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Pourquoi j’ai ouvert ce blog

Trois petits tours, extrait numérique.

J’ai ouvert ce blog depuis quelques mois désormais afin d’ exprimer le plus sincèrement possible ce qui me traverse, beaucoup de choses me traversent mais je ne suis qu’un filtre plus ou moins fiable j’en ai tout à fait conscience.

Je ne cherche pas à améliorer le filtre, je le montre tel qu’il est, sans rien rejeter de ce qui le constitue qui, en un mot, est ma vie avec ses hauts et ses bas. Je vis depuis toujours dans une solitude extrême, et ceci surtout quand je fréquente les autres. C’est sans doute un problème de fréquence, ce qui m’intéresse la plupart du temps n’intéresse pas les autres et vice versa. Je leur en ai beaucoup voulu plus jeune et je m’en suis voulu aussi mais le constat est là c’est juste un problème de fréquence et rien d’autre.

L’amour que l’on me jette à la figure comme mon égoïsme ou égotisme ou mon égocentrisme, tout ces beaux mots à la mode désormais n’y change rien. D’abord parce que je ne sais pas aimer à la mode actuelle, et aussi parce que mon ego m’a permis de survivre jusque là et que je considère à tort ou à raison que c’est mon seul véritable ami. Il faut beaucoup de courage et d’illusions pour se détacher de l’ego, mais il me semble aussi qu’il en faut tout autant pour l’accepter tel quel.

Les mots sont un espace dans lequel je laisse filer la pensée sans la retenir. C’est après tout une liberté encore une fois que d’énoncer ce qui advient sans barrière, sans réserve ni tabou, sans volonté de plaire non plus. Je n’écris pas pour séduire quiconque pas même moi-même. J’écris parce que ça fait de la place en moi une fois les choses déversées. J’écris par ce que ce qui m’intéresse c’est plus le vide sous les mots que les mots eux mêmes . Parce que ce vide n’est pas vide mais au contraire fourmille d’informations qui naissent à sa rencontre et dont je me sers pour peindre.

Je pourrais rester silencieux, aller dans les forets, les monts et les vaux afin d’aller d’une autre façon à la rencontre de ce vide. Mais mon orgueil sans doute rejoint mon humilité en acceptant de m’installer à une table pour écrire, pour laisser une trace de ces instants, et parce qu’aussi je me considère privilégié de pouvoir le faire alors que d’autres ressentent les mêmes choses mais ne peuvent l’exprimer.

Sans doute d’ailleurs cela finira t’il ainsi par le silence, cela doit finir ainsi bien sur. Ce n’est pas une issue qui m’effraie, elle m’attire énormément même. Mais je reste classique envers et contre tout dans mon idée du partage. Le bon comme le mauvais en espérant que cela puisse servir à de multiples fins que j’ignore et que je désire continuer d’ignorer.

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« This is the end my old friend »

Les annales akashiques, également appelées archives akashiques, chroniques akashiques ou encore mémoire akashique sont un concept ésotérique créé en Occident par des théosophes à la fin du xixe siècle, à partir d'éléments de la philosophie indienne, popularisé par des ouvrages de Lobsang Rampa, et également dans les pays francophones par ceux de Daniel Meurois et Anne Givaudan1. Ce serait une sorte de mémoire cosmique, de nature éthérique, qui, telle une pellicule sensible, enregistrerait les événements du monde2. En dehors de témoignages individuels anecdotiques, il n'existe aucune preuve de l'existence des annales akashiques ou de la faculté de projeter son corps astral dans d'autres plans de conscience
Annales akashiques détail huile sur toile Patrick Blanchon 2018

Ce qui serait fou c’est de penser que nos pensées comme nos actes ne soient pas enregistrés à tout jamais dans l’infini. J’ai beau tourner cette idée dans tous les sens, j’en reviens toujours à la même chose : au pourquoi il y a t’il quelque chose plutôt que rien ?

Et ces archives intemporelles seraient le lieu sans aucun doute où nous irions puiser nos souvenirs et non pas dans notre petit cerveau d’humain. Ce qui nous freine c’est cette séparation que nous établissons entre les choses. Le visible et l’invisible, le vrai et le faux, la pensée et les actes. le présent le passé et le futur.

L’idée n’est pas nouvelle, on la trouve dans les upanishads ce recueil de textes philosophiques très anciens qui forment la base théorique de la religion hindoue et qui ont inspiré plusieurs figures de l’intelligentsia occidental des le 19eme siècle pour ne citer que Victor Hugo, Schopenhauer, Erwin Shrödinger le physicien, Max Weber entre autres.

On découvre aujourd’hui des liens ténus entre la physique quantique et ces anciens Védas. N’est il pas sage aussi d’imaginer que nous n’inventons jamais rien vraiment et que nous ne faisons que de nous souvenir et de puiser dans ce stock inépuisable que sont les annales akashiques ?

C’est sans doute pour cela que nous avons beaucoup espéré dans les années 70 dans un renouveau majeur, un peu partout en Europe et outre atlantique . Rappelons nous la naissance des ordinateurs et très vite les images de fractales qui je m’en souviens ont impressionné notre société.

Dans la mélopée envoutante de « this is the end » de Jim Morrison c’était effectivement une rupture qui à nouveau s’opérait entre le rigide et le souple, l’établi et l’évasif, tout dans cette époque indique comme des « retrouvailles ». et le symbole qui m’en est resté après toutes ces années sont des images de fractales. Que la plus petite partie soit structurellement comme la plus grande a modifié encore un fois le paradigme dans lequel nous ne cessons de nous débattre.

Sans doute est ce pour cela que voyant venir une sorte d’age d’or à nouveau, les lobbys de tout poil se sont hâtés de trouver de nouveaux pièges, de nouvelles geôles physiques et mentales à cette humanité que la liberté soudaine risquait d’enivrer un peu trop. Avec un peu de recul comment les sociétés peuvent elles fonctionner en ne vivant que d’amour et d’eau fraîche …?

Aujourd’hui je me demande si ce n’est pas la seul voie vraiment vitale pour nous tous que d’abandonner toute nourriture physique.Non pas seulement la viande, mais aussi les légumes, en fait ne plus rien ingérer de solide du tout. Se nourrir uniquement d’eau, d’air et d’amour ne serait-il pas la meilleur solution pour ficher par terre ce vieux système barbare et caduque, hydre de Lerne dont les tètes coupées ne cessent de repousser toujours plus hideuses brandissant à chaque fois leur « isme ».

Entre les Yogis hindous et Marthe Robin de Chateauneuf de Galaure, dans la Drôme française il existe forcément un lien invisible pour nos yeux d’aveugles. Il serait urgent de le trouver en d’en tirer toute la substantifique moelle dont parle mon bon ami François Rabelais.

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Les voyages

Quand on veut voyager et qu’on n’a pas d’argent, pas de temps, pas le courage, enfin quand on a une envie et qu’on fait tout pour ne pas la réaliser finalement, celle ci se faufile malgré tout pour parvenir peu ou proue à la surface du territoire matériel.

Peindre c’est aussi au delà des buts que l’on se dit une façon de laisser parler ces envies de voyages qui pendant longtemps furent compressées, maltraitées, oubliées.

Avec l’arrêt de la cigarette et la disparition des écrans de fumée multiples la vue devient plus claire, la main retrouve la fermeté du manche du pinceau, la souplesse et l’onctuosité des huiles.

Et s’il faut passer encore une fois par le noir et le blanc comme étape obligée ce n’est plus une raison pour ne pas accepter ce que l’envie murmure depuis si longtemps. Cela faisait longtemps que ça me pendait au nez. Ça va s’appeler  » voyages intérieurs  » c’est juste le titre et je ne sais pas où je vais.

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Garder le cap

Klimterie, Patrick Blanchon 2019

Quand le ciel change, que les nuages s’amoncellent à l’horizon, que l’on entend le petit bruit des factures qui arrivent par la fente de la boite à lettres, quand la mine de crayon se brise sous la pression et que l’on cherche le taille crayon partout en vain, quand la gomme est noire, quand le chat n’a plus de croquettes, quand tout est embrouillé à souhait dans la tête comme dans l’atelier, comment garder le cap ?

Chaque jour essayer un truc, écrire sur une feuille la liste des choses à faire par exemple, et puis la déchirer, la jeter à la corbeille pour voir ce qui reste en mémoire d’important vraiment.

Découvrir qu’au final rien d’autre n’est important que la certitude que tout un jour sera terminé.

Se lamenter un brin, puis se relever et avec souplesse. Tenter un auto coup de pied au cul.

j’ai testé pour vous, ça peut marcher de temps en temps, après 55 ans c’est plus périlleux, enfin pour les plus souples alors on enchaîne dans la foulée, par un petit café, une cigarette, ah non désolé j’ai arrêté.

Une envie brève comme un ange qui passe. Bien se rappeler qu’une cigarette ne dure guère, c’est tellement bref qu’on se demande quel plaisir vraiment on peut poser sur le plateau de la balance tandis que sur l’autre on a installé tous les dépits que la brièveté de cet acte saugrenu entraînerait. Toujours faire la part du pour et celle du contre.

Et puis s’en fatiguer, se révolter, gesticuler, tout cela ne dure pas longtemps quand on y réfléchit bien, juste un sale petit moment à se débattre, ça va passer. Et respirer, profondément, respirer.

Lorsque la lumière revient, avec le calme on en rigole doucement, on s’aperçoit, on se retrouve, on se tapote l’épaule, on s’encourage à nouveau, et l’on finit par s’apprécier. C’est vraiment à ce moment là précisément que le taille crayon resurgit, alors on s’assoit, on prend une nouvelle feuille et on y va. Une nouvelle journée alors est traversée et le soir vient, car il vient forcément, irrémédiablement. Alors on se demande si on a gardé le cap ?

On ne sait pas vraiment si c’est au sud ou au nord à l’est ou à l’ouest, aucun point cardinal n’est vraiment précis. C’est plus une impression, un ressenti qui va colorier la nuit de couleurs froides, de couleurs chaudes.

Et pour l’instant quand vient le matin, comme un gamin à chaque fois je reste ébahi.

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Rater

Comment rater ton visage Huile sur toile Patrick Blanchon 2019

Aujourd’hui je vais contourner une grande difficulté dans ma vie, celle de vouloir réussir quoi que ce soit.

Je vais m’installer devant ma toile et je vais fermer les yeux à chaque fois que je vais déposer une touche de peinture. Et ainsi de suite jusqu’à ce que tout le tableau soit recouvert de taches de peinture.

voilà j’ai terminé je peux ouvrir les yeux et j’ai devant moi un tableau qui n’est pas réussi, un tableau que je serais tenté de classer dans la catégorie des œuvres ratées.

Et maintenant je suis devant le contraire de ce que j’ai toujours estimé être la réussite.

Mais qu’est ce qui ferait que ce tableau puisse être réussi ?

Pourquoi est ce que j’imagine qu’il est raté ?

D’où me viennent cette idée de réussite et d’échec ? Et cela me ramène automatiquement à l’immense confusion de mon enfance évidemment.

Réussir sa vie pour mes parents c’était avoir un bon job, puis progresser dans la même boite pendant des années et ainsi gravir peu à peu les échelons. Ils avaient confiance dans cette idée de réussite professionnelle puisque leurs parents leur avait transmise et les parents de leurs parents .. globalement, l’idée de la réussite professionnelle n’avait pas changé depuis des générations.

Lorsqu’en 1974 mon père reçut sa lettre de licenciement il travaillait déjà depuis plus de 15 ans dans la même entreprise, il avait démarré comme simple représentant et s’était peu à peu hissé comme responsable des ventes, puis directeur commercial. Il avait travaillé dur pour y arriver , le travail payait .Pour se former il n’avait pas hésité à s’inscrire au Conservatoire des Arts et métiers où il passait ses soirées et souvent des weekend entiers.

En revanche sa vie de famille était pour lui comme pour nous un échec, nous le voyions rarement, souvent stressé, parfois colérique, et tout ce qu’il devait entreprendre dans la maison, il semblait s’y attaquer à contre cœur. On peut supposer qu’il avait à ce moment là une sensation coupable de délaisser ses études, de négliger un investissement qu’il estimait plus important que de changer une ampoule, réparer une prise défectueuse, ou simplement aller changer une carte grise pour l’achat d’un nouveau véhicule.

Il passa presque une année à ruminer après son licenciement, et ce fut vraiment une année terrible pour notre famille, il s’enfermait dans un mutisme qui pouvait durer parfois des semaines entières, ou alors il entrait dans des colères homériques. Ce n’était plus pour nous, les enfants un modèle de sécurité et de réussite comme celui qu’il avait voulu nous imposer avant la catastrophe de sa mise à pied.

Du coup tous les conseils antérieurs en relation avec la réussite semblèrent devenir lettre morte, mes résultats scolaires ainsi que ceux de mon frère qui n’étaient déjà pas fameux dégringolèrent de manière vertigineuse.

Nous aurions dit d’une certaine façon que nous l’accompagnions résolument dans la découverte et l’exploration de ce nouveau territoire que représentait désormais l’échec.

Evidemment nous eûmes droit à des insultes et des humiliations carabinées de la part de nos parents qui ne comprenaient pas pourquoi nous ajoutions encore à la difficulté paternelle par nos mauvais résultats.

Mon frère fut orienté vers une voie de garage quant à moi je terminais laborieusement ma dernière année de pensionnat et devais réintégrer l’école publique et laïque ce qui n’était pas pour me déplaire au final.

Je n’établirai pas ici la longue cohorte de tentatives et d’échecs qui s’amoncela par la suite dans tous les domaines de ma vie. Non pas que je veuille en rendre qui que ce soit responsable ce n’est pas du tout cela, bien au contraire, j’ai endossé la responsabilité d’échouer tout simplement puisque la réussite ne semblait pas être une valeur stable.

Evidemment, je n’en fus pas conscient tout de suite, à chaque échec mon estime de moi en pâtissait comme j’avais vu mon père en pâtir, face à lui , l’échec j’étais copie conforme, cependant que je persévérais à accumuler d’autres échecs et ratages, et comme mon esprit est analogique en grande partie, j’établis assez vite des ponts entre les domaines professionnels, sentimentaux, etc , en fait j’ai continuer à vouloir à tout prix réussir mais en suivant la voie de l’échec .. J’étais inconscient de ma compétence de raté.

Le jour ou j’ai enfin compris que je ne cherchais pas la réussite mais l’échec en toutes choses, ma vie se modifia, désormais je me suis bâti une philosophie de l’échec le tenant pour une chose évidente, habituelle, normal e, inéluctable. Il y a plus de chance qu’une tentative quelconque échoue qu’elle réussisse.

En réalisant cela , en changeant mon fusil d’épaule, je me suis mis à regarder ce que les autres nommaient leur réussite et combien celles ci dans mon esprit étaient fragiles. Je voyais un ami dans un super job et je n’étais pas envieux, je savais que tôt ou tard il risquerait de le perdre, j’en voyais un autre avec une femme magnifique à son bras, je ne l’enviais pas plus sachant que celle ci pouvait au mieux le tromper au pire divorcer, et peut-être même disparaître tout simplement. Toute réussite n’était qu’éphémère.

Alors que l’échec m’offrait une stabilité épatante quant à sa régularité.

La phase suivante advint lorsque je commençais à me rendre compte de ce fonctionnement, je n’étais plus inconscient de celui ci , et je l’exploitais.

Je travaillais comme photographe à l’époque, et les hasards des rencontres m’amenèrent à développer des photos pour certains artistes connus. C’est à ce moment là que je prenais les négatifs souvent en noir et blanc et que je les travaillais sous l’agrandisseur pour en sortir des jolies épreuves positives.

Négatif, positif.. Je rencontrais une artiste photographe qui me prit sous son aile et m’embaucha spécialement pour la partie laborantine.

Comme j’étais encore léger d’argent et quasiment sans logis, elle m’offrit de m’installer dans un magnifique atelier de Clignancourt. L’espace était vaste, lumineux, aux murs une collection de masques africains rares constitué par le maître des lieux, peintre célèbre qui prêtait l’atelier à ma bienfaitrice en échange de séance de poses, car elle était modèle également et plus encore son égérie.

C’est dans la cuisine de l’atelier que l’agrandisseur et les bacs se tenaient et j’aimais ce petit lieu clos rassurant contre l’immensité de l’espace attenant qui m’angoissait par sa propreté et son agencement qui ne m’appartenait en rien.

Le soir je me réfugiais dans une alcôve ou j’avais dressé un lit de fortune, je rédigeais mes impressions sur mes petits carnets habituels, cela aurait pu être considéré comme une manière de succès, presque de réussite inespérée.

J’étais plutôt habile dans l’exercice du laboratoire, j’avais étudié avec des maîtres incontestés suite à de longues heures solitaires et un travail acharné. J’avais été capable d’investir quantité de nuits blanches dans cet apprentissage du labo car je travaillais dans la journée.

Et bien les problèmes commencèrent assez rapidement entre ma patronne et moi sur la façon d’interpréter son travail.

Ce n »était pas tout à fait ceci , mais pas encore cela … je déchirais les épreuves et je refaisais.. et représentais encore à nouveau mais ce n’était toujours pas assez ceci et pas encore cela .. De temps en temps, avais je du bol, je sortais un tirage magnifique et j’avais droit à une ou deux louanges mais réflexion faite, cela aurait peut pu être ceci à moins que ce ne soit encore mieux comme ça.

Cette promiscuité de ressenti nous amena à avoir une liaison évidemment, il fallait que nous allions au plus profond de nos divergences ou de nos points communs.

Cette relation dura une dizaine d’année, nous alternâmes ruptures et retrouvailles et je lui appris les rudiments du laboratoire pour qu’elle puisse tirer partie de ses négatifs toute seule.. J’appris par la suite qu’elle cessa toute activité photographique pour se réfugier dans un ermitage en Provence.

La réussite donc c’est un peu aussi comme le bonheur, les gens en général recherchent intensément ces deux choses, ils focalisent toute leur attention la dessus mais sans jamais se demander vraiment ce que serait vraiment la réussite pour eux ou le bonheur véritable

Ils épousent des concepts, des oui dire, des poncifs … et heureusement que les catastrophes existent sinon ils en resteraient là en passant à coté de leur vraie vie.

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Comment je peins

Juste avant le Yin et le Yang
Huile sur toile 120x90
Année de réalisation 2018
Juste avant le Yin et le Yang huile sur toile 100 x 80 cm

Je sors dans la cour pour sentir le temps qu’il fait tout d’abord. En général j’ai avec moi une tasse de café noir que je sirote doucement en écoutant les premiers oiseaux chanter. Ce chant qui vient du fond des temps, à la frontière de l’aube et de la nuit , m’apaise car je suis dans mes pensées bien avant l’aurore et celles-ci ne m’occupent que par jeu, divertissement, m’éloignent par désœuvrement de l’essentiel.

Une fois le seuil de l’atelier franchi, j’ai toujours un petit malaise, une petite épreuve à traverser entre l' »à quoi bon » et le « je ne sais pas quoi faire. »

Bien sur je fais des plans sur la comète, bien détaillés, fouillés, documentés, et en les relisant je fume ma cigarette matinale.

Puis j’envoie tout cela bouler et je m’installe devant ma toile vierge ou inachevée.

Je reste là sans rien faire un petit moment. J’essaie de comprendre et je ne comprend jamais. Mais je renouvelle la tentative pratiquement chaque matin. Sans cette tentative à quoi bon renoncer?

Puis, une fois rendu à l’évidence, désarmé par celle-ci, je prépare mes couleurs, en général seulement les 3 primaires avec un peu de blanc dans le centre de la palette.

Et puis je disparais, réapparaît, au fur et à mesure des effacements, des ajouts, des erreurs, des tons gris ou sales, des excès de gras, des manques de gras, des couleurs trop vives, des couleurs trop ternes.

Et tout cela ne tient qu’à moi, et moi je tiens à lui … à tout ce désordre dont j’ai besoin absolument pour trouver l’ordre.

Le Graal c’est un peu ça la quête… Et les pièges sont nombreux avant d’y arriver. D’ailleurs je ne cesse de tomber dans tous, sans doute parce qu’au fond je sais très bien de quoi il s’agit.

Il faut faire des centaines de tableaux pour le comprendre, pour en être définitivement certain. Et des que l’on croit comprendre, surtout ne pas s’y arrêter, ce n’est jamais cela vous comprenez.

Ce sont juste, chaque tableau un indice, une coquille vide, celle d’une défaite toujours renouvelée.

Il n’y a rien d’important là dedans, rien que l’on puisse voir sur un seul tableau, non ça je ne pense pas qu’on puisse le voir, j’ai beaucoup espéré la dedans.. mais c’est passé.

J’imagine que quelque chose se situe entre tous les tableaux, oui il y a cette histoire dont je vous parle un peu, l’intimité du peintre si l’on veut.

Ah j’oubliais de préciser ne tentez pas de faire comme moi, vous n’y parviendrez pas, je m’entraîne depuis trop longtemps et maintenant je me tais, il est l’heure d’y aller .

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Du juste au vrai il y a un pépin.

tentation de Saint-Antoine
Peinture à l’huile sur concrétions de matières Patrick Blanchon 2018

 

 

« Bienheureux les simples d’esprit car le royaume des cieux est à eux » (Matthieu 5.3)

J’ai mis longtemps à essayer de comprendre le sens profond de cette phrase.

 

Que signifie « simple d’esprit » tout d’abord ? Au débit j’ai supposé qu’il pouvait s’agir d’un esprit binaire qui ne fonctionne qu’avec les notions de vrai et faux et qui ne tient nullement compte de l’opinion générale et diversifiée en matière de bien et mal ou de beau et laid.

Peut-être que l’Adam biblique, à la base,  fonctionnait ainsi  avant de goûter à la pomme. car le fait est souligné que des qu’il goûte  le fruit de la connaissance le voici apte à juger  du   « bon » et donc en creux du mal.

Et puis enfin il « voit  » ou il « reconnait  » sa nudité…puis plouf c’est  la chute.

On pourrait imaginer dans un récit de fiction que nous sommes parvenus à  recrée l’Adam des origines celui d’avant sa chute et la notre  avec nos ordinateurs. Pour la machine il n’y a pas de beau et de laid de bien et de mal juste des 0 et des 1. Du juste et du  déplacé d’un cran.

Et toute notre société s’appuie désormais sur l’informatique.

Le contrôle devenant  le fruit de ce mariage bizarre  car rien de plus facile désormais que d’analyser tout un paquet  de propositionsdans de nombreux domaines.

Cet employé travaille t’il aujourd’hui ?

Réponses possibles : 2 -oui ou non

Tient il sa cadence ? réponses possibles 2 -oui ou non

A t’il payé ses impôts ? quel produit consomme t’il ? quel genre d’émissions regarde t’il ? autant de questions qui savamment posées par des experts finissent par ne donner que deux solutions: oui ou non .

On se retrouve encore entre O et 1 c’est à dire soit O soit 1 sans nuance ni intervalle. Ensuite par glissement cette notion de position dérive vers le vrai et le faux. D’ailleurs on a coutume de grincer des dents quand on entend « une fausse note »par exemple. Elle n’est fausse cependant qu’en raison d’une oreille limitée, ou plutôt habituée à un séquençage, un silence un intervalle. Ainsi est née la confusion. Et de cette confusion, l’informatique comme nouvel emblème de la vérité a tout envahi de nos sociétés.

Notre présent se confond dans notre futur en ce moment alors imaginons :Dans le fond ce serait tellement plus facile de vivre ainsi avec ce « vrai et faux » numérique  bien implanté dans nos cervelles telles des puces informatiques. Un vrai paradis s’ouvrirait alors car la machine saurait quel travail nous convient, quelle alimentation nous entretient le mieux , et ne nous posant plus de questions, n’ayant plus aucun doute la vie et la mort ne serait plus rien d’autre qu’une proposition binaire, un interrupteur sur lequel appuyer. D’ailleurs nous serions en vie simplement et ne penserions plus à la mort, celle ci éradiquée par l’obtention de ce nouvel Eden serait intégrée comme résultat rien de plus ni de moins.

Mais revenons à Adam qui va subit une punition à la mesure de sa faute

La locution « à la mesure » est loin d’être innocente. La mesure, cela ne vous rappelle pas vos cours de solfège chiants d’autrefois ?

En sortant du Paradis Adam se retrouve donc confronté au bien et au mal, au beau et au laid et perd peu à peu la notion du juste et du déplacé tout embrouillé qu’il est désormais par ses toutes nouvelles facultés.Il croît et se multiplie avec quelques drames et péripéties, inventant le temps et pour tuer celui ci bien sur  ,les longs dimanches, les guerres et les congés payés.

Cependant il est possible  d’ observer une constante magistrale : malgré les progrès techniques, philosophiques, artistiques, Adam n’est toujours pas heureux. Les hommes et bien sur les femmes non plus.

Produire pour consommer ne suffit pas et il se met à rêver d’un Ailleurs toujours renouvelé depuis sa chute, depuis qu’il a quitté le monde harmonieux de la musique.

Alors d’un coup se pointe je ne sais quelle nostalgie ?

tiens essayez de taper le mot dans un moteur de recherche connu et vous allez voir ce qui arrive en tête.. une radio musicale mais la définition, il vous faudra scroller  un peu pour en trouver une à peu prés digne de ce nom  dans Wikipedia. Tout content vous cliquez et paf c’est vide ou quasiment. C’est à dire qu’on vous apprend de façon laconique et brusque que la nostalgie, ce n’est qu’un sentiment, s’en suit à nouveau radio nostalgie pour en remettre un coup et que vous passiez à la suite.

Il faut oser cliquer sur nostalgie souligné d’un lien bleu pour arriver sur une nouvelle page dont le titre devient nostalgie (sentiment) pour obtenir comme un mystère réservé aux initiés un embryon de définition que je vous rapporte bien sur ici :

« La nostalgie est un sentiment de regret des temps passés ou de lieux disparus ou devenus lointains, auxquels on associe des sensations agréables, souvent a posteriori. Ce manque est souvent provoqué par la perte ou le rappel d’un de ces éléments passés, les deux éléments les plus fréquents étant l’éloignement spatial et le vieillissement qui représente un éloignement temporel. »

Est ce que c’est  grave docteur ? l’idée de paradis perdu nous le savons un peu maintenant est super  mortifère nous l’avons déjà vue il n’y a pas très longtemps.

Et encore de nos jours nous le voyons à nouveau  qui pointe le bout de son vilain nez. L’intégrisme, le nationalisme, autant de dérives proposées par la nostalgie qui finalement ne pourrait se résumer que par la locution » a posteriori » celle-ci formant son noyau, le reste n’étant que particules en suspension.

Mais ce n’est pas tout. Car en outre, il est  possible voir certain  que l’on se prenne subitement à  éprouver une sorte de nostalgie du futur et ce futur serait aussi  à éviter pour les mêmes raisons.

Mais alors d’ou viendrait l’idée de cet  » Ailleurs » ?

 

Pour expliquer ma définition de juste et déplacé je me réfère à Pythagore et à une des plus anciennes grille de lecture de la musique.

En effet il ne peut y avoir qu’une seule position ou place pour la note juste en musique alors que si l’on déplace ne serait-ce que d’un cheveu ce qui la constitue ( le nombre de vibrations) celle ci devient « déplacée ». Cela ne signifie nullement qu’elle soit fausse, écoutons la musique indienne par exemple qui s’appuie sur une infinité de nuance de l’intervalle…

En musique une quinte, une quinte juste est un intervalle entre deux notes séparées par 5 degrés. On peut aussi diviser cet distance en 7 demi tons.

En acoustique musicale la quinte pure est l’intervalle séparant deux sons dont les fréquences fondamentales sont dans le rapport de 2 à 3 ( soit 1.5=3/2). Quand la note du haut émet 3 vibrations la note du bas n’en émet que 2

On peut aussi retrouver cette notion d’intervalle, de vibrations dans la gamme des couleurs.  En fait aucune couleur ne peut exister seule, comme une note de musique il lui faut un « faire-valoir » une comparse. Parfois le couac léger redonne vie à la première, parfois la justesse insupportable de cette dernière nous procure des élans infinis de tendresse envers la déplacée, la rompue, la grise, la presque répudiée.

Il n’y a peut-être qu’un pépin, un pépin de grenade puisque la traduction était mauvaise déjà, qui nous empêche de retrouver la symphonie du monde telle qu’elle se déploie depuis toujours. Ce pépin logé entre deux dents,entre le juste et le vrai par exemple,mais aussi  entre le déplacé et le faux.

Quant à l’intervalle sémantique entre une grenade et une pomme j’ai bien peur que  le traducteur ait dû avoir lui aussi un  pépin.

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Omar et IA

Ia vivait dans la maison du marchand Zeb et en tant qu’esclave s’occupait de préparer sa nourriture.

C’était une belle jeune fille au teint de rose et aux yeux noirs et, sous un fichu de soie bon marché elle cachait sa magnifique chevelure brune et bouclée.

Un jour le poète frappa à la porte du marchand et ce fut Ia qui, servant également à la boutique lui ouvrit et l’accueillit.

Tout le monde connaissait Omar le poète dans la petite ville, c’était un grand gaillard au regard vif et à la démarche assurée dont la notoriété en tant que poète commençait à atteindre les villages attenants.

Il voyageait beaucoup et pour gagner sa vie,  occupait la fonction d’écrivain public. L’un voulait réclamer le paiement d’une dette, l’autre réclamait réparation d’une insulte, un autre encore désirait déclarer par écrit sa flamme, tout le monde avait coutume de lui demander service et de rédiger des lettres aussi précises que délicates, aussi fermes que polies.

Omar l’écrivain avait des dons multiples tant dans le domaine des lois, que dans celui de l’amour et de la diplomatie.

Singulier personnage, qui malgré tous ses talents pouvait passer pour un fou , on disait de lui qu’ il déclamait sa poésie aux oiseaux, aux herbes mouillées des ruisseaux, au vent léger , à l’arbre sec et aux servantes des tavernes en échanges de baisers et de vin de grenade.

Aussi lorsque Ia découvrit le visiteur sur le seuil de la boutique du marchand sa première réaction fut elle de froncer un peu les sourcils.

-Mon maître est absent, il reviendra dans un moment si vous désirez repasser Monsieur Omar, elle connaissait la réputation du bougre.

Avec ses yeux de biche et sa voix de miel Omar lui sourit et dit ce n’est pas ton maitre que je viens voir mais toi belle Ia dont la beauté narrée par tous les convives de mes repas ne cesse d’être relatée et d’aiguiser ma curiosité.

Mais Ia  peu sensible à la flatterie le toisa en lui disant qu’il était bien aimable mais qu’elle avait à faire.

Ce jour là Omar n’insista pas et tourna les talons.

Mais la beauté d’IA avait touché son cœur et son âme. Il erra longtemps sur les collines environnantes la tête dressée  dans le vent du sud les pieds nus dans l’herbe folle et douce  à déclamer des vers obscurs.

Le soir venu il avait renoncé à rejoindre sa masure, et restait allongé le regard perdu dans l’immensité noire du ciel et le seul mot qui sortait alors de ses lèvres charnues et rouges était »Ia »

Nul ne sait combien de vers, de strophes il composa pour elle qui désormais ont sombré dans l’oubli des hommes. Seule l’herbe folle et le vent du Sud s’en souviennent encore.

De génération en génération  ce souvenir d’un amour naissant entre un poète éperdu d’amour et la servante d’un marchand reste inscrit dans l’invisible.

Omar n’était pas homme à laisser filer sa chance.

Le lendemain il se re présenta devant la porte du marchand avec une poignée de jasmin qu’il désirait offrir à Ia.

Mais ce fut le marchand qui cette fois lui ouvrit.

Omar mon ami que me vaut ta venue dans mon humble boutique minauda le marchand.

Je n’ai plus de thé peux tu m’en vendre un peu répliqua Omar nullement désemparé. Et il entra dans la boutique. 

Le soleil était à son zénith et la boutique était sombre comme l’oeil noir d’un corbeau.

Omar balaya d’un coup d’œil les multiples étagères sur lesquelles les produits du marchand semblaient attendre en luisant doucement comme des promesses non encore tenues.

Le marchand aimait la poésie.Et la venue d’Omar quoique cela le surprisse on disait le poète frugal jusqu’à l’ascétisme, le rendait joyeux.

Récite moi ton dernier poème Omar demanda t’il 

j’ai le gosier si sec murmura doucement Omar…

Mais bon sang bien sur s’exclama le marchand et le nom tant chéri tant aimé tant désiré résonna dans la boutique du marchand 

Ia apporte nous du vin et vite !

Alors Ia qui n’était pas loin mais qui se cachait surgit de la pièce voisine avec un plateau et la demande du marchand.

Celle ci je vais la marier bientôt à un de mes neveux idiot ils feront de beaux enfants dit le marchand en la désignant d’un hochement de tête.

Ia resta impertubable tandis que le cœur d’Omar saignait.

Ils se regardèrent Omar et la servante promise à un avenir maussade et le poète lui tendit sa poignée de Jasmin sous les yeux amusés du marchand.

Je te donne ce jasmin Ia en souvenir de notre rencontre. Un jour viendra ou tu seras dans la pénombre et ton cœur s’interrogera sur la nécessite d’être la femme d’un époux.

Un jour tu voudras vivre toi aussi la caresse du vent du sud et les baisers mouillés de l’herbe folle, un jour tu auras cette intuition et ce jour là tu te souviendra de moi Omar le poète et par dessus les abîmes du temps et de la mémoire tu me souriras.

Et c’est comme cela exactement que tout s’est effectivement passé, chacun continuant sa route, empruntant la destinée que l’auteur de ses lignes leur avait attribué.

Et dans le vent du sud parfois encore ceux qui savent écouter peuvent entendre les vers éternels d’Omar amoureux d’IA :

Notre trésor? Le vin. Notre palais? La taverne. Nos compagnes fidèles? La soif et l’ivresse. Nous ignorons l’inquiétude, car nous savons que nos âmes, nos coeurs, nos coupes et nos robes maculées n’ont rien à craindre de la poussière, de l’eau et du feu.

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De l’empressement

Pour cette fois c’est vers le mot anglais readiness que je dirigerais mes pas écartant dans un même temps les mots alicrity et enthusiasm. Ces derniers contenant une aura d’avidité pragmatique ou mystique qui ne sied pas à mon propos.

Readiness, de readi ou ready être prêt..me propose plus une connection intime à l’instant et l’ajout du suffixe ness marquant en outre une notion de qualité me convient dans ce contexte encore mieux.

Aussi loin que remontent mes souvenirs j’ai toujours fait preuve d’empressement donc, de readiness.

Que ce soit sur le chemin de l’école, accompagné de mon père, je m’empressais de saluer toutes les personnes rencontrées en ressentant un trouble au cas ou je puisse en omettre la plus petite la plus insignifiante.

Cet état, à la fois de grâce et d’obligation contraignante tout de même ,s’acheva lorsqu’un matin, mon père n’y tenant plus me demanda si je connaissais tous ces gens que je saluais de bon cœur.

Malgré tout ma bonne volonté je dus me résoudre à répondre par la négative ce qui occasionna deux choses:

Les rides que mon père portait au front se renforcèrent et je crois qu’il abandonna définitivement l’idée d’être l’auteur d’un génie.

Ce qui aurait pu nous soulager tous les deux d’un poids et nous rassembler une bonne fois  pour toutes comme un père et un fils dans un magnifique sourire.

Mais la providence ou peut-être le crachin qui commençait à tomber pendant que je vous raconte ce moment, entrava cette possibilité naissance et elle avorta dans l’œuf.

Permettez cependant que j’y revienne. A cet empressement.

Car malgré tous les tourments, toutes les claques, tous les rires, tous les dos tournés qu’il provoqua je parvins à ma maintenir vivant suffisamment longtemps pour me sentir apte à en parler.

Parallèlement, mon père, toujours lui, avait sur son bureau une petite sculpture en laiton ou en cuivre représentant les 3 singes, celui qui ne dit, ni n’entends, ni ne voit.

Ce symbole de la retenue magistrale, d’une pudeur génétique m’intrigua longtemps avant que je ne comprenne qu’il s’agisse d’un emblème.

Celui là même semble t’il à opposer à tout empressement.

Il en résulta entre mon père et moi un très long quiproquo qui ne s’acheva et songeais je encore avant d’écrire ses lignes qu’à sa mort.

Il n’en fut pas tout à fait comme cela. 

Car depuis que je m’empresse envers la moindre personne, je ne peux m’empêcher concomitamment d’apercevoir dans les yeux de celle ci désormais un regard aussi mystérieux que simiesque et entendre le rire tonitruant de mon paternel.  

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Se détacher

Ubu roi d’Aldred Jarry

Je dois  avoir une vingtaine d’années et je me trouve d’une nullité absolue.Rien ne fonctionne dans ma vie. 

Sur le plan intellectuel, je suis désorganisé et ai  énormément de mal à établir des plans, à classer mes idées, à me fixer des objectifs et surtout à respecter la moindre stratégie que je me serais fixée pour y parvenir.

Sur le plan émotionnel ce n’est pas bien reluisant non plus, je suis colérique, impulsif, ou alors excessivement gentil et je ne sais dire ni oui ni non , chaque choix, chaque décision à prendre est un véritable calvaire. Je ne cesse d’osciller entre l’enthousiasme et la déprime. On appellerait cela aujourd’hui « bipolaire ». j’appellerais cela  plutôt de l’immaturité ou plus simplement encore la jeunesse.

Sur le plan physique je suis   moche, pas fini, et malgré tout le temps que je passe à me regarder dans  les miroirs, à me muscler, à courir  à marcher  rien n’y fait:

Le mot « falot » se rapproche le plus de ce que je ressens de mon aspect à ce moment

Résidus d’adolescence.

Evidemment je ne tiens pas  la longueur, aucune  endurance pour rien, volatile, instable comme du lait sur le feu je cours  tous les lièvres toutes les garces, toutes les chimères. Don Quichotte  et ses romans de preux.

 A bout de souffle, épuisé, ne sachant plus ou aller il me faut retourner à la maison. Chez mes parents.

Quel échec ! j’avais quitté le foyer familial à 16 ans plein de morgue et d’arrogance envers eux  et me voici bien honteux d’y revenir dans cette situation.

Il serait inconcevable que  je n’aille pas travailler, aussi je trouve un emploi rapidement pour  atténuer le frottement électrique que mon inaction ne manquerait pas de déclencher chez mon père.

Chaque jour, je me lève  avant l’aurore. De ma banlieue, je descends la rue qui mène à la station de RER et m’engouffre dans la cohue des transports en commun.

Bien sur retrouver l’ambiance du foyer familial a du bon. Je n’ai  plus à me soucier de payer de loyer,de  repas… juste de temps à autre chercher du pain et résister à l’ennui que je ressens de voir vivre mes parents. Mais cet ennui est tellement épais qu’il finit vite par prendre l’avantage sur les bénéfices que je pourrais regarder avec gratitude.

Il n’en est  rien. Rien à faire  il me faut  toujours des projets abracadabrants en tête pour résister à la soi-disant dureté de mon quotidien.Et c’est ainsi que je me met  un jour  en tête, avec « une telle souffrance » de devenir écrivain.

Je rentrais donc dans la première librairie sur le chemin de la gare et achetais un petit carnet clairefontaine relié de tissu ainsi qu’ un feutre à pointe fine , aussitôt dit aussitôt fait.

Les premiers mots que j’écrivis ne furent à mon avis que pour en finir avec la page blanche. Ces mots d’une banalité inouïe sont la date du jour, et sans doute l’heure car l’angoisse persiste. Une sensation de vide sidéral laisse  la page vierge sous ces mots et j’arrive devant les portes de la petite imprimerie dans laquelle on m’a offert ce job de grouillot.

Le boulot est  simple. Je prends une éponge pour dégommer de grandes plaques juste avant que les ouvriers ne lancent l’énorme rotative .Alors dans un bruit de cliquetis et de claquements  celle-ci  dégueule   par centaines, de magnifiques  affiches de cinéma. C’est à cet instant que  je bouge  de poste. Assis devant la roto  sur ma  caisse en bois comme le nom de mon poste l’indique, je « reçois » les affiches, avec leurs bords parfois aiguisés qui m’entaille les doigts. je dois veiller  à  l’empilement. Qu’aucune ne se froisse, ne se déchire, ne souille les autres.

Evidemment une telle aridité déclenche de nouveaux délires.

Ces larges macules  que je passe  dans l’encrier pour nettoyer celui ci , lorsque nous devons  changer de matrice, la roto les  régurgite alors  en  paysages fabuleux, en foule de personnages tarabiscotés.

Impossible de n’y voir seulement des taches sur un morceau de papier.

Comme en plus d’être imaginatif  j’ai peu confiance en moi je dois bien être  prétentieux, j’attire alors  l’attention des ouvriers sur mes trouvailles esthétiques .

Comme si moi seul ayant vu, il fallait qu’eux aussi le vissent ce qui me valu quelques lacis et quolibets.

Enfin je suis  le gamin, l’arpette le grouillot, le « receveur » ça les fait  bien  rigoler , ça met un peu de fraîcheur dans cette ambiance d’encre et d’huile. Ma naïveté dessine en creux leur maturité et c’est ainsi je crois, que nous devenons amis.

A l’heure du repas qui se tient dans une petite pièce exiguë, mon cœur se serre de les entendre parler de foot, de politique, et de leur vie familiale sur un ton plus feutré, avec énormément de pudeur. Alors c’est  l’évocation, la suggestion, l’ellipse, quant à l’avancée du  rhume du petit, du passage d’un examen de l’aîné, de la perte d’emploi d’une moitié.

Je crois que ce sera durant ces repas que je compris intuitivement la valeur de bien des  sujets de conversation entre les gens. Prétextes seulement à partager un moment, à rompre le  silence profond, assourdissant d’une vie ordinaire.

Environ une semaine plus tard après l’achat de mon premier carnet, j’ose à nouveau effectuer une tentative. L’ennui et la désespérance aidant je me mets  à noter soigneusement tous les faits, toutes les pensées,tous les bons mots entendus, tous les rêves, tous les projets qui me passent  par la tête durant ces journées.

C’est ainsi que je commence à écrire. Par paquet quotidien, par paragraphe hésitant, et au fur et à mesure que je noircis des pages et des pages et que je me relis cependant ,  un désespoir encore plus grand me tenaille.

Car au moment où  je vous parle je ne vois  là aucun talent, aucune lueur, rien qu’une banalité emmerdante qui malgré mes maigres efforts ne me renvoie qu’à celle que je vis.

Parmi mes trouvailles je tente de délirer, de laisser aller tout ce qui vient, c’est encore  pire  je ne suis pas dupe.

Alors une crise encore plus profonde arrive. Je me mets au laconisme. Eviter le surplus d’adjectifs, ne plus me mélanger me perdre dans la conjugaison des temps. Relater au présent.Vider tout événement de sa substance imaginaire devient pour moi une sorte de sacerdoce.

Je me retrouve alors devant une double aridité. Celle de ma vie et celle de mes pages. Et dans mon for intérieur une espèce de sentiment quasi mystique  se met à sourdre lentement. Je sens  confusément que je me détache de quelque chose sans bien savoir de quoi.

Et puis il y a la rencontre de Roger, le peintre en lettres.

Lorsque je repense à cette époque, sans le savoir j’assistais à une mutation de l’imprimerie. Jusqu’alors celle-ci utilisait les service d’un peintre en lettres pour la réalisation des affiches, le procédé Offset était dans l’esprit des patrons encore à l’état d’ une idée coûteuse et inquiétante car nul ne savait si la qualité de ce procédé en même temps que sa rentabilité permettrait à l’entreprise de conserver une clientèle importante celle des cinéma de quartier.

Je du prendre mon poste juste à ce moment, l’imprimerie faisait un premier test pour les cartes de visites, les publicités, dont la clientèle constituait alors un risque moindre.

Un jeune Laotien avait été embauché fraîchement sorti de l’école pour étrenner une machine neuve. On avait d’ailleurs pris grand soin de ne pas placer cette nouvelle acquisition dans l’atelier, mais dans une sorte de sas entre le magasin et celui ci ce qui par conséquence créa  une sensation malaise entre le nouvel opérateur et les ouvriers.Une sorte de degré hiérarchique inédit qui accentua  encore plus l’angoisse générale.

De l’autre coté de l’atelier se tient  un bureau vitré, et c’est là qu’on a relégué Roger. Il approche de la retraite mais a encore bon pied bon œil surtout. Un grand bonhomme aux cheveux blancs encore  fournis, au teint rose à l’œil bleu, On l’appelle l’Albatros.

Toujours impeccable, cravaté sous sa blouse  blanche je le vois encore  sortir par la porte de l’atelier qui donne sur la rue pour fumer. C’est comme cela que nous nous sommes rapprochés, par petites phrases, par bref regards tout en fumant nos clopes.

Roger ne mange avec nous, les ouvriers,que  rarement, soit à l’occasion d’un anniversaire, la veille d’une période de congés, enfin quand on a un truc spécial à fêter.

La plupart du temps il préfère se rendre à la gare de l’Est proche et s’asseoir dans une brasserie.Aussi je suis moins familier avec lui .

Bien sur il a repéré  les rires de mes camarades d’effort. Mais il reste muet  durant nos poses, attendant que je craque et le branche sur un  sujet. Il a déjà compris  que je ne pourrai pas  me retenir. Que je suis curieux de tout et je ne vais pas tarder à l’interroger sur lui  son métier. 

Lorsque je l’aperçois derrière les vitres crasseuses qui me fait signe se relevant de longs moments  courbé sur sa tache  alors je comprends qu’il faut que j’aille  chercher la nouvelle plaque à rouler. je n’ose guère lui adresser la parole. Sa concentration comme son mutisme contrastent trop avec la petite lueur amusée qu’il a dans l’œil.Et que bien sur je prends  d’emblée pour une sorte de mépris amusé envers  ma jeunesse.

En fin de compte j’ai tort . Bien au contraire.Il repère un truc que je suis à des années lumières de comprendre  . A tous points de vue je ne sais absolument pas ce que peut être  un artiste .Par contre je suis attiré par l’image que je me fais de lui Roger et des artisans.

A partir du moment ou nous entamâmes notre première conversation véritable il me parla d’initiation. Je ne sais si c’est lui, Roger, ou la vie qui possède du génie mais le fait est qu’une synchronicité étonnante surgit à ce moment où je me sentais tellement désespéré.

Il m’orienta vers les cathédrales, l’art roman, la franc maçonnerie, et surtout vers la liberté. Et surtout la plus belle de toutes celle de penser.

Enfin nous primes l’habitude d’aller boire un pot ensemble après le travail dans un petit café d’où nous pouvions apercevoir les voyageurs s’engouffrer dans la gare. Il m’accordait du temps tout en s’en accordant aussi car sa récréation était d’admirer les femmes de couleur, particulièrement les martiniquaises et les antillaises aux formes plus que généreuses. Il en était baba mais jamais n’en parlait vulgairement et je compris qu’au delà de l’idée de la femme, confusément pour moi mais surement plus clairement pour lui  , se tenait autre chose. A la vision de ces matrones éblouissantes, comme à une source il se régénérait, s’animait, la journée de labeur derrière lui, il pouvait alors continuer son trajet plus guilleret, plus paisiblement aussi  revenir  à son foyer.

Par ricochet cette rencontre valida encore plus l’intérêt que je portais  aux femmes et dont je me sentais bien encombré. je veux dire encore plus intensément – j’allais dire moins naïvement mais bien sur que si  c’était même enfantin et ce encore plus que jamais.

Je n’avais rien compris du tout des femmes . Et bien sur je ne restais axé que sur l’aspect, sensuel, animal, bestial de la proposition. Pour sortir de la maman, rien ne vaut les putes passage obligé..

Le cul concomitance de  l’écriture, c’est fastidieux, exténuant, comme une paire de seins qu’on n’atteint jamais même en les tordant dans tous les sens.Je  passe sous les fourches caudines  du lucre et de la fornication, avec tout l’attirail du chasseur, gibecière, tableau de chasse et fusil mitrailleur , un bien mauvais quart d’heure.

Mes écrits de l’époque ne sont plus alors  qu’ odes à la touffe, aux humeurs de tout poil, je m’enfonce dans l’humide, le baveux, le mucus en patinant  avec ténacité, énergie et résignation. tout en même temps que je dévore Henri Miller, Raymond Carver, Anais Nin,et surtout comble d’ironie Jarry et son père Ubu .. et encore  tant d’autres comme si,  par l’entremise de ces lectures pouvait s’effectuer une sorte de validation de mes actes désordonnés.

Cependant ces auteurs furent mes salvateurs, sans eux jamais je n’aurais compris le phénomène de dissolution nécessaire par lequel on parvient enfin à faire le point, ce fameux point cher aux alchimistes. dissoudre et coaguler .. je ne savais pas encore à quel point il fallait encore dissoudre et surtout qu’avant de le faire il fallait une matière, un métal, une vie presque entière..

Avec du recul si j’ose dire, je n’éprouve plus  de gène, plus de pudeur mal adressée  mais plutôt une tendresse, ou mieux encore de l’amitié pour ce jeune couillon que je fus.

En filigrane: le génie de l’existence, son parfum musqué me monte aux narines à nouveau et je pourrais  être tout proche d’une érection neuve   si je ne me souvenai soudain du titre que j’ai placé tout en haut de ce pavé.

 Et pourtant. S’il y a un pas de plus à effectuer dans le détachement, c’est bien celui de s’en détacher. Et peut-être que c’est juste à ce moment là que l’on peut attaquer la coagulation, l’écriture vraiment ou la peinture, qu’importe.

Étrangement j’ai abandonné l’écriture un jour pour me plonger dans la peinture. Je ne me souviens plus du premier coup de pinceau donné mais j’imagine que j’ai du refaire une partie du chemin de la même façon, c’est à dire désordonnée, anarchique, brouillonne, sans vraiment me poser les bonnes questions. Et après tout quelles seraient elles ces vraies questions finalement ?

j’avoue que je n’en sais encore rien du tout, il y a même une résistance importante à refuser de me la poser cette question  comme si l’ayant posée j’en sentirais immédiatement la réponse qui annihilerait tous mes efforts , toutes mes démarches.Ce sentiment persistant d’à quoi bon de nullité… Comme l’effondrement brutale d’un beau château de sable. Et peut-être parce que j’ai creusé si loin dans la solitude, que je ne me suis en fait occupé que de moi-même et ce, même au travers des autres toujours, qu’il m’aura toujours été difficile d’imaginer que d’autres aient effectué un chemin semblable.


Et pourtant nous faisons tous le chemin, il ne peut y en avoir d’autre, que ce soit dans cette vie ou une autre pour arriver à cette question enfin et peu importe les réponses que chacun trouve pour fuir celle ci .

Voilà un fragment parmi des fragments de ce kaléidoscope. Déformé, reformé, re déformé, comme mes tableaux avec toujours cette difficulté majeure d’osciller entre une idée du beau et une idée du juste. En fait la littérature pour le peu que j’en connais, m’a souvent fait comprendre que l’on ne pouvait dire aucune vérité tout de go.. ça n’intéresse personne la vérité en fait. Ce que les gens veulent c’est seulement la sentir, comme une bourgeoise sentirait le pénis d’un petit voyou contre ses fesses. Le petit frisson du soir ou du matin  dans ce que j’appelle encore les transports en commun. Par contre pas question de se retrouver à poil dans le wagon..non, faut juste s’excuser, esquisser un sourire confus et se reculer à bonne distance. Alors peut-être que la dame y croira, mais de rien jeune homme.. .. allez donc savoir.

 

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Survivre, s’organiser


Messieurs, nous établirons un impôt de dix pour cent sur la propriété, un autre sur le commerce et l’industrie, et un troisième sur les mariages …

https://peter318.wordpress.com/2012/12/10/le-pere-ubu/

Quelle différence pour un artiste que de survivre ou s’organiser ?

Et bien pour résumer c’est de passer en gros du père Ubu à la mise au point.

Le point sur le I la barre au T.

On peut se lamenter sur son sort toute une vie en implorant tout un tas d’excuses mais ce ne sont que des fuites en avant, des billevesées adolescentes, d’une certain façon hormis les coups durs c’est ce que j’appelle survivre.  et même si c’est bien romantique voir complètement con attention je n’ai pas dis que ces deux mots étaient synonymes:  la vérité est tout autre. 

Si tant est je vous le rappelle que ce n’est que la mienne « cette vérité « et encore il se peut qu’elle change comme bien des vérités avec le temps.

Mais point de blabla.

S’organiser pour moi  c’est devenir encore plus  responsable de mon  activité d’artiste.

c’est tenter des choses, les analyser, et les laisser tomber si ça ne fonctionne pas.C’est avant tout être créatif non ? Alors  Si ça ne se vend pas c’est que c’est soit mauvais, soit on s’y prend mal pour le vendre. Et plus j’avance je dirais que même le « mauvais » peut se vendre très bien si l’on sait s’y prendre.

Ne reste donc plus qu’une solution apprendre à vendre. Ce que je ne sais pas faire je vous l’avoue. Et en plus comme je me connais je n’aimerais en plus pas vendre comme tout le monde alors il faut bien que je trouve mes propres solutions.

Donc j’aimerais construire avec vous cette idée si vous l’accepter bien entendu en commençant pas vous demander pourquoi vous suivez ma page.

Ainsi je pourrai mieux comprendre qui vous êtes, ce qui vous attire chez moi , je veux parler de mes publications, pas de ma personne quoique allez savoir , ça peut toujours servir …

Sérieusement, le but est  de mieux vous comprendre non pour changer ma manière de peindre mais pour me dire : « tiens j’ai des personnes qui s’intéressent à mon travail à mes écrits autour de la peinture, de la vie, (pour moi c’est synonyme.) alors essayons de mieux nous connaitre. »

Comme je suis très nul dans les manipulations informatiques je vous laisse mon email en bas de page et ainsi vous aurez tout loisir de répondre à ce petit mot. je vous le dis : ça reste open.

J’ai longtemps été contre les réseaux sociaux car je les trouvais superficiels et leur contenu navrant la plupart du temps. Mais au travers des quelques échanges que j’ai pu glaner ici et là je m’aperçois que bon nombre de personnes peuvent être riches en idées, en générosité, en savoir être et en savoir vivre et c’est surtout ceux là que je désire connaitre et dont je souhaite recueillir l’opinion.

Mon analyse après quelques mois et que je m’aperçois que je pourrai passer mon temps à poster dans le vide de longues journées en vain. Ceci au détriment de cette organisation dont je parle plus haut.

Alors je lance cette bouteille à l’eau. Et j’espère qu’un bateau passera et que toi qui lit ses lignes tu seras dans ce bateau.

Qui es tu ? Qu’est ce qui te plait sur ma page ?  sur mon blog ou ne te plait pas pourquoi pas ?

Merci de me laisser éventuellement ton age ta profession, afin que je te range dans quelques cases mais pas pour te sonder juste pour mieux te définir promis et imaginer un contenu qui pourrait mieux t’intéresser.

Ne réponds pas dans ce post mais envoie moi un mail 😉

patrick.blanchon@gmail.com

tu  peux  toujours aussi aller voir mon travail sur mon site

https://patrickblanchon.com

Mes textes sur

 https://peinturechamanique.blog/blog/

si c’est trop long d’écrire un mail à la rigueur tu peux m’envoyer un message par ma page FB.. mais bon je réponds pas toute la journée, je te rappelle que je suis un artiste et que je bosse alors il faudra être patient pour la réponse.

https://www.facebook.com/patrickblanchon38550/

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Épuiser, juguler

De la toile, du pinceau , de la peinture, du peintre,parmi ces quatre éléments lequel pourrait évoquer au plus prés  l’idée   du cheval sauvage  qu’il s’agit de dresser afin de pouvoir le monter et le diriger ? 

Faut il l’épuiser ou au contraire le juguler? 

Evidemment il s’agit d’une métaphore de la pulsion. Ces pulsions qui se situent  dans le niveau basique de tout à chacun et que la famille, l’école,la religion,  puis plus tard l’entreprise et enfin le gouvernement tentent en vain sinon de contrôler au moins de juguler pour que le « savoir vivre » n’en pâtisse pas, entendez par là qu’on ne se trucide pas à tous les coins de rue et surtout pour que la  fédération des diverses entités concernées, c’est à dire nous tous puissions  perpétuer l’espèce, le modèle économique, politique choisis  ou bien  le tout simultanément.

Or l’histoire montre bien que ça ne fonctionne pas. Toute société rangeant soigneusement sur le bas côté tous les phénomènes périphériques embarrassants dans un premier temps. 

C’est ainsi que les forgerons sont  renvoyés dans les banlieues des villages  accusés de tripoter dangereusement les métaux, rejetons forcément maléfiques  de la Terre sacrée.

C’est ainsi que l’on se met à pendre, brûler, écarteler aussi les druides, les sorcières, conspuer les protestants, cracher sur les catholiques,les juifs, et j’en passe, ou encore, rassembler par quartier certaines catégories de populations afin de mieux savoir où elles sont, les rassembler, les classer, comme les fous dans les hôpitaux, les gay dans le marais parisien avec les juifs tiens pourquoi pas ?les ouvriers dans les banlieues, et les immigrés avec, histoire de faire en outre quelques économies. 

Le premier niveau donc de l’évolution d’une personne comme d’une société est celui ou l’on s’occupe de satisfaire ses pulsions ou bien de les faire taire. afin de maintenir l’équilibre écologique de l’ensemble.

Ainsi l’aspect dualiste « épuiser, juguler » prend ici tout son sens. En utilisant la magie des vases communicants on crée des zones commerciales immenses comme on plante une ou deux mosquées, une synagogue, quelques temples protestants, deux ou trois bibliothèques, et bien sur quelques bordels en croisant les doigts pour que tout se passe au mieux et que l’on puisse continuer à marcher tranquillement dans les rues.

Tant que personne ne s’en aperçoit cela peut fonctionner. Cependant il arrive toujours que quelqu’un s’interroge sur le bien fondé d’un tel montage et, soit on lui permet de s’exprimer dans une tribune soit on se dépêche de le mettre à l’écart soit par le ridicule, le scandale, soit carrément en l’enfermant.

La récupération des phénomènes border line fait partie du jeu. Mais quand le « border line »devient la majorité cela signifie que la famille ne fonctionne plus, l’école non plus , la religion non plus, l’entreprise non plus , et le gouvernement non plus.

C’est ainsi que revient ainsi cycliquement la fin d’un monde. 

Pour revenir à la métaphore de la pulsion et du cheval dont je parlais en haut de cet article jusqu’à présent le conditionnement est le moyen de régler la réaction anarchique de la pulsion. anarchique car incontrôlable, improductive voire stérile suivant les point de vue.

Dans le domaine équestre ce conditionnement que l’on appelle aussi « processus d’apprentissage » peut être appréhendé de deux façons, la positive et on parle alors de renforcement positif  ou la négative qui devient le renforcement négatif 

On aura comprit que ces deux méthodes dépendent plus du point de vue du dresseur que du cheval évidemment qui lui de toutes façons traduit cela en confort et inconfort et en réactions attendues de sa part dans les deux cas.

Cependant il ne faut quand même pas prendre les chevaux pour des cons. Il arrive que ceux ci de façon inattendue sache lire le langage corporel du dresseur et de ce fait lui donne le résultat attendu avant même que la longère ou la voix lui indique ce qu’il doit faire. 

Ici c’est un cheval sympa dont je vous parle. Mais imaginons un peuple entier qui regarde la télévision lors d’une allocution présidentielle et qui ressent plus qu’il ne comprend que le langage corporel de celui ci est complètement en contradiction avec ce qu’il dit … 

Quand le peuple ne sait plus comment réagir à un conditionnement c’est que le conditionnement ne fonctionne plus. Et cela ne sert à rien de tricher.

En peinture c’est un peu la même chose pour revenir quand même à la thématique de mon blog. Quand on a terminé de traverser tous les conditionnements proposés par l’apprentissage académique, quand on a proposé ses toiles à la vente et qu’on a compris qu’elles ne se vendait pas bien voir pas du tout on a le choix :

Soit continuer à faire ce que l’on croit soit faire ce que les gens veulent 

Dans le premier cas le peintre fabrique lui même son conditionnement par l’entremise de rituels  ou pas , dans l’autre cas il subit le conditionnement des galeries ou du public. 

Cependant il est possible à un moment que cette fameuse pulsion créative lui propose un nouveau chemin: comme par exemple  juste de s’asseoir un instant et de prendre le temps d’écouter en lui  comme un chant profond de la terre et du ciel réunis sur sa toile.

 

 

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Ulysse détaché

Ulysse regarde les sirenes se jeter dans la mer

Accroché, ligoté au mat de son navire  Ulysse vit  celui-ci s’approcher dangereusement du rivage tandis que peu à peu la mélopée envoûtante des Sirènes se transformait en un affreux  tintamarre.

Etait ce encore une nouvelle ruse mille fois employée que de montrer l’envers pour dissuader d’atteindre l’endroit ? se demanda Ulysse.

 Et ainsi lorsque les sirènes comprirent que le roi d’Ithaque avait percé leur secret, qu’il allait les approcher, peut-être même en faire ses captives, d’un ultime accord celle-ci décidèrent de se jeter dans la mer.

Le silence fracassant recouvre alors le clapotis des vagues, celui de  l’étrave du navire qui fend les flots, recouvre aussi  les cris des oiseaux marins recouvre encore  les voix des hommes équipage qui tout étourdis par l’aventure se détachent et poussent des hourras de soulagement.

Ulysse les regarda hébété :Tout en le détachant du mat, les hommes lui sourient, l’acclament, le félicitent   et lui tiennent des propos qu’il ne comprend pas.

Ils sont  obligés de lui rappeler qu’il était, lui Ulysse le grand héros de Troie, d’énumérer ses victoires et les épreuves qu’ils viennent de traversées ensemble afin que suffisamment de volonté lui revienne et qu’il décide de diriger le navire à nouveau vers le large poussé par leur espoir à tous de retrouver Ithaque.

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Changer

Huile sur papier journal Réalisation 1985 représentant quelques objets sur une table d'angle.Oeuvre de jeunesse de l'artiste peintre Patrick Blanchon
huile sur papier journal collection privée Patrick Blanchon

Il y a une différence majeure entre croire que nous sommes à un certain niveau et y être véritablement. La peinture n’échappe pas à cette règle.

Pour comprendre ce qui ne fonctionne pas dans un niveau d’évolution ,il faut passer aux niveaux supérieurs sans quoi impossible d’avoir le recul nécessaire.

Puis à l’occasion d’un regard jeté sur le chemin parcouru, s’arrêter pour apprécier honnêtement mais aussi à l’appui des nouvelles connaissances que nous avons acquises, le fil imperceptible qui relie l’ensemble afin de suivre la  trace, le  fil conducteur.

Sans cela nous pataugeons et tournons en rond comme un hamster dans une cage.

Ces derniers jours, j’ai  envie de ranger, de classer, de jeter, d’alléger. Faire le tri entre l’important, le nécessaire qui peut faire levier et l’inutile qui m’entrave, me scotche, me lie, m’ennuie.

Dans des cartons je retrouve une kyrielle de travaux de jeunesse et je les regarde d’un nouvel œil en tentant de lutter contre l’attendrissement de la nostalgie et la pulsion d’ouvrir un grand sac poubelle.

En retrouvant cette feuille de papier journal tâchée de couleur j’ai un doute avant de la froisser, la déchirer, l’évacuer. J e vais juste prendre le temps d’en reparler un peu, comme on parle à un ami sans fausse pudeur, sans artifice. 

Voilà :

Je peignais dans des chambres de hasard, sans confort, et seule la flamme de mes désirs et de mes ambitions , autant dire la flamme des illusions, me réchauffait et me nourrissait tout en même temps. J’étais dans le niveau le plus bas de l’échelle dont je parle plus haut. Le niveau où l’on se préoccupe encore beaucoup trop de l’environnement, de ce qu’on va manger, du comment on va payer la chambre et acheter ses titres de transport. 

Pour pallier les exigences requises par ce premier niveau, je travaillais comme archiviste dans une boite d’architecture. Un sous-sol poussiéreux où, s’entassaient tous les dossiers des projets réalisés ou pas, les études de plan, les calques de tout acabit, et les litiges réglés ou pas.

Je ne rechignais pas à la tâche, mais celle-ci était  si facile, je disposais de longues périodes durant lesquelles je lisais tout ce que je pouvais trouver chez les bouquinistes, et à la bibliothèque de quartier. Je me souviens encore avoir lu « les vies » de Plutarque dans une vieille édition, mais comme ma spécialité est de digresser, je ne vais pas étaler ici la liste tout aussi hétéroclite que gargantuesque des nourritures livresques que je dévorais d’une façon que je considère aujourd’hui .. aussi désordonnée que désespérée. 

Cependant voyez, je considérais que ma tache était facile, je m’étais installé dans une jolie routine qui me procurait de quoi assouvir ma soif d’apprendre, ma passion de la lecture.

Je ne gagnais pas grand chose évidemment et les fins de mois étaient toujours tendues à partir du 15. Ce n’est plus trop original de nos jours, c’est même devenu banal. En fait ce qui ne serait pas banal c’est qu’il en  fusse autrement.

Pour lutter contre la routine et l’ennui j’avais élevé la rêverie à la hauteur d’un sacerdoce et il m’était assez facile de supporter cette existence en me projetant dans un avenir dans lequel,inéluctablement  je serai peintre, écrivain, photographe, chanteur, érudit, philosophe, et bien sur « riche ».

La rêverie et l’espoir ne sont pas des phénomènes palpables. Ce ne sont que des rustines virtuelles que l’on tente de coller sur l’effroyable. 

Sans organisation, sans plan d’action, sans accepter de se fixer des objectifs autres qu’hypothétiques, non seulement je n’étais pas libre mais en plus je faisais fausse route et j’allais me retrouver enchaîné plus encore par la suite.

Cette suite je ne vous la raconterai pas encore. Pas aujourd’hui, peut-être même jamais, ce n’est pas bien important. La seule chose qui me paraît importante ici c’est que pour voir il faut fermer les yeux. Revenir à la racine de soi et considérer le mental comme un périphérique.

Une souris, un clavier, un écran mais pas l’ordinateur.

Ce n’est pas le mental qui peut faire changer de niveau. 

Changer c’est lâcher prise et ce terme est tellement galvaudé désormais, récupéré par des charlatans de tout acabit que je ne vais pas ajouter encore à la misère du monde.

Hier encore j’évoquais Ulysse attaché à son mat, dans « le chant des Sirènes »

J’adorais ce héros depuis l’enfance dans ce qu’il avait d’ingénieux et d’arrogant vis à vis des Dieux et des démons cependant qu’il n’est plus aujourd’hui qu’un homme comme tant d’hommes prisonnier d’une fausse idée de la liberté.

Alors finalement cette feuille de papier froissée et tachée de couleurs que personne n’a jamais vue, cachée au fond d’un carton, devrais je la jeter ou bien la garder ? 

à la Une

Le chant des sirènes

Errances, Parrick Blanchon Acrylique sur toile  format 30x40 cm
Errances Patrick Blanchon 2006

On peut s’étonner d’une confusion dans la représentation de ces créatures. Chez les grecs anciens les sirènes sont représentées avec une tête , parfois aussi un buste de femme et  des ailes d’oiseaux. Représentation  fort éloignée de l’image populaire distillée de nos jours par  les studio Disney d’une créature mi femme mi poisson et plutôt  » cool ».

On peut aussi penser à la Sirène de Heinrich Heine, Lorelei, ou à la petite sirène de Copenhague.

 Possible que les sirènes soient une version négative des Néréides,   filles du dieu Nérée  Dieu des mers antérieur à Poséidon et de sa sœur Doris. Est-ce la notion d’inceste qui les transforme selon des époques plus moralistes en créatures suspectes et hostiles ?

En Anglais on peut noter qu’il existe deux mots distincts ( siren pour la sirène antique et mermaid pour une version plus moderne remontant au moyen-age).

Hier encore à  la cour du très ancien  dieu de la mer ,elles chantent et dansent et en cela  revêtent le rôle des  Muses  fort éloigné de celui des créatures hostiles dont nous parle Homère.

Les sirènes possèdent des instruments de musique, elles sont parfois 2, 3 ou 4 selon les versions des textes dans lesquels  on retrouve leurs traces.

Nul n’est vraiment sur non plus de l’emplacement de ce fameux rivage sur lequel elles résident. Leur chant étant censé outre  capter et  ravir l’attention et la vigilance des marins, calmer les vents.Il se pourrait en examinant des traces anciennes de cultes qui leur avait été dédiés qu’on les retrouve entre Sorrente et Capri, ou bien encore quelque part du coté du détroit de Messine.

On notera aussi qu’il existe aussi d’autres créatures dans la mythologie grecque ayant un lien de parenté avec les sirènes: Les Harpies. En grec ce terme évoque l’idée de capter et de ravir, non dans une idée de séduction mais pour attirer vers une fin inéluctable. Les harpies, au nombre de 3 se nomment Obscure, Vole-vite, et Bourrasque. Elles vivent sur la côte du Péloponèse dans les iles Strophade, en Grèce. Ce sont de vieilles femmes à l’allure peu sympathique et leur présence se manifeste par une puanteur insoutenable.

Leur commanditaire est Héra la jalouse, épouse de Zeus, ce qui vaudra aux Harpies d’être aussi nommées les « chiennes de Zeus » ce qui est étonnant car Zeus n’avait pas grand chose à voir avec elles … Elles dépendaient d’Héra qui les envoyait régler ses comptes lorsqu’elle était victime d’injures.

En harcelant les âmes de façon incessante par leurs méchancetés le mot harpie fut utilisé pour désigner les femmes acariâtres 

Elles symbolisent aussi une obsession de la méchanceté, du vice qui harcèlent les êtres qui ne savent contrôler leurs passions.

On se souviendra d’Ulysse qui, suite à l’avertissement de la magicienne Circé, demande à son équipage de l’attacher au mat de son navire lorsqu’il croise à quelques encablures des rivages blanchis de nombreux ossements  où vivent les fameuses sirènes.

Le bon sens populaire qui aime utiliser des raccourcis percutants en a tiré l’idée d’une offre alléchante mais qui peut se retourner contre celui qui l’accepte.

Cette idée de dangerosité de la femme rappelle une image en creux , celle de la femme généreuse, la muse. 

Les sirènes seraient-elles  le double inquiétant des muses et quel lien de parentalité pourrait on deviner entre ces deux extrêmes? 

Si l’on s’appuie sur la langue des oiseaux le mot sirène compte 6 reines et révèle la présence d’une absence pour citer l’écrivain Maurice Blanchot dans son texte « le regard d’Orphée », cette absence qui serait à l’origine du langage et qu’on ne verrait jamais comme désormais on détecte les trous noirs par les phénomènes périphériques qu’ils déclenchent. C’est lorsque l’écrivain, le peintre se dirige vers le chant imparfait des sirènes qu’Eurydice apparaît et disparaît à jamais. En Art, un texte, une peinture, une sculpture n’est pas la relation de l’événement de cette rencontre, c’est l’événement lui-même.

Dans le Médée de Sénèque on peut aussi lire : 

Et quand les terribles créatures charmèrent de leur voix harmonieuse la mer d’Ausonie, le Thrace Orphée chanta sur la lyre de Piérie et peu s’en fallut qu’il ne força la Sirène qui retient d’ordinaire les vaisseaux par son chant à suivre celui-là. »

Sénèque, Médée, 335-360.

Ulysse n’était pas un artiste mais un guerrier. Par la ruse et la volonté il désirait percer le secret des sirènes mais ce fut en vain car elles se jetèrent du haut des falaises pour sombrer à jamais dans la mer. Il ne nous reste que le texte homérique comme vestige de l’aventure de l’homme qui exacerbant sa raison à l’ultime participe à la naissance d’un monde dans lequel  Eurydice et les sirènes ne chantent plus. 

La psychanalyse voudrait réduire ce passage d’Homère à la naissance de l’identité de la personnalité d’Ulysse, on se souviendra qu’il se nomme « Personne » dans un récit précédent lorsqu’il se présente à Polyphème le Cyclope… Pourquoi pas ? mais est-ce suffisant ? n’est-ce pas un peu trop raisonnable encore ? voir malin voir rusé voir masculin et indicateur d’une perversion ( la version du père en l’occurrence Freud).

Ce n’est pas parce que personne ne les écoute qu’elles ne chantent plus, c’est seulement parce justement l’incohérence qui constitue leur sève manque de silence pour que nous puissions distinguer les notes de leurs mélopées. Les sirènes sont toujours là inaudibles à nos oreilles de consommateurs dans notre hâte d’assouvir nos pulsions et désirs le plus rapidement possible sans beaucoup de préliminaires.

Il manque toute une approche sensuelle autant que spirituelle proche du tantrisme pour renouer avec ce féminin qu’elles représentent dans ce qu’il peut révéler d’obscur et de lumineux tant chez la femme que chez l’homme.

Il faudrait un nouvel écrivain, un artiste qui montrerait le chemin sans mat ni lien, sans raison ni ruse pour nous extirper du rêve de la consommation vers la certitude d’être et ce faisant proposer à l’humanité une nouvelle Odyssée.

à la Une

Devenir précieux

Je ne ferai pas de pub pour ce magnat de la finance et tairai donc son nom. En appuyant sur une mauvaise touche de mon smartphone alors que je recherchais un certain type de contenu sur YouTube une voix nasillarde genre super décontractée à l’américaine  inonde  la cabine de mon Kangoo et me dit : « Tout ceux qui travaillent pour un salaire sont des loser… »

J’allais reprendre les choses en main, et changer de vidéo mais les virages que j’abordais me rendait l’opération périlleuse et je ne sais quoi en moi capté par ce discours m’en empêcha.

La voix reprenait  « tout ceux qui sont riches ne travaillent pas  pour un salaire  » puis cela partait dans l’explication de diagrammes impossibles à regarder évidemment.

Et enfin le thème de la préciosité fut abordé.

L’Amérique est une échelle qui commence à 4 dollars de l’heure et si vous  voulez monter comment pouvez vous vous y prendre ?

Apparemment il devait s’agir d’une conférence car j’entendais des voix proposer des réponses comme travailler plus, être plus malin que les autres etc…

Et le conférencier illustra son discours  avec l’exemple d’un employé d’une célèbre chaîne de hamburgers :

-« ok tu travailles chez X tu gagnes 4 dollars de l’heure, tu souris tu te retrouves à 5 et si tu portes la casquette tu vas vite arriver à 6… »

Il suffit juste d’avoir le bon état d’esprit ajoute-t’il …

Et soudain, l’émission commença à m’intéresser vraiment.

Le conférencier visiblement très riche et reconnu comme une pointure par son audience continue…

Quand vous commencer vous êtes à 4 dollars vous comprenez , pas 5 non 4 c’est tout à fait suffisant ! et ensuite vous avez le choix : soit vous restez à 4, bon aller 5 dollars toute votre vie, soit vous monter à l’échelle …

Et quelle  vie vraiment merdique de choisir de rester à 5 dollars !

Mais si vous changez votre point de vue, votre état d’esprit vous pouvez aussi vous dire : pourquoi est ce que je gagnerais pas 10 dollars de l’heure ?

Et comment faites vous ?

réponses du public: on demande une augmentation au patron, on travaille deux fois plus etc 

Vous n’y êtes pas du tout !

Pour gagner 10 dollars de l’heure il faut que vous soyez deux fois plus précieux que vous ne l’êtes !

Je vous le dis on ne travaille pas pour de l’argent on travaille pour de la valeur ajoutée ce qui n’est pas la même chose.

Puis le conférencier raconte qu’il est en semi retraite et qu’il envisage d’aller passer quelques jours sur une plage idyllique quand il reçoit un coup de fil et qu’un entrepreneur lui propose un projet à 60 millions de dollars pour sa poche.

Il revient à la charge en expliquant un peu plus son parcours et revient au fait que lui , il a su se rendre tellement précieux dans son domaine de compétence que ça ne pose aucun soucis à ce genre d’entreprise de le solliciter pour de telles sommes qui pour moi appartiennent au domaine du surnaturel.

Du coup j’ai allumé une clope et j’ai ouvert un peu la fenêtre pour aérer.

Il faisait froid et le voyant de ma jauge d’essence était passé à l’orange.

J’ai songé à ma vie de peintre alors que je revenais d’une exposition bien loin de chez moi . Je n’avais vu personne de la journée sauf la fille sympa de l’accueil.

Et là je me suis dit : bien sur il faut que je devienne plus précieux. 

Du coup la question du comment se posa …je savais que ce n’était pas en demandant une augmentation, ce n’était pas en travaillant plus non plus car je passe pratiquement 15 heures par jour à bosser et je ne gagne pas grand chose en rapport de tout ce boulot.

Mais cette phrase m’avait marqué profondément : comment m’y prendre pour devenir plus précieux … 

Perdu dans ces pensées j’ai bien failli déraper dans un virage.

Il faut se méfier des mots qu’on utilise et qui nous attirent comme des lucioles dans l’obscurité.

à la Une

S’émerveiller

S’émerveiller de la peinture de Sarah mon élève de 11 ans 

Dans notre prison matérielle ici-bas nous possédons une clef magique qui pourrait ouvrir de nombreuses portes et que nous enfouissons trop souvent dans la routine quotidienne. Cette clef c’est la capacité d’émerveillement.

A fréquenter les enfants des  ateliers d’arts plastiques et de peinture cette capacité à  m’émerveiller de leurs œuvres m’est devenue peu à peu comme une respiration nécessaire. Que serais je seul dans mon atelier tournant en rond autour de mes rectangles et carrés si je n’avais en provision d’âme et de cœur ces courts instants hebdomadaires ?

Quelle chance de percevoir l’esprit libre, spontané, frondeur et candide de ces gamins qui me bouleverse tant !

et me laisse suspendu entre rire et larme 

Je songeais à cela en rentrant hier soir. ces quelques braises d’émerveillement encore chaudes me réconfortant du froid de novembre.

 Le tronçon de la nationale 7 que j’emprunte   traverse de lugubres villages dortoirs. et même encore tôt dans la soirée, ici,  plus que de  rares fenêtres encore allumées. Vous verrez encore  la carotte rougeâtre d’un bar tabac, un ou deux panneaux lumineux vantant une promotion sur le bricolage et c’est à peu près tout.

Je cheminais comme ça tout à cette pensée sur le merveilleux et me rappelais  comment j’adorais enfant les contes, les légendes et combien j’en dévorais le soir sous ma couette. Merveilleux et effroi  souvent mêlés car c’est par magie que je  pouvais m’extraire du pire et le pire alors m’était familier.

D’une sensibilité extrême alliée à une timidité maladive ma relation au monde en général et à mes proches en particulier se transformait assez souvent en calvaire et je n’avais guère d’autre issue que d’inventer un monde parallèle bien plus beau que celui qui m’entourait si horrifiquement  vrai.

En fait ce monde que j’envisageais  dangereux ne l’était guère que dans mes pensées, mon interprétation enfantine j’avais  besoin de ce pire comme d’un père  pour m’aider à construire mon merveilleux.

Tout à coup me revient en mémoire une des réponses concernant l’existence de Dieu que fit Maître Eckhart  à ses pairs dubitatifs concernant sa légitimité sacerdotale.

« J’étais avec Dieu dès son origine … » Ce qui revient à penser qu’il était bel et bien là avant la séparation de la lumière d’avec les ténèbres et qu’il poussa lui aussi un Wouah d’émerveillement balayant  toute thèse possible sur le narcissisme divin. Quand on lit que Dieu dit c’est vachement bien ce que j’ai fait là comprenez « Wouah » ça vous fera traverser une bonne épaisseur de mauvaises traductions.

Je me dis aujourd’hui qu’enfant j’exagérais ce que je considérais terrible. Le doute alors me fait vaciller de chagrin : peut-être ai je mal compris les terribles trempes que je recevais , les coups de poings, les coups de pied, les heures passées enfermé dans la cave, les brimades et l’humiliation, les « tu as le diable dans la peau » et les « tu n’es qu’un bon à rien « .

Dans le fond en fait non je n’ai rien exagéré de ce que j’ai vécu. S’il est possible que j’ai eu à visiter des enfers c’est bien au fond de ceux-ci que j’ai trouvé la lumière et cette obligation de m’émerveiller d’un rien. C’était mes cartes, ma boussole n’était pas tant  la colère que  la volonté, la nécessité  de comprendre.

Je ne suis qu’un grain de grenade parmi tant d’autres au fond de cette pomme mal traduite que le pauvre Adam croqua.

Sans doute mon travail de peintre aura-t’il été porté par cette volonté de comprendre, de « prendre avec » en considérant le chaos que je voyais s’étendre sur la toile comme une équation à résoudre. Si mon existence  et le monde ne faisait qu’un il me manquait alors un inconnu.

Jusqu’à ce que je découvre le pardon non pas pour pardonner vulgairement, mais pour donner cette part que je ne parviens pas à résoudre à l’Esprit afin qu’il m’en débarrasse qu’elle ne m’envahisse plus ni ne me terrasse.

Alors une autre sorte d’émerveillement, comme raffiné par  le renoncement, l’abandon, le dépouillement  est arrivé. Et comme des amis oubliés:  le vent, la pluie le chaud et le froid le lourd et le léger ont resurgi neufs et familiers tout en même temps. ( « Wouah! »)

Il y a un je ne sais quoi de testamentaire en ce moment dans mes écrits et je m’en rend compte au fur et à mesure que les mots et les pensées s’emboîtent les uns les autres. Chaque automne l’idée de la mort me revient de plein fouet comme un coup de martinet et me rappelle ma finitude à venir. Peut-être aussi la mort n’est t’elle qu’un passage, une transformation, et que nous la vivons sans nous en rendre bien compte tout au long des divers changements de notre vie.

Ma peinture s’en ressent qui voudrait que je m’écarte de l’anecdote, du fleuve et de tous ses affluents et confluents pour rejoindre l’immensité de l’océan. Comme un gamin qui joue  dans la gadoue et découvre dans l’écume  et les baves de la boue des lueurs intersidérales; je peins comme j’imagine que l’on meurt dans un dernier souffle, l’expiration d’un air trop longtemps contenu dans des poumons physiques comme spirituels et qui n’en finit pas de s’échapper.

Et puis ce qui est merveilleux, c’est que le lendemain jusqu’à nouvel ordre tout recommence à nouveau, une ou deux pirouettes, une grande roue, un salto et on poursuit son chemin.

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le peintre et son tableau

656 La voie étroite André Beuchat

D’un côté ce petit bonhomme qui tremble de colère et de trouille et de l’autre cette surface blanche qui attend un signe. C’est la mort qui veut cela. C’est elle le grand révélateur de mouvement ou d’inertie. Si tu ne sais pas encore que tu vas crever tu ne peux pas atteindre cette folie, cette transe qui met l’acte créatif en branle. On m’a parlé d’amour, c’est une sublimation. La vérité vient de la trouille et de l’obsession. C’est le constat du jour, demain cela changera peut-être, j’aurai oublié parce qu’on ne peut pas vivre tous les jours tétanisé par cette hantise de disparaître quand même.

Pourtant on peut imaginer que l’oeuvre sauve du néant, qu’elle survivra si ça peut arranger un peu les choses, les enrober pour faire passer le gout amer de cette certitude. On peut même croire à un certain stade qu’on a fait suffisamment, que c’est enfin accompli, et qu’il n’y a plus qu’a attendre le coup de grâce comme une délivrance. Çà aussi ne dure qu’un temps, on se leurre si bien, on ne fait d’ailleurs que cela.

Vaincre la mort, c’est à dire se réduire à néant avant qu’elle ne le fasse, j’ai essayé. Mais la vie est si forte, qu’elle resurgit comme une eau vive farouchement, et pire sans y penser. Il n’y a qu’à sentir sa queue se lever a l’ abord de printemps, cette sève remonter de je ne sais où des entrailles profondes et noires et on se remet à espérer bêtement. On n’y peut rien, c’est un fait que la vie s’accroche férocement et tendrement en même temps.

L’acceptation tient lieu d’antichambre à l’état d’homme et balaie bon nombre d’illusions d’un coup. C’est sans pitié qu’on se regarde un temps avant de s’agripper à la compassion pour soi, c’est le chas d’une aiguille que le fil ténu de vivre doit traverser alors pour continuer plus calme. Je n’en voulais pas de ce calme, destructeur de forces imaginais je, je n’en voulais pas de cette docilité aux choses non plus, même après plusieurs vies de couple, érodé par les passions et la quotidienneté. J’ai renâclé, triché, menti, volé,trahi, me suis enfui au loin, et puis ça vous rattrape, inexorablement. Il faut traverser le chas. Pas d’autre solution, ou se flinguer alors, c’est peu crédible quand on dépasse l’age de James Dean, c’est surtout si romantique que c’est à pleurer ou à rire, à pleurer de rire.

Et pourtant derrière la porte, la cloison on entend la joie piaffer allez savoir pourquoi ?

Comme une jument en chaleur les flancs tremblants de désir elle n’attend que cela, que la paroi s’efface et que le cavalier la prenne enfin pour un voyage dans la steppe sous le ciel bleu de ce presque été.

 » Pour ces hommes qui se pressent dans la nuit entre deux murs de pierre, la voie est étroite, semblable à une longue fente dans la terre, une diagonale qui traverse en longueur le paysage. La vision est limitée, on a le sentiment d’une fuite en avant, sans en connaître la cause, sans objectif bien défini et surtout sans retour.  » André Beuchat 656 la voie étroite

https://andrebeuchat.com/fr/opere/detail/656-gravure-originale-de-andre-beuchat

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Pêcher par la peinture

Cette cruauté enfantine que nous portons naturellement en nous , avant la perception du « bien et du mal » et qu’on appelle « l’innocence » tant convoitée par les vieilles et vieux salauds nostalgiques et fachos . C’est celle ci qui m’accompagnait durant mes longues journées de pèche.


Ce n’était rien alors de retirer l’hameçon de la mâchoire d’un poisson, de couper un ver de terre en deux, ou de voler des bonbons à l’étalage de l’épicière du coin.
Un jour tout cela s’est transmuté en « péché » sous la pression d’une morale collective. J’ai mis longtemps à me sortir de cette immense confusion. Ce n’est pas tous les jours rigolos de devenir poisson après avoir été pécheur. Ça m’a largement arraché la gueule et déchiré en deux.


Et puis il y a eut la peinture, et elle m’a permis ou plutôt je me suis autorisé au début et grâce à celle ci à revenir au chaos primordial. Devenir un pécheur dans le chaos en quelque sorte


Le chaos c’est ce lieu ou tout se mélange naturellement, ou tout est mélangé par nature, c’est l’indéterminé magistral. Le chaos c’est l’égout de l’univers, notre ignorance en somme.

Alors la nécessité de sens advient soudain et au travers de celle-ci une façon personnelle de ranger, d’ordonner par importance les lignes, les masses, les couleurs, symboles de mes pensées contradictoires, de mes rêves et de mes cauchemars.


Il y a plusieurs étages dans la découverte de la conscience. Et on saute de l’un à l’autre comme un magasinier fêlé qui chercherait à vérifier tout le temps en recomptant s’il ne s’est pas trompé dans son inventaire.


Alors le hasard et l’étrange entre en jeu.

Ce que l’on appelle désormais les synchronicités, mais il faut bien faire attention de ne pas transformer cela en martingale. Vouloir être maître des choses en matière de hasard, est bien hasardeux.

Mais c’est un chemin et tous les chemins mènent par hasard, par fatigue, par maladie, et parfois aussi par chance, au lâcher prise. C’est à dire non pas à une sinécure, une villégiature pépère, mais à un effondrement total et à une mise à jour carabinée. Le grand manitou, le grand soi, te remet sur tes rails que tu le veuilles ou pas. C’est plus douloureux pour rien si tu résistes voilà tout. Sinon c’est du travail c’est aussi simple que ça.

Il y a un rapport et celui ci est forcément sexuel pendant que nous y sommes entre la peinture et la pêche. Vouloir attraper un sein, une chatte, un cul, une bite ou anus comme un nuage, ou un reflet dans l’eau tout cela purs produits de notre conscience en chemin avec sa maladresse toute boueuse, encombrée de tous les dépôts les sédiments que le petit moi dépose dans son lit.

Un fois la maman putain dézinguée et l’ogre papa zigouillé quand les deux sont bien brûlés et leurs cendres enterrées, on y voit un peu plus clair. C’est à dire cette solitude pas inébranlable car il arrive que la masturbation prenne encore le pas sur l’ouvert. Se branler dans les concepts finit par tuer le désir. Mais c’est voulu encore, c’est un désir faux il y en a encore d’autres derrière, poupées russes…

Enfin quand on n’a plus rien d’autre que soi à abattre on finit par découvrir ce qui est putrescible et ce qui ne peut jamais l’être.



Emprisonnés dans l’habitude

L’habitude se loge dans les moindres recoins de notre vie. Ce faisant nous sommes à la fois rassurés et emprisonnés par ce besoin d’assurance perpétuel qu’elle nous apporte. Pourtant nous pouvons faire trembler les parois, faire fondre les barreaux, expirer du plus profond de nous l’inédit et l’extraordinaire.

C’est en ouvrant la porte de l’atelier ce matin que m’est venu ce constat. Même une simple porte n’en finit pas de livrer ses secrets à chaque fois que nous nous concentrons sur la main au contact de la poignée, sur le regard que nous portons vers elle, sur l’odeur même qui flotte dans l’air à ce moment précis où nous allons pénétrer ou sortir d’ un lieu.

Il flotte dans l’air une légère odeur de feu de bois et de térébenthine, et les quelques merles du voisinage se sont donnés rendez vous sous l’auvent de la vieille scierie dans laquelle j’ai installé mon atelier. Cette porte tant de fois ouverte et refermée durant l’année je ne la regarde guère en général, je ne pense même pas à elle, face à celle ci une grande partie de mon attention se trouve ailleurs, dans la journée précédente avec les toiles travaillées ou bien dans les heures à venir sur les toiles que je devrai reprendre. En fait je ne suis pas vraiment là et il y a gros à parier que ce n’est pas seulement devant la porte de mon atelier.

Fort de ce constat je suis revenu à la cuisine pour me servir un nouveau café. Cette fois j’ai regardé la tasse qui est un vestige d’une autre vie, tout un service que l’on m’avait offert à mon départ de Suisse pour retourner sur Lyon avec un peu de souvenirs. Mais voyez comme on s’égare facilement, c’est juste une tasse blanche avec des petits chats peints et sur un bord elle est un tout petit peu ébréchée, mais je ne me suis pas résolu à la jeter même si je sais que cet accident est un lieu de rencontre de milliers de bactéries. Je m’en fiche c’est la dernière tasse et je ne peux me résoudre à m’en séparer.

Le café noir est bien dosé, c’est bon signe car j’ai utilisé la dosette cette fois, la plupart du temps j’y vais à l’estime en versant directement la poudre dans le filtre et mon breuvage réveillerait un âne mort. Les petites bulles du sucre qui remontent à la surface en éclatant en silence, dans le maelstrom du touillage lent de la cuillère, et enfin ce mélange d’amertume sucrée dans la bouche, ce liquide qui coule au fond de la gorge, et la sensation de chaleur bienveillante qui l’accompagne. Je ne me souviens plus de la première fois où j’ai rencontré ce gout du café. Surement sur un sucre que me tendait mon grand père. Aller à nouveau dans mes souvenirs. Demain il faut que je monte au Bessat chercher des tableaux … me voici parti dans l’avenir.

Je ne suis pas un adepte de l’instant présent, sans doute par réaction à ce que j’en lis écoute et voit quand on me le prône à tue tête. Mais pourtant c’est vrai que le seul lieu de l’inconnu, de l’inédit, de la découverte et des petites joies simples qu’elle procure c’est bien cet instant dans lequel le passé comme l’avenir sont deux inconnus à l’équation de vivre.

Renoncer à sa légende d’artiste

Est-ce si nécessaire que cela pour attirer le chaland à l’étalage de nos œuvres de bâtir une légende d’artiste ? Il m’est avis que non et c’est bien un de mes plus importants blocages dont je viens vous faire l’aveu ici.

Quand on pense à un Picasso, un Dali, un Modigliani, nulle doute que ces « personnages » dont nous nous sommes victimes de leur luminescence fossile en les plaçant à l’Olympe du monde de l’Art ne sont au final que des légendes fabriquées plus ou moins consciemment, soit par eux-mêmes, soit par leur entourage, soit par les marchands qui de tout temps connaissent bien l’impact que procurent les histoires, appelons les désormais « Story telling » puisque l’anglicisme va de paire avec « marketing ».

Bien sur il est d’usage désormais de raconter des histoires pour mieux positionner une marque de lessive, une opération humanitaire, et même les œuvres d’art. Le succès rencontré par l’émission « D’art d’art » ne démentira pas mon propos quant on comprend que ce sur quoi on veut attirer l’attention du public n’est qu’un secret à dévoiler, un message caché, une énigme à résoudre.

De là à ce que le moindre peintre se creuse désormais le ciboulot pour raconter son histoire, qu’elle soit vraie ou arrangée, YouTube nous apprend que c’est devenu un impératif minimum.

Moi-même cher public je n’ai pas dérogé à cette règle en narrant mes petits tourments, racontant mon enfance, mon adolescence, mes crises d’acnés et si je ne suis pas entré dans les détails plus avant c’est que j’essaie d’arrêter l’onanisme conjointement à la consommation de tabac. Evidemment j’ai encore quelques rechutes mais il me semble malgré tout être sur la bonne voie.

Je n’en tiendrai pas rigueur à Philippo Lippi, mais quand la signature compte plus que le tableau lui même c’est qu’il y a une déviance quelque part. Je veux dire quand la signature évoque un personnage, que ce personnage évoque une légende, et qu’au final le tableau finit par disparaître du champ de vision, noyé dans le brouillard féerique des interprétations masturbatoires de l’auteur, de ses marchands, ou des critiques payés à la pige.

J’ai passé un temps fou à vouloir écrire ma  » bio » mon histoire d’artiste. Des pages et des pages et cependant une fois ce mauvais moment passé, ma force d’inertie aidant, je ne me suis jamais vraiment résolu à la publier comme cela devait être le but. Une gène, peut-être un peu de pudeur mais pas seulement, m’en a préservé. C’est surtout en fin de compte l’élaboration d’un récit de fiction car qui suis je vraiment pour détenir la vérité de ce qui s’est passé dans ma vie. Il n’y aurait qu’à demander à ceux qui m’ont fréquenté pour obtenir un son de cloche fort différent j’en suis certain, alors trouver une cohérence qui ne satisferait au final que moi, m’a semblé être à nouveau une tricherie magistrale et j’ai décidé de laisser ce récit dans un dossier de l’ordinateur.

Ce n’est pas que je sois honteux ou fier de ma vie, non mais je crois finalement que de trop en dire nuit gravement à la suggestion. Alors pour me présenter finalement il n’y aurait que les faits et juste les faits qui me semblent valables, mon année de naissance, attestée par un certificat administratif, comme mes diplômes, mes différents actes notariés de mariages et de divorces, mes expos, mes tableaux et le reste finalement appartient au silence.

En tous cas sans doute est ce d’en avoir déjà trop écrit, trop dit que j’en ressens un vertigineux dégoût, une impression de faux propre comme on en respire à la la laverie du coin de la rue . Finalement l’expression laver son linge en public dépeint assez bien ce que j’ai voulu faire m’installant en héros Cervantesque alors que somme toutes je ne suis que son Sancho Pansa.

C’est possible d’en mourir d’ailleurs c’est bien ce qui advint à Don Quichotte dans le second volume de ce roman magnifique, quand les chevaliers ennemis redeviennent de simples moulins à vent et que la Dulcinée de Tobosco retrouve ses varices et son langage de poissonnière.

Je suis Connor MacLeod, je vis depuis quatre siècles et demi, et je ne peux pas mourir.

Avec la musique de circonstance, vous vous souviendrez sans doute de ce moment dans Highlander où Russel Nash l’antiquaire avoue qui il est à Brenda Wyatt et, ce faisant il conforte en lui et en nous spectateurs, l’idée d’un Connor MacLeod bien réel ayant traversé les siècles.

Il est possible que nous cherchons tous quelqu’un à qui l’on pourrait dire ce genre de secret et d’autres un peu moins glorieux, les plus intéressants ne sont ils pas surtout les moins glorieux ?

Ce secret n’est pas facile à dire, on ne s’en départi pas à la légère car il est constitutif de notre vision de nous mêmes en même temps qu’il nous empêche d’être vraiment nous mêmes justement en le gardant scellé. Impression que si celui ci est enfin éventé il en sera finit de nous. Le passage dans l’autre vie, (est ce la vraie ? ) comporte donc l’obligation d’un aveu magistral à énoncer, en prenant l’autre comme miroir de nous-mêmes et ceci souvent sous l’emprise de l’ébriété voire de l’amour.

Lorsqu’on s’aperçoit de cela nous ne pouvons pas être bien fier, en revanche nous pouvons admirer toutes les astuces dont fait feu la providence pour nous faire lâcher du lest.

Cette idée d’immortalité associée au secret, au fantastique que nous fabriquons, notre légende personnelle que vaut elle vraiment dans un monde où 3 enfants sur 4 crèvent de faim. Où l’injustice est tellement évidente partout que toute tentative de lutter contre elle se transforme en catastrophe annoncée. Que peuvent valoir vraiment la puissance, la gloire et la fortune sur la lune désertée ou sur mars, nul n’est besoin d’attendre l’avenir pour imaginer la dérision de tout cela.

Quelqu’un a dit qu’on ne pouvait pas accueillir chez soi  » toute la misère du monde » . Au contraire, ai je envie de dire, ouvrons grand notre porte à cette misère car c’est exactement la même qui réside en chacun de nous, dans cet exil où nous placent nos petits et grands secrets , ces dictateurs en minuscule, pourvoyeurs des légendes et des mensonges que nous avons bâties autour d’eux. Alors peut-être comme Connor MacLéod remporterons nous « le prix », cela n’a pas l’air d’être grand chose, mais j’ose imaginer malgré tout que c’est vraiment bon d’être mortel.

Des maux crasseux

Abri-Bus Patrick Blanchon 2015

Instiller le doute est un moyen efficace que les dictatures utilisent. Le doute ruine nos certitudes, en commençant par les faire vaciller lentement vers la peur, une peur en quelque sorte animale, instinctive qui déclenche la violence comme issue, comme tentative désordonnée de révolte, et tout est prévu en conséquence de cette logique bien connue des états, des gouvernements, qui se servent ensuite du désordre pour mieux imposer leur idée d’ordre. Car la division qui s’opère autour du thème favori des puissants : l’insécurité, le chaos, nécessite un résultat sans virgule, un chiffre bien rond et rassurant. Fi des demi mesures, des à peu près, des compromis qui laissent incertains. Pour rallier les plus trouillards rien ne vaut des décisions bien fermes et matraquées fermement  si possibles. La force de l’ordre est alors invoquée à la rescousse. Celle-ci brutale et aveugle autant que les fauteurs de troubles auxquels elle s’affronte n’est qu’une réciprocité convenue lorsque toute confiance dans les institutions est émoussée. Alors voici que toutes les peaux  de l’oignon se disjoignent, l’une après l’autre, le germe seul minuscule et blanc se nomme la haine, elle est là sans raison, surgit de nulle part, comme une énigme que l’on avait mise de côté en bâtissant autour une démocratie comme on fait des murs de béton autour des piles radioactives. Mais rien ne dure assez longtemps dans sa solidité pour prévenir les fissures. L’accident arrive de façon régulière et inéluctable. On tente de comprendre mais ça ne sert pas à grand chose au final quand la démocratie commence à s’exprimer au travers des mots crasseux.

Maillages

En ce moment deux pistes principales de réflexion cheminent en parallèle dans la cervelle. A gober les mouches il arrive qu’un colibri vienne titiller la langue en déposant son nectar. Celui ci s’infiltre dans les veines, remonte jusqu’au cœur et finit par on ne sait quelle alchimie à rejoindre le ciboulot.

Les Védas et les magnifiques peintures des aborigènes d’Australie ont ceci en commun d’être des anti sèches, des aides mémoire.

Les premiers ont commencé à être écrits en sanskrit 1500 ans avant Jc, cette période correspondant à la naissance de l’ère de Kali Yuga, l’ère de la destruction des mondes, il s’agit vraiment d’un condensé ésotérique qui veut pérenniser une parole trés ancienne porteuse d’un savoir multi millénaire.

Ce savoir est organisé d’une telle façon que chaque caste y trouve son grain à moudre. Que ce soient les brahmanes, l’élite ou bien le mendiant, l’inutile, tout le monde peut à son niveau en retirer quelque enseignement qui le guidera vers la connaissance qui lui convient.

Dans les peintures aborigènes c’est un peu la même chose puisqu’il s’agit de restituer un temps primordial racontant l’histoire des différents ancêtres qui eux aussi ont apporté le savoir aux hommes. Les peintres aborigènes sont aussi suivant la « famille » la tribu, organisés pour restituer une partie spécifique du rêve. Le fameux « Dream time »

Dans le premier il s’agit de restituer un son par l’intermédiaire du sanskrit langue crée de toute pièces pour restituer au plus prés justement les sons dits « sacrés ». Dans les secondes le son n’est pas bien loin non plus car il s’agit souvent de « chanter » la peinture pour celui qui la réalise.

Dans les deux cas il s’agit donc de transmettre un héritage aux générations futures.

ce sont deux voies, deux voix , deux volonté artistiques qui cheminent cote à cote et inspirent le travail.

Il y aurait aussi beaucoup à dire sur René Guénon, jamais bien loin mais dans les temps difficiles et obtus mieux vaut ne pas trop faire référence à celui ci.

Le français est une langue indo européenne. Pas étonnant que sutra se retrouve dans suture. Peut-être par un jeu étrange d’homonymie le mot »soutirer »vient il aussi du sanskrit . soutirer au mystère le fil d’Ariane qui aide à ne pas s’égarer dans tous ces labyrinthes.

Ce qui me pousse à peindre

L’enfance de l’art, son origine, un peu comme le mythe de l’éternel retour dont parle Mircéa Eliade, nécessite une connexion avec un temps particulier. Un temps « magique » où tout ce qui nous constitue, je veux dire l’univers éparse et infini en dilatation continuelle se tiendrait concentré dans le bout du pinceau, dans cet instant où le pinceau se poserait sur la toile, et ainsi, comme par magie, nous ne serions pas le peintre , le pinceau , la peinture et le tableau mais un ensemble indissociable dans le mouvement même de la création.

Le temps de la peinture alors est le temps d’avant la séparation. C’est sur ce postulat que je me suis longtemps basé inconsciemment pour travailler. Et, dans une ignorance à peu près totale, mué seulement par une intuition j’ai avancé.

Ce qui m’intéresse dans l’acte de peindre c’est ce qui intéresse tous les scientifiques actuellement je crois, à la fois comprendre ce qu’est la matière, ce qu’est l’énergie, ce qu’est l’information. C’est fou de penser que cette information provient d’une origine que l’on imagine très éloignée de nous et qui j’en suis persuadé reste intacte en chacun de nous, comme dans chaque plante, chaque pierre, chaque soleil, chaque poussière.

Je suis dans une certaine mesure victime d’une ivresse de peindre comme d’une ivresse de connaitre. Sans doute aussi d’une ivresse de vivre même parvenu à un age avancé pour la société dans laquelle nous vivons. Dans une autre époque j’aurais juste l’age d’être un bon apprenti mais les époques changent et voici que j’entends que l’on me prend pour un maître de plus en plus ce qui me chagrine car je m’en sens tellement loin et je mesure aussi le peu d’exigence de ceux qui me taxent de la sorte. Non je ne suis maître en rien et ne désire pas l’être, je veux conserver en moi l’esprit du débutant, l’esprit de l’enfant qui sans cesse découvre le monde.

Le connu, ce que je pense connaître se présente à moi sous un aspect souvent ennuyeux, une impression de « déjà vu », un cliché qui provoque aussitôt une envie de fuite. C’est peut-être l’origine de la confusion dont je suis victime et en même temps le responsable. Je n’accepte pas le convenu. Je cherche toujours à sortir de celui ci comme autrefois gamin j’explorais l’au delà des limites. Mais les gens en général ne perdent pas de temps à comprendre tout cela. Ils n’en ont ni le temps ni l’envie, ils sont sur une autre fréquence la plupart du temps. Que représente un tableau pour la plupart sinon un objet à accrocher au mur de sa maison pour faire « joli ».

C’est un écart magistral qui force l’humilité du peintre que je suis. Et pourtant je continue encore à bavarder sur la peinture parce que ça me permet de clarifier mes idées, mes intuitions. Non pas que j’attende une adhésion massive à mes propos, je reste lucide, c’est comme une petite pierre que je pose à chaque fois sur le chemin car je connais la vitesse à laquelle se produit l’égarement et aussi ses nécessités.

Donc ce qui me pousse à peindre est à la fois très naïf et très sérieux. Comme un jeu d’enfant. Mais Einstein a du ressentir la même chose. Chevauchant son rayon lumineux dans son rêve il a du éprouver l’intuition formidable dans une joie infinie. Ensuite convertir tout cela en mathématique est une autre paire de manche. Spinoza aussi qui vivait comme un moine bouddhiste, a fondé tout son travail sur l’intuition. En fait je me demande si jamais quelque chose de grand n’a jamais pris sa source ailleurs que dans l’intuition de ceux qui l’ont construit. D’ailleurs tout ce qui ne vient pas de là est souvent voué à la ruine, à l’échec, à la mort. Tout ce qui est mué par l’appât du gain seulement , ou le désir de revanche, ou la seule envie d’être plus qu’un autre, l’orgueil, la cupidité, la concupiscence n’ont jamais rien apporté de vraiment solide à l’humanité sinon des entraves à son développement.

Des systèmes, du hasard et des voitures rouges.

Admettons que vous ayez crée un système avec un certain nombre de règles que ceux qui participent à ce système doivent accepter et ne pas (trop) remettre en question. Vous aurez tôt ou tard une lassitude à affronter. Celle notamment des participants à ce système et la votre bien sur. Car la vie ne supporte pas la monotonie et le vide. Ce qui pourrait paraitre pour un pléonasme si l’on y réfléchit bien. Pour appuyer cette observation  il suffit de vivre à Paris, et d’avoir au dessus de la tête, dans une des nombreuses chambres de bonnes mal isolées, un apprenti musicien qui appuie toute la journée sur la même série de notes de son piano. Cela vous agacerait bien sur et vous tempêteriez ou bien vous iriez à la pharmacie la plus proche pour acheter des boules Quiess. Voici donc la réaction classique face à l’ennui : l’agacement et la surdité.

Ainsi pour faire face à cette production de tout système qui est le fruit de sa régularité mécanique, les créateurs s’intéressent-ils désormais au hasard, et tentent d’en établir des lois afin de créer parfois dans la régularité une anomalie, une insécurité, un danger dont ils se serviront pas la suite pour renforcer les principes premiers de leur construction.

« Vous avez vu pourquoi il faut des fenêtres ? Pour éviter les courants d’air et les fermer en cas de coup de vent. »

On évitera soigneusement de vous rappeler que la fenêtre permet d’aérer, ou bien d’éclairer la pièce. Votre attention sera alors dirigée comme votre raisonnement à venir sur des principes tarés qu’à force de répétition vous finirez par accepter comme authentiques et à ne pas remettre en question le bien fondé de ceux-ci.

Ainsi le système, aidé par la science  plus ou moins bien maîtrisée des hasards, finit il par  créer tout seul ses propres contrepoids pour se maintenir.

Détourner l’attention serait il désormais  un art consommé de la systémique. J’ai plusieurs fois vécu dans ma vie cette expérience amusante de vouloir acheter quelque chose mué par un désir fortuit en apparence. Je prends l’exemple de cette voiture rouge d’une certaine marque dont le besoin aussi soudain que loufoque m’est devenu soudain comme une nécessité incontournable. Jamais auparavant je n’en voyais. Avant ce désir intempestif je ne voyais qu’un flux ininterrompu de véhicules de tout acabit et mon regard ne discernait rien de particulier qui me fasse saliver.

Et soudain je ne vis plus que cette voiture rouge partout. J’en fus très étonné car cela chamboula quelque peu ma vision habituelle  du choix.  Pourquoi d’un seul coup me concentrais je plus sur cette marque, ce modèle, cette couleur ? Il fallu bien accepter l’inacceptable, je n’étais pas maître de mes choix comme je l’avais cru. Quelqu’un ou un concours de circonstances, que l’on nomme généralement le hasard, avait insufflé en moi le désir de possession de ce véhicule et j’allais ne pas m’en rendre compte et passer à l’acte quand soudain l’impression d’étrangeté m’arrêta tout nette.

Cette impression d’étrangeté désormais ne me quitte plus. Elle ressemble un peu à celle qu’on éprouve durant les rêves et qu’on aperçoit soudain un illogisme dans un univers bien huilé. En général c’est cette impression qui me conduit à l’éveil et à cette sensation bizarre qui rend floue tous les contours de tout système comme de toute réalité. C’est ainsi que j’ai découvert la notion de contrepoids savantissime, pour lutter contre les contrepoids prévus et ciblés.

Pour m’extraire alors de cette impression de malaise j’ai trouvé une parade : je fais n’importe quoi selon ce que mon intuition me dicte. Cela peut être de me rendre à la boulangerie pour acheter 4 pains au chocolat que je vais dévorer dans la foulée, ou bien prendre ma voiture pour me rendre dans coin inconnu de campagne et marcher une heure ou deux, ou bien encore écrire un texte comme celui-ci qui exorcisera peut-être cette sale impression d’être un cobaye, un pauvre rat de laboratoire.