le peintre et son tableau

656 La voie étroite André Beuchat

D’un côté ce petit bonhomme qui tremble de colère et de trouille et de l’autre cette surface blanche qui attend un signe. C’est la mort qui veut cela. C’est elle le grand révélateur de mouvement ou d’inertie. Si tu ne sais pas encore que tu vas crever tu ne peux pas atteindre cette folie, cette transe qui met l’acte créatif en branle. On m’a parlé d’amour, c’est une sublimation. La vérité vient de la trouille et de l’obsession. C’est le constat du jour, demain cela changera peut-être, j’aurai oublié parce qu’on ne peut pas vivre tous les jours tétanisé par cette hantise de disparaître quand même.

Pourtant on peut imaginer que l’oeuvre sauve du néant, qu’elle survivra si ça peut arranger un peu les choses, les enrober pour faire passer le gout amer de cette certitude. On peut même croire à un certain stade qu’on a fait suffisamment, que c’est enfin accompli, et qu’il n’y a plus qu’a attendre le coup de grâce comme une délivrance. Çà aussi ne dure qu’un temps, on se leurre si bien, on ne fait d’ailleurs que cela.

Vaincre la mort, c’est à dire se réduire à néant avant qu’elle ne le fasse, j’ai essayé. Mais la vie est si forte, qu’elle resurgit comme une eau vive farouchement, et pire sans y penser. Il n’y a qu’à sentir sa queue se lever a l’ abord de printemps, cette sève remonter de je ne sais où des entrailles profondes et noires et on se remet à espérer bêtement. On n’y peut rien, c’est un fait que la vie s’accroche férocement et tendrement en même temps.

L’acceptation tient lieu d’antichambre à l’état d’homme et balaie bon nombre d’illusions d’un coup. C’est sans pitié qu’on se regarde un temps avant de s’agripper à la compassion pour soi, c’est le chas d’une aiguille que le fil ténu de vivre doit traverser alors pour continuer plus calme. Je n’en voulais pas de ce calme, destructeur de forces imaginais je, je n’en voulais pas de cette docilité aux choses non plus, même après plusieurs vies de couple, érodé par les passions et la quotidienneté. J’ai renâclé, triché, menti, volé,trahi, me suis enfui au loin, et puis ça vous rattrape, inexorablement. Il faut traverser le chas. Pas d’autre solution, ou se flinguer alors, c’est peu crédible quand on dépasse l’age de James Dean, c’est surtout si romantique que c’est à pleurer ou à rire, à pleurer de rire.

Et pourtant derrière la porte, la cloison on entend la joie piaffer allez savoir pourquoi ?

Comme une jument en chaleur les flancs tremblants de désir elle n’attend que cela, que la paroi s’efface et que le cavalier la prenne enfin pour un voyage dans la steppe sous le ciel bleu de ce presque été.

 » Pour ces hommes qui se pressent dans la nuit entre deux murs de pierre, la voie est étroite, semblable à une longue fente dans la terre, une diagonale qui traverse en longueur le paysage. La vision est limitée, on a le sentiment d’une fuite en avant, sans en connaître la cause, sans objectif bien défini et surtout sans retour.  » André Beuchat 656 la voie étroite

https://andrebeuchat.com/fr/opere/detail/656-gravure-originale-de-andre-beuchat

Pêcher par la peinture

Cette cruauté enfantine que nous portons naturellement en nous , avant la perception du « bien et du mal » et qu’on appelle « l’innocence » tant convoitée par les vieilles et vieux salauds nostalgiques et fachos . C’est celle ci qui m’accompagnait durant mes longues journées de pèche.


Ce n’était rien alors de retirer l’hameçon de la mâchoire d’un poisson, de couper un ver de terre en deux, ou de voler des bonbons à l’étalage de l’épicière du coin.
Un jour tout cela s’est transmuté en « péché » sous la pression d’une morale collective. J’ai mis longtemps à me sortir de cette immense confusion. Ce n’est pas tous les jours rigolos de devenir poisson après avoir été pécheur. Ça m’a largement arraché la gueule et déchiré en deux.


Et puis il y a eut la peinture, et elle m’a permis ou plutôt je me suis autorisé au début et grâce à celle ci à revenir au chaos primordial. Devenir un pécheur dans le chaos en quelque sorte


Le chaos c’est ce lieu ou tout se mélange naturellement, ou tout est mélangé par nature, c’est l’indéterminé magistral. Le chaos c’est l’égout de l’univers, notre ignorance en somme.

Alors la nécessité de sens advient soudain et au travers de celle-ci une façon personnelle de ranger, d’ordonner par importance les lignes, les masses, les couleurs, symboles de mes pensées contradictoires, de mes rêves et de mes cauchemars.


Il y a plusieurs étages dans la découverte de la conscience. Et on saute de l’un à l’autre comme un magasinier fêlé qui chercherait à vérifier tout le temps en recomptant s’il ne s’est pas trompé dans son inventaire.


Alors le hasard et l’étrange entre en jeu.

Ce que l’on appelle désormais les synchronicités, mais il faut bien faire attention de ne pas transformer cela en martingale. Vouloir être maître des choses en matière de hasard, est bien hasardeux.

Mais c’est un chemin et tous les chemins mènent par hasard, par fatigue, par maladie, et parfois aussi par chance, au lâcher prise. C’est à dire non pas à une sinécure, une villégiature pépère, mais à un effondrement total et à une mise à jour carabinée. Le grand manitou, le grand soi, te remet sur tes rails que tu le veuilles ou pas. C’est plus douloureux pour rien si tu résistes voilà tout. Sinon c’est du travail c’est aussi simple que ça.

Il y a un rapport et celui ci est forcément sexuel pendant que nous y sommes entre la peinture et la pêche. Vouloir attraper un sein, une chatte, un cul, une bite ou anus comme un nuage, ou un reflet dans l’eau tout cela purs produits de notre conscience en chemin avec sa maladresse toute boueuse, encombrée de tous les dépôts les sédiments que le petit moi dépose dans son lit.

Un fois la maman putain dézinguée et l’ogre papa zigouillé quand les deux sont bien brûlés et leurs cendres enterrées, on y voit un peu plus clair. C’est à dire cette solitude pas inébranlable car il arrive que la masturbation prenne encore le pas sur l’ouvert. Se branler dans les concepts finit par tuer le désir. Mais c’est voulu encore, c’est un désir faux il y en a encore d’autres derrière, poupées russes…

Enfin quand on n’a plus rien d’autre que soi à abattre on finit par découvrir ce qui est putrescible et ce qui ne peut jamais l’être.



Emprisonnés dans l’habitude

L’habitude se loge dans les moindres recoins de notre vie. Ce faisant nous sommes à la fois rassurés et emprisonnés par ce besoin d’assurance perpétuel qu’elle nous apporte. Pourtant nous pouvons faire trembler les parois, faire fondre les barreaux, expirer du plus profond de nous l’inédit et l’extraordinaire.

C’est en ouvrant la porte de l’atelier ce matin que m’est venu ce constat. Même une simple porte n’en finit pas de livrer ses secrets à chaque fois que nous nous concentrons sur la main au contact de la poignée, sur le regard que nous portons vers elle, sur l’odeur même qui flotte dans l’air à ce moment précis où nous allons pénétrer ou sortir d’ un lieu.

Il flotte dans l’air une légère odeur de feu de bois et de térébenthine, et les quelques merles du voisinage se sont donnés rendez vous sous l’auvent de la vieille scierie dans laquelle j’ai installé mon atelier. Cette porte tant de fois ouverte et refermée durant l’année je ne la regarde guère en général, je ne pense même pas à elle, face à celle ci une grande partie de mon attention se trouve ailleurs, dans la journée précédente avec les toiles travaillées ou bien dans les heures à venir sur les toiles que je devrai reprendre. En fait je ne suis pas vraiment là et il y a gros à parier que ce n’est pas seulement devant la porte de mon atelier.

Fort de ce constat je suis revenu à la cuisine pour me servir un nouveau café. Cette fois j’ai regardé la tasse qui est un vestige d’une autre vie, tout un service que l’on m’avait offert à mon départ de Suisse pour retourner sur Lyon avec un peu de souvenirs. Mais voyez comme on s’égare facilement, c’est juste une tasse blanche avec des petits chats peints et sur un bord elle est un tout petit peu ébréchée, mais je ne me suis pas résolu à la jeter même si je sais que cet accident est un lieu de rencontre de milliers de bactéries. Je m’en fiche c’est la dernière tasse et je ne peux me résoudre à m’en séparer.

Le café noir est bien dosé, c’est bon signe car j’ai utilisé la dosette cette fois, la plupart du temps j’y vais à l’estime en versant directement la poudre dans le filtre et mon breuvage réveillerait un âne mort. Les petites bulles du sucre qui remontent à la surface en éclatant en silence, dans le maelstrom du touillage lent de la cuillère, et enfin ce mélange d’amertume sucrée dans la bouche, ce liquide qui coule au fond de la gorge, et la sensation de chaleur bienveillante qui l’accompagne. Je ne me souviens plus de la première fois où j’ai rencontré ce gout du café. Surement sur un sucre que me tendait mon grand père. Aller à nouveau dans mes souvenirs. Demain il faut que je monte au Bessat chercher des tableaux … me voici parti dans l’avenir.

Je ne suis pas un adepte de l’instant présent, sans doute par réaction à ce que j’en lis écoute et voit quand on me le prône à tue tête. Mais pourtant c’est vrai que le seul lieu de l’inconnu, de l’inédit, de la découverte et des petites joies simples qu’elle procure c’est bien cet instant dans lequel le passé comme l’avenir sont deux inconnus à l’équation de vivre.

Renoncer à sa légende d’artiste

Est-ce si nécessaire que cela pour attirer le chaland à l’étalage de nos œuvres de bâtir une légende d’artiste ? Il m’est avis que non et c’est bien un de mes plus importants blocages dont je viens vous faire l’aveu ici.

Quand on pense à un Picasso, un Dali, un Modigliani, nulle doute que ces « personnages » dont nous nous sommes victimes de leur luminescence fossile en les plaçant à l’Olympe du monde de l’Art ne sont au final que des légendes fabriquées plus ou moins consciemment, soit par eux-mêmes, soit par leur entourage, soit par les marchands qui de tout temps connaissent bien l’impact que procurent les histoires, appelons les désormais « Story telling » puisque l’anglicisme va de paire avec « marketing ».

Bien sur il est d’usage désormais de raconter des histoires pour mieux positionner une marque de lessive, une opération humanitaire, et même les œuvres d’art. Le succès rencontré par l’émission « D’art d’art » ne démentira pas mon propos quant on comprend que ce sur quoi on veut attirer l’attention du public n’est qu’un secret à dévoiler, un message caché, une énigme à résoudre.

De là à ce que le moindre peintre se creuse désormais le ciboulot pour raconter son histoire, qu’elle soit vraie ou arrangée, YouTube nous apprend que c’est devenu un impératif minimum.

Moi-même cher public je n’ai pas dérogé à cette règle en narrant mes petits tourments, racontant mon enfance, mon adolescence, mes crises d’acnés et si je ne suis pas entré dans les détails plus avant c’est que j’essaie d’arrêter l’onanisme conjointement à la consommation de tabac. Evidemment j’ai encore quelques rechutes mais il me semble malgré tout être sur la bonne voie.

Je n’en tiendrai pas rigueur à Philippo Lippi, mais quand la signature compte plus que le tableau lui même c’est qu’il y a une déviance quelque part. Je veux dire quand la signature évoque un personnage, que ce personnage évoque une légende, et qu’au final le tableau finit par disparaître du champ de vision, noyé dans le brouillard féerique des interprétations masturbatoires de l’auteur, de ses marchands, ou des critiques payés à la pige.

J’ai passé un temps fou à vouloir écrire ma  » bio » mon histoire d’artiste. Des pages et des pages et cependant une fois ce mauvais moment passé, ma force d’inertie aidant, je ne me suis jamais vraiment résolu à la publier comme cela devait être le but. Une gène, peut-être un peu de pudeur mais pas seulement, m’en a préservé. C’est surtout en fin de compte l’élaboration d’un récit de fiction car qui suis je vraiment pour détenir la vérité de ce qui s’est passé dans ma vie. Il n’y aurait qu’à demander à ceux qui m’ont fréquenté pour obtenir un son de cloche fort différent j’en suis certain, alors trouver une cohérence qui ne satisferait au final que moi, m’a semblé être à nouveau une tricherie magistrale et j’ai décidé de laisser ce récit dans un dossier de l’ordinateur.

Ce n’est pas que je sois honteux ou fier de ma vie, non mais je crois finalement que de trop en dire nuit gravement à la suggestion. Alors pour me présenter finalement il n’y aurait que les faits et juste les faits qui me semblent valables, mon année de naissance, attestée par un certificat administratif, comme mes diplômes, mes différents actes notariés de mariages et de divorces, mes expos, mes tableaux et le reste finalement appartient au silence.

En tous cas sans doute est ce d’en avoir déjà trop écrit, trop dit que j’en ressens un vertigineux dégoût, une impression de faux propre comme on en respire à la la laverie du coin de la rue . Finalement l’expression laver son linge en public dépeint assez bien ce que j’ai voulu faire m’installant en héros Cervantesque alors que somme toutes je ne suis que son Sancho Pansa.

C’est possible d’en mourir d’ailleurs c’est bien ce qui advint à Don Quichotte dans le second volume de ce roman magnifique, quand les chevaliers ennemis redeviennent de simples moulins à vent et que la Dulcinée de Tobosco retrouve ses varices et son langage de poissonnière.

Je suis Connor MacLeod, je vis depuis quatre siècles et demi, et je ne peux pas mourir.

Avec la musique de circonstance, vous vous souviendrez sans doute de ce moment dans Highlander où Russel Nash l’antiquaire avoue qui il est à Brenda Wyatt et, ce faisant il conforte en lui et en nous spectateurs, l’idée d’un Connor MacLeod bien réel ayant traversé les siècles.

Il est possible que nous cherchons tous quelqu’un à qui l’on pourrait dire ce genre de secret et d’autres un peu moins glorieux, les plus intéressants ne sont ils pas surtout les moins glorieux ?

Ce secret n’est pas facile à dire, on ne s’en départi pas à la légère car il est constitutif de notre vision de nous mêmes en même temps qu’il nous empêche d’être vraiment nous mêmes justement en le gardant scellé. Impression que si celui ci est enfin éventé il en sera finit de nous. Le passage dans l’autre vie, (est ce la vraie ? ) comporte donc l’obligation d’un aveu magistral à énoncer, en prenant l’autre comme miroir de nous-mêmes et ceci souvent sous l’emprise de l’ébriété voire de l’amour.

Lorsqu’on s’aperçoit de cela nous ne pouvons pas être bien fier, en revanche nous pouvons admirer toutes les astuces dont fait feu la providence pour nous faire lâcher du lest.

Cette idée d’immortalité associée au secret, au fantastique que nous fabriquons, notre légende personnelle que vaut elle vraiment dans un monde où 3 enfants sur 4 crèvent de faim. Où l’injustice est tellement évidente partout que toute tentative de lutter contre elle se transforme en catastrophe annoncée. Que peuvent valoir vraiment la puissance, la gloire et la fortune sur la lune désertée ou sur mars, nul n’est besoin d’attendre l’avenir pour imaginer la dérision de tout cela.

Quelqu’un a dit qu’on ne pouvait pas accueillir chez soi  » toute la misère du monde » . Au contraire, ai je envie de dire, ouvrons grand notre porte à cette misère car c’est exactement la même qui réside en chacun de nous, dans cet exil où nous placent nos petits et grands secrets , ces dictateurs en minuscule, pourvoyeurs des légendes et des mensonges que nous avons bâties autour d’eux. Alors peut-être comme Connor MacLéod remporterons nous « le prix », cela n’a pas l’air d’être grand chose, mais j’ose imaginer malgré tout que c’est vraiment bon d’être mortel.

Des maux crasseux

Abri-Bus Patrick Blanchon 2015

Instiller le doute est un moyen efficace que les dictatures utilisent. Le doute ruine nos certitudes, en commençant par les faire vaciller lentement vers la peur, une peur en quelque sorte animale, instinctive qui déclenche la violence comme issue, comme tentative désordonnée de révolte, et tout est prévu en conséquence de cette logique bien connue des états, des gouvernements, qui se servent ensuite du désordre pour mieux imposer leur idée d’ordre. Car la division qui s’opère autour du thème favori des puissants : l’insécurité, le chaos, nécessite un résultat sans virgule, un chiffre bien rond et rassurant. Fi des demi mesures, des à peu près, des compromis qui laissent incertains. Pour rallier les plus trouillards rien ne vaut des décisions bien fermes et matraquées fermement  si possibles. La force de l’ordre est alors invoquée à la rescousse. Celle-ci brutale et aveugle autant que les fauteurs de troubles auxquels elle s’affronte n’est qu’une réciprocité convenue lorsque toute confiance dans les institutions est émoussée. Alors voici que toutes les peaux  de l’oignon se disjoignent, l’une après l’autre, le germe seul minuscule et blanc se nomme la haine, elle est là sans raison, surgit de nulle part, comme une énigme que l’on avait mise de côté en bâtissant autour une démocratie comme on fait des murs de béton autour des piles radioactives. Mais rien ne dure assez longtemps dans sa solidité pour prévenir les fissures. L’accident arrive de façon régulière et inéluctable. On tente de comprendre mais ça ne sert pas à grand chose au final quand la démocratie commence à s’exprimer au travers des mots crasseux.

Maillages

En ce moment deux pistes principales de réflexion cheminent en parallèle dans la cervelle. A gober les mouches il arrive qu’un colibri vienne titiller la langue en déposant son nectar. Celui ci s’infiltre dans les veines, remonte jusqu’au cœur et finit par on ne sait quelle alchimie à rejoindre le ciboulot.

Les Védas et les magnifiques peintures des aborigènes d’Australie ont ceci en commun d’être des anti sèches, des aides mémoire.

Les premiers ont commencé à être écrits en sanskrit 1500 ans avant Jc, cette période correspondant à la naissance de l’ère de Kali Yuga, l’ère de la destruction des mondes, il s’agit vraiment d’un condensé ésotérique qui veut pérenniser une parole trés ancienne porteuse d’un savoir multi millénaire.

Ce savoir est organisé d’une telle façon que chaque caste y trouve son grain à moudre. Que ce soient les brahmanes, l’élite ou bien le mendiant, l’inutile, tout le monde peut à son niveau en retirer quelque enseignement qui le guidera vers la connaissance qui lui convient.

Dans les peintures aborigènes c’est un peu la même chose puisqu’il s’agit de restituer un temps primordial racontant l’histoire des différents ancêtres qui eux aussi ont apporté le savoir aux hommes. Les peintres aborigènes sont aussi suivant la « famille » la tribu, organisés pour restituer une partie spécifique du rêve. Le fameux « Dream time »

Dans le premier il s’agit de restituer un son par l’intermédiaire du sanskrit langue crée de toute pièces pour restituer au plus prés justement les sons dits « sacrés ». Dans les secondes le son n’est pas bien loin non plus car il s’agit souvent de « chanter » la peinture pour celui qui la réalise.

Dans les deux cas il s’agit donc de transmettre un héritage aux générations futures.

ce sont deux voies, deux voix , deux volonté artistiques qui cheminent cote à cote et inspirent le travail.

Il y aurait aussi beaucoup à dire sur René Guénon, jamais bien loin mais dans les temps difficiles et obtus mieux vaut ne pas trop faire référence à celui ci.

Le français est une langue indo européenne. Pas étonnant que sutra se retrouve dans suture. Peut-être par un jeu étrange d’homonymie le mot »soutirer »vient il aussi du sanskrit . soutirer au mystère le fil d’Ariane qui aide à ne pas s’égarer dans tous ces labyrinthes.

Pourquoi j’ai ouvert ce blog

Trois petits tours, extrait numérique.

J’ai ouvert ce blog depuis quelques mois désormais afin d’ exprimer le plus sincèrement possible ce qui me traverse, beaucoup de choses me traversent mais je ne suis qu’un filtre plus ou moins fiable j’en ai tout à fait conscience.

Je ne cherche pas à améliorer le filtre, je le montre tel qu’il est, sans rien rejeter de ce qui le constitue qui, en un mot, est ma vie avec ses hauts et ses bas. Je vis depuis toujours dans une solitude extrême, et ceci surtout quand je fréquente les autres. C’est sans doute un problème de fréquence, ce qui m’intéresse la plupart du temps n’intéresse pas les autres et vice versa. Je leur en ai beaucoup voulu plus jeune et je m’en suis voulu aussi mais le constat est là c’est juste un problème de fréquence et rien d’autre.

L’amour que l’on me jette à la figure comme mon égoïsme ou égotisme ou mon égocentrisme, tout ces beaux mots à la mode désormais n’y change rien. D’abord parce que je ne sais pas aimer à la mode actuelle, et aussi parce que mon ego m’a permis de survivre jusque là et que je considère à tort ou à raison que c’est mon seul véritable ami. Il faut beaucoup de courage et d’illusions pour se détacher de l’ego, mais il me semble aussi qu’il en faut tout autant pour l’accepter tel quel.

Les mots sont un espace dans lequel je laisse filer la pensée sans la retenir. C’est après tout une liberté encore une fois que d’énoncer ce qui advient sans barrière, sans réserve ni tabou, sans volonté de plaire non plus. Je n’écris pas pour séduire quiconque pas même moi-même. J’écris parce que ça fait de la place en moi une fois les choses déversées. J’écris par ce que ce qui m’intéresse c’est plus le vide sous les mots que les mots eux mêmes . Parce que ce vide n’est pas vide mais au contraire fourmille d’informations qui naissent à sa rencontre et dont je me sers pour peindre.

Je pourrais rester silencieux, aller dans les forets, les monts et les vaux afin d’aller d’une autre façon à la rencontre de ce vide. Mais mon orgueil sans doute rejoint mon humilité en acceptant de m’installer à une table pour écrire, pour laisser une trace de ces instants, et parce qu’aussi je me considère privilégié de pouvoir le faire alors que d’autres ressentent les mêmes choses mais ne peuvent l’exprimer.

Sans doute d’ailleurs cela finira t’il ainsi par le silence, cela doit finir ainsi bien sur. Ce n’est pas une issue qui m’effraie, elle m’attire énormément même. Mais je reste classique envers et contre tout dans mon idée du partage. Le bon comme le mauvais en espérant que cela puisse servir à de multiples fins que j’ignore et que je désire continuer d’ignorer.

Ce qui me pousse à peindre

L’enfance de l’art, son origine, un peu comme le mythe de l’éternel retour dont parle Mircéa Eliade, nécessite une connexion avec un temps particulier. Un temps « magique » où tout ce qui nous constitue, je veux dire l’univers éparse et infini en dilatation continuelle se tiendrait concentré dans le bout du pinceau, dans cet instant où le pinceau se poserait sur la toile, et ainsi, comme par magie, nous ne serions pas le peintre , le pinceau , la peinture et le tableau mais un ensemble indissociable dans le mouvement même de la création.

Le temps de la peinture alors est le temps d’avant la séparation. C’est sur ce postulat que je me suis longtemps basé inconsciemment pour travailler. Et, dans une ignorance à peu près totale, mué seulement par une intuition j’ai avancé.

Ce qui m’intéresse dans l’acte de peindre c’est ce qui intéresse tous les scientifiques actuellement je crois, à la fois comprendre ce qu’est la matière, ce qu’est l’énergie, ce qu’est l’information. C’est fou de penser que cette information provient d’une origine que l’on imagine très éloignée de nous et qui j’en suis persuadé reste intacte en chacun de nous, comme dans chaque plante, chaque pierre, chaque soleil, chaque poussière.

Je suis dans une certaine mesure victime d’une ivresse de peindre comme d’une ivresse de connaitre. Sans doute aussi d’une ivresse de vivre même parvenu à un age avancé pour la société dans laquelle nous vivons. Dans une autre époque j’aurais juste l’age d’être un bon apprenti mais les époques changent et voici que j’entends que l’on me prend pour un maître de plus en plus ce qui me chagrine car je m’en sens tellement loin et je mesure aussi le peu d’exigence de ceux qui me taxent de la sorte. Non je ne suis maître en rien et ne désire pas l’être, je veux conserver en moi l’esprit du débutant, l’esprit de l’enfant qui sans cesse découvre le monde.

Le connu, ce que je pense connaître se présente à moi sous un aspect souvent ennuyeux, une impression de « déjà vu », un cliché qui provoque aussitôt une envie de fuite. C’est peut-être l’origine de la confusion dont je suis victime et en même temps le responsable. Je n’accepte pas le convenu. Je cherche toujours à sortir de celui ci comme autrefois gamin j’explorais l’au delà des limites. Mais les gens en général ne perdent pas de temps à comprendre tout cela. Ils n’en ont ni le temps ni l’envie, ils sont sur une autre fréquence la plupart du temps. Que représente un tableau pour la plupart sinon un objet à accrocher au mur de sa maison pour faire « joli ».

C’est un écart magistral qui force l’humilité du peintre que je suis. Et pourtant je continue encore à bavarder sur la peinture parce que ça me permet de clarifier mes idées, mes intuitions. Non pas que j’attende une adhésion massive à mes propos, je reste lucide, c’est comme une petite pierre que je pose à chaque fois sur le chemin car je connais la vitesse à laquelle se produit l’égarement et aussi ses nécessités.

Donc ce qui me pousse à peindre est à la fois très naïf et très sérieux. Comme un jeu d’enfant. Mais Einstein a du ressentir la même chose. Chevauchant son rayon lumineux dans son rêve il a du éprouver l’intuition formidable dans une joie infinie. Ensuite convertir tout cela en mathématique est une autre paire de manche. Spinoza aussi qui vivait comme un moine bouddhiste, a fondé tout son travail sur l’intuition. En fait je me demande si jamais quelque chose de grand n’a jamais pris sa source ailleurs que dans l’intuition de ceux qui l’ont construit. D’ailleurs tout ce qui ne vient pas de là est souvent voué à la ruine, à l’échec, à la mort. Tout ce qui est mué par l’appât du gain seulement , ou le désir de revanche, ou la seule envie d’être plus qu’un autre, l’orgueil, la cupidité, la concupiscence n’ont jamais rien apporté de vraiment solide à l’humanité sinon des entraves à son développement.

Des systèmes, du hasard et des voitures rouges.

Admettons que vous ayez crée un système avec un certain nombre de règles que ceux qui participent à ce système doivent accepter et ne pas (trop) remettre en question. Vous aurez tôt ou tard une lassitude à affronter. Celle notamment des participants à ce système et la votre bien sur. Car la vie ne supporte pas la monotonie et le vide. Ce qui pourrait paraitre pour un pléonasme si l’on y réfléchit bien. Pour appuyer cette observation  il suffit de vivre à Paris, et d’avoir au dessus de la tête, dans une des nombreuses chambres de bonnes mal isolées, un apprenti musicien qui appuie toute la journée sur la même série de notes de son piano. Cela vous agacerait bien sur et vous tempêteriez ou bien vous iriez à la pharmacie la plus proche pour acheter des boules Quiess. Voici donc la réaction classique face à l’ennui : l’agacement et la surdité.

Ainsi pour faire face à cette production de tout système qui est le fruit de sa régularité mécanique, les créateurs s’intéressent-ils désormais au hasard, et tentent d’en établir des lois afin de créer parfois dans la régularité une anomalie, une insécurité, un danger dont ils se serviront pas la suite pour renforcer les principes premiers de leur construction.

« Vous avez vu pourquoi il faut des fenêtres ? Pour éviter les courants d’air et les fermer en cas de coup de vent. »

On évitera soigneusement de vous rappeler que la fenêtre permet d’aérer, ou bien d’éclairer la pièce. Votre attention sera alors dirigée comme votre raisonnement à venir sur des principes tarés qu’à force de répétition vous finirez par accepter comme authentiques et à ne pas remettre en question le bien fondé de ceux-ci.

Ainsi le système, aidé par la science  plus ou moins bien maîtrisée des hasards, finit il par  créer tout seul ses propres contrepoids pour se maintenir.

Détourner l’attention serait il désormais  un art consommé de la systémique. J’ai plusieurs fois vécu dans ma vie cette expérience amusante de vouloir acheter quelque chose mué par un désir fortuit en apparence. Je prends l’exemple de cette voiture rouge d’une certaine marque dont le besoin aussi soudain que loufoque m’est devenu soudain comme une nécessité incontournable. Jamais auparavant je n’en voyais. Avant ce désir intempestif je ne voyais qu’un flux ininterrompu de véhicules de tout acabit et mon regard ne discernait rien de particulier qui me fasse saliver.

Et soudain je ne vis plus que cette voiture rouge partout. J’en fus très étonné car cela chamboula quelque peu ma vision habituelle  du choix.  Pourquoi d’un seul coup me concentrais je plus sur cette marque, ce modèle, cette couleur ? Il fallu bien accepter l’inacceptable, je n’étais pas maître de mes choix comme je l’avais cru. Quelqu’un ou un concours de circonstances, que l’on nomme généralement le hasard, avait insufflé en moi le désir de possession de ce véhicule et j’allais ne pas m’en rendre compte et passer à l’acte quand soudain l’impression d’étrangeté m’arrêta tout nette.

Cette impression d’étrangeté désormais ne me quitte plus. Elle ressemble un peu à celle qu’on éprouve durant les rêves et qu’on aperçoit soudain un illogisme dans un univers bien huilé. En général c’est cette impression qui me conduit à l’éveil et à cette sensation bizarre qui rend floue tous les contours de tout système comme de toute réalité. C’est ainsi que j’ai découvert la notion de contrepoids savantissime, pour lutter contre les contrepoids prévus et ciblés.

Pour m’extraire alors de cette impression de malaise j’ai trouvé une parade : je fais n’importe quoi selon ce que mon intuition me dicte. Cela peut être de me rendre à la boulangerie pour acheter 4 pains au chocolat que je vais dévorer dans la foulée, ou bien prendre ma voiture pour me rendre dans coin inconnu de campagne et marcher une heure ou deux, ou bien encore écrire un texte comme celui-ci qui exorcisera peut-être cette sale impression d’être un cobaye, un pauvre rat de laboratoire.