Comment vite torcher un article, sans que ce ne soit de la merde.

J’ai seulement quelques minutes pour écrire un article qui tient la route. Mettons 20 minutes, car ensuite j’aurais juste le temps de sauter sous la douche, d’enfiler mes guenilles et de me rendre au diable Vauvert pour donner mes cours.

Comment faire ?

J’imagine que vous avez tous eu ce genre de questionnement… au moins une fois dans votre vie de bloggeur, ou d’écolier, lorsqu’il fallait coute que coute rendre votre rédac à la maitresse sous peine d’obtenir une jolie bulle rouge.

WordPress n’est pas ma maitresse mais il sait y faire. Chaque jour si je publie un article il me refile un bon point. Il me dit « Bravo vous avez publié régulièrement pendant 100 jours »

Que se passerait-il si j’omettais, je n’ose même pas y penser. Ma vie toute entière probablement s’en irait à vau l’eau…

Peut-être que plus personne ne me lirait, je finirais comme tellement d’autres bloggeurs au fin fond d’un cul de basse fosse numérique ?

Rien que d’y penser ça me fait des gargouillis dans le ventre, symptômes bien connus des habitués de la trouille, des diarrhéiques et autres petits foireux grands suceurs, avaleurs et amateurs d’Imodium.

Donc non, il faut prendre le taureau par les cornes comme ma grand tante Albertine me le chuchote du fond de son sépulcre espagnol.

Je ne me souviens plus d’ailleurs si elle est enfouie à Madrid ou à Lisbonne tout à coup. Non , mince, mais si en plus je perds la mémoire des mausolées, rien ne va plus.

Et puis j’ai toujours été nul en géographie comme ça ne vous a certainement pas échappé.

Réagis ! bon Dieu me dit Albertine J’ai toujours adoré qu’on me hèle en m’adorant comme Dieu bon. Sans doute que de nombreux problèmes dans ma vie viennent de là. A force de me dire Bon Dieu j’ai fini par le croire.

Je n’en abuse pas.

Mais là faut bien que je fasse appel à ma toute puissance pour écrire ces quelques lignes. Et en plus sans que cela ne se voit trop, pas du tout envie que l’on me ramène encore une fois au Golgotha pour devenir le clou du spectacle non mais oh !

Donc mon conseil principal pour torcher un article le plus vite possible, c’est de ne surtout pas réfléchir, d’écrire tout ce qui vous passe par la tête.

Ensuite s’il vous reste un peu de temps après avoir torché ça vous pouvez tenter de corriger les fautes d’orthographe, les tournures un peu lourdes, les fautes de logique, de bon sens.

De quoi parle cet article?

voilà la question cruciale que vous devez vous poser. Et aussi et surtout est ce que ça intéresse vraiment les gens ? est ce que ça répond à un besoin ? à une douleur ? à un épine dans le pied , un bout de mangeaille entre deux dents ?

Voilà, comment et pourquoi. et éventuellement faites donc croire que vous seul avez LA solution….

Ah et puis j’oubliais, il faut de l’entrainement de la pratique, il faut avoir la courante à peu près tous les jours sans quoi rien.

Donc conseil encore ( gratuit) : A potron-minet avalez des Fuca et le soir de l’imodium. De temps en temps inversez ça peut aussi être marrant.

Reste à savoir si s’en est ou pas,

de la merde.

Reniflez l’air du temps et faites vous votre propre idée, et surtout ne croyez pas que je vais vous mâcher tout le boulot.

Insipide incipit

Bon faut que j’avoue, de temps en temps cela fait du bien, et puis, parait-il, faute avouée est à moitié pardonnée. Une phrase de curé pédophile certainement, mais bon passons.

J’avoue que je ne sais pas du tout ce qu’est un incipit.

Je découvre le mot dans un commentaire ce matin. Au début j’ai cru à un genre d’insulte, à un gros mot.

— votre texte ferait un bon incipit.

j’ai simplement fait du léger, j’ai dit merci m’dame et bonne journée.

Puis j’ai foncé sur Google évidemment j’allais quand même pas rester con.

Donc bon pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Le nom incipit (du verbe latin incipere : « commencer » d’origine liturgique… ça donne presque aussitôt des boutons enfin passons puisque c’est récupéré par la didactique pour être ensuite employé dans l’analyse littéraire

 L’incipit d’une œuvre romanesque constitue un enjeu majeur du pacte de lectureN 2 : il a pour fonction de programmer la suite du texte, en définissant le genre, le point de vue adopté par le narrateur, les personnages, etc., mais surtout, il doit donner envie de lire la suite.

Remarquez que je copie ce que j’ai trouvé bêtement dans Wikipédia je n’invente rien, je vous donne même les liens.

Moi j’aurais dit pitch, résumé, ça m’allait tout aussi bien.

Mais incipit ça change tout.

Vous savez je me retrouve presque aussitôt à Paris avec un tel mot. Mettons face au Senat, assis sur une chaise en fer dans le jardin du Luxembourg en plein été. Il fait doux et les feuilles tremblent sous une brise légère, des parfums agréables dans l’air, vous voyez…

Et là quelqu’un passe devant moi, une jolie femme évidemment, sinon je ne vois que des silhouettes la plupart du temps. Son mouchoir tombe au sol et elle ne le voit pas. Je bondis sur mes deux pieds pour aller le ramasser et lui remettre, bonne occasion pour faire connaissance.

Elle travaille à quelques rues d’ici à Saint Germain, dans une maison d’édition, c’est une correctrice et là je me dis: tiens donc quel heureux hasard, je lui refourguerais bien un manuscrit. Et puis là elle me dirait mais pourquoi pas voyons et quel est l’incipit ?

Et puisqu’à cet époque je n’ai pas internet et que je suis une bille en latin je me gratterais l’occiput, je la fixerais bouche bée et je dirais alors,

— Non mais je plaisantais évidemment, loin de moi l’idée d’écrire quoique ce soit à part ma liste de commissions.

Et je m’épargnerais ainsi une longue histoire d’amour fatigante, éreintante, grâce à un tout petit moment d’honnêteté, de franchise.

Je ne tomberais pas dans le panneau de l’insipide incipit.

Tangente du crabe

La remise en question est essentielle chez les artistes. Il ne faut pas en abuser pour autant, mais honte à ceux qui ne cillent jamais, qui ne sont pas empoignés par le doute, qui ne se remettent jamais en question.

Je pense à un crabe. Je pense à ce crustacé qui pratique la tangente comme vecteur de déplacement. Et j’admire. J’admire d’autant que je suis en ce moment en train de réviser mes classiques, la divine proportion et la section dorée. Une telle austérité s’est abattue cet hiver qu’il faut bien trouver sa pitance quelque part coute que coute, et s’il le faut, s’en inventer de nouvelles à partir du souvenir.

Toujours le souvenir ne cesse d’osciller dans chacun de nos instants avant de prendre lui aussi la tangente, de s’élancer vers l’inconnu, le sans nom, la soi-disant nouveauté.

Faire du neuf avec de l’ancien est une constante. Comment faire autrement ? Certains se font capturer par la tendance qui n’est que fragilité, déjeuner de soleil.

Tenir compte de la tendance certes, mais ne pas l’adorer comme un benêt.

Il est possible que le nombre d’or ne soit qu’une simple vue de l’esprit qui perdure, dont on se gargarise cycle après cycle quand tout se barre en couille.

Je veux dire comme ce fantasme d’ordre qui revient lui aussi lorsqu’on ne comprend plus du tout les vertus du fouillis. Lorsqu’on s’égare si loin parfois que l’urgence des balises et des repères nous ramènent par de mystérieux souffles à la rêverie du concret.

Par chance je suis mauvais en géométrie. Du moins j’ai toujours préservé l’effort d’y plonger tête en avant.

Ma géométrie est personnelle, intime.

Je pourrais faire l’éloge du crabe, en peindre quelques un, réinventer la symbolique, rejoindre les visionnaires défunts, les Klee, les Kandinsky qui parlent de la rigidité des verticales et des horizontales comme autant de lignes ennemies.

Je pourrais faire mille choses qui soudain surgissent dans mon esprit.

Mais je ne le fais pas.

J’applique toujours en priorité sur moi-même les lois que je décèle.

Je ne le fais pas, je me mets dans la peau, la carapace du crabe, je prends la tangente et je cavale ventre à terre, dans une ivresse mêlée d’effroi et de désir.

Je répudie la tendance en usant jusqu’à la corde l’ivresse des tangentes, je me tiens à la pyramide, pas celle des Egyptiens non, celle des éternels besoins.

Nostalgie de la fougue

Le seul endroit où il n’y a pas de hasard c’est lorsque j’ouvre mon traitement texte et que je me mets à écrire. Même si je ne sais jamais ce qui va advenir au fil des mots.

Il n’y a pas de hasard car j’embrasse tout en m’absentant totalement.

Le monde et moi nous absentons

Et il ne reste que cette musique « Whyte Nights interprétée par l’ORCHESTRE et le CHŒUR du THÉATRE DU MARIINSKY de SAINT-PETERSBOURG – dirigée par Valery GERGIEV.

Et, à cet instant, tout est absolument parfait. Il fait encore nuit, peut-être la neige recouvre t’elle le paysage tout entier de son blanc silence, peut-être la musique commence t’elle exactement ainsi avec un tintement léger de clochettes. Puis un merle quitte sa branche en laissant choir au sol un petit paquet de neige et c’est à cet instant précisément que s’engouffre soudain la nostalgie.

Toute une vigueur perdue qui me revient ! me voici soudain russe je n’ai plus peur de rien, je suis invincible et j’affronte la steppe, la taïga, susceptible de m’élancer sans fatigue à l’assaut de l’Oural.

Je suis libre totalement de déployer ma force enfouie très loin dans mon passé. Cette force qui ne sert à rien dans le monde d’aujourd’hui où toute passion est répudiée comme folie.

C’est un élixir, un alcool fort qui, je le sais déjà me laissera à terre après l’ivresse.

Mais qu’importe ! sur le blanc de l’écran les caractères s’élancent, c’est tout ce qu’il me reste, juste cette nostalgie de la fougue. Et c’est bon, c’est tellement bon de pouvoir y céder sans penser à l’après.

( merci Lisa )

Le fantasme du tout en un.

Rien de nouveau sous le soleil me dit Berthe puis elle se penche et attrape sur un rayon du bas un gros bouquin à la couverture dépenaillée.

— tu vois, ça c’est le « Tout en Un » de ma mère qui le tenait de sa mère et qui elle même probablement l’a reçu en héritage de sa grand-mère , elle dit en me tendant l’ouvrage.

— Un bon poids la vache ! me dis-je. Puis je me mis à feuilleter délicatement le bouquin dont la date de publication était encore à peu près lisible:1910.

Il y avait là-dedans une somme invraisemblable d’informations portant sur tous les sujets susceptibles d’intéresser le quidam moyen du début du 20ème siècle. Cela allait de la recette de la potée au choux aux remèdes de grand-mère, des explications détaillées sur l’usage des ventouses et autres sangsues ,toute une partie traitant de botanique et de jardinage, avec de temps à autre un paragraphe amusant sur les vertus insoupçonnées de l’oseille et du pissenlit, puis, encore plus loin, on découvrait de vieilles cartes d’un monde révolu avec ses colonies ses comptoirs, des frontières totalement farfelues, le tout abondamment illustrées ensuite par des images d’indigènes. Et ce n’était pas tout, on tombait encore sur deux ou trois pages de citations grecques et latines, et encore plus loin des planches en noir et blanc alignant les bouilles des rois de France pour s’élancer ensuite sur la description détaillée du système respiratoire humain.

Je crois que c’est là que je me suis dit pouce, ça suffit et que j’ai refermé le bouquin pour allumer une cigarette.

— ça se lit sur une table pas au lit me dit Berthe en rigolant et aussi pour m’extirper de la fascination dans laquelle je suis toujours happé visiblement

Berthe c’est ma voisine de palier, elle frôle la soixantaine et vit seule avec son chat. C’est la seule qui a répondu à mon bonjour depuis que j’habite ici, dans cet immeuble sans ascenseur, à la Croix-Rousse.

De temps à autre nous nous rencontrons dans l’escalier, le dimanche principalement lorsqu’on remonte nos cabas du marché.

— Attendez je vais vous donner un coup de main j’ai dit la première fois en la voyant vaciller dans les étages au dessus de moi.

— oh ben c’est pas de refus elle a juste dit car elle était essoufflée. Et depuis c’est un rituel. Je me demande si elle ne guette pas mon retour du marché depuis la terrasse d’un bistrot pour se dépêcher de m’emboiter le pas lorsque j’en reviens car désormais on se retrouve en bas comme par miracle presque tous les dimanches.

—Les lyonnais, ce sont des cons finis, me dit Berthe assez régulièrement. On voit bien pourquoi c’est la capitale de la Gaule, jamais vu autant de connards au mètre carré elle ajoute.

Berthe vient de la région Parisienne, du coté de Pontoise. Une veuve qui a échouée ici, juste dans l’appartement d’à coté. J’avoue que selon mes premières impressions sur les autochtones je lui donne raison . Si à Paris les gens sont des cons de parisiens à Lyon les lyonnais leur dament le pion haut la main.

— On se refait le même ? Berthe dit, en me resservant un pernod sans attendre de réponse. Une dose du dimanche propice à enchainer la sieste avant même d’avoir déjeuné.

Après on bavasse de tout, de rien, on se tient compagnie comme ça une fois par semaine. Puis à un moment son chat miaule et vient se frotter contre elle, c’est le signal pour moi de me lever et d’aller rejoindre mes pénates. Il faut toujours se référer à un signal pour prendre congé élégamment des gens. Pour rester dans la zone où l’on n’est pas pesant pour l’autre.

De retour chez moi je range les courses et je vais m’allonger pour cuver l’apéro. Dans un demi sommeil les images naissent facilement sous les paupières, il faut relâcher toute la tension de celles ci pour obtenir la netteté, j’aperçois le bouquin, le tout en un posé sur la table où je l’ai laissé. D’un seul coup je me rends compte d’une petite douleur de ne pas en avoir un moi aussi. Car évidemment ma grand-mère et ma mère en possédait un, mais avec tous ces déménagements je ne sais absolument plus où je l’ai fichu.

Maintenant ça m’obsède bizarrement, je n’arrête plus de penser à ce bouquin. J’imagine que si je le retrouvais ce serait le signe certain d’une rémission, qu’il résoudrait d’un coup tous mes soucis, mes idées noires mes problèmes.

Peut-être même que je serais capable de coucher avec Berthe, que dis-je ? de vivre carrément avec elle, et ce juste pour être à proximité du bouquin qu’elle possède, si semblable à celui que j’ai paumé, je ne sais plus où, quelque part dans la vie.

5 conseils pour entretenir une passion

Je ne savais pas que la passion était comme ma bagnole et qu’il fallait l’entretenir. En général je ne vais chez le garagiste que lorsque j’ai un problème, un voyant qui s’allume, l’airbag qui me comprime, le tuyau d’échappement qui fume. Cela s’appelle de la négligence d’après mon épouse qui trouve toujours les bons mots pour adoucir les angles.

En ce qui concerne la passion elle dit aussi souvent cela, que je suis négligent. Et je lui fais confiance puisque je l’aime.

Mais la négligence c’est un joli mot, encore faut-il savoir pourquoi les gens s’en servent à votre égard.

Une phrase qui me fait toujours rigoler c’est : un égoïste c’est quelqu’un qui ne pense pas à moi. Je la sors en cas d’extrême nécessité, une fois par jour en moyenne.

— tu as encore oublié de changer l’ampoule dans la salle de bain, tu ne t’intéresses vraiment pas à la vie de la maison, ni d’ailleurs à moi tu n’es qu’un égoïste.

Un égoïste c’est quelqu’un qui ne pense pas à moi je réplique.

Ca n’améliore jamais vraiment les choses mais qu’est-ce que ça fait du bien. Et puis au bout du compte lorsque la mayonnaise retombe mon épouse est la première à en rire. Elle apprend, j’apprends, nous apprenons tous les jours grâce à de petites phrases comme celle-ci, vous voyez.

Une autre chose qui revient beaucoup aussi c’est : je ne savais pas que tu étais comme ça quand je t’ai épousé.

— Oui j’ai perdu mon cheval blanc quelque part entre le vin d’honneur et la mairie je dis, je me demande bien où il a pu passer… Et en passant mon amour nous nous sommes épousés l’un l’autre, ne prends pas tout sur tes frêles épaules.

S’asticoter ne fonctionne pas toujours, mais j’avoue que lorsque cela fonctionne avec un ou une partenaire le gros du boulot est amplement fait question entretien.

Sinon oubliez ce qui est noté dans les magazines, ce n’est rien qu’un tissu de conneries. Vous savez toutes ces petites attentions que les amants se doivent comme des traites de crédit au jour le jour. J’ai essayé plusieurs fois et avec des femmes différentes, ça ne fonctionne pas. Je veux dire que la gentillesse ne suffit pas. Vous rendez l’autre débiteur et c’est extrêmement énervant d’être débiteur.

Evidemment tous ces conseils que je vous prodigue tout à fait gratuitement ne valent que pour les couples normaux. Je veux parler de tous ces couples pour qui traverser le mois ressemble à une expédition de Paul Emile Victor vers le Pôle et qui finissent pratiquement en lambeaux le 30. Lorsque la seconde lettre de rappel de la banque nous stupéfie par l’agressivité de son ton, quand tous les voyants sont au rouge et que l’on attend la visite d’un huissier d’un instant à l’autre.

Là la passion est exacerbée.

Pimenter le quotidien par tous les moyens possibles et imaginables, cela fonctionnera toujours croyez-moi.

Par contre si vous vivez une existence de nanti, sans aucun soucis pécunier, si tout vous est permis et que vous ne faites que patauger lamentablement dans l’embarras du choix, vous pouvez être certain que votre relation finira tôt ou tard en eau de boudin. C’est ce que l’on appelle je crois l’ennui du quotidien.

Et, dans ce cas de figure, même si par hasard vous penser soudain à offrir un saphir ou un couteau suisse à votre partenaire, comme ça sans autre raison que le fait de vous rappeler qu’il faut faire quelque chose, il y a de grandes chances pour que cette offrande devienne suspecte.

Pourquoi donc m’offre t’il ou elle cela ?

Remarquez que si vous vous y prenez bien vous pourrez retomber sur vos pieds et revenir à mon premier conseil assez aisément ainsi sans trop d’effort.

— Pourquoi m’offre tu soudain des fleurs ? Tu as un truc à te faire pardonner ? Tu as une maitresse etc etc … et là vous revenez à la normale en un tour de main. Vous pouvez laisser planer un lourd silence, ou bien parler du couteau suisse qu’elle vous a offert la veille histoire de répliquer dans les clous.

— Hum tu penses ça parce que peut-être ce couteau suisse que tu m’as offert hier était une façon de noyer le poisson, si ça se trouve t’as un amant aussi …

S’en suit une journée au poil, composée de pics, d’estocs, de bouderies, de retrouvailles, au pire que risquez vous vraiment ?

Evidemment si vous vous trompez vraiment mutuellement c’est ballot, et dans ce cas mes conseils ne vous serviront de rien puisque déjà la passion s’en allée voir ailleurs si j’y suis.

Prenez du temps pour vous asticoter chaque jour sinon vous pénétrerez dans la dangereuse zone de l’indifférence mutuelle, vous ne serez plus que des colocataires , voir pire, de bons amis.

Dans ce premier conseil j’ai glissé un bonus sans même vous le dire. J’ai mêlé savamment deux conseils en un qui sont de soigner toutes les petites attentions envers l’autre et en même temps de ne pas oublier de partager du temps avec elle ou lui.

Ne me remerciez pas.

Mon troisième conseil pourrait aussi faire partie de cet ensemble si je me mettais à abuser de ma propre gentillesse, de mon empathie extraordinaire envers les êtres. Si, dans mon for intérieur je vous disais que j’étais tout en même temps la somme globale des messies et des prophètes de tous temps et lieux. Mais non je ne le dis pas, je vous laisse le découvrir par vous-mêmes.

Mon troisième conseil est de communiquer encore et toujours avec l’autre. Et nous avons déjà vu que le ton, le contenu importait finalement assez peu. Vous pouvez tenter la gentillesse, l’amabilité, la bienveillance aussi de temps en temps ça ne mange pas de pain. Mais rappelez-vous qu’en matière de passion la régularité se confond vite avec l’ennui.

Pour mon propre compte échanger dans la gentillesse m’en apprend beaucoup moins que dans n’importe quel autre registre. tout simplement parce que nous avons une idée préconçue, totalement artificielle de ce qu’est la vraie gentillesse. A chaque fois que je me suis retrouvé face à une femme gentille pour ma part je détectais de nombreux points communs avec des spots publicitaires qui cherchaient à me vendre quelque chose. La gène, le malaise ressenti face à un tel avilissement de l’autre me hérisse le poil et j’en ai des frissons d’effroi rien que de m’en souvenir.

Se dire son amour mutuel, se le clamer, le trompeter sera mon antépénultième conseil.

Mais là par pitié ne sombrez pas non plus dans les clichés, ne dites pas avec votre mine de chien battu

— Mon amour comme je t’aime, je ne pourrai jamais vivre sans toi… ça c’est carrément le remède contre l’amour, vous ouvrez la porte aux pires emmerdements, je préfère vous prévenir.

Qu’est ce que ça veut dire de s’en remettre ainsi à quelqu’un fut-il cet autre qui occupe une place prépondérante dans votre crane et votre cœur ? Vous avancez comme ça, en aveugle, pieds et poings liés et ça ne vous étonne même pas ?

Vous ne savez alors rien de la nature humaine en général, pardonnez-moi.

Ecoutez-moi, ne dites pas ce genre de conneries par pitié. Dites plutôt:

— Tu as pris rendez-vous avec le garagiste pour l’entretien de la bagnole ?

— Que nous as-tu mitonné pour le déjeuner ?

— Chérie j’ai changé l’ampoule, cela n’a pas été facile mais j’ai pensé à ta mine désappointée si j’échouais et du coup miracle j’y suis parvenu.

Ce sont ces petites phrases là qui parlent du véritable amour n’en doutez pas.

Mon dernier conseil porte sur la sexualité ( faites donc sortir les enfants)

Là je ne vais pas y aller par quatre chemins, la surprise, l’étonnement, la fantaisie voilà les ingrédients qui fonctionnent à tous les coups.

D’ailleurs achetez un futon, c’est tellement inconfortable que cela vous obligera à être créatif et comme vous ne dormirez plus la nuit, que vous serez au radar le jour, abandonnez-vous à la Providence qui fait toujours extrêmement bien les choses. Aiguisez votre perception du moment propice pour réaliser la bête à deux dos. Et surtout n’ayez pas peur de l’incongru, de l’inconfortable, du malséant… les plus beaux orgasmes surgissent régulièrement de toutes ces bizarreries du temps et de l’espace.

Avec tout ça si vous foirez ça ne sera surement pas de ma faute, et ne m’envoyez pas de lettre recommandée, je ne vais jamais les chercher.

Protester

Hercule et le lion de Némee, Rubens.

Je proteste poliment, je ne me dévoierais pas, pas d’enculé, ni de nique ta mère, non rien de tout ça.

Je vais sonner aux portes des vieux autour. Ce que je ne fais jamais en temps normal.

— je vais à l’inter besoin de quelque chose ? je demande.

Je vais faire les courses des vieux voilà ma façon.

Je n’attends pas de merci pas de thé ni de petit gâteaux, rien de tout ça

C’est pour moi que je le fais, c’est comme ça que je m’oppose. Je suis un égoïste de nature vous savez… mais bon là si je ne fais rien si je reste dans mon atelier à gober devant mes toiles blanches… la vanité me monte au nez.

Peut-être que je vais agrandir encore le cercle… promenez les chiens énervés, vider les bouteilles vides dans le container, ramasser les crottes, les mégots dans les rues… peut-être que tout ça ne suffira encore pas…

Qu’il me faudra protester encore plus fort

Inviter chez moi des pauvres gens leur donner à becqueter, les loger, leur laver les pieds…

Je proteste contre ma propre ou sale inhumanité, comme vous voudrez, je renonce à mon petit confort, celui qui coute tant d’avilissements finalement.

Je proteste poliment, vous voyez…

Non vous ne voyez pas , et c’est très bien comme ça, un peu plus et j’allais en tirer de la fierté…

Ridicule

Prototype d’un hélicul gouache sur papier

Il ne tue plus. Mais parfois lorsqu’on le repère il tord les boyaux, sans rire.

Je n’arrive pas à peindre donc j’emmerde le monde dixit ma moitié

C’est ridicule n’est-ce pas…mais un peu moins que certaines vidéos que je regarde.

Des vidéos sur la fin du monde, des glapissements de trouille qui se propagent de l’un à l’autre sans aucun autre fondement que ce que produit en boucle l’imagination lorsqu’elle n’est pas réfrénée.

Chacune et chacun y allant bon train avec toutes sortes de tons, du melliflu au caverneux et sur des basses et des aiguës dont on s’inquiéterait des conséquences sur la tessiture, le timbre, les cordes vocales ,avec un brin d’empathie si seulement…

Si seulement le ridicule de tout ça ne dévastait pas le moindre élan cardiaque.

L’altruisme est dans les choux.

Cet altruisme là auquel on a cru par défaut.

Un autre est en train de pousser dans l’utérus de la modernité, un altruisme plus pondéré, patient, méprisant l’effusion sous toutes ses formes.

Vous êtes ridicules oyez oyez mais ce n’est pas forcément une fatalité.

Tout cela pourrait s’arranger… cure de zinc, magnésium, et un zest de bon sens , vous voyez… le monde est toujours là, les premiers crocus sont déjà dans un rêve à venir … ils vont bientôt percer la bêtise de la neige et du blanc

Et alors fini les bonhommes de neige leurs tarins de carotte et leurs regards de pierre.

Et alors , elle tourne, elle tournera encore

Et si vous la voulez plate pourquoi pas, la belle affaire …

Le ridicule de demain se moquera de celui d’hier

On nommera cela le progrès ou je ne sais quoi

N’oubliez pas vos pilules, avalez buvez

Et tentez donc d’être sage ouvrez en grand les yeux

voyez le ridicule d’aujourd’hui c’est l’évidence de demain.

Manipulation

Antonin dessin numérique

Certains le crieront, hurleront

—la manipulation c’est le mal !

Ouais bon, et de crier et de hurler c’est pas de la manipulation peut-être ? Et toutes ces mimiques d’approbation, de désapprobation, ces silences ou bien ces étreintes, ces embrassades, ces accolades, et toutes ces paluches au panier…pas de la manipulation non plus ?

Être humain et manipuler c’est un pléonasme.

On part de la main, ombres chinoises que l’on projette sur les parois des grottes puis on arrive au clavier, à la souris pour projeter mille billevesées.

Une hypnose générale provoquée par la main, que ce soit par un coup ou une tarte faite maison.

Donc ne jetez pas la pierre à la femme adultère, je suis derrière comme chantait le poète…

Ne me les brisez pas menues avec vos slogans, vos mines déformées par des excès de componction, ne soyez pas navrés, souriez plutôt, vous êtes filmés !

Tout est dans la boîte.

Je me repasse le film autant de fois que je le veux bien, et j’en redécouvre un peu plus à chaque fois sur l’ignominie et les faux-culs, des splendeurs dignes de vieilles courtisanes, avec ou sans élégance peu importe.

De la petite bière tout ça et sans faux col

Et puis ceux qui s’en défendent s’en défendent si mal…

Manipuler moi ? Vous n’y pensez pas… regardez mes mains toutes propres, manucurées ! Reniflez-moi donc, sentez-vous l’honnêteté ?

Oh ces couches de trompe-couillon mazette…

Vous me faites rire ! Que puis-je faire d’autre ? Et sourire bien sûr parce que je suis un gentil dans le fond, je vous manipule gentiment.

Je vous mets le nez dans le caca gentiment en vous chuchotant doucement un

—ça va aller t’en fais pas…

Vous n’êtes pas les pires. Il y en a d’autres de tellement plus sournois, de vrais méchants ceux là…

Mais pas vous, non, vous mes gentils, mes chers abonnés

L’argent, instrument de mesure

C’est bien joli les like, les commentaires, tous ces petits signes que l’on s’échange entre bloggeurs, mais comment savoir si tous ces « like » ces commentaires ne sont pas uniquement « stratégiques », « diplomatiques » « opportunistes » ?

On arrive à le détecter plus ou moins avec un peu d’entrainement et aussi les fidèles qui chaque jour vous envoient un petit signe pour dire coucou , je suis toujours là. Mais ça ne nous dit pas forcément grand-chose sur la valeur intrinsèque de nos articles, de nos publications.

Evidemment on peut s’en foutre totalement. On peut se dire que ce qui compte c’est de pondre son ou ses articles chaque matin et ensuite passer à autre chose avec cette sensation agréable d’avoir accompli le job. On peut se foutre totalement des like, des commentaires, on n’est même pas tenu d’y répondre si l’on veut. Ce qui n’est pas forcément un gage de sympathie je vous le concède.

Mais dans ce cas, pourquoi publier alors ? Il suffirait d’écrire sur un document Word et de le ranger dans un dossier, d’accumuler ainsi tous ces articles en vue de parvenir à un projet. Comme par exemple un recueil de poèmes, un essai, un roman …

A partir du moment où on publie quoique ce soit on est dans une attente. Une attente de reconnaissance notamment. On peut chercher ensuite des moyens de mesurer cette reconnaissance et le nombre de pouces de cœurs, d’étoiles de commentaires est certainement un premier indicateur.

Sauf que tout cela passe par la moulinette d’un algorithme auquel on ne pige que couic.

Qu’est ce qui va permettre de mettre en avant tel ou tel article ? Même si on fait tout bien comme il faut, on ne le sait pas vraiment. l’algorithme mesure l’engagement d’une façon très savante et ce des les premières minutes de la publication.

C’est une affaire de pourcentage et de cercles. D’abord le premier cercle des habitués, des fidèles qui auront été identifiés, le temps de réaction est ainsi calculé pour ensuite proposer le contenu à un cercle un peu plus grand d’abonnés, et si cela fonctionne encore, alors un cercle encore plus vaste sera crée dans lequel on proposera votre contenu à de parfaits inconnus.

Ensuite un ratio est établi entre votre nombre d’abonnés et le nombre de clics, le nombre de like, de commentaires pour mesurer ce qu’on appelle le taux d’engagement. Si par exemple comme ce blog vous avez 260 abonnés et que la moyenne de vos articles ne recueille que 15 petits pouces en moyenne vous n’avez pas un taux d’engagement très engageant pour l’algorithme.

Pour remédier à cela sur Instagram où je ne vais plus, je virais régulièrement des abonnés fantômes, ce qui me faisait remonter par magie mon taux d’engagement et obtenir de nouveaux abonnés ( fantômes pareillement, le serpent qui se mord la queue quoi )

C’est ce qui se produit désormais sur tous les réseaux sociaux. Et WordPress même si son apparence est plutôt cool par rapport à tous les autres est une forme à peine déguisée de réseau social avec les mêmes contraintes.

Comment mesurer l’engagement de vos abonnés autrement que par la satisfaction obtenue par les like et les commentaires ?

Tout ici finalement le suggère et c’est donc tout à fait normal que vous y pensiez, c’est l’argent, le pognon, le flouze, la thune, les pépettes, le grisbi.

Je veux dire c’est même incompréhensible désormais qu’un blog ne propose pas de vendre quelque chose, ne serait-ce qu’un abonnement ou une demande de soutien. C’est presque rassurant pour un lecteur comme moi, je m’en aperçois.

Donc on peut bien dire ce que l’on voudra, être romantique ou masochiste ce qui n’est pas loin d’être la même chose, la mesure véritable de la valeur d’un blog, c’est l’argent.

Par contre si vous vous mettez à parler d’argent tout à coup comme par exemple proposer un abonnement, ou bien vendre un recueil de poèmes, un bouquin sur la peinture il faudra vous attendre à des déceptions également.

Ca ne se vend pas comme des petits pains.

Peut-être d’ailleurs ne faut il pas aller chercher midi à 14h. Faire un blog sur la fabrication des petits pains puis attirer le chaland sur un service de livraison de proximité, ça éliminerait beaucoup de doutes et probablement arrondirait les fins de mois.

Bon je dis ça je suis un peu provocateur vous commencez à me connaitre maintenant… sans doute que je ne vais pas vous demander de payer tout de suite, mais j’y pense 😉

Ne serait-ce que pour savoir qui est vraiment sincère et qui ne l’est pas puisque tout désormais se mesure ainsi, grâce ou hélas, avec de l’argent.

Si toutefois aussi la sincérité de chacun m’importait vraiment, je vous le concède.