Sadhguru

— Cher Sadhguru je trouve bien plus facile de m’émerveiller du monde naturel que de l’humanité … comment être émerveillé par les êtres humains comme je le suis par le paon qui danse ?

— Et bien … c’est un être humain n’est-ce pas ? Non non, je me demande si c’est un oiseau qui pose une question … ? (petit rire ) Et bien les êtres humains n’ont pas d’aussi belles plumes que les paons…


Il caille. J’ai tourné à fond le bouton du radiateur de la Dacia. Je viens d’achever ma journée de travail il est 21h30. Personnellement à cet instant je suis émerveillé que ma bagnole démarre du premier coup.

C’est ce dialogue sur lequel je tombe. Ce dialogue entre un grand sage hindou et un de ses disciples, j’ai fait une fausse manip en sortant du parking et Youtube me propose ça. Bon je voulais plutôt écouter une émission sur la peinture mais j’ai les mains prises, parce que j’allume une cigarette en même temps, ma tablette est à coté, sur le siège passager. Laissons aller, pourquoi pas ? Trop crevé pour résister.

Et puis en vrai ça m’interpelle aussitôt ce dialogue. Je suis intrigué parce que moi non plus je ne porte pas vraiment les êtres humains dans mon cœur en ce moment. Je serais plutôt comme ce type qui pose sa question, à vouloir m’émerveiller des paons, et de tout un tas de choses que je trouve extraordinaires, plutôt que de tomber en pamoison devant n’importe quel être humain.

Même si je voyais à cet instant précis sur le bas de la route, une très belle femme qui fait de l’auto stop avec un magnifique sourire aux lèvres, je ne m’arrêterais pas.

Rien que d’y penser je suis déjà dégouté par ce long chemin à effectuer pour revenir chez moi.

De plus j’imagine qu’il faudrait certainement nourrir une conversation, et ça me fatigue d’avance.

Tenez, rien que d’imaginer tout cela je souris tristement. Car il y a une dizaine d’années je n’aurais pas agi ainsi. Je me serais arrêté bien évidemment et j’aurais dit

—Mais bien sur, à votre service, montez et avec le sourire en plus , le genre de sourire que l’on imagine sincère vous voyez… sincère un peu comme pour se prouver qu’on l’est.

Oui je peux tout à fait m’émerveiller de la présence d’un oiseau au loin, plutôt que de celle d’un être humain. Moi aussi je le peux désormais. Sans tomber dans le panneau.

J’écoute la conversation entre le grand maître Yogi et ses disciples, enfin le monologue. Il a l’air d’un vrai sage Sadhguru. De temps en temps je jette un coup d’œil sur l’écran: turban sur la tête, longue barbe blanche, petits yeux rieurs, posture de yoga en tailleur. Fascinant j’allais dire.

Pitoyable je me reprends.

Tout ça me renvoie des milliers d’années en arrière j’ai l’impression. Au temps où moi aussi je m’émerveillais des paons comme des êtres humains, je ne faisais à vrai dire pas de réelle différence.

C’est normal car je vivais seul. D’une certaine manière je ne prenais aucun risque.

Aucun paon, si magnifique soit-t ‘il, à cette période de ma vie, ne chie dans mon salon, et lorsque moi même j’éprouve le besoin de me rendre aux toilettes, je n’ai pas à m’agacer en constatant que quelqu’un s’y trouve déjà.

La route défile, l’ampoule du phare gauche a dû griller car l’intensité du faisceau est plus faible de ce coté de la route. Tout comme dans ma cervelle je pense. La partie droite est plus puissante que la gauche qui rend toute analyse, tout calcul, toute stratégie totalement ridicule désormais.

Etrange époque que cette époque du virus.

Ce type, ce yogi, il m’est soudain sympathique, plein de bon sens surtout. J’imagine presque aussitôt sa solitude. Etre obligé de s’accoutrer ainsi, comme un yogi, un sage, pour dire ce qu’il a dire afin que les gens veuillent bien prendre le temps de l’écouter… d’un seul coup je rigole tout seul. Je me demande : pourquoi éprouver ce besoin d’être écouté …? Pourquoi s’imposer aussi ce genre de « mission » si cela en est une ?

Avec ces périodes de confinement successives qui ont frappé le monde nous avons été obligé de cohabiter comme jamais auparavant nous ne l’avons fait. C’est à dire que nous nous sommes retrouvés confronté à nos contradictions les plus profondes.

Ces merveilleuses femmes et hommes qui se jurent un amour éternel sur les réseaux sociaux, confinés chez eux individuellement ou en famille se seront sans doute aperçu de cette contradiction.

Aimer, adorer les gens de loin c’est très facile. Vivre avec eux, partager le quotidien beaucoup moins, même si on en a souvent rêvé.

Du coup je pense à cette exposition que j’ai installée dans mon village. C’est mon épouse qui se charge d’effectuer les permanences car je vais par monts et par vaux pour mes cours.

J’imagine que je suis un visiteur, je pousse la porte et je vois tous ces tableaux accrochés sur les murs de la galerie. Je les vois comme si ce n’était pas moi qui les avais réalisés. Ils sont magnifiques, tout à fait comme de beaux paons avec de jolies plumes. Est-ce que j’aurais pour envie d’en accrocher le moindre sur mes murs ? Et surtout vivre avec chaque jour qu’il me reste à vivre …

Bien sur que non.

Chez moi les tableaux ne restent pas en place. D’un mois l’autre mon épouse se charge de la déco qui est sans arrêt renouvelée. Cela entraine au détachement.

Mon épouse… je pourrais aussi parler de la féminité, comment l’immobile envoie tout le mobile valdinguer …et comment tout ce qui est merveilleux à priori change totalement de visage selon la distance avec laquelle on le regarde. Mais je ne confonds pas les oiseaux avec les femmes non plus, du moins cela fait bien longtemps que je ne fais plus cette erreur.

Je ne veux pas mettre le lien vers la vidéo Youtube. Du coup je cherche une image de ce Yogi farceur et je tombe sur une photographie en noir et blanc de lui jeune avec son épouse. Je l’aime beaucoup ainsi. Il a dans le regard quelque chose qui m’explique la suite de son parcours. Ce mélange de mépris et d’amour que le yoga doit certainement, avec le temps, trouver le moyen de réunir dans une forme divertissante.

Fiction

Zoran Music , peinture.

Tout est souvent mal compris. Vite et mal. La surface seulement attire l’œil, la première impression, celle qu’on se hâte de recouvrir par des mots, des pensées, par tout un tas de choses qui nous confortent, nous rassure. C’est souvent comme ça mais on n’est pas obligé de s’y habituer. Il faut le savoir.

Ce genre de réflexion me ramène à Louis-Ferdinand Céline et aux premières lignes du Voyage. Il le dit très clairement que tout est dû à l’imagination. Cependant qu’on les passe vite ces lignes. Je me souviens comment je les ai avalées tout rond, en me disant tiens c’est certainement un artifice.

Il aura fallu que j’écrive des pages et des pages, des milliers pour me souvenir de ces premières lignes et de cette grande responsable qu’est l’imagination.

Responsable mais pas fautive.

Il faut le savoir aussi.

Et on en met un temps fou pour se rendre compte.

On écrit « je » et déjà c’est de l’imagination pure.

Il suffit d’écrire les premiers mots pour comprendre à quelle point la sincérité est suspecte. Comment elle est difficile à suivre, comment elle ne cesse de nous esquiver.

Jusqu’à la capitulation. Certains disent l’acceptation. Mais j’insiste. Capitulation ce n’est pas un vain mot lorsqu’il s’agit de remettre les clefs de la ville à l’imagination. Lorsqu’on saisit son pouvoir, sa puissance par rapport à toute quête de sincérité, d’authenticité, d’amour.

Capituler devant l’amour passe par l’acceptation des faits, par la reconnaissance d’une impuissance primordiale de ce « je » qui ne cesse de vouloir en placer une dans  » j’écris ».

Laisser les commandes à l’imagination sans se mettre en travers du chemin, en s’écartant pour la laisser passer.

ça ne donne pas grand-chose de plus dans l’absolu.

ça donne des récits, des fictions comme on dit.

Les lecteurs se demandent ensuite est ce que tout ça est vrai ?

Pourquoi faudrait-il donc tellement que quoique ce soit soit vrai ? Pourquoi ce besoin perpétuel de se rassurer dans la présence d’une vérité, dans l’idée de faire la part du vrai et du faux ? Dans cette chose que nous nommons raisonnable et qui nous ramène toujours plus ou moins à l’amertume.

Je n’arrive pas à boire mon café sans sucre. Bien que je n’en prenne désormais plus qu’un demi il me faut toujours ce gout légèrement sucré pour passer l’amertume. C’est peut-être mon coté hédoniste qui veut ça. Encore que je connaisse mieux comme hédoniste.

Il y a un tas d’hédonistes qui boivent leur café ou leur thé sans sucre.

Peut-être est-ce alors une relation personnelle à l’amertume en générale. En l’amertume tout court.

Peut-être il y a t’il tant d’amertume que la fiction du sucre et qui flirte avec la dangerosité de son effet sur les artères et le taux de cholestérol m’est utile pour vivre.

Je vis à la journée je ne vis pas pour dans 1000 ans.

Je suis déjà bien content comme ça.

Bien sur que ce texte est encore une fiction. Ils le seront tous à des degrés plus ou moindre.

Quand on écrit je crois qu’on n’est pas tout à fait soi. On est tout le monde et personne. C’est à la fois agréable et désagréable en même temps lorsqu’on ne s’en rend pas compte.

Il n’y a personne à féliciter ni à accabler surtout je crois que c’est ce qui manque à l’auteur le plus souvent

Car il y a indéniablement imposture. Enfin moi je le prends comme ça.

Ce qui fait qu’au bout du compte on peut me féliciter ou me conspuer, je m’en fiche, je sais bien que ce n’est pas tout à fait à moi que l’on s’adresse, même si pour ne pas heurter je fais semblant d’être content ou triste.

J’ai cru devenir cinglé plusieurs fois en effectuant ce constat. Et sans doute le suis-je devenu sans même me rendre compte. Dans ce cas ce ne sera pas bien grave non plus, je serai classé comme fou et voilà tout. Le monde continuera de tourner comme il l’a toujours fait, c’est à dire en rond en créant d’immenses mensonges d’énormes illusions autour d’un grain de sable que l’on veut à tout prix nommer la vérité.

— Et nous alors tu en fait quoi ? me disent un tel une telle.

Je n’en fais rien justement. Je vous regarde, sans doute que je vous aime, certainement je vous aime, mais je ne peux rien faire avec ça.

Je veux dire que la surface visible de cet amour je la traverse sans vraiment m’y attarder, c’est là le hic car c’est justement là que se situent pour la plupart les preuves.

Les preuves d’amour.

Je n’en suis pas dénué. Je ne cesse de donner des preuves si vous voulez, pas celles que vous attendiez.

Et puis des fois je me dis aussi que si vous m’aimez vraiment vous comprendrez, vous ferez vous aussi l’effort.

Moi j’ai l’impression d’avoir soulevé le monde déjà mille fois, sans doute que ça continuera encore mille fois sans que je ne me fatigue de trop.

Tant que j’ai suffisamment d’énergie pour me rappeler que tout ça n’est que de la fiction. Que je suis seul et fort pour supporter cette vérité.

Rouleau compresseur

Huile sur papier 15×15 cm

Je suis chanceux. Je pourrais vivre la vie de ce type assis au volant d’un rouleau compresseur. Je me dis ça en patientant au feu rouge. Circulation alternée à la hauteur de Reventin. Les secondes s’égrènent j’attends l’orange et en même temps je me dis que malgré tout, malgré toutes les merdes, malgré tout ce que je peux penser de moi, de ma vie, de mes échecs, je suis chanceux.

C’est un réflexe. Je ne suis pas altruiste pour deux ronds. Quand le feu devient orange, j’embraie en passant la première et j’oublie. J’allume la radio, France Culture, je m’oublie j’oublie tout. J’ai juste un but programmé sur mon planning. Me rendre à mes ateliers du mercredi, près de Lyon. Une bonne heure de route au volant. J’adore rouler ça ne me gène pas.

J’adore ce qui ne me gène pas. Ce genre de chose est suffisamment rare pour être adoré. Je veux dire qu’adorer une chose qui n’arrive presque jamais n’est absolument pas un risque. Pas besoin de changer grand-chose à sa vie pour adorer ainsi.

L’étude des reflexes est une de mes occupations préférée lorsque je conduis. Il suffit de faire attention à la route et à tout ce qui peut surgir dans sa propre cervelle. Il y a autant de chauffards sur la route que de reflexes dans une cervelle. Quand je dis reflexes ce sont plutôt des pensées que l’on rumine, que l’on use jusqu’à la corde parce qu’on n’a rien de mieux à se mettre sous la dent.

Par exemple ce type au volant d’un rouleau compresseur qui aussitôt me fait penser à la chance de ne pas être lui.

J’examine ça en conduisant, vous voyez.

ça me rappelle une histoire chinoise.

Un empereur regarde son royaume depuis la hauteur d’une tour de son palais. Il voit tout en bas son royaume et bien sur ses sujets. Et là il zoom sur un pauvre type et se dit zut qu’est ce qui ne va pas ? Tout le monde n’est pas heureux dans mon royaume ? Qu’est ce que c’est que cette histoire.

Il descend de sa tour et il se rend à pied jusqu’au pauvre type.

— Comment que ça se fait que t’es pas heureux dans mon royaume toi ?

Et là le pauvre type regarde l’empereur avec un regard d’incompréhension totale

— Qu’est ce que tu me veux connard ? il dit et il ajoute je suis très heureux comme je suis

La tête de l’empereur…

Comme la mienne à peu près en me souvenant de cette histoire. Sauf que moi j’ai un but, et j’y arrive

je donne des cours de peinture à des petits enfants. Pas le temps de m’apitoyer sur mon sort.

Bonjour les petits enfants comment ça va bien aujourd’hui ?

Le mercredi c’est une sacrée journée je ne rentre pas avant 22h30 chez moi.

J’aurais encore le temps de me rappeler d’autres histoires, de m’en inventer s’il le faut comme d’étudier d’autres réflexes, et d’éviter les chauffards.

C’est bien joli tout ça

Esquisse à l’huile sur papier, c’est bien joli mais… pas fini.

— C’est bien joli tout ça, la littérature, la peinture, la musique, le hasard, toutes ces choses dans lesquelles vous vous absentez mais… et moi ? me dit-elle.

Je la regarde et je la vois alors comme je ne l’ai encore jamais vue.

Tous les traits de son visage se sont modifiés, elle est bouffie. Et je me dis mince alors, dire que quelques minutes avant elle était belle. Je me demande si c’est elle ou si c’est moi. Ce changement brutal à quoi tient-il ?

Et puis le son de cette phrase, l’écho, cette locution déjà entendue mille fois et venant de tant de bouches différentes.

C’EST BIEN JOLI TOUT CA, MAIS…

On ne fait pas attention suffisamment à l’usure de la répétition. Cela devrait nous indiquer quelque chose pourtant. Cette fatigue, cet ennui qui nous grignote. Et puis soudain, lorsqu’on le voit, il est souvent trop tard, il ne reste plus que le ras le bol.

Pour temporiser je cherche le début. Comment tout cela a commencé.

Je cherche la première fois, sa vigueur, sa violence, l’énergie de la première fois. Celle qui m’ a rétamé sans que je ne la vois venir.

— C’est bien joli tout ça mais j’ai autre chose à faire que de te supporter …

— C’est bien joli tout ça mais as tu du cœur ?

— C’est bien joli tout ça mais à quelques centimètres près tu ne serais qu’une merde.

— C’est bien joli tout ça mais non je n’aurai pas d’enfant avec toi.

C’est bien joli de se souvenir du début mais ça ne fait pas avancer les choses vraiment. Le problème revient toujours et avec lui son cortège de soupirs et de soupirants.

Comment s’extirper de ce début qui ne cesse pas ?

Ce pourrait être un peu plus que joli, comme par exemple utile, voir un peu moins égoïste, ou alors plus responsable, plus attentionné, plus que moins, c’est à dire pas seulement joli.

Moi je lis. Je lis pour ne plus voir ça. J’ouvre un livre et je m’enfuis parce que sinon ça se transforme toujours plus ou moins en eau de boudin.

Des cris et des pleurs, des portes qui claquent et des bouderies à n’en pas finir.

Et en finir alors devient la priorité.

Je passe du début à la fin en un clignement d’œil.

— C’est bien joli tout ça mais vous me les brisez menues. Je vous le dis avec ma meilleure élégance disponible. Presque avec humour si vous voyez ce que je veux dire, c’est bien joli mais je ne suis pas que poli.

ça ne suffit pas non plus .

Etre poli ça ne suffit pas. Toujours plus…

Alors je ne suis plus poli. Vous l’aurez bien cherché.

—Espèce de grosse conne endimanchée. Non mais t’as vu ta gueule sale pute ? Espèce de salaud, espèce de ceci ou de cela. J’utilise espèce pour atténuer encore… parce que sinon j’irais directement au fait.

J’y vais par petites touches. Mais c’est douloureux tout de même. Et quand tout à coup je me rends compte qu’atténuer ne sert plus à grand chose, je rentre dans le vif du sujet.

Et là je m’arrache par lambeaux comme un oignon qui s’épluche. Toute ma délicatesse je la pèle comme un oignon couche après couche. Et plus j’arrive vers le germe, plus je deviens chaud, plus c’est douloureux. C’est bien douloureux mais bon en même temps quelle jouissance !

Dans ma tête je lui saute à la gorge la mords, la déchire à coups de dents, l’énucle, la découpe en tous petits morceaux la congèle, sac en plastique avec étiquette. La date sur l’étiquette avec le nom de la partie. En rouge la cervelle en bleu le cœur et l’utérus en jaune.

Alors c’est bien joli tout ça ? Redites le pour voir ?

Mon Dieu ça me revient d’un coup, toute l’histoire de ma vie avec le c’est bien joli tout ça, mais.

Faut que je vois un psy.

Bonjour madame la psy, je m’assois où ?

Tic tac tic tac la pendule, 45 minutes pas plus.

Elle est là en face de moi assise jambes croisées, une belle femme encore. J’aime les belles femmes, je les adore.

Je me mets à parler de tout et de rien, de tout ça, de ce qui me passe par la tête pour en avoir pour mon argent. C’est super dispendieux de s’examiner le nombril pour tenter d’y voir plus clair.

Elle ne dit pas grand chose. Moi un flot ininterrompu de mots alors qu’en fait une seule chose est importante et je ne la dis pas.

j’ai envie de dire mais je ne le dis pas

— c’est bien joli tout ça, mais je vous baiserais bien à couilles rabattues sur votre sofa.

ça ne se fait pas.

Je le sais, j’ai payé cher pour ça déjà.

— Enfermez moi j’en peux plus, un asile siouplé je dis à la dame. Et là je pense à ma bite bien à l’abri dans son vagin. Et à moi au bout de tout ça avec un entonnoir sur la tête.

L’imagination quelle soupape.

Je bredouille je gazouille, je fais semblant mais j’ai la trouille.

Puis à un moment arrive l’heure.

— C’est bien dit la dame et là le monde s’arrête, tout est en suspens

— C’est bien pour aujourd’hui elle dit, on reprendra la prochaine fois.

Je suis aux anges.

Je lui baiserais bien la main comme à une altesse.

Mais je me lève, fouille dans mes poches pour trouver mes ronds que je pose sur le sous-main de cuir vert.

Dans ma tête quelque chose encore en lâchant la liasse.

Dans ma tête quelque chose encore lorsque la porte se referme derrière moi

l’odeur d’encaustique des escaliers, l’écho de mes pas contre les murs blancs me reviennent, puis le porche et les bruits de la rue qui m’envahissent et me réduisent à si peu de chose.

Et là je me dis, me surprends

— C’est bien joli tout ça mais à quoi ça sert ?

L’ennui mon ami

Je n’aimais pas l’ennui,

c’était un inconnu, un étranger

Il était noir comme du charbon

et laid comme une fille sans maquillage.

Mais un jour,

un jour arrive toujours

où j’étais tellement seul

qu’il n’y avait que lui.

L’ennui

à qui parler.

On a appris à se connaitre tout doucement

Il était plutôt rude, un sale type

toujours à me contredire sans arret.

Un vrai salaud.

Et puis et puis vous savez comment c’est

les filles aussi disent quel sale type

et puis elles les épousent.

ainsi va la vie.

Je ne peux pas dire qu’on soit vraiment amis

Mais on s’entraide ça c’est clair

Un voisinage intelligent

Une relation quasi conjugale,

tout compris et aussi le gnan gnan

sauf qu’on est inséparables

Ah ça il m’a dans la peau le saligaud.

Alors que moi suis plus volage

je trompe l’ennui c’est y pas beau ?

Je m’adore

Un jour je tomberai tous les masques et je crierai

Je m’adore

Sans rire

un jour je prendrai cette chose

très au sérieux.

Mais là

je regarde un oiseau ivre

dans le ciel bleu.

Ivre de vol.

Je m’adore c’est sur

Je ne l’ai pas lu dans les livres

Pas de bol.

La graine est là en terre

c’est l’hiver encore heureux

c’est pas mur.

Pour le moment j’erre, j’explore

Toutes les versions de l’échec

Pour être sur

Comédie

A partir d’un certain âge nous devenons les spectateurs de la comédie humaine. Nous descendons de l’estrade et allons nous installer sur un strapontin.

Et là, c’est avec un sentiment mitigé, constitué d’un peu d’effroi agrémenté de nombreux fous rires, que nous observons les comédiens s’agiter là haut alors que nous sommes en bas, proche du trou du souffleur.

Il nous vient alors une intuition… Et si c’était enfin la dernière ? La finale du spectacle ? Et si c’était la fin tout simplement ?

Il s’agirait alors d’un enterrement, le notre en l’occurrence.

Ce serait théâtral encore, imaginez la mort de l’ acteur, peu importe lequel, star ou simple histrion.

Car l’intuition dit aussi que dans ce théâtre tous sont importants, le plus petit comme le plus grand , chacun sa nécessité, chacun vecteur d’une action, d’un rebondissement qui fera à la fois rire et pleurer comme dans tout bon spectacle digne de ce nom.

Une comédie.

Cette prise de conscience de l’importance de chacun au sein de la bouffonnade du tout… peut-être est-ce ce mélange détonant , un peu comme alcool et ecstasy, qui rend l’idée autrefois hideuse de la mort désormais douce, magnifique.

J’aimerais partir ainsi en bon perdant sans le moindre ressentiment.

Je m’aperçois aussi qu’on ne peut pas arriver dans cet état magique d’un claquement de doigt, bille en tête, la lubie pansant l’angoisse, vieille histoire de jambe de bois.

Non c’est le travail de toute une vie. Sans doute le seul vrai travail d’une vie.

Et le plus beau c’est qu’il se fait sans que nous produisions le moindre effort, tant nous sommes distraits, tout entiers occupés à jouer la comédie.

Eclaircir la palette

Huile sur toile Format 20×20 cm

L’exercice de la peinture est étroitement liée, pour chacun de nous, à une vision personnelle du monde. Ou plutôt à une interprétation personnelle, subjective de la réalité comme de l’imaginaire.

Qu’il s’agisse d’un enfant de 6 ans, d’un adolescent de 15 ans ou d’un adulte quelque soit son âge, ce que nous pensons voir, comprendre, être, tout ce que pensons, se reflète sur le papier et sur la toile par l’entremise du crayon, du pinceau ou de la truelle s’il le faut.

Une fois la peinture achevée nous regardons celle-ci et nous émettons un jugement. Généralement de façon binaire : bien/pas bien, beau/moche, joyeux/ triste etc. On remarquera que c’est souvent binaire.

Si on s’arrêtait quelques instants sur ces jugements, si on prenait un peu de recul surtout, en les observant , on pourrait alors se rendre compte à quel point ces jugements nous sont aussi nécessaires qu’inutiles.

Nécessaires parce qu’à chaque fois que nous effectuons quelque chose nous éprouvons le besoin de mesurer cette chose selon une échelle de valeurs dont on nous a appris qu’elle s’étendait du pire à l’ excellence.

Inutiles si vous ignorez tout de l’emprise de cette échelle sur votre jugement.

Sauf qu’en peinture, lorsqu’on débute la peinture, comment savoir où se situe vraiment le pire et le meilleur ? Pour un débutant surtout, qu’est ce que le pire ? Qu’est ce que l’excellence ? Nous l’ignorons car nous sommes aveuglés, si l’on veut, par ce qu’on pourrait appeler des clichés.

Entre ma propre idée du pire et de l’excellence et une idée collective, universelle du pire et de l’excellence se glissent ces clichés, comme des reflexes.

On pourrait aussi s’interroger sur la valeur intrinsèque de cette idée de beau collectif, de laideur collective, mais ce sera le sujet d’un autre article.

Nous nous référons au connu. A ce que nous-mêmes pensons connaitre, encore que ce mot soit ambigu, Disons plutôt à ce que nous pensons savoir. Nous pensons savoir quelque chose sur la peinture tant que nous ne pratiquons pas la peinture.

A savoir le plus souvent que ce savoir provient du souvenir de toiles de maitres aperçues dans des livres, des magazines, dans des publications sur internet, dans des articles, parfois aussi dans des musées.

Nous acceptons de façon obéissante comme pense qu’il doit obéir un écolier qui veut avoir de bonnes notes.

Ainsi, sans réfléchir vraiment, nous relayons une idée apprise du pire et de l’excellence que la ‘ »sphère de la Culture, de l’Art, de la Peinture  » si l’on veut, nous impose de façon totalement inconsciente. Exactement comme des religions auxquelles on adhère pour loger une foi qui, sans celles-ci, tournerait à vide.

Tout cela parce que l’obéissance est liée à une certaine confiance. que cette confiance aveugle , cette foi, nous empêche de voir vraiment avec nos propres yeux.

Comment alors pourrions nous rivaliser avec un Michelangelo, un Léonardo, un Van Gogh, un Renoir ? Comment pourrions nous nous hisser à cette hauteur prodigieuse ? Et en même temps nous considérons souvent nos propres réalisations comme celles des enfants, comme quelque chose sans importance, dérisoire, sans valeur.

Qu’est ce qui fait vraiment la différence entre un tableau de Van Gogh et un dessin d’enfant ? Dans l’absolu, d’où vient cette différence ?

Est-ce que cela s’explique par la maitrise du dessin, de la couleur, de la composition ?

Est-ce que cela provient de l’émotion que nous éprouvons parce qu’il s’agit de Vincent Van Gogh dont nous connaissons plus ou moins la notoriété , l’histoire tragique de sa vie. Parce que nous entretenons ce cliché d’un homme malheureux qui se jette dans la peinture en épousant le figure emblématique d’un Christ cloué sur une croix ?

Sommes nous objectifs lorsque nous regardons un tableau de Van Gogh ? Bien sur que non.

La plupart d’entre nous ne voient pas le tableau réellement. Même en posant presque le nez dessus nous ne le voyons pas.

Quelque chose ne cesse de s’interposer entre l’œil et la toile. C’est la légende du peintre.

Comme ce qui s’interpose entre nos œuvres personnelles, anonymes cette fois aux yeux des autres. L’anonymat procède de la même façon que la notoriété , dans une direction inverse.

Quelle valeur attribuer à une œuvre réalisée par un peintre inconnu ? Quelle crédibilité accordons nous immédiatement à quelqu’un dont nous ne savons rien, ni de son parcours ni de la valeur marchande de ses œuvres ?

Cette valeur, ce jugement que nous portons sur l’inconnu, sur l’étranger, ne sont-ils pas du même tonneau que ceux que nous fabriquons à l’emporte pièce sur nous-mêmes ? Sur ces parties inconnues de qui nous sommes vraiment ? Sur nos faits et gestes réalisés en toute inconscience et qui remontent soudain à la surface de la conscience ?

Ne les répudions nous pas de la même façon ? sans même prendre le temps de nous arrêter sur les véritables raisons qui nous font justement les répudier si rapidement ?

Tout cela parce que nous avons une idée de frontière encore une fois entre le bien et le mal, le beau et le laid, le connu et l’inconnu. Une idée qui ne nous appartient pas vraiment de surcroit mais qui n’est fabriquée que par la rumeur, les on dit…

N’est-ce pas à partir d’un certain malaise, avant coureur pourrait-on dire du contact réel avec une réalité inconnue, que nous fabriquons les couleurs de nos palettes de débutant. Elles sont souvent boueuses, ternes, sombres ces couleurs. Et nous ne nous en rendons pas compte tout de suite.

Ce malaise que nous appelons confusion, il n’y a pas de jugement de valeurs à lui attribuer. Il fait totalement partie du processus de la peinture.

Puis, au fur et à mesure de la pratique, la confusion est identifiée pour ce qu’elle est. A savoir l’ignorance surtout de ce qu’est notre clarté.

Alors peu à peu il n’est pas rare que les spectateurs le signalent, chacun à leur façon en disant c’est beau, c’est lumineux, c’est joyeux, c’est bouleversant etc.

A partir de là il faudra aussi prendre un certain recul, ne pas se laisser hypnotiser par tous ces mots et comprendre que quelque chose de très concret s’est produit.

Quelque chose de simple, et vous pourriez vous dire alors : Tiens ma palette s’est éclaircie.

La poésie en boîte

Une fois un artiste a chié dans des boites de conserve

et ça s’est bien vendu.

Preuve que tout se vend

ou que les gens sont cons comme des balais ?

Je ne sais pas.

Plutôt la seconde quand on en a marre de rouler en première.

Tout ne se vend pas, enfin pas encore, il faut se dépêcher.

Dire ce qu’il me passe par la tête.

Dire merde à la boîte, aux boites ,ces petites boites

Pas de poésie en boite !

Et chevaucher les mots comme des chevaux mongols.

Cavaler sur la steppe comme un Hun.

Tout nu et sans selle.

Sans selle car le vent se fiche bien de la merde en boite.

La mine d’or

En russe rien se dit Nietshevo

Je ne comprends rien

Ia Nietzsche et veau ni panne ni maille you

Mais justement c’est là que je comprends le mieux

Et si c’était lui qui écrivait des articles chaque jour … Le solitaire. « Dans les écrits d’un solitaire, on perçoit toujours comme l’écho du désert,…

La mine d’or