience. Une de plus.

Toutes les addictions ne sont pas nocives. Il y en a même de bonnes, à condition qu’elles aient une utilité. Et pour qu’une chose soit utile, cette utilité doit être reliée à un objectif, à une volonté. La racine latine de vouloir en dit long  » voleo » comme voler haut

Alors je me suis demandé qu’elle était cette volonté, pourquoi écrire ? dans quel but ? pour flatter quel égoïsme ?

Et puis une fois sûr que c’était bien cela, que pouvais je donc faire vraiment ?

vouloir et pouvoir se croisent et nous crucifient sans relâche. Tant que nous n’y pensons pas vraiment. Au centre de la croix il est un devoir d’accepter l’égoïsme comme un Christ salvateur.

Je n’ai absolument aucun grief contre l’égoïsme, ce serait sot d’en avoir étant donné qu’il est le moteur principal de la plupart de nos actions. De là à la louer à tort et à travers, je me méfierais cependant. Encore une fois ici, sur la croix, l’utilité se heurte à une notion de générosité tournant à vide puisqu’elle ne serait qu’un accord pris avec une croyance en la générosité elle-même.

L’altruisme est un égoïsme, tout comme l’amour. Ce sont des croyances, des accords pris depuis longtemps avec ces croyances sans même que nous ne prenions le temps nécessaire pour y réfléchir. Tous ces accords forment les murs de nos prisons de paresseux, dans lesquelles nous nous enfermons et que nous ne remettons que rarement en question.

Nos émotions nous gouvernent et il faut une bonne dose de recul et de patience avant que nous ne puissions prendre le dessus sur elles. La réaction à chaud si elle ne reste qu’à l’état de réaction ne vaut pas grand chose ni dans la peinture ni dans la peinture et sans doute dans tous les domaines de l’art. Les réactions sont multiples, incessantes et elles ne sont pas liées ni aux objectifs ni à la volonté. Pour la plupart elles sont issues de notre cerveau reptilien, profondément enfouies en lui d’autant qu’on les laisse s’exprimer librement sans jamais les transmuter en autre chose que ce qu’elles sont.

L’intelligence est liée au recul, au temps, nécessaires pour transformer une réaction en émotion et en sentiment. On ne peut agir que sur les composantes d’un sentiment, jamais sur le sentiment lui-même.

Quelle surprise de soudain constater la vanité d’une habitude, par cette sensation d’ennui ou de malaise qui surgit avec le temps avec la distance que l’on prend soudain avec elle!

Il n’y a pas d’entrée plus élégante que cette surprise et il faudrait toujours commencer par elle pour analyser nos malaises, plutôt que la peur.

Surprise de voir que l’on peut lâcher les béquilles et marcher soudain sans aide.

Surprise de constater à quel point on s’est égaré du point le plus central de notre volonté.

Surprise de constater également qu’on peut pénétrer au cœur des choses, au cœur de cette colère, de cette difficulté en considérant la surprise comme une porte et non comme un mur sur lequel on s’écrase régulièrement.

Pour cela il semble qu’une mise à l’écart s’imposerait. Une mise à l’écart de tous les accords passés avec l’ensemble des croyances et qui nous installe soudain dans un espace temps singulier et familier en même temps.

Prendre rendez-vous avec soi c’est cela cette mise à l’écart, dans un but purement égoïste, qui n’est que de se mieux comprendre.

Sans ce rendez-vous, on ne peut pas revenir au monde correctement, c’est à dire avec cet altruisme ou cette générosité débarrassés de leurs gangues de stupidité, de naïveté, en un mot de narcissisme inconscient.

Une mise à l’écart cela fait du bien d’autant qu’on pénètre en elle par surprise.

Un matin on se réveille et on se demande ce que l’on veut vraiment, ensuite on regarde autour de soi et on ne voit rien de ce que l’on veut vraiment depuis toujours. Quelle surprise !

On peut encore perdre du temps à mesurer l’égarement, le pourquoi du comment, mais c’est encore une façon de la prolonger, de prolonger cette habitude, cette addiction qu’est l’égarement, une fois la peur vaincue, celle de s’égarer justement ou pour rien.

On se rend alors compte d’une chose que l’on sait depuis toujours et que nous avons oubliée. La joie est toujours là.

Il n’y a pas à disserter sur la joie, mais plus sur ce qui la dissimule à nos propres yeux, ce qui l’a dissimulée, ces gènes qui ne cessent de nous priver du plaisir naturel d’être ici ou là tout simplement et que l’on ne cesse jamais de s’inventer en créant des accords dissonants avec nous-mêmes.

D’un autre coté et pour ne rien laisser au bord de la route sans remercier : sans ces gènes, sans cette cacophonie, comment pourrions nous vraiment écouter la note la plus juste, celle qui provient de nous si ne nous les inventions pas ?

Comment pourrions nous pénétrer en toute quiétude dans cette mise à l’écart afin de nous ressourcer au silence de la joie ?

Ces deniers jours je me suis mis à peindre sur des feuilles de papier avec de la peinture acrylique sans chercher à obtenir quoique ce soit vraiment, en renonçant à des accords pris avec tout ce que je crois savoir sur la peinture. Pour me désaccorder gentiment de ces croyances.

Il y a bien quelque chose de l’ordre du rituel à installer pour revenir à la joie de peindre, pour en étudier la gène qui ,sans effort, est toujours présente comme une compagne indéfectible.

C’est une exploration de ce qui peut encore gêner la joie et le plaisir de peindre pour peindre .C’est tout à fait égoïste évidemment. Un égoïsme qui je l’espère me permettra de passer du statut de héros à celui de fin stratège pour conserver le plus longtemps possible les yeux ouvert sur ce rêve joyeux d’être soi.

Le blogging, la peinture, l’hydre de Lerne annuelle

Tous les ans c’est la même histoire, les bonnes résolutions reviennent par vagues pour m’envahir la caboche et il me faut vraiment me ramasser sur moi-même, m’arcbouter farouchement pour tenter de leur résister. Mais parfois certaines sont plus virulentes que d’autres et il me faut encore ajouter à la résistance un petit quelque chose en plus. Mettons du bon sens, ou du discernement.

En tant que peintre la plus belle partie du travail est évidemment de peindre. Alors donc, une fois l’an, en janvier, tout me rappelle que ça ne suffit pas et ce d’une façon encore plus insistante que tous les autres mois. Je commence à m’accabler, à me juger férocement, à me chercher des poux dans ce qu’il me reste de cheveux et tout cela tourne autour des termes « stratégies, visibilité, notoriété, et évidemment « pépettes ».

Il faut faire tellement d’autres choses que de peindre quand on veut vivre de sa peinture vraiment que je l’avoue systématiquement les bras m’en tombent. Ce qui est un inconvénient majeur pour ma profession on en conviendra.

Du coup je passe par une période bizarre où un tas d’idées biscornues, de désirs troubles, montant de je ne sais quel lieu mercantile de ma psyché, finissent par m’assaillir et me prendre de façon obsédante, la tête.

A chaque tête qu’Hercule coupe, il en pousse deux autres, o quelle saleté que cette hydre de Lerne !

Faut-il améliorer le site web, afin de le rendre plus joli, plus  » responsive » , plus pro, et ainsi obtenir les faveurs Googolesques en matière de référencement ?

Faut il enfin sérieusement s’intéresser au fonctionnement ésotérique de ce putain d’autorépondeur auquel je ne pige que couic et que je paye pourtant chaque mois pour pas grand chose ?

Faut il s’intéresser à la création d’une boutique ? Et dans ce cas changer de CMS, troquer WordPress contre un Prestashop ?

Et puis commence alors aussi tout une batteries de tests, d’essais, pas vraiment concluants je l’avoue. Evidemment rien n’est simple lorsqu’on bidouille, un morceau de code par là, une classe CSS par ci. Je finis généralement par m’embrouiller copieusement dans toutes les ID

Du coup des heures et des heures de visionnages de tutos sur YouTube à s’en faire pleurer les yeux sur des sujets tellement éloignés de la peinture dans le fond que la confusion finit par envahir à peu près tout, et surtout elle érode largement le plaisir simple de se retrouver devant son chevalet et peindre de bon cœur.

Dans le fond c’est un peu la même chose dans la peinture elle-même, sauf que je l’avais oublié.

Au début on se trouve tellement dépourvu de tout ce que l’on imagine comme savoir, expérience, que l’on passe des heures innombrables à chercher en dehors de soi, des astuces techniques, des savoir faire, que ce soit sous forme de cours, de tutos, de formations et de stages, si ce n’est pas une école d’art.

On croit que toutes ces choses extérieures sont absolument nécessaires, que sans elles on sera condamné à ne rester qu’au niveau de l’amateur. C’est sans doute vrai en partie, mais pas complètement.

Toute cette confusion d’où vient-elle vraiment finalement ?

Peut-être du fait qu’on n’arrive pas vraiment à savoir ce que l’on veut, ni dans le blogging ni dans la peinture.

Et si on n’y parvient pas, je dirais en ce qui me concerne que je m’y refuse même, car « savoir ce que l’on veut » dirige généralement vers un seul objectif désormais qui est de « faire du pognon ».

Bon je n’ai rien contre le fait d’en gagner, j’ai même passé la plus grande partie de ma vie dans ce but lorsque je travaillais en entreprise. C’est d’ailleurs en raison de cette absurdité que j’en suis finalement parti.

Alors évidemment c’est difficile après tant d’émerveillement, de liberté, en choisissant tous les aléas d’une vie de peintre de revenir à nouveau vers ce questionnement et de redéfinir des stratégies que je connais au demeurant assez bien finalement.

Même si les outils changent, si je ne suis pas tout à fait à la page, le contenu est toujours le même: Promettre, faire saliver, répondre à l’avance aux objections de ne pas acheter, promettre encore, faire saliver à nouveau, au moins 7 fois si possible à la queue leu leu pour que ça pénètre les cervelles et puis balancer une urgence, accompagné d’un « call to action ».

Vendre des tableaux comme ça, j’avoue que je suis tenté une fois l’an, généralement en Janvier. C’est assez perturbant et à la fin j’arrive même à en rigoler tout seul.

Peut-on vraiment diviser à ce point son état d’esprit pour être à la fois peintre, camelot, et technicien en informatique ? C’est une colle encore pour moi.

Même si je vois parfois des personnes qui y parviennent et qui même ont l’air de remporter un franc succès, je me demande bien l’impact que peut avoir cette sorte de schizophrénie, globalement sur la justesse de leur art…

Peut-être suis je encore trop naïf, trop bohème, mais ce que je sais c’est ce que je ne veux pas surtout. Je veux rester peintre et n’ai pas vraiment envie de me transformer en homme d’affaire, ni en crack de la SEO, et surtout pas rester les trois quarts de la journée les yeux fixés sur des écrans à contempler des graphiques et des courbes pour me rassurer sur mon talent, sur ma sécurité et tirer je ne sais quelle fausse gloriole de toute forme de reconnaissance.

La question tout de même, importante à se poser à partir de là c’est pourquoi je continue à blogguer ou à peindre ?

Pour le plaisir de m’exprimer évidemment, et par les temps qui courent, sans doute que cela peut paraitre égoïste, inefficace absolument comme pas du tout rentable, je m’en fiche pas mal au fond. On m’a déjà fait le coup avec le temps, avec le genre de conneries telles que  » le temps c’est de l’argent » ou encore le temps perdu ne se rattrape jamais » … je connais la musique et surtout le silence comme d’habitude entre les notes.

Chaque année il y a un héros antique qui use son arc ses flèches et tout un tas de stratégies pour occire le monstre du marais. En vain du 1er de l’an à la fin janvier, après ça se calme une fois que toutes les têtes du monstre ont été calcinées méticuleusement..

Je vais compter jusqu’à 10 et tu vas mourir

Dormir. Mais j’ai compris mourir. Comme un souhait qui remontait des limbes. L’ogre constitué de paille sèche et d’herbe folle, toute ma bêtise Gargantuesque, s’est éveillée au moment où l’anesthésiste m’a prévenu. Je vais compter jusqu’à dix et vous allez dormir comme un bébé, vous ne vous rendrez compte de rien vous verrez. Mais l’ogre au fond a entendu tu vas mourir et s’est mis à bouger. Parce que tout cela il l’avait déjà vécu, il reconnaissait la mélodie.

J’ai revu Pauline, l’anesthésiste et Pauline n’était qu’une seule et même personne, et j’ai eu peur et j’ai éprouvé ce désir qu’elle me caresse encore une fois les cheveux doucement comme elle savait si bien le faire. Quand j’étais si anxieux, si énervé par la vie et mes misères et que Pauline de tout son corps de géante s’allongeait doucement près de moi et me caressait les cheveux doucement.

La consolation Huile sur toile 2017 120×80 cm 2017 Patrick Blanchon

Le désir n’est pas encore totalement anesthésié, il suffit de la texture d’une blouse de nylon à cet instant pour s’en apercevoir. La texture du nylon comme une ancre plongée quelque part qui retient un vaisseau quand arrive le soir.

La douceur de l’instant se confond avec le désir fou un faible instant. La répétition douce de la caresse l’abîme joyeusement et on s’en retrouve soulagé et un peu triste aussi.

Je vais compter jusqu’à dix et tu vas mourir encore une fois mon beau désir. Sans t’y opposer. Sans résister. Parce que c’est pour ton bien, tu seras tellement mieux ensuite, tu seras reposé, neuf, prêt à un nouvel emploi.

Il n’y a pas que la guerre dans la vie me dit encore à l’oreille, Pauline de sa voix suave Je peux sentir la chaleur de son haleine de son souffle comme un baume sur le lobe de mon oreille, dans le creux aussi et qui pénètre comme un charme de magicienne jusqu’à se mêler au sang.

Je n’ai pas la force d’écarter la main ni la voix. Je n’ai pas la force de résister à l’envie de dormir, de mourir de disparaitre du monde agité des vivants. Je n’en ai plus envie maintenant.

La voix de Pauline et l’aiguille me traversent, et j’entends le décompte qui peu à peu s’évanouit en même temps que ce rêve de résistance à je ne sais quoi.

Vertige de l’abondance

Elle était possédée par cette sorte de fièvre qui fabriquait de la frénésie à tire larigot. Le moindre événement, ne fût-ce qu’ un infime changement d’état hygrométrique de l’air ambiant la rendait fébrile et dingue. Lorsque qu’elle pénétra dans ma vie j’éprouvais aussitôt la sensation d’être face à la violence brute de la nature. En tout cas je sus que ce ne serait pas avec la réflexion que je pourrais me sortir d’affaire cette fois ci. Ce qui m’était demandé était de plonger nu dans l’orage, dans la tempête comme dans l’éblouissement. M’aveugler entièrement et avancer ainsi en ne m’appuyant plus que sur les sens et quelque chose de vague que l’on pourrait nommer la fortune ou la chance.

Les premiers temps ce ne fut pas simple du tout. A la moindre brise, je me recroquevillais aussitôt. Je me réfugiais dans le mutisme, en tentant de me rapprocher d’une position fœtale imaginaire. Elle démolissait ce refuge presque aussitôt en invoquant ma paresse, ma faiblesse, mon coté « trouillard ».

Je pensais que tu avais un peu plus de couilles c’est drôle.

Et elle partait alors dans un rire qui, des basses les plus profondes s’élevait vers une stridence quasi insupportable. Elle ne se retenait de rien, tout ce qui lui passait par la tête était aussitôt projeté à l’extérieur, et cela me fascinait. J’étais attiré par le silence énorme que je parvenais malgré tout à détecter chez elle derrière tout ce cirque permanent. Elle était le minéral, le végétal et l’animal rassemblés là dans ce corps sublime face à l’être humain totalement désarmé soudain que j’étais.

Boeuf écorché Chahim Soutine

Au début je me sentis impuissant et je tentais bien vainement de résister. Je me mettais à parler, à raisonner tout haut dans l’espoir de la tempérer. Mais c’était pire, cela provoquait tout l’inverse et je découvris à quel point toute forme d’intelligence face à elle ne valait guère plus qu’un pet de poux.

Jusqu’à cet instant où je lâchais soudain prise et me découvris autre, totalement étranger à l’homme que j’avais jusque là songé être.

Ce dont j’avais eu le plus la trouille dans ma vie c’était d’apparaitre bête. Elle le sentit sans doute immédiatement et elle fit tout en son possible pour me conduire ainsi face à ma peur.

Le plus clair du temps nous faisions l’amour. C’était le plus important, tout le reste n’étant que contingences. Le fait que j’eusse envie de me lever tôt pour écrire, le fait que j’eusse quelques velléités à peindre où même que je puisse émettre la plus petite hypothèse d’intimité égoïste la mettait hors d’elle immédiatement. Tu veux déjà m’abandonner gémissait t’elle en empruntant en premier lieu la voix plaintive d’une femme enfant. Et si je n’obtempérais pas assez vite, si je ne me ruais pas vers elle comme un taureau en rut, alors la voix effroyable d’une sorcière s’élevait pour atteindre à nouveau la stridence qui me clouait dans l’instant.

Cette mixité entre la naïveté, la faiblesse enfantine et l’avidité d’une ogresse, une fois passée la stupéfaction, je l’avoue agissait sur mes sens et produisait sur ma vigueur des conséquences souvent inattendues de ma part.

Elle ne me laissait aucun répit et d’une certaine manière je dois avouer qu’au début cela me plut. Peut-être seulement quelques jours dirais je . Ensuite je me mis à éprouver comme une sorte de vertige devant tant d’abondance. Comme si chaque jour il m’eut fallu m’enfiler des nourritures trop riches, comme des quartiers de bœuf entier, et toute une batterie de sucreries, des pâtisseries totales suivies de quelques bonbons à l’écorce dure et au cœur sirupeux.

Tous mes sens furent assez vite saturés d’un excès de béatitude énervante. Ce qui bien sur commença à influer sur mon comportement.

Mon coté affable, mes faux fuyants, ma carapace de gentillesse, toute ma délicatesse, construite comme autant d’armes pour survivre en ce bas monde, elle balaya tout de son rire et de ses morsures répétées.

Enfin lorsque je m’abandonnais enfin à ma vraie nature, quand je devenais loup et que je la mordais elle aussi soudain, elle exultait, roulant des yeux luisants dans la pénombre de cette chambre des mystères où nous logions.

Elle se glissait sous moi, mimant la plus crasseuse des soumissions et il me fallait encore aller chercher plus profondément, en elle comme en moi le ressort nécessaire à aiguiser ma toute neuve cruauté.

Je dis cruauté mais c’est encore peu dire. La cruauté n’est rien à coté de ce vertige de sensations féroces qui montaient du plus profond de mon être.

Toutes les trahisons, tous les mensonges, toutes les blessures, les humiliations formaient cette source constamment renouvelée que son rire avait réveillée. Son rire et ses baisers, son rire et ses caresses, son rire et son silence dans la pénombre de la chambre était comme un fil d’Ariane que je m’étonnais peu à peu de suivre pour m’enfoncer de plus en plus profondément dans ce qu’on nomme faussement la bestialité, ou le malheur, ou la luxure.

Je plongeais dans la partie la plus sombre de mon être, avec pour seule lueur la folie et son rire omniprésent, entrecoupé parfois de râles et de gémissements.

Aucune pause ne me fut accordée, pas même après la jouissance, l’orgasme répété menant ainsi mes nerfs jusqu’au paroxysme de la tension afin qu’il lâchent soudain et que je m’écrase dans un court sommeil.

Car si je dormais un peu trop longtemps à son goût, elle revenait immédiatement à la charge, profitant de mon inconscience pour aller y puiser autant de nouveaux ressorts qu’elle le désirait.

Cette histoire ne dura pas longtemps, tout au plus une semaine, peut-être deux, trois serait mentir et exagéré en tous cas. C’est en tous cas une bonne leçon que j’ai retenu. A la fois sur le fait que je possède des limites, que je ne suis pas au fond de moi-même ce que je présente d’ordinaire en société, ce serait bien trop effrayant pour les uns, excitant pour les autres. Entre la bestialité et la paix, la tranquillité il m’a fallu comprendre au bout du compte qu’il fallait bien faire un choix.

Cependant quand je croise les yeux de ma chatte, que nous nous regardons ainsi de longs moments, j’ai comme de la nostalgie qui me vient, un genre de poison aphrodisiaque et violent qui se met cavaler dans mes veines et mes artères.

Alors je prends une cigarette, je l’allume lentement, en tirant une ou deux bouffées et je me mets à peindre.

Le taureau qui pète

Quand j’étais jeunot j’habitais dans une chambre de bonne, au 7ème d’un immeuble cossu, sis Place de la Bastille. Au troisième logeait la famille Laraison, dont le père était le directeur de la Banque de France.

Le tapis rouge que l’on pouvait voir dès le rez de chaussée s’arrêtait à leur étage mystérieusement. Sans doute eut on installé un ascenseur qu’il n’eut pas été plus haut non plus.

Lorsque je descendais de mon 7ème quatre à quatre, je les croisais parfois. Monsieur Laraison était un homme de taille moyenne, ni gros ni maigre, vêtu de gris. Sa femme semblait fort attachée à lui car elle se cachait toujours derrière jusqu’à devenir son ombre exacte lorsque je passais devant eux en leur glissant un « bonjour » feutré. Quant à leurs marmots, ils étaient joufflus avec des regards en biais qui n’inspiraient aucune sorte de compassion pour le jeune homme que j’étais.


Le mardi les Laraison recevaient. Leurs invités arrivaient vers 20 h et souvent comme je remontais vers ma piaule à cette heure là je découvrais dans l’escalier des fragrances de parfums inconnus. Puis lorsque je parvenais au 3ème je collais l’oreille contre leur porte et j’entendais des rires et des exclamations tranquilles comme ont l’art d’en produire les bons bourgeois de cette ville.


J’en parlais à Pauline une fois que nous avions fait l’amour en guise de dîner et nous en riions en les imaginant festoyant autour de leur belle nappe blanche, s’agrippant à leurs verres en cristal de bohème, remplis de Toquay.

Imagine si l’un d’entre eux soudain est victime d’une flatulence ou d’une éructation intempestive… imagine cette bonne madame Laraison en train de péter entre le hors d’Œuvre et la truite saumonnée…


Nous riions et cela était bon, mon Dieu que c’était bon.

Cela nous rassurait aussi de les imaginer humains au bout du compte, du moins nous l’espérions comme on espère à 20 ans.
Le jour où j’ai perdu Pauline, j’ai laissé la piaule et je me suis barré de la Bastille. J’ai perdu de vue les Laraison aussi par dessus le marché.


Parfois comme aujourd’hui ça m’arrive d’y repenser, je colle mon oreille à la porte de mes souvenirs, je revois Pauline et son corps éblouissant et puis j’entends un pet sonore soudain qui monte d’un 3ème pour fendre l’air. Et je me mets à rire, à rire, mon Dieu comme c’est bon !

Je me suis mis à penser à ça en voyant une œuvre de l’artiste Chinois Chen Wenling  » Le taureau qui pète ». En fait le vrai titre de cette œuvre est « What You see Might Not Be Real »  en français :ce que vous voyez pourrait ne pas être réel.

D’après les critiques il s’agit en fait d’une critique originale de la crise financière mondiale actuelle. Elle mets en scène un taureau qui représente Wall Street, propulsé par un pet surpuissant, et écrasant contre un mur un personnage mi-homme mi-démon qui n’est autre que Bernie Madoff, le plus grand escroc de l’histoire de la finance.

Le taureau qui pète « What You see Might Not Be Real » Chen Wenling