Béances

Elle se tient devant lui, assise à cette table, et tout à coup elle rit. Lui a cette Impression saugrenue de voir les soucoupes et les tasses léviter d’une façon anarchique.

Ce rire et la gravité dans laquelle il se maintient. Cette gravité à laquelle il s’accroche encore pour avoir l’air de quelqu’un ou quelque chose. Une béance, un infini de vide, hors de lui et en lui, dérange tous les possibles qu’il feuillète mentalement en quête d’horizon.

Iront ils au restaurant ? Puis au cinéma ? puis chez elle ou chez lui ?

Il tousse puis attrape la tasse en quête d’une solidité. Entre le pouce et l’index la rondeur de l’anse semble le rassurer un instant mais c’est sans compter sur le crescendo de ce rire qui s’envole vers les aigus.

Il décroche de l’instant présent pour tenter de trouver la logique de cette rencontre. La mémoire pour contrer le vertige.

Les premiers messages privés lui reviennent. Des propos raisonnables au début puis le premier écart quand soudain elle le charrie sur son humour.

Quelle carapace ! Vous vous prenez pour un intellectuel ? Je déteste les intellectuels ce ne sont pas de bons coups en général.

Pourquoi se défend t’il à cet instant précisément de ne pas en être un ? Et qu’est ce que ça peut bien vouloir dire « être un bon coup » ? Soudain il voit une file de silhouettes comme dans la chanson de Brel « Au suivant ». Une nausée bienfaitrice à laquelle il s’agrippe désormais que le rire est à son apogée.

Qu’est ce que je fous là se demande t’il.

Elle s’arrête de rire instantanément comme si elle pouvait lire ses pensées. Son regard devient grave et elle dit

Vous n’aimez pas mon rire.

Il est désarçonné. Tente de balbutier quelque chose mais ça ne sort pas. Une gorgée de café dénouerait-t ‘elle le nœud qui grossit au fond de la gorge ? Gagner un peu de temps… tout au plus.

En même temps il s’obstine. Il ne veut pas la voir se lever et partir. Elle n’est pas laide, les fines pattes d’oie au coin des yeux l’émeuvent. Au fond de la voix, mise à part les artifices, une limpidité surnage. Comme une petite fille en train de se débattre au beau milieu d’un fleuve.

Il a ressorti sa botte de Nevers. Transformer les femmes en petites filles pour se rassurer.

Peut-être que ce rire est une sorte d’épreuve à passer comme dans les romans chevaleresques. Il a plutôt l’air d’un Don Quichotte fatigué, celui du second tome, quand le rêve laisse place à la réalité. Dulcinée de Tobosco se transforme en Peggy la cochonne d’un obscur Muppet Show.

Vous reprenez quelque chose ? parvient il enfin à articuler . Et aussitôt il se sent fort, il bombe le torse légèrement et rectifie son axe, l’air de rien.

Une menthe à l’eau.

Il en pleurerait. Il fait signe au serveur une menthe à l’eau et un autre café.

Puis il plante son regard dans son regard à elle à la recherche d’une trace d’humanité.

Et si vous me racontiez… demande t’il d’une voix grave de vieux maitre zen.

Désormais il s’en fiche, les buts se sont évaporés. C’est une belle fin de journée et il lui semble être un survivant.

Elle se met à parler et sa voix change peu à peu tandis qu’il l’écoute. Et la béance est une sorte de lieu commun dans lequel ils pénètrent avec leur lot d’espoir et de déception passés.

Hystérie

Tout commence par un agacement. Une gentille pagaille. L’arrivée des femmes.

Des solitudes, chacune ostensiblement inouïe, qui s’agglutinent en bas des escaliers.

Et presque aussitôt en estafette : les parfums lourds ou fruités qui les précèdent, suivi des gloussements, des chuchotements, du bruit des talons hauts et plats, des froissements d’ étoffes… le mouvement d’une armée en marche s’accélérant dans l’assaut des marches et des paliers et enfin la marée déborde les portes de grande salle , l’envahit.

Leurs voix putain leurs voix. C’est tellement impudique se dit-il , une exhibition d’ovaires en furie.

L’homme assit à son bureau connait la musique. Il a prit soin de fermer la porte, de baisser les stores à mi fenêtre. Une bonne demie heure d’avance pour ne pas avoir à se mêler. Pour ne pas avoir à sourire ni à baisser la tête ni lâcher un bonjour, un comment allez-vous ? Cela fait des mois que ces rituels à petit feu le tuent, qu’il sert les dents à faire éclater la nacre et la faïence. Une érosion qui ronge les hautes falaises de craie d’une cote imaginaire. Une frontière qui se confond peu à peu avec cette hésitation, entre le solide et le mou, et qu’il tente de dissimuler sous un sourire bienveillant.

Il écrit un mot sur la page de son agenda électronique : lundi hystérie normale 9h02.

Depuis des semaines il note et cela semble lui redonner une consistance. Oh pas grand chose juste un petit acte de résistance se dit-il. Pour ne pas sombrer totalement dans la folie qui a envahit le monde ou l’entreprise. Cette sauvagerie se profilant sous le rouge à lèvres, cette bêtise affublée d’un décolletée trop ouvert , tout ce bazar d’ émotions, cette sensiblerie drapée dans le coton le lin la soie le cuir des escarpins.

Accroché à son agenda comme à un mat l’homme se tient bien calé sur son siège, dos bien droit. Dans son esprit des images flottent où se mêlent héros grecs, samouraïs nippons le tout sur un air wagnérien évidemment.

La chevauchée des Walkyries, une magnification des puissances obscures de l’utérus.

Lorsqu’il pense à toute cette journée qu’il lui faudra traverser comme un océan l’écœurement se lève.

Il se lève et marche jusqu’à la machine à café. La sienne. Pour ne pas avoir surtout à se rendre à l’autre, collective.

Le liquide noir dans la tasse blanche lui rappelle Talleyrand:

Noir comme le diable Chaud comme l’enfer Pur comme un ange Doux comme l’amour.

C’était marqué quelque part dans son enfance sur un pot, comme un message, une prophétie.

Un dégout de le boire sans sucre auquel lentement le palais s’habitue pour au final décider d’un plaisir, d’une satisfaction.

Peut-être que le café est un peu comme l’hystérie. Au début on a du mal et peut-être qu’à la fin on finira par y prendre gout.

Il note café et hystérie 9h05.

Puis l’homme s’enfonce encore un peu plus loin dans le travail. Désormais il s’acharne à créer des formules de plus en plus complexes sur son tableur pour -espère t’il – gagner encore plus chaque jour en efficacité.

Tout ce qui résonne

Je farfouille à l’arrière de la Dacia Logan break en reprenant mon souffle. Je viens d’accrocher 48 toiles qui seront exposées pendant un mois au centre culturel de Valloire, Savoie, France. Et plus une seule clope.

Faut que je me raisonne. Après une pénible vérification effectuée, l’unique tabac du coin n’est ouvert que trois demies journées par semaine et je suis arrivé le mauvais jour.

Cela m’avait effleuré l’esprit en quittant Saint-Jean de Maurienne. Mais il faudrait s’engager dans le centre-ville, se garer, voir la foule sous 35° en cette fin de matinée, avec en prime le risque d’un marché … la flemme.

J’avais hâte d’arriver en altitude, doubler le col du Télégraphe et acheter mon paquet de 30, peinard comme je me l’imaginais dans un petit boui-boui bucolique.

Raté.

Du coup je tapais à tire-larigot dans les plaquettes de gomme à mâcher. Je devais en être au moins à la dixième en une heure et je me sentais entre excité et fébrile. Pas à prendre avec des pincettes.

Je ressors le nez de la Dacia et elle est là juste devant moi. Une vieille dame toute fluette à mi chemin entre le phasme et la brindille.

Vous êtes responsable me demande t’elle ?

Juste de moi-même, et encore pas tous les jours je réponds.

Et là vlan en à peine deux minutes elle me déballe tout.

Elle a garé sa voiture à l’ombre sous l’auvent, elle espère ne déranger personne, elle est musicienne, prof dans deux conservatoires, elle est venue pour enfin pouvoir retrouver son âme sœur qui donne un concert dans la neige là haut vers le Galibier.

Quel coffre !

Je ne me rappelle plus du nom du concert ni du concertiste d’ailleurs. Mon attention n’était pas là. J’ai juste recueilli les paroles comme ça.

Cela fait 30ans que je le suis partout, oh mais nous sommes vraiment de très bons amis (gloussement d’aise). Par contre jamais aucun « rapprochement physique », c’est seulement d’âme à âme vous savez, totalement platonique.

Oui on peut le dire je suis une « Fan », une fan fanée ( gloussement de dépit).

Puis comme je me contentais de sourire elle a ajouté je ne sais plus quoi et nous nous sommes séparés comme ça.

J’ai enfin trouvé ce que je cherchais au fond de la bagnole, puis j’ai été numéroter mes toiles sur une feuille volante pour pouvoir envoyer quelque chose de propre au secrétariat par la suite.

Le centre culturel m’a mis à l’honneur vraiment. Une grande affiche qui surgit de temps à autre sur le panneau lumineux entre deux propositions de film. J’ai essayé de faire une photo mais la nuit commençait à tomber et l’écran était tout blanc.

Le lendemain matin en quittant Valloire je me souviens de la photo ratée et je me dis va en faire une autre c’est pas tous les jours que ton travail apparait aussi lumineux.

La vielle dame était dans sa voiture. Visiblement elle a passé la nuit ainsi enroulée dans une couverture.

Je me suis garé un peu à l’écart et je l’ai regardée sortir de son véhicule toute hirsute. En me voyant elle a remis de l’ordre dans ses cheveux et m’a fait un sourire.

J’ai répondu par un petit signe de la main puis j’ai quitté la ville.

En rentrant j’ai cherché sur internet ce fameux concert dans la neige. Cela m’étonne car j’en ai vu vraiment peu de la neige.

Rien trouvé.

Dommage j’aurais préféré que cette petite dame ne soit pas totalement folle comme j’en ai eu aussitôt le pressentiment en la voyant durant la toute première salve de secondes de notre rencontre.

Il y a ainsi des évènements sur lesquels mon attention se porte puis se focalise pour je ne sais quelle raison.

On dirait que ce sont comme des choses qui résonnent au fond de moi sans que je ne puisse les relier à un son original.

Peut-être que je suis probablement aussi cinglé que cette vieille dame finalement.

Peut-être que j’écris ces choses aussi pour tenter de me convaincre du contraire. La vérité c’est que je ne sais pas, c’est comme ça et voilà tout.

Affiche lumineuse Valloire Savoie
Maurienne Patrick Blanchon

Solitude du voir

Il existe une confusion de l’œil dont on ne se rend pas compte, que l’on prend même pour de la clarté tant nous sommes installés à l’intérieur de celle-ci.

Aveuglément nous croyons voir et nous croyons que tous nous voyons les mêmes choses.

Il ne nous vient pas l’idée de nous interroger sur cette confusion tout simplement parce que nous n’en sommes pas conscients.

Notre attention à tout ce qui nous entoure, si elle est personnelle au début de notre vie, se recouvre peu à peu de cette poussière crée par une sorte d’érosion naturelle.

Une poussière produite par les clichés, un frottement -silex contre silex-qui peu à peu comme une pellicule, un nouveau cristallin recouvre l’original.

On ne s’en rend pas compte tant l’obsession d’appartenir à un groupe prend le pas sur cette attention.

Cette obsession de ressembler pour s’assembler produit sur la vision, lorsque nous tentons dans parler, une catastrophe silencieuse.

On se heurte de nombreuses fois à un mur qui , au bout du compte finit par se nommer limite.

La limite est à peu près la même que celle d’un château, d’un village, d’un pays, la limite est aussi une identité qui nous permet à la fois d’identifier le semblable comme soi-même dans nos échanges quotidiens.

Sans cette limite assimilée la vie serait inconfortable. Nous serions pensons nous étrangers les uns aux autres, voire pire étranger à nous-mêmes.

Voilà une bien étonnante notion que celle du familier.

Le familier c’est de l’étrangeté oubliée par l’habitude de regarder sans faire attention à ce que l’on voit.

C’est à l’adolescence que cette notion de familier est remise en question par l’individu. Cependant qu’un phénomène extraordinaire accompagne cette remise en question. Nous rejetons un familier, celui que nous connaissons par la famille, par les limites imposées par celle-ci et qui nous attribue un rôle. Le rôle d’enfant.

La peur et le désir entremêlés de pénétrer dans la communauté des adultes nous obligent à imaginer de nombreux comportements afin de nous différencier de cet état, de ce rôle attribués par la famille.

Nous tentons de nous extirper de l’ennui, de cette relation figée avec le monde qui nous entoure.

Que ce soit en adoptant de nouveaux codes vestimentaires, en recherchant des groupes musicaux particuliers, en utilisant un langage appartenant à la communauté à laquelle nous briguons d’appartenir parce que nous pensons qu’ainsi ce sera plus facile, en étant accompagné dans l’épreuve, dans une solidarité qui se bâtit par le « contre » de parvenir à un « pour » inédit.

C’est la sempiternelle histoire des générations.

C’est ainsi que nous pensons forger notre « personnalité », mais en réalité nous esquissons plutôt les prémisses d’un personnage que nous souhaiterions devenir.

Ce que nous voyons ne devient plus que de l’utile, du nécessaire en accord avec la construction de ce personnage.

Nous ne voulons pas voir autre chose.

Et cet « autre chose » cette vision personnelle qui nous appartient depuis notre naissance s’enfonce doucement dans l’oubli.

Elle ne disparait pas pour autant.

Le narcissisme de l’adolescent en est une résurgence.

Lorsque notre vision essentielle se confond soudain avec notre propre image à la surface des miroirs le risque est grand de se noyer dans celle-ci.

Il est même nécessaire que nous nous y noyons juste ce qu’il faudra pour parvenir à toucher le fond et remonter à la surface transformés soudain par l’asphyxie. Heureux, apaisé de respirer à nouveau, prêt à délaisser cette mise en abîme du Moi pour continuer le chemin vers Soi c’est à dire aussi vers l’Autre.

Ce sont la des rituels de passage très anciens mais dont la mise en scène n’est plus mise en valeur, en « vision » par notre société dite moderne qui les nomme archaïques, ou pire : ridicules.

Ce narcissisme qui autrefois était représenté par un danger à surmonter dans une série d’épreuves plus ou moins manifestes et encadrées par la communauté ne l’est plus.

Les limites de l’adolescence comme du narcissisme sont devenus d’autant plus floues que le système économique et politique dans lequel nous vivons semble avoir besoin de nous maintenir dans cet état infantile.

Attirer notre attention, notre vision, en nous faisant briguer l’appartenance à des groupes factices et éphémères est devenu le mot d’ordre de la société de consommation et des publicitaires qui ne cessent de nous abreuver de clichés.

Que peut donc faire l’individu emprisonné ainsi dans la solitude du consommateur ?

Que peut donc faire l’individu qui a de l’argent et celui qui n’en n’a pas ?

Y a t’il d’autre choix que de sombrer sans relâche dans cette belle image sans jamais devenir adulte ?

Ou bien devenir un consommateur dans un groupe de consommateurs ?

Ce ne sont pas des perspectives réjouissantes pour un adolescent et la révolte, l’envie de tout casser n’est pas très étonnante.

Lorsque je veux me souvenir de cette période je retrouve presque aussitôt la chape de plomb que l’ennui a posé sur mes épaules et qui dura de nombreuses années après ce qu’on peut imaginer l’âge légal du passage à l’adulte.

Mon adolescence dura certainement jusqu’aux abords de la cinquantaine.

Je crois que j’ai du explorer tous les abîmes et les abysses du narcissisme en sautant régulièrement dans ma propre image par dépit de ne rien pouvoir voir que celle-ci d’attrayant à regarder véritablement.

Cette solitude du voir est comme un athanor d’alchimiste, elle n’est qu’un contenant dont le contenu sera chauffé à blanc par le désir, la curiosité, toutes les faims et toutes les soifs.

Un cocon.

C’est la découverte de l’art qui progressivement m’a permis de trouver un point d’appui pour m’extirper des gouffres et remonter peu à peu sur une terre plus ferme.

Cela ne s’est pas fait en une seule fois. Parfois je croyais m’agripper mais la solidité se dissolvait soudain et je ne faisais que retomber encore plus bas.

Mais appréhender ce mystère avait suffit pour me donner le besoin de recommencer inlassablement à m’agripper.

Je suis allé ainsi d’échec en échec, d’aveuglement en éblouissement.

et je me désespérais bien sur avec la même intensité que j’espérais aussi en contre partie.

Je ne savais pas vraiment d’ailleurs pourquoi autant d’espoirs et de désespoirs passaient ainsi par qui j’étais.

Je subissais tout cela dans un aveuglement presque total.

Jusqu’à la cinquantaine où enfin je pu formuler cette question :

Mais pourquoi est ce que cela ne fonctionne pas ?

Comment puis me prendre autrement pour trouver l’apaisement enfin ?

A partir de cet instant les choses s’enchainèrent sans que j’en sois conscient.

Je tombais dans une grave dépression, je démissionnais de mon job et ne sachant pas ce que je pouvais faire de ma vie, j’ai fais le point sur ce que je voulais et ne voulais plus.

Je voulais être heureux et libre c’était les deux mots qui vinrent tout de suite.

alors je me suis mis à chercher les expériences auxquelles je pouvais associer ces deux mots et j’ai vu tout naturellement d’abord ma mère en train de peindre et moi enfant à ses cotés.

Puis je me suis vu moi même en train de peindre lorsque j’étais gamin.

Tout un monde que j’avais totalement oublié a ressurgit soudain.

Et là je me suis frappé le front j’ai poussé un eurêka.

Je vais donner des cours de peinture pour gagner ma vie, et je vais me mettre à peindre plus sérieusement que je ne l’ai jamais fait de ma vie.

Tout cela me rendra heureux et libre !

Facile à dire, un peu moins facile à mettre en œuvre.

Mais ce n’est pas grave le temps qu’il faut une fois qu’on sait ce que l’on veut.

Ce que j’ai découvert encore après cette prise de conscience est d’une richesse incommensurable.

Cette richesse ne sert pas à payer les factures pour autant.

Cette richesse permet de voir est c’est une nourriture inépuisable en même temps qu’elle prodigue une solitude comme jamais je n’en ai eu conscience.

Pour autant cette solitude n’est pas quelque chose de négatif comme souvent j’ai pu la considérer tant que je ne la comprenais pas.

Ce n’est pas une solitude crée par le manque de reconnaissance, par le manque d’amour, par un manque quelconque d’ailleurs.

C’est une solitude qui éclaire toute une vie, et qui me rend transparent si je puis dire. C’est à dire qui me permet de voir au delà des nombreux jugements, au delà des peurs et des espoirs, une réalité que je perçois telle qu’elle est, tout simplement, sur les carrés et les rectangles de papier ou de tissus sur lesquels mes élèves se penchent, sur lesquels l’homme que je suis se penche aussi.

Bien sur il y a des maladresses, bien sur il y a aussi l’excellence. Mais dans cette vision, grâce à la solitude que m’offre cette vision la maladresse et l’excellence ne sont que des mots, je ne vois que la danse, que le mouvement, que la beauté des valeurs, des opposés , des contrastes et toute leur profondeur.

Cette solitude n’enferme pas, tout au contraire elle rend heureux et libre.

Chat vu par Sarah 6 ans

La critique d’art

Je ne sais plus où j’ai lu ça mais comme je ne suis pas critique d’art ni universitaire vous comprendrez mon absence de référence. Et puis si je cherchais à obtenir la moindre crédibilité je m’appliquerais un peu plus. Ce qui n’est pas le propos. Je voulais dire que la critique d’art est un peu dans la mouise. Ce qui me fait penser à ça c’est la grande solitude de ce type bien mis qui tentait de parler de je ne sais plus quel peintre ( excusez me rappelle plus non plus )

La salle était presque vide à part un SDF qui avait trouvé refuge là pour se reposer, deux ou trois dames bien peignées, un employé de bureau et moi-même, toujours perdu dans mon errance.

Le type en question était critique d’art c’était noté sur l’affichette. J’étais en pleine velléité de me goinfrer de connaissances cet hiver là. C’était probablement pour cette raison que j’étais rentré.

Et au moment où j’ai commencé à éprouver un petit début de compassion pour lui, j’ai bien peur d’avoir été soudain diverti dans mon élan par une sieste inopinée, un peu comme lorsque j’ouvre la télé.

Il faut dire qu’il avait tout bien fait pour je sombre dans les bras de Morphée. Il avait apparemment une telle trouille de donner son avis personnel, subjectif comme on dit, qu’il n’arrêtait pas de s’entourer de références, à l’histoire, aux différents mouvements picturaux, avec des noms , des dates et des lieux sur lesquels il enchainait moult digressions. Le truc soporifique à souhait.

Les dames bien peignées avaient l’air de boire ses paroles comme du petit lait. Avaient l’air mais ce n’était qu’apparence car l’une après l’autre j’ai bien vu qu’elles roupillaient les yeux ouverts.

Le type n’avait rien d’un symbole sexuel.

On aurait bien dit que tous nous nous étions fourvoyés de concert.

Le seul qui était vraiment là pour quelque chose c’était le clodo qui ne ménageait pas ses ronflements ce qui donnait à l’atmosphère quelque chose d’irréel je peux vous le dire.

Une fois mon petit somme terminé et après avoir quitté la salle en catimini je suis allé m’installer dans un café pour réfléchir à ce qui venait de se passer.

Je me suis dit que la critique d’art était certainement dans une putain de mauvaise passe.

Du coup en revenant chez moi j’ai tapé sur Google, faut bien se défouler un peu, et je lui ai demandé quelques mots clefs comme par exemple histoire de la critique d’art parce que je ne voulais pas rester sur une mauvaise impression.

Je vous passe les détails, les références, inintéressantes à souhait si vous êtes venu là pour vous détendre.

On pourrait diviser la critique d’art en trois genres approximativement.

Celle subjective, généralement rédigée par des écrivains en devenir qui cherchent à gagner leur croute tout en jouant des coudes pour se faire connaitre.

Celle scientifique où la référence est reine, et vis à vis de laquelle si on n’est pas soi-même un érudit on ne pigera pas grand chose.

Et puis celle journalistique, établie par les folliculaires de tout acabit qui jonglent entre les élections municipales , les faits divers, les kermesses et les chiens et chats écrasés. Ceux là non plus ne sont pas érudits pour deux ronds et ça ne les intéresse pas de le devenir non plus.

Ils veulent juste noircir du papier pour être payés et que l’on continue à faire appel à eux pour couvrir des expositions de village, de quartier , ce qui leur permet en outre d’assister à des pinces-fesses, des mondanités tout en sifflant quelques verres et en se bourrant de petits fours.

Cela fait plusieurs fois que je tourne autour du pot. Ecrire sur des peintres. J’y suis même parvenu. Quelques textes à peine. Avec beaucoup de difficultés en amont je dois bien l’avouer car je me pose à chaque fois la question du pourquoi.

Pourquoi écrire sur un peintre moi qui ne suis en aucun cas qualifié pour le faire. Je ne suis pas critique d’art. Personne ne me paiera pour le faire non plus alors pourquoi ?

Pour faire comme Baudelaire, me faire connaitre ? Bof j’y ai réfléchi j’ai passé l’âge.

Pour me faire des potes ? bof ça non plus ce n’est pas suffisant à mon avis.

Je dirais que ce sont plus de petits exercices que je me donne comme je donne des exercices de peinture à mes élèves.

D’ailleurs je le dis, je le répète à tout bout de champs. Ne faites pas des œuvres d’art ce n’est pas le but ici , vous êtes là pour faire des exercices détendez vous donc.

Pour le plaisir de savoir si je peux y arriver. Une sorte de petit challenge que je me donne. Evidemment pas n’importe quel peintre. Il faut que j’éprouve un minimum d’empathie. Que je parvienne à pénétrer dans la peinture et que celle ci m’apporte quelque chose. C’est tout à fait égoïste avant tout.

Cette lubie comme bon nombre dans lesquelles j’ai plongé offre toujours un second effet comme les bonbons kisscool.

Cela me permet de mettre un peu d’ordre dans le capharnaüm de mes idées sur la peinture, de m’approcher un peu plus d’une clarté au fur et à mesure que je tente de mettre la confusion en mots.

Ce faisant parlant d’un autre peintre je ne parle évidemment que de moi sans que je ne le sache au préalable. C’est une sorte de diversion qui passe par l’autre pour me ramener à moi-même, ou plutôt à la peinture. A ma façon de considérer la peinture.

Cela me fait réfléchir au pourquoi comme toujours.

On devrait apprendre ça à l’école des le plus jeune âge. J’imagine que l’on gagnerait un temps fou à se poser d’emblée des questions sur ce fameux pourquoi.

Possible que justement on ne nous l’enseigne pas à bon ou mauvais escient.

Si les gens passaient du temps avant toute action à se demander pourquoi ils veulent la faire, il se passerait sans doute beaucoup moins de choses.

Et puis aussi partir avec une idée claire de ce que l’on désire n’est pas du tout un gage de réussite, cela signifie que l’on écarte d’emblée les aléas. Or ce sont souvent les aléas, les accidents qui créent la saveur et l’amertume de l’existence.

Enfin c’est que j’ai découvert, c’est la poésie qui me convient.

Peut-être que ce n’est pas anodin que ce soit justement des poètes, des écrivains que j’aime lire lorsqu’ils parlent de peinture et de peintres.

Pour la poésie tout simplement.

Baudelaire critique d’art

La scalabilité

La fin d’un paradigme

Tant d’efforts pour si peu de chose, c’est cette réflexion qui me vient hier après-midi en me rendant à la MJC où je donne des cours de peinture.

Du coup me voici totalement imperméable à France culture et j’éteins la radio. On ne peut pas dire qu’il fasse mauvais, on ne peut pas dire non plus qu’il fasse beau. C’est entre les deux, un peu comme mon état d’esprit du moment.

Cela revient régulièrement, il n’y a pas au moins une ou deux fois dans la semaine où je ne me pose cette question qui fâche :

A quoi bon tout ça ?

Est-ce que je ne suis pas totalement crétin de conduire ma barque comme je le fais depuis des années ? Est ce que ce n’est pas totalement prétentieux, ou orgueilleux de me ficher comme je le fais de la rentabilité en ne misant que sur l’autonomie et le plaisir d’exercer ce métier formidable d’être artiste-peintre et d’enseigner la peinture… ?

C’est que j’ai une excellente mémoire et ce n’est certainement pas un avantage dans les circonstances actuelles.

Avec ce déconfinement je remarque une certaine lourdeur qui s’installe paradoxalement au plaisir que l’on est en droit de savourer après tous ces mois d’enfermement.

Si aller s’installer en terrasse pour savourer un café suffisait ce serait magnifique.

Mais pour tout dire je ne mets plus les pieds dans les cafés depuis belle lurette. Et ce n’est pas ce déconfinement qui va me pousser par une sorte d’effet de mode à m’y rendre tout à coup.

Je dirais que je me sens un peu plus vétéran que d’ordinaire. Comme si j’avais échappé par chance au pire ces derniers mois.

Bien sur c’est satisfaisant, mais vous connaissez l’esprit humain comme moi, on ne se satisfait longtemps d’une seule chose, il faut toujours plus.

Du coup je gamberge.

Du coup je fouine un peu partout comme le font les rats de laboratoire qui cherchent une issue dans le labyrinthe que leur confectionnent les laborantins malicieux.

Ce que me dit ma mémoire c’est qu’on ne peut plus continuer comme avant. Qu’il faut changer son fusil d’épaule afin de s’engouffrer dans ce que je perçois comme un nouveau paradigme.

Une nouvelle guerre se prépare encore qui décimera une sacrée partie de la population ébaubie par la joie du déconfinement sans même qu’elle ne voit venir la balle, l’obus qui la frappera de plein fouet.

Cette partie de la population qui croit encore en la valeur de l’effort, de l’endurance, de la régularité et des « méthodes » pour exercer un travail.

A vrai dire cette mentalité tend de plus à disparaitre depuis des années sans même qu’on s’en rende vraiment compte.

Ne sommes nous pas depuis une bonne vingtaine d’années déjà les témoins de la fin d’un paradigme ? N’en suis je pas aussi l’un des initiateurs du nouveau modèle en train de naitre ? La scalabilité c’est à peu près ce que la révolution industrielle fut. C’est ce qui nous pend au nez comme un sifflet de deux ronds.

La faille des méthodes.

To scale est un mot qui doit, d’après mes faibles connaissances dans la langue de Shakespeare faire référence à la notion d’échelle. C’est une capacité à s’adapter sans perdre en rentabilité, à une modification importante de la demande. Ce terme de scalabilité provient à l’origine du vocabulaire des informaticiens, des développeurs qui planchent sur leurs applications afin de les améliorer sans cesse. On parler de « scaler » une appli, c’est à dire de pouvoir ajouter des ressources, des options supplémentaires en étudiant les retours d’expérience des utilisateurs. Evidemment pour que cette application soit plus conviviale, plus pratique, qu’elle réponde de mieux en mieux à un contexte et qu’elle offre ainsi un « meilleur confort utilisateur » selon la sacro sainte formule de Google.

Ce meilleur confort utilisateur je m’en suis souvent moqué personnellement parce que cette locution remontait par tombereaux des sensations éprouvées à la lecture d’ Huxley dans le « Meilleur des mondes » et d’ Orwell dans « 1984 »

J’étais resté un tantinet bloqué sur la conséquence perturbante de « Big brother is watching you ».

Qu’il me regarde tant qu’il le désire je sais désormais que tout le monde ne voit que ce qu’il veut et qu’au bout du compte nul ne voit vraiment grand chose.

Donc je suis d’une génération qui croit à la valeur du travail parce que celui-ci fonde une identité tout simplement.

D’ailleurs toutes les personnes qui ont mon âge lorsqu’elles se rencontrent n’ont qu’une question qui leur brule les lèvres c’est le fameux : tu fais quoi dans la vie ?

ça c’était avant.

Pour moi en tous cas c’était au temps d’Hérode.

Victime d’un burn out, ou responsable plutôt de celui ci ce serait plus juste de le dire, au début de ce siècle, j’ai découvert qu’il était possible d’avoir une identité qui ne passait pas par ce que l’on fait dans la vie.

Ca secoue un peu au départ, mais on fini par s’y faire assez bien.

Pourtant lorsque j’examine cette première partie de ma vie je remarque quelque chose c’est mon décalage par rapport à une époque, une sorte de précocité, non seulement à fabriquer des méthodes pour à peu près tout dans la vie, que ce soit en matière de travail, de loisir, de bouffe et de sexe.

Je suis un pur produit de la notion de méthode. Sauf que j’en changeais régulièrement parce que je déteste m’ennuyer.

Ce qui ne convient évidemment pas à un système qui fabrique de la méthode pour être peinard vous en conviendrez aisément.

Je crois que le summum ce fut la mise en place des normes Iso dans les années 90. vous savez le fameux « écrivez ce que vous faites et faites ce que vous avez écrit. » A cette époque là j’ai vu la folie envahir le monde de l’entreprise. Tout le monde s’est mis à courir encore plus vite et à brasser de l’air. C’était en gros le fruit de la fameuse méthode perceptible comme on perçoit la face émergée d’un iceberg que l’on ne va pas tarder à percuter.

Avec cela l’excitation totalement irrationnelle des vieillards de Miami Beach en train de baver, et de faire des bulles en apercevant la courbe croissante de leurs dividendes. Avec cela une déshumanisation à peu près générale et radicale s’opérant paradoxalement avec l’accroissement des embauches de femmes dans le secteur du tertiaire.

Sans vouloir à tout prix montrer mon machisme congénital, essayez de travailler dans une entreprise où les femmes sont à des postes clefs, en tant qu’homme vous verrez vos couilles se ratatiner aussi surement que si vous restiez plongés dans une baignoire toute une journée.

C’est que le vice dans le management féminin frôle le grand art et ma foi on ne pourra guère leur jeter vraiment des cailloux étant donné que c’est en grande partie à cause de nous, les mecs roulant des mécaniques, les machos, les petits enfoirés crêtus et couillards qui oscillons sans relâche entre la maman et la putain et qui avons depuis le début organisé cette enculade mirifique.

Tout est sexuel surtout là où ce n’est pas sensé l’être.

Donc la méthode c’est bien, c’est une sorte de Graal mais lorsque les femmes s’en mêlent nous les mecs on n’y comprends plus rien.

La vérité c’est qu’elles sont bien plus efficaces que nous mais ça il faut au moins être armé d’un dégorgeoir de pêcheur pour parvenir à se l’avouer…

En fait je crois que la scalabilité est une qualité typiquement féminine au départ. Ce n’est pas étonnant vu le nombre de choses que nous leur avons laissées prendre en charge.

La bouffe, le ménage, les aller retours entre l’école et la maison, gérer les budgets divers, surveiller les niveaux d’eau et d’huile de la bagnole etc etc.

La liste n’est évidemment pas exhaustive.

Je caricature un peu parce que les mecs s’occupent généralement des niveaux, enfin c’est ce qu’ils veulent faire croire comme de s’intéresser au football lorsqu’ils sont entre couilles.

A partir du moment où vous vous appuyez sur une méthode vous oubliez le but pour lequel cette méthode existe. C’est ce que je tente de dire.

La méthode est une sorte de pendule que l’on promène devant le regard de celle ou celui que l’on cherche à hypnotiser ou plutôt qui cherche à s’hypnotiser tout seul. C’est à dire à fuir cet instant tellement désagréable d’avoir à faire quelque chose de totalement con, d’épuisant, d’éreintant : travailler.

Et puis le cerveau s’endort une fois qu’on est bien au chaud dans une méthode comme dans une couette.

Moi j’ai de la chance et je crie vive l’ennui !

C’est grâce à l’ennui que j’ai pu expérimenter tout un tas de méthodes, me mettre en marge de La Méthode pour en créer d’autres comme des escarmouches, des actes de résistance.

Le seul but qui m’en aura fait inventer de si nombreuses : ne pas m’ennuyer au travail et ne pas voir le temps passer tout en faisant le job et ce quelque soit la masse de boulot qu’on me flanquait sur les épaules.

L’effet pervers c’est que plus vous être habile à créer des raccourcis, des méthodes inédites, plus on vous on flanquera sur le dos et en plus on se méfiera énormément de vous.

Retour au bac à sable en gros.

En 2008 Barack Obama remporte les élections il dit « Yes we can ! » et je pense au vieux Jars de Niels Olgersson.

Ce n’était pas rien à l’époque d’être américain et de voir arriver un métis au pouvoir, cependant que bon nombre de personnes notamment les fameux « grands électeurs » préférèrent placer un black au pouvoir plutôt qu’Hillary Clinton.

Ce « yes we can » je ne sais pas si vous vous en souvenez, était une sacrée trouvaille marketing.

Dans le fond des choses j’imagine que beaucoup de personnes savaient que rien ne changerait vraiment mais le slogan pouvait laisser imaginer que le changement était une possibilité, et faisait référence à cet espoir logé en chacun de nous qu’on puisse lutter encore contre la fatalité et l’apparence définitive des choses, que l’on nomme le confort pour s’en rassurer.

A partir du moment où un pays tel que les Etats-Unis pouvait placer un noir à la présidence on n’était pas loin d’imaginer que tout, absolument tout deviendrait enfin possible. Et en fait en réalité tout l’est.

Le mariage homosexuel, la PMA, le rabbinat pour les femmes, changer de sexe, cloner des brebis, arrêter de fumer grâce à l’auriculothérapie etc.

C’est d’ailleurs à cette époque que j’ai pété un plomb et que je suis resté terré au fond de mon lit incapable de me rendre à mon boulot.

Tout était tellement possible même le fait de s’interroger sur sa propre existence que l’on pouvait bien alors déclarer d’un coup ça suffit.

Babyboomer comme moi Barack Obama s’est retrouvé le vecteur d’un espoir de changement avec un slogan qui devait provenir du fond le plus archaïque de l’espèce.

Le « yes we can » est d’une ambiguïté merveilleuse car il s’appuie à la fois sur John Wayne héros emblématique de l’Amérique pour qui rien n’est impossible à condition qu’on n’ait pas peur de la bagarre, qu’on sache boire un litre de Whisky sans ciller, et flanquer une torgniole à Maureen O’hara si elle la ramène un peu trop et qui visiblement n’attend que ça.

Genre l’aspect viril qu’on espère chez tout président, chez tout chef.

Et en même temps cette élégance quasi féline, cet art consommé de la mastication associé à un humour de potache le rendant facétieux, forcément génial du fait d’être arrivé là alors que rien ne l’aurait dit.

Une sorte de messie black si l’on veut qui allait extirper le monde via Mac Do, Nike et Coca Cola de son marasme après avoir dit basta à la guerre d’Irak que ce petit roquet de Bush avait programmée pour se faire mousser.

Les chiens font toujours des chats qui apprennent à remuer la queue comme des chiens.

Si la génération précédente, était celle qui avait produit De Gaulle, Jean Gabin, Ventura, mes parents, et mai 1968, la mienne n’aura pas produit grand chose à part beaucoup de vent. Les babyboomers auront surtout passé leur vie les doigts de pieds en éventail, à se dorer la pilule devant l’écran bleu des télés leur attention happée par toutes les nouveautés qu’une frange minime d’individus auront produit pour capter leur attention.

C’est à dire que c’est presque mathématique. Une génération connait la guerre et celle qui suit profite de ses bienfaits tout en oubliant un certain nombre de valeurs, glissant vers la décadence.

Les chiens ne font pas des chiens spontanément. Il faut que le chat apprenne à remuer la queue, à avoir l’air d’un chien. Ensuite chacun choisira son camp.

Ce qui est dingue c’est la génération de trentenaires qui prônent des méthodes en pagaille pour travailler moins et devenir plus riche en étant plus malin.

Je reçois une bonne dizaine de mails chaque jour dans ma boite à lettres qui me proposent des méthodes infaillibles pour ne plus me prendre la tête et voir des poulets grillés tomber des cieux.

Et chacun de renchérir sur le voisin avec des mots clefs appropriés, des tagues comme « jamais vu », « nouveau »  » « comment devenir con lorsqu’on souffre d’être trop intelligent ».

Et évidemment je ne compte plus le nombre de fois où l’on parle de scaler son businesse

Au bout du compte cela devient un brouhaha global et peu de choses se distingue véritablement.

Et là je prends l’Ipad j’ouvre l’appli Youtube et je regarde d’un oeil bovin à un feu rouge le fil d’actualité.

Oussama Ammar gonflé à l’hélium

J’aime bien ce gars, il possède un talent extraordinaire de conteur. Sauf que son sujet c’est le business pas Blanche Neige et les sept nains. Je l’ai écouté de nombreuses fois en analysant son discours ou parfois en ne l’analysant pas, me laissant simplement porter par les histoires qu’il raconte.

sans doute le fait qu’il soit libanais d’origine, que sa vie soit chaotique comme la mienne au départ, il fait un détour par Kinshasa pour aller échouer en Indre et Loire, et qu’à 12 ans il crée sa première boite tout cela suffit pour que je le considère fascinant.

En 2008 Il cofonde la société Hypios qui propose des résolutions de problèmes en ligne notamment dans le secteur du R&D ( recherche et développement) à des entrepreneurs. Société dont il se fera virer en 2011…

On sent chez ce type une capacité de résilience phénoménale dont il a su tirer partie pour faire du fric ce qui après tout n’est pas plus critiquable que dans mon cas faire de la peinture.

anyone can scale voilà la vidéo sur laquelle je suis tombé tout à coup et j’ai augmenté soudain le volume quasi machinalement.

Bon évidemment c’est une promo pour une formation que « koudetat » – la chaine Youtube- propose à des boites vendant du service et qui s’imaginent ne pas pouvoir scaler leur activité.

Du coup ça se scale ou pas un artiste peintre ?

J’ai pensé à ça sur le chemin du retour, la nuit commençait à tomber, j’ai mis les codes et j’ai roulé sans radio, sans YouTube, sans musique.

Je me suis redemandé encore une fois pour quelles raisons j’ai toute ma vie durant fait autant d’efforts tout azimuts pour si peu de choses, c’est à dire pour me retrouver à toujours galérer à joindre les deux bouts chaque fin de mois.

Je me suis pincé.

J’ai fait du bruit avec ma bouche un grand broooooouuuuuuu dans la cabine en hurlant soudain nooooon !

J’ai pensé à Titanic un brin quand Léonardo ouvre grand les bras en disant nous sommes les rois du monde un peu avant de sombrer sur un air de Céline Dion.

Y avait du pour et du contre, il y a toujours du pour et du contre c’est ça la difficulté, celle de choisir.

J’ai dit j’ai choisi

Un jour je me suis dit que je voulais tout simplement être heureux de faire quelque chose qui ne m’emmerde pas de mes journées.

ça j’y suis arrivé.

Et c’est un pas énorme par rapport à toutes les années vécues sur cette planète où j’en aurais bavé des ronds de chapeau.

D’une certaine manière j’en connais un rayon moi aussi sur la scalabilité, à ma façon , vous aussi certainement si vous prenez quelques minutes pour y penser. C’est certainement l’époque qui veut ça…

Tout le blabla ambiant comme mes pensées s’étaient enfin apaisées en arrivant chez moi.

J’ai diné d’un bol de soupe et je me suis dit que c’était le meilleur moment pour me remettre à la lecture de Factutum de Bukowski plutôt que de me servir un Whisky.

J’ai du lire quelques pages, le nécessaire en fait pour m’engourdir un bon coup et sombrer dans les bras de Morphée.

Moi-Crapaud, Moi-peau.

Vise la tronche de cette bestiole,

ce crapaud et penche-toi, embrasse la !

Alors le miracle adviendra

Une peau commune se tissera

L’horrible deviendra charmant.

Et si c’est un désert, s’il n’y a rien

qu’une nostalgie agaçante, éreintante,

Si aucune enveloppe précise chérie ou honnie

ne te permet d’être contenu ?

Qu’adviendra t’il alors ?

Ton moi ma chair, ta peau s’étendront

à l’infini de ce désert sais tu

Nous deux seront désert déserté de tout plein

Un grand vide.

On s’habitue au désert comme on s’habitue à tout.

A la morsure des soleils

A la soif ce tigre blanc à dompter

malgré soi.

A la faim. A toutes les faims enfin.

Jusque dans les rêves ce vide s’étendra

dans l’évanescence des corps dissous

Tout se diluera

S’emmêlera en clameur, en impression

de chaleur de douceur

de chaleur et d’odeur

de chaleur et de plaisir

de chaleur en honneur

que l’on projettera étoile

dans le vaste ciel noir

d’une question sans réponse.

ça nous fera marcher

ça nous fera penser

ça nous fera pleurer

Et rire un peu aussi

la peau notre propre peau à essorer

deviendra si dure et toute froissée,

facile à tacher à signer

un parchemin où sont gravés l’espoir la déception

l’envie et la satiété

comme des lettres s’entremêlant sur un palimpseste.

Disparaissant ressurgissant

suivant la nuit suivant le rêve.

vise la tronche de cette bestiole,

ce crapaud penche toi et embrasse la

Alors le miracle adviendra

le mirage disparaitra

l’oasis jaillira

Tu croasseras

tu parleras

tu écriras

Tu sculpteras

et tu vivras.

Et tu diras tout bas

Moi crapaud Moi-peau

j’ai navigué de l’horreur à la splendeur

je me suis recroquevillé puis écarquillé

comme un regard

jusqu’aux étoiles.

je cherchais une enveloppe

pour offrir mon désir fou

n’importe laquelle

une grenouille verte un crapaud roux.

Je sais désormais faire avec

la mer et ses varechs

Mon masque et mon tuba les palmes

Mes palmes de palmipède

Je nage vers les lumières

tout au loin des abysses des profondeurs

j’ai trouvé place dans le tohu bohu

je ne me mire plus dans aucune glace

mon cœur s’est enfin arrété là

exactement à la peau.

Au delà gisent toutes les nostalgies

les bonbons salés les coussins péteurs

Les iles flottantes

et les vains trépignements.

J’ai des pensées de crapaud

et rien de ce qui me constitue

n’excède la frontière de la peau.

Moi-Crapaud, Moi-peau.

Encre sur papier

L’œuvre et l’artiste

Hier je me rends chez le médecin pour un petit souci et la consultation ne dure que 5 minutes. Aux murs de son cabinet des toiles magnifiques. Il m’apprend que c’est lui qui peint, et sa joie quasi enfantine d’avoir vendu sa première toile. Lorsqu’il m’examinait quelques instants plus tôt j’avais été frappé par la fatigue que je lisais dans son regard, un œil voilé comme en ont les personnes malades du foie, les alcooliques. Et soudain nous parlons peinture et les traits de son visage se métamorphosent. Vraiment joyeux. J’attends la retraite et là je m’y mets à fond me dit-il.

Il me dit qu’il a un compte Instagram et que ça ne marche pas bien fort, du coup je lui donne quelques conseils et le soir je repense à notre conversation je vais voir ce fameux compte. Il poste ses peintures avec quelques mots clefs et presque jamais de légende.

Du coup je repense à cela ce matin et au texte que je viens d’écrire sur l’artiste-peintre Christophe Houllier, je m’interroge.

Je crois que cela devient de plus en plus une évidence que le public ne peut se satisfaire uniquement de voir des œuvres. Il faut que l’artiste donne de lui-même. Qu’il parle de lui, de son travail, des hauts et des bas qu’il rencontre sur son trajet. En un mot qu’il communique afin de trouver son public.

Il y a encore beaucoup d’artistes qui ne le font pas ou le font mal. Moi-même je ne peux pas vraiment dire que je sois un expert en la matière.

D’un autre coté je ne souhaite pas non plus devenir cette sorte d’expert non plus. Je ne me formerais pas au copywriting afin d’acquérir tout un attirail de pèche pour hameçonner le chaland. Et ça me fait réfléchir aussi à la façon dont il est possible de communiquer sur son travail, sur la réflexion nécessaire à mener pour ce faire.

Cela demande un sacré travail déjà pour mettre en place les outils basiques : un site internet, une page sur les réseaux sociaux mais avec un peu d’acharnement et beaucoup de tutoriels il est assez simple d’y parvenir.

C’est autre chose de penser à son image, à cette image que l’on veut donner de soi à un public. Je crois qu’en art plus que dans n’importe quel domaine cette image ne doit absolument pas être factice, frelatée.

Il y a eut des précédents où l’on voit qu’il s’agit plus d’un personnage inventé de toutes pièces par l’homme pour propulser l’artiste. Je pense à Gainsbourg, à Dali, Blaise Cendrars, Picasso. En créant un personnage ils posent une sorte de barrière sur laquelle bute l’attention et celle-ci finit par s’y focaliser la plupart du temps. Cela suffira à la plupart des gens pour se satisfaire et ainsi joindre les deux images, celle de l’œuvre et de l’artiste.

C’est une sorte d’emballage, du packaging de haute volée parfois.

D’un autre coté si l’on communique naïvement avec ses tripes et son cœur, le risque est grand d’être considéré comme naïf, sympathique et neuneu tout à la fois. C’est à dire que la sincérité que l’on croit importante pour dire est presque toujours transformée en autre chose. La plupart des gens se disant lucides ont peine à y croire. Et du coup au lieu d’être le maître de sa propre image comme dans la stratégie précédente, l’artiste est victime en quelque sorte d’une image que peu à peu construit son public.

Oh lui c’est un artiste il est ravi.

D’où parfois les cris les pleurs et les grincements de dents.

Surtout si on attend quoique ce soit du public.

La position la plus confortable est de ne rien attendre de personne mais de faire le job malgré tout.

La priorité est de peindre et de faire tourner l’atelier pour les cours me concernant et j’ai presque instinctivement décliné les propositions de galeries, de salons, d’expositions un peu trop pompeuses afin d’échapper à la kyrielle d’ennuis principalement les mondanités qui s’y attachent dans mon esprit.

J’ai choisi naïvement d’être « authentique » et ce blog participe très largement à cet effort d’authenticité.

Cependant on peut se dire authentique, y croire et s’apercevoir au bout du compte qu’il ne s’agit que d’une fiction que l’on se raconte à soi-même.

Toujours ce fameux phénomène de recul cher au peintre.

C’est qu’il y a l’authenticité que l’on nous vend à tour de bras et puis l’autre dont on ne parle guère.

Il faut traverser la fiction de la première pour découvrir avec stupeur la seconde. Et mesurer à nouveau la montagne qui se dresse devant soi.

Une des solutions que j’ai trouvées pour pallier cette difficulté de l’authenticité c’est d’essayer de ne rien censurer sur ce blog par exemple partant du postulat que de toutes façons tout n’était que fiction, surtout la fameuse authenticité.

Même si je mets tout mon cœur, toute mon âme comme on dit parfois à rédiger un texte je sais d’avance que je me leurre en bonne partie sur ces notions. Cependant je le fais malgré tout. Pour voir jusqu’où ça peut aller dans la folie, dans la bêtise, dans le subterfuge, dans l’artifice que je ne suis absolument pas en mesure de voir au moment même ou je m’y engage.

Je crois qu’il y a autant d’efforts à faire pour écrire, pour communiquer, pour livrer cette fameuse image de soi au public qu’il en faut pour parvenir à devenir peintre. Les deux sont étroitement liés dans mon esprit aujourd’hui.

Il se peut même que ces deux actions à mener de front se nourrissent l’une l’autre et permettent ainsi d’évoluer.

Dans le fond cela pose à nouveau l’idée d’une limite raisonnable si je puis dire entre ce qui peut intéresser le public et ce qui intéresse l’artiste de livrer sur lui-même.

Les trois quart des choses que l’on imagine importantes pour soi n’intéressent que très peu le public finalement mise à part les voyeurs, les critiques d’art éventuels, les chercheurs.

Il faut faire des tests innombrables pour en être certain.

Amis artistes j’ai testé pour vous ! Sur les centaines de textes écrits durant ces presque 3 ans de blogging je n’ai fédéré qu’une petite audience et chacun de mes textes ne dépasse que très rarement les 5 ou 6 likes.

Mais ce n’était pas un but en soi d’avoir une foule de groupies, de fans de followers. Ce qui était important c’était de comprendre cette notion d’authenticité qui me bassine depuis des années. C’était de parvenir aussi à faire la part des choses entre ce qui m’intéresse moi et ce qui intéresse les autres dans le domaine de la peinture.

En fait on ne retient que peu de choses de l’ œuvre d’un artiste. Quelques pièces sur des milliers. C’est tout ce dont se rappellera le public. Ce n’est ni bien ni mal c’est comme ça.

La satisfaction du peintre ne peut venir que de sa peinture et de ce qu’elle lui apprend sur lui, sur qui il est vraiment.

c’est déjà un luxe inoui.

ça ne résout pas cependant le problème du repas.

Il faut vendre.

Dans ce domaine on est souvent tenté de vouloir réinventer la roue. On se voudrait original, différent des autres, parfois méprisant lorsqu’on détecte les stratégies cousues de fil blanc, lorsqu’on se dit :il ou elle y va fort de se mettre presque à poil devant son tableau. C’est que ‘l’idée d’avoir absolument à se démarquer est tellement forte qu’elle en devient une obsession.

On en revient.

Il est nécessaire d’en revenir pour passer au niveau d’après, retrouver des vies, et un bonus non négligeable qui est cette sérénité, ce calme face à toutes les observations que l’on pourrait nous faire sur l’œuvre, comme sur nous mêmes.

Comprendre ce que les gens perçoivent de tout ça est fascinant. Ce sont tout autant des fictions qu’ils s’inventent que nous le faisons nous mêmes.

Il y a une grande différence cependant entre la fiction et le mot que j’ai pris soin de garder pour la fin , le mensonge.

La différence c’est que la fiction aide à mieux comprendre ce que l’on appelle la vérité en tant qu’absence autour de laquelle on tourne de plus en plus étroitement sans pour autant l’atteindre jamais.

Huile sur toile ( détail ) Patrick Blanchon 2019

Visages de femmes

Ce ne sont pas des images maternelles, ni des saintes ou alors genre icônes tellement peu orthodoxes , les visages féminins que j’ai retenus de ce voyage de l’œil dans la pénombre. Ce ne sont pas des femmes « biens sous tous rapports » en tous cas pas en apparence. Leurs corps de géantes, leurs chevelures serpentines, leur pubis ombreux et leurs seins lourds frôlent l’idée de la maman le plus brièvement possible afin de vite aller se loger directement dans celle de la putain. Oui mais une putain magistrale aux allures de Terre mère qui, en échange de quelques menue monnaie enfile toute la panoplie de la femme sans les inconvénients ce qui en plus d’être pratique n’est pas rien. On peut la labourer en l’insultant, raconter ses déboires conjugaux par le menu, râler, gueuler, invectiver, pleurer sur son giron les jours de tristesse, on peut jouer à l’amour aussi parfois à doux coups de langoureux baisers car le courant peut bien passer pendant qu’on y est , dans le partage de la déveine, l’idée d’un rapprochement, d’une intimité voire d’une tendresse.

On n’est pas putain sans être un peu nonne malgré tout, les petits julots le savent très bien. De la porte Saint-Denis jusqu’à la rue Quincampoix , dans l’embrasure des portes, sous la pluie fine de mars ou la neige fondue de décembre , et même l’été: fidèles gardiennes des rêves de torpeur , de noirceur , d’humide et de poisseux, îles accueillant les naufragés toujours très solitaires et parfois lâches, et souvent lâches. Sans oublier les lâches désespérés de tout qui y vont pour rien. Ceux là sont encore pires qui paient pour s’asseoir 5 minutes afin d’avoir l’air d’être en famille un instant, l’illusion ne dure guère qu’il faille déjà repartir dans la nuit écœuré de stupeur.

A la Madeleine, la présence de Fauchon rendait la bandaison plus smart cependant que les hôtels miteux dans les rues adjacentes prodiguaient du yoyo à cet élan vers le chic. Ici des asiatiques tatouées aiguisées comme des scalpels vous taillent des pipes sonorisées en vous offrant du thé. Tandis qu’évanescente la fille d’hyperborée longue , sèche, et brutale vous dévore sous son joli masque de poupée Barbie, c’est juste la porte à coté

Et puis il y a les bois dans la périphérie de la ville, ceux de Vincennes, de Boulogne Et bien d’autres encore. Prés de la place Dauphine et la fac d’Assas , dans les recoins campent les branleurs.

Les bagnoles de luxe passent lentement et au travers des vitres embuées on devine un agacement de mamelles, des turgescences de bites et des bouches en apnée. Alors comme des mouches à viande tout le monde baisse braguette et se masturbe mollement devant les yeux exorbités des bourgeoises qui, des que de longs jets de spermes atteignent le capot la carrosserie, les vitres, se hâtent d’intimer l’ordre au chauffeur de repartir. L’accélération subite laisse alors filer les traînées d’ humeurs, luisances sur le pavé l’asphalte le goudron, on peut se rhabiller jusqu’à la prochaine charrette à la petite semaine.

Et puis plus loin encore au fond des bois, les androgynes fabuleux, seins siliconées, longs pénis à l’air que les raies des phares, jaunes et blancs, illuminent comme des apparitions mythiques. Des américains du sud, experts dans le roulement du cigare et la génuflexion, des artistes dans l’art d’enfiler des capotes et dans la Capoeira si tu n’es pas d’équerre.

Toutes me sont familières, de leurs peaux glacées , de leurs fards bon marché , de leurs lassitudes agacées, de leur intimité féroce je sais beaucoup. Ce sont mes vraies maîtresses à l’école de l’abandon, je veux dire du dépouillement pas celle de l’émoi éphémère

.En les suivant lentement par tant de nuits, en dépensant mes salaires quasiment entiers je me suis offert la plus coûteuse mais la plus riche des formations, celle qui enseigne l’être sous le trompe couillon.

Car cela n’est rien de planter son pénis entre les cuisses de l’Autre et d’être happé par le fantasme que provoque la solitude et le manque, non cela n’est rien et même facile avec un peu d’entrainement, mais aller planter son âme dans celle d’autrui capter tout le tourment, tout le quotidien harassant, tous les secrets que la simulation ne peut couvrir dans le râle et le gémissement, c’est une toute autre affaire.

J’avais 20 ans et j’étais beau désespérément , j’étais jeune et j’allais aux putes comme on s’en va-t’en guerre pour apprendre à crever et pas grand chose de plus. Des jeunes demoiselles convenables bien sur j’en ai connues bien sur il y en a eut.

Mais ma rage était si forte, ma colère si terrible qu’aucune n’a pu résister vraiment, mon art de la faille à cette époque était si brut, sans nuance et ne proposait rien de viable, rien de projectif. Et ce même si je m’étais leurré moi même d’être en amour, ce leurre ne tenait pas la route sous le soleil du quotidien et ses explosions de responsabilités crues. Une immaturité magnifique, doublée d’une d’arrogance de sale petite brute.

Un jour que je chantais au coin d’une rue tout prés des anciennes halles, je rencontrai soudain Richard. Sa longue écharpe rouge, son galure de feutre noir, sa cape de laine râpée et sa voix asexuée. Tout rappelait Bruant que je chantais à tue-tête. Il me prit en affection, m’offrit son amitié et bientôt quasiment chaque soir je le retrouvais dans son appartement encombré de la rue Quincampoix.

Richard avait été chanteur dans les cabarets de la rive gauche et même celle de droite tant il tirait le diable par la queue. C’était un vieil homme d’une stature imposante, un air d’aristo avec ses cheveux blancs un peu long et son nez aquilin. Victime d’un cancer de la gorge une dizaine d’années plus tôt il me raconta qu’il s’en était sorti en priant le bon dieu et en se goinfrant d’œufs durs.

Et puis il était d’une érudition merveilleuse surtout et moi si ignorant et avide d’apprendre ça ne me dérangeait pas de venir lui couper les ongles des pieds pour glaner par ci par là quelques définitions.

Nous passions de longues nuit à bavasser, enfin surtout lui moi j’écoutais, et peu à peu il me livra à peu prés toute sa vie. Quand je disparaîtrai avait il coutume de dire tu pourras récupérer tous mes livres. Et ils étaient vraiment nombreux que ça me donnait le tournis et surtout vu l’étroitesse de mes logis je n’aurais su qu’en faire, alors je n’ai jamais rien répondu je me suis tu encore et encore .

Une ou deux fois par mois la Coucou, immense matrone qui tapinait tout prés de l’église Saint Merry venait nous rejoindre parfois seule parfois accompagnée d’une ou deux amies du même acabit, et nous partagions un bon dîner arrosé de Payse, vin bon marché un peu râpeux mais qui descendait bien.

Ces dames envers moi y allaient du « mon chéri » en toute confiance et elles avaient bien raison, qu’aurais je pu leur dérober qu’elles n’eussent déjà perdu. Ces soirées me restent comme des moments de partage magnifique entre désespérés résignés. L’humour de rigueur, les bons mots savants de Richard, et les propos à la limite du graveleux de Coucou qui malgré tout savait tenir les rennes d’une conversation choisie, se sont logés dans une sorte de souvenir allongé proche de l’idée que je me fais de l’éternité.

Et puis Richard sortait son jeu de tarot et prévoyait l’avenir comme si celui ci leur était encore inconnu, improbable.

Y aurait il enfin un gain d’argent par l’entremise du hasard, jouerait-on d’un seul coup au loto avec espoir? A moins que ce ne fusse le retour annoncé du fils prodigue, celui qu’elle n’avait plus revu depuis des mois, parfois aussi des années ? et encore attention aux excès d’alcool, aux excès d’amitié, aux excès d’excès.

Cette dernière mise en garde faisait rouler des yeux ronds à Coucou qui me regardait et me disait .. Mon chéri , des excès moi ? mais je vis comme une nonne ! comment ça se pourrait ? , ressers moi donc un peu de Payse et de partir à rigoler en faisant tressauter son immense poitrail à peine dissimulé par un minuscule foulard de soie.

Une fois l’an toutes nos amies des rues qui battaient pavés aux alentours se réunissaient en bas de chez Richard, fallait voir la tête des habitants de l’immeuble. Notamment celle de l’ennemie jurée du vieux ancienne pute reconvertie dans la poissonnerie, et finalement pensionnée au RMI. Une fois l’an elle ouvrait ainsi sa fenêtre et projetait vers la chaussée des jurons accompagnés de glaviots pour intimer à la petite bande de s’éloigner de chez les gens biens, qu’on en pouvait plus de toutes ces insanités, et qu’on allait appeler les flics. Alors on partait à petit pas vers Saint Germain l’Auxerrois; patronne des artistes notamment des peintres, et accessoirement des péripatéticiennes, sans doute en souvenir d’une petite cloche qui sonna le tocsin la nuit de la Saint Barthélémy et qui se nomme Marie. On traversait la place des Innocents lentement, étonnant cortège qui amusait le passant, on rejoignait les quais direction Le Louvre et puis l’église enfin. Chacun n’oubliait pas de glisser son obole dans le tronc, souvent des billets pliés en 4 d’ailleurs et puis on s’asseyait un moment pour assister à la messe en latin s’il vous plait.

Jamais je n’ai eu besoin de prendre de photographie pour peindre un visage féminin, je n’ai jamais eu  qu’à laisser le pinceau dessiner son chemin sur la toile pour retrouver la courbe d’un sourcil, la pauvre esquisse d’un  sourire , la lumière tamisée d’une pommette. Visage identique se cachant sous de si  nombreux masques.

Celui de cette petite dame brune que j’abordais un peu pataud à mes 16 ans tous frais et le peu d’argent gagné durant mes congés d’été.

Ce fut la fin de l’été, dans une rue du  coté de Pigalle harassé de désir et d’immaturité face à l’amour d’une jeune fille bien sous tous rapports que je jetais ma gourme par dépit, pour ne pas blesser.

Égoïstement aussi finalement pour dissimuler ma violence et ma prétendue lucidité je me suis jeté à l’eau comme on se jette du haut d’un pont et j’ai retrouvé le cours de ma vie ensuite, après ces quelques minutes dérobées à je ne sais plus quelle droiture, je ne sais plus quel serment, endommagée à tout jamais par cette frontière traversée.

Le reste ne fut que pure répétition de ma prétendue méchanceté, une punition en quelque sorte m’interdisant désormais d’être sincère en séparant les sentiments d’avec les besoins hygiéniques propre à l’exultation, au trop plein ou au trop vide.

Cette sincérité envers autrui je n’ai jamais pu la partager vraiment qu’avec les réprouvés, les gens comme il faut sans doute font partie d’un fantasme encore, une version en creux que je me serais inventée, car ils sont si rares et l’on en croise vraiment peu  dans une vie que ce ne sont jamais ceux qui ont l’air de l’être en apparence.

De cette première rencontre avec la prostitution j’ai conservé un souvenir burlesque voir grotesque car j’en ai glané, à part des morpions que je partageais généreusement avec ma jeune compagne de l’époque, une vision déroutante de l’avenir, et du monde dans lequel j’allais bientôt m’engouffrer.

L’artiste peintre de l’Etre, Christophe Houllier

Aujourd’hui je souhaite parler d’un autre peintre. D’un autre. C’est venu en regardant une de ses vidéos sur Youtube et aussitôt me sont revenus des souvenirs de lecture de l’Illiade et L’Odyssée. Son nom est Christophe Houllier.

On dirait bien qu’il s’est retrouvé à voguer lui aussi comme beaucoup de ses compatriotes après la chute de Troie cette antique cité parfois nommée aussi Ilion – d’où le titre de l’Illiade- bâtie puis délaissée par les Eoliens l’une des quatre tribus de la Grèce Antique.

Il y a un mystère que nous ignorons dans cette antique cité qui poursuit sa vie de « Polis » grecque au cours des siècles antiques. Ici on ne parle pas d’un état mais d’une communauté de citoyens libres et autonomes dont le but est selon les dires d’Aristote le « bien vivre ».

Cette expression n’a sans doute pas grand chose à voir avec ce que nous nommons aujourd’hui au 21 ème siècle le bien vivre ou le vivre ensemble.

Les idéaux sont à l’origine de l’héroïsme et fabriquent du modèle à suivre ce dont à mon sens nous manquons désormais cruellement.

On peut imaginer que le héros appartienne à une élite, qu’il soit issu d’un groupe dominant, d’une monarchie et c’est juste, c’est souvent ainsi.

Il se peut alors étant donnée l’aporie des institutions actuelles que de graves difficultés empêchent l’irruption d’un demi-dieu en leur sein. Quoiqu’on nous fasse apparaitre comme artifice cela ne reste que de l’artifice. Avec un peu d’imagination on pourrait même dire qu’ils n’atteignent à peine le minimum d’humanité pour nous gouverner.

Pourtant cette qualité que nous éprouvons innée à l’être humain, je veux parler de cette possibilité d’accéder à l’héroïsme n’a pas disparu. Il faut seulement la chercher ailleurs que dans les gestes, les histoires, les lieux habituels parfois improbables et je le crois de plus en plus dans le domaine de l’art et des artistes.

Christophe Houllier est pour moi de la trempe des héros et je suis son histoire comme jadis je plongeais jusqu’à des heures tardives de la nuit nourrissant mon inquiétude, tentant de la calmer de la comprendre dans les récits mythologiques.

Un héros surgit puis s’évanouit laissant la place à un autre.

Pour reprendre cette image de Troie et de sa fin on assiste en filigrane à un changement de paradigme, à un glissement de ce que les anciens fils des airs et des vents avaient légué à l’humanité antique et qui savait composer avec le hasard et les dieux en bonne harmonie vers quelque chose qui ne s’est sans doute pas achevé au moment où j’écris ces lignes.

Cette rébellion parce que soudain on pense avoir un peu d’esprit, incarnée dans Ulysse.

Enée disparait au profit de ce Grec rusé qui défie les dieux et qui s’en trouve d’ailleurs punit par un long exil.

Ce qui est étrange c’est que c’est la divinité tutélaire de Troie, Athéna, qui l’aidera dans son périple et plaidera souvent sa cause, n’hésitant pas à lui confier conseils et subterfuges au besoin pour attendrir les Dieux vengeurs.

C’est que les écrivains qui ont créent ce long récit -L’Illiade et l’Odyssée- dont on ne se souvient que d’Homère n’étaient pas des perdreaux de l’année. On peut dire qu’ils en connaissaient un rayon en matière de psychologie humaine ou divine et qu’ils s’en seront donné à cœur joie pour tout nous raconter dans le menu.

La lecture cependant comme la peinture nécessite d’aiguiser son discernement autant que son regard. Cela demande du temps, la denrée la plus précieuse de nos vies que nous avons parfois du mal à trouver dans l’agitation du quotidien.

Regarder le travail de Christophe Houllier me relie donc à la mythologie et à ses héros en premier lieu.

Il se définit comme un peintre de l’être ce que j’avoue avoir trouvé un peu exagéré au départ. Mais cela m’a aussi attendri et puis il faut bien un titre après tout, pourquoi pas celui là. Et puis au début aussi il avait beaucoup de mal à dire, beaucoup de maladresses, de difficultés, mais il s’est accroché, il a énormément travaillé j’en suis souvent resté baba et c’est au travers de citations philosophiques qu’il emprunte à Spinoza qu’il tente de définir sa quête et de nous parler de sa peinture.

Une évolution fulgurante s’est produite sans doute due au confinement, à la crise sanitaire à la difficulté majeure de ne pas pouvoir exposer durant toute une année voire plus.

Il a travaillé parce que sans doute c’est ce que l’on pouvait faire de mieux durant une telle période.

J’ai vu qu’il cherchait à épuiser quelque chose au travers de ses petits formats crées pour le 111 des arts. Pour ce faire il a voulu utiliser les lambeaux de papier tachés de couleurs qu’il lui restait. Des scories d’œuvres terminées appartenant à plusieurs collections achevées.

Fragments Christophe Collages Houllier 2021

C’était troublant de ne rien vouloir perdre ainsi, je me rappelle me l’être dit déjà lorsqu’il avait évoqué sa démarche.

En fait c’était pour clore semble t’il une période en beauté. Faire « propre » . Etre « clean » comme on dit désormais.

Aujourd’hui il reprend un projet qui est resté en jachère durant une année pour l’exposition Art et Chapelles.

Ce sont des grands formats, une taille imposante sur lesquelles il veut montrer à la fois le partage et l’humilité, deux qualités qui lui sont chères.

Ce que je comprends c’est qu’il est en train de nous parler d’humanisme dans une époque où celui si n’est plus résumé qu’à des mots d’ordre, des poncifs. Quel courage !

Le hasard fait extraordinairement bien les choses d’autant qu’on sait les voir de manière détachée.

Il se trouve que ces deux œuvres doivent se rejoindre dans une cohérence malgré des techniques de mise en œuvre différentes. La première fut réalisée avec des collages la seconde à la peinture à l’huile.

C’est drôle mais je vois là aussi un changement de paradigme, une métamorphose d’un héroïsme vers un autre qui durant le processus d’élaboration de la seconde œuvre reste assez énigmatique. Christophe lui même laisse parfois échapper un doute, et presque aussitôt un espoir de parvenir à réunir ces deux pièces dans une « cohérence ».

Je me suis interrogé bien sur sitôt que j’ai entendu ce mot qu’il a prononcé bien des fois au cours des vidéos partagées de son travail.

Pourquoi donc s’obstiner autant à vouloir produire de la cohérence ? De quoi finalement veut il donc parler au travers de ce mot ?

Il ne pouvait s’agir que d’une cohérence esthétique. Il devait y avoir quelque chose d’autre.

De plus exposer dans des chapelles, est une chose, créer spécialement des œuvres à cette fin en est une autre.

Dire que Christophe est croyant qu’il possède la foi n’explique pas non plus de manière satisfaisante ce que je ressens par rapport à son travail.

C’est vrai que celui ci provoque une émotion semblable à ce que j’ai ressenti en rencontrant Fra Angelico notamment. Une grâce qui jaillit du lumineux de cet ensemble.

Non le fait religieux contient beaucoup trop de mots d’ordre et je préfère le réduire à son origine le partage.

Il y a un véritable partage dans ces peinture.

Le partage d’une action que je considère héroïque de vouloir peindre notamment au moment où toutes les élites du marché de l’art, les intellectuels de l’art ont décidé que la peinture était morte quelle ne servait plus à rien.

Christophe porte quelque chose sur les épaules. Une fois je lui ai confié cette histoire de Saint Christophe qui porte un enfant sur les épaules pour traverser une rivière. Que cet enfant soit le Christ peu importe en fait et je trouve même plus beau encore que ce ne soit qu’un simple enfant et que cet enfant pèse de plus en plus lourd à chaque pas effectué vers l’autre rive.

C’est de l’humanité sur les épaules cette charge, cela vaut bien tous les Christs du monde si j’ai bien tout compris des mythes et de leur fonction.

Dans ces dernières peintures qui m’ont vraiment ému aux larmes je dois l’avouer j’ai découvert quelque chose de moi de très humble soudain. Sans doute un clin d’œil de cet enfant qui espère devenir homme tout simplement, qui désire naitre au monde et faire renaitre le monde tout en même temps.

Parfois j’ai aussi peur parce que je vois de nombreux combats perdus d’avance, je peux mesurer la déception, la douleur et cet effort parfois surhumain de se raccrocher à cette idée de cohérence envers et contre tout.

C’est aussi la beauté de cette peinture, c’est aussi ce qui m’émeut sans doute le plus, c’est savoir que le risque de chute est inouï, qu’il peut annihiler totalement l’être encore enclot dans l’orgueil. Et aussi comme cette chute est souvent nécessaire pour que la gangue le cocon éclate et fasse soudain surgir le fruit ou le papillon.

Il y a quelques jours j’ai parlé de la notion de fréquence, d’une vibration qui passe par la peinture. C’est ce choc vibratoire que j’ai rencontré dans ces œuvres présentées par vidéo. Ce qui me laisse imaginer ce qu’elles peuvent produire dans la réalité.

Je ne possède pas une foi inébranlable, du moins je ne m’y attarde plus vraiment comme levier pour peindre. Je peins pour respirer je peins parce que je ne peux pas faire autrement et puis la gloriole, la célébrité tout comme la richesse m’effraient énormément par le nombre invraisemblable de conneries que je me sentirais obligé surement à débiter sur la peinture et sur moi même le cas échéant.

Mais parler d’un autre, parler d’un frère d’arme cela ne me demande pas d’effort et je le fais avec plaisir parce que tout simplement ça me fait plaisir de le partager avec ceux qui ne connaissent pas ce peintre.

Souvent quand je pense à la vie , à nos choix je vois mille possibles, milles sentiers milles chemins, c’est comme si nous n’étions au delà des apparence qu’un seul être silencieux qui se serait démultiplié à l’infini.

Certains sombrent d’autres s’accrochent et créent ainsi du changement ,du possible qui devient avenir. Peu importe dans le fond les mots sur lesquels ils éprouvent la nécessité de s’appuyer pour se mettre en branle, pour devenir héroïques que ce soit la ténacité, la régularité, la cohérence, la beauté, l’héroïsme…

Ce qui me parait de plus en plus évident c’est que la peinture en tant que discipline est une tutrice , une maitresse, un enseignement qui nous modifie en profondeur. L’art est nécessaire en cela qu’il peut modifier nombre de mauvais penchants en actions nobles à condition qu’on veuille bien lui obéir et ne pas entraver son souffle, se l’accaparer.

Je détecte cela chez Christophe Houllier ce mélange d’obéissance et de rébellion héroïque envers une destinée et contre une fatalité, qui pour résumer serait celle d’être un véritable artiste du temps présent.

Pour conclure ce texte et revenir à ce qui l’a impulsé, voici le lien de la vidéo en question dont j’ai parlé. Et puis je voudrais aussi rendre hommage à tous les écrivains qui se dissimulent sous le nom d’Homère, à ces deux ouvrages que sont l’Illiade et l’Odyssée et qui sans doute sont un leg d’une humanité qui tend à disparaitre de nos jours. Une humanité où la notion du collectif du partage du courage et de la cohérence ont formé le socle l’argile avec lesquels on a modéliser l’archétype du Héros. Evidemment ces héros là nous parlaient d’une conduite à tenir en temps de guerre et ils paraissent désuet dans la partie de notre monde où la guerre semble avoir disparu

La guerre ne disparait jamais ce que nous en voyons à l’extérieur n’est qu’une représentation de ce qui se passe à l’intérieur de chacun de nous. Impulser un modèle héroïque pour ne pas sombrer dans le désespoir, le chagrin, l’amertume, la violence, redonner de l’espoir au plus grand nombre en la beauté et l’équilibre, à la réflexion sur ce que nous faisons, sur une certaine idée d’humanité, voilà je crois ce que proposent l’art et les artistes dont fait pour moi absolument partie Christophe Houllier.

Site de Christophe : https://www.christophehoullier.art/

Chaine Youtube :https://www.youtube.com/channel/UCI9GoZ3CCKUDcy2XJCYXZug