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Des systèmes, du hasard et des voitures rouges.

Admettons que vous ayez crée un système avec un certain nombre de règles que ceux qui participent à ce système doivent accepter et ne pas (trop) remettre en question. Vous aurez tôt ou tard une lassitude à affronter. Celle notamment des participants à ce système et la votre bien sur. Car la vie ne supporte pas la monotonie et le vide. Ce qui pourrait paraitre pour un pléonasme si l’on y réfléchit bien. Pour appuyer cette observation  il suffit de vivre à Paris, et d’avoir au dessus de la tête, dans une des nombreuses chambres de bonnes mal isolées, un apprenti musicien qui appuie toute la journée sur la même série de notes de son piano. Cela vous agacerait bien sur et vous tempêteriez ou bien vous iriez à la pharmacie la plus proche pour acheter des boules Quiess. Voici donc la réaction classique face à l’ennui : l’agacement et la surdité.

Ainsi pour faire face à cette production de tout système qui est le fruit de sa régularité mécanique, les créateurs s’intéressent-ils désormais au hasard, et tentent d’en établir des lois afin de créer parfois dans la régularité une anomalie, une insécurité, un danger dont ils se serviront pas la suite pour renforcer les principes premiers de leur construction.

« Vous avez vu pourquoi il faut des fenêtres ? Pour éviter les courants d’air et les fermer en cas de coup de vent. »

On évitera soigneusement de vous rappeler que la fenêtre permet d’aérer, ou bien d’éclairer la pièce. Votre attention sera alors dirigée comme votre raisonnement à venir sur des principes tarés qu’à force de répétition vous finirez par accepter comme authentiques et à ne pas remettre en question le bien fondé de ceux-ci.

Ainsi le système, aidé par la science  plus ou moins bien maîtrisée des hasards, finit il par  créer tout seul ses propres contrepoids pour se maintenir.

Détourner l’attention serait il désormais  un art consommé de la systémique. J’ai plusieurs fois vécu dans ma vie cette expérience amusante de vouloir acheter quelque chose mué par un désir fortuit en apparence. Je prends l’exemple de cette voiture rouge d’une certaine marque dont le besoin aussi soudain que loufoque m’est devenu soudain comme une nécessité incontournable. Jamais auparavant je n’en voyais. Avant ce désir intempestif je ne voyais qu’un flux ininterrompu de véhicules de tout acabit et mon regard ne discernait rien de particulier qui me fasse saliver.

Et soudain je ne vis plus que cette voiture rouge partout. J’en fus très étonné car cela chamboula quelque peu ma vision habituelle  du choix.  Pourquoi d’un seul coup me concentrais je plus sur cette marque, ce modèle, cette couleur ? Il fallu bien accepter l’inacceptable, je n’étais pas maître de mes choix comme je l’avais cru. Quelqu’un ou un concours de circonstances, que l’on nomme généralement le hasard, avait insufflé en moi le désir de possession de ce véhicule et j’allais ne pas m’en rendre compte et passer à l’acte quand soudain l’impression d’étrangeté m’arrêta tout nette.

Cette impression d’étrangeté désormais ne me quitte plus. Elle ressemble un peu à celle qu’on éprouve durant les rêves et qu’on aperçoit soudain un illogisme dans un univers bien huilé. En général c’est cette impression qui me conduit à l’éveil et à cette sensation bizarre qui rend floue tous les contours de tout système comme de toute réalité. C’est ainsi que j’ai découvert la notion de contrepoids savantissime, pour lutter contre les contrepoids prévus et ciblés.

Pour m’extraire alors de cette impression de malaise j’ai trouvé une parade : je fais n’importe quoi selon ce que mon intuition me dicte. Cela peut être de me rendre à la boulangerie pour acheter 4 pains au chocolat que je vais dévorer dans la foulée, ou bien prendre ma voiture pour me rendre dans coin inconnu de campagne et marcher une heure ou deux, ou bien encore écrire un texte comme celui-ci qui exorcisera peut-être cette sale impression d’être un cobaye, un pauvre rat de laboratoire.

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Je t’aime ! Moi non plus…

Ce que beaucoup nomment « amour » n’est que le territoire restreint de leur petitesse personnelle. Que l’on vienne à empiéter sur ce terrain privé, ne serait ce que pour remettre en question sa clôture, et voici que la guerre est déclarée.

C’est que l’on confond encore le désir et l’amour trop souvent. Pas seulement le désir physique de l’autre mais le désir d’avoir raison envers et contre tout. Et comme tous les désirs celui ci  à chaque objectif atteint nous rend à la fois un peu plus seul et peu plus triste.

C’est pour cela que la cervelle dans une grande mesure ne sert strictement à rien en amour et que l’intuition est la voie étroite par laquelle passer en rejetant d’emblée tous les points de vue que propose la raison.

Les signes extérieurs de l’amour peuvent se résumer dans la preuve, à l’instar de tout procès, de tout tribunal digne de ce nom, il y a une mise en examen, et deux forces en présence qui soupèsent le vrai du faux pour trouver le niveau de responsabilité, ou d’irresponsabilité de celui ou celle assis au banc des accusés. Sans preuve point d’amour, pas de procès non plus, on s’en tire par cette superbe expression qu’est le « non lieu ».

J’avoue que j’ai toujours eut du mal à aimer qui que ce soit dans de telles circonstances. J’avoue ma culpabilité de n’avoir jamais su vraiment apporter de preuves tangibles à tout amour que j’ai pu fomenter. Que ce soit envers les femmes dont j’ai profité des bienfaits chaleureux, des abandons calculés, des jouissances simulées ou pas comme d’autres objets de projection comme les animaux, les arbres, la nature toute entière, l’art,  Dieu et les particules élémentaires. A chaque fois que j’éprouvais l’impression d’aimer je l’ai toujours trouvée à plus ou moins brève échéance, fausse, égoïste, illusoire. Ce qui petit à petit m’a entrainé à pensé que je devais être une anomalie génétique, une sorte de monstre, ou un parfait idiot.

C’est sur cette faille magistrale que j’ai construit peu à peu mon rapport à la vérité, à ma propre vérité bien sur et à l’amour en général.

Le bouddhisme m’a apporté beaucoup et je me suis bien souvent retrouvé dans ses préceptes. Sans pourtant en faire un dogme car après tout le bouddha lui-même conseillait de croire en rien que l’on n’ait expérimenté soi-même. Le bouddha conseille même de ne pas chercher ni trouver de bouddha à l’extérieur de soi.

Alors l’amour que je regarde fleurir un peu partout autour de moi dans les réseaux sociaux au travers des likes et petits cœurs, des petites fleurs et larges sourires, les clin d’œil, vous imaginez combien il m’atteint de plein fouet sans sa superbe superficialité. Vous n’y êtes pour rien, c’est le système dans lequel nous sommes qui veut cela. Sans signe de ralliement comment fonctionnerait ce système qui nomme un signe « j’aime  j’adore je m’exclame  je ris ou je pleure. » ce sont les règles données par quelqu’un d’autre restreintes s’il en est dans lesquelles nous nous engouffrons pour donner notre petite opinion sur tout et rien finalement.

Mais c’est ainsi que fonctionne et se nourrit ce système. Par notre approbation sans limite. Par les preuves que nous ne cessons de fournir à celui-ci de notre servitude.

L’amour a-t-il vraiment quelque chose à voir avec cela ? Non je parlerais plutôt d’adhésion que d’amour. Et comme toute adhésion il y a un coût, un prix à payer et ce prix c’est le temps. Le temps que nous passons à tenter de nous faire aimer d’attirer l’attention des autres. Et pendant ce temps nous ingérons tout un tas de pubs qui inconsciemment nous entraîneront à nous asservir à de nombreux besoins que nous n’avons pas à l’origine. Ainsi le désir d’être aimé est il savamment utilisé par les publicistes pour ratisser au plus large le champ de radis que nous plantons, entretenons nous-mêmes. C’est tout bénéfice.

Et sur quoi est donc basée encore toute cette magnifique machinerie ? Sur l’imbécilité des gens tout bonnement et rien d’autre. Ainsi s’enrichissent ceux qui éprouvent la méchanceté issue de leur terrible solitude de ne pas savoir aimer.

L’illusion de la lucidité.

Dans mes moments les plus sombres, quand l’illusion d’une lucidité atroce revient à la charge et que la froideur s’installe je vois une autre réalité que celle que je désire maintenir.

Je vois l’humanité comme un amas de bêtises qu’aucune tribu animale ne saura jamais égaler. Même les hordes de sangliers dévastant les piscines turquoises et les tendres pelouses n’ont pas cette absurdité en trogne. Oui l’être humain est le fléau le plus imbécile et prétentieux que la planète n’ait jamais connu.

Tout est tellement faux chez l’homme, tout est tellement prévisible, que je n’ai aucun mal à imaginer combien il est facile pour une minorité désabusée de s’emparer de cette idiotie générale pour en tirer un profit infini sans vergogne.

Car finalement rien n’a jamais changé par exemple en politique où l’on installe à des sommets des rois qu’à seule fin de mieux préparer leur chute.

Les lobbyistes ont bien compris aussi cette volonté farouche de croyance tellement ancrée dans nos cervelles qu’ils en usent et en abusent, dissimulés derrière de nobles discours, derrière des façades démocratiques, se tiennent les fauves toujours prêts à mordre , à déchirer, à détruire mués par la férocité et le pragmatisme qu’impose le maintien en place d’un ordre établi par le pouvoir.

On peut comprendre que tant de jeunes aient été leurrés et qu’ils aient rejoint Daesh mués par un idéal proposé, par un combat véritable au corps à corps avec tout ce que représente la corruption du monde pour ces fanatiques sans scrupule.

Le discours de façade là encore ne tient debout que par la bêtise, la naïveté, le désespoir et l’ignorance de ceux qui l’ayant espéré finissent par se leurrer en le recevant.

Rien de pire que de n’avoir rien à l’extérieur de soi à conspuer pour ne pas sombrer.

Car finalement le mécanisme de la plainte est cent mille fois plus facile que celui de la responsabilité.

L’humanité est irresponsable voilà la conclusion que l’on peut porter et c’est une cause de tous ses maux, ceux qu’elle produit comme ceux qu’elle subit.

D’ailleurs comment changerait on cet état de fait autrement que par une refonte totale de l’éducation. Or il n’en est rien vraiment, l’école continue à produire du mouton alors que le monde a tant besoin de loups.

Apprendre la responsabilité et l’entraide vraie ne peut être un but dans ce monde ou la servitude est l’objectif des forces sombres qui tirent les ficelles de nos existences.

L’esclavage coûtait trop cher à nos antiques maîtres alors ils ont inventé le salariat, bien plus profitable qui fait croire à la liberté tout en permettant à l’argent de retourner à sa source par tant de ruisseaux.

Oui quand je traverse de sales moments il m’arrive de voir le monde ainsi et les preuves de la véracité de ce point de vue ne manquent pas. Tout est ainsi fait pour que nous pataugions dans une impression de faiblesse, de fatalité cosmique, et d’insécurité permanente. La peur est le joug que nous tirons sans relâche pour avancer dans nos sillons en espérant toujours que demain sera mieux. La peur et l’espoir voici les outils des maîtres de ce monde. Ce ne sont pas les marionnettes qu’il faut attaquer ni même les marionnettistes, mais bien au delà, en nous mêmes, en chacun de nous, devrait exister cette lutte contre la bêtise de céder à la peur comme à l’espoir, alors seulement nous pourrons trouver une dignité et comprendre que nos fragilités sont nos forces véritables.

Ces fragilités que nous devons sans cesse dissimuler pour ne pas avoir l’air vulnérables ce sont vers elles qu’il faut aller car c’est le seul socle solide qui nous constitue et en même temps elle sont les ponts, les passerelles qui permettent à ceux qui l’ont compris de rester stoïques et dignes voire compatissants face à la bêtise du monde.

L’imprévisible

Puisque les algorithmes cherchent à comprendre nos habitudes et à en tirer des appels à l’action, puisque en fin de compte l’algorithme est un logiciel qui ne se base que sur la prévisibilité de nos comportements, alors sans doute l’imprévisible est il une piste, un chemin de traverse, dans lesquels les obstinés de la liberté devront inéluctablement s’engager.

Cela donne à réfléchir sur ce que nous appelons la liberté tout d’abord pour comprendre à quel moment celle ci est menacée. Il ne suffit plus d’avoir des réactions, des réflexes viscéraux quand la douleur se manifeste, il ne suffit pas de descendre dans la rue pour vociférer, il ne suffit pas de s’exhiber en larmes non plus, non, il faut aussi devenir imprévisible même dans nos automatismes, revisiter l’atavisme pour le détourner lui aussi, abattre nos habitudes tout cortex confondus demandera non seulement du courage, de la peine, une aptitude à la solitude, une bonne dose d’humour et de recul.

La liberté est un sentiment et on ne devrait pas trop jouer avec les sentiments. Ou alors jouer à fond avec celui ci afin de mieux discerner en quoi il nous est vraiment propre ou bien s’il n’est encore qu’un héritage inconscient. Beaucoup de personnes cherchent la liberté et ne la trouvent jamais et pour cause, la liberté se trouve elle ne se cherche pas.

C’est en étant conscients que nous pourrons survivre aux algorithmes qui jouent surtout sur notre inconscient, notre mauvaise habitude de somnambulisme.

Je ne parle pas ici du mérite bien connu désormais de l’instant présent. L’instant présent est encore grosso modo une sorte de dope qui annihilerait fictivement notre ressenti face au passé et au futur. Nous vivons dans le temps, pourquoi vouloir s’évader de celui-ci sinon par pure incompréhension de sa raison d’être.

Il faut du temps pour toute chose. C’est dans la bible alors c’est surement vrai, du moins je ne vais pas le remettre en question ici. Nous avons besoin de mesurer le temps que met la graine pour parvenir à l’arbre. Dans l’absolu peut-être pas tout de même. Nous avons juste besoin de mesurer sur le plan terrestre le temps que prennent les conséquences de nos actes, alors que dans l’absolu, ou dans une physique parfaite qui existe surement ce délai n’existe pas, tous les possibles s’offriraient alors à nous simultanément.

Donc devenir imprévisible c’est aussi sortir d’une zone de possible convenue. En fait un couloir par lequel on fait passer les animaux avant de les assommer et finalement les assassiner. Devenir imprévisible c’est connaître le danger des autoroutes et des couloirs, sauter les embardes de sécurité soi disant et s’éloigner de la logique mathématique des algorithmes.

En revanche il faudra aussi changer complètement de mode opératoire à chaque évasion, devenir créatif. C’est comme le travail de peinture que j’effectue finalement, ça demande de considérer chaque toile, comme une nouvelle journée , une nouvelle vie et soi-même comme un autre inédit.

On peut tuer des hommes, pas leurs idées.


© PRENSA LATINA / AFP

Finalement il est un lieu ou le fanatisme religieux, le radicalisme puritain, la démocratie poreuse, le populisme onctueux se rejoignent, c’est la volonté plus ou moins dissimulée de nous imposer une morale, c’est à dire dessiner pour nous gens de peu, les limites claires du « bien » et du « mal » servant leurs intentions plus tellement ésotériques, de moins en moins ésotériques.

De plus en plus nous sommes désormais nombreux à trouver le mode de vie formaté par ces courants, qui ne cessent d’alterner l’un l’autre tout au long de l’histoire, oui, nous sommes de plus en plus nombreux à trouver que ce mode de vie imposé par une minorité avide de pouvoir et craintive surtout de le laisser s’échapper, complètement inadapté, si je puis oser cet euphémisme.

Avons nous tant évolué que nous le pensions hier encore nous gargarisant de la découverte du courant électrique, de la fission de l’atome, du stérilet, et du smartphone connecté sur le vaste réseau neuronal que représente l’internet ?

Le progrès ne semble pas modifier les fondamentaux du pouvoir et ce dernier s’acharne sans doute à trouver des contre poids de plus en plus subtils jusqu’à ce que la boucle soit bouclée et que nous découvrions tous désormais ses secrets de polichinelle.

Tout organisme vivant ou inerte comprend intuitivement l’importance capitale du barycentre. Sans barycentre chaque pas effectué serait une catastrophe répétée, sans barycentre aucune pub ne viendrait interrompre une émission trop sérieuse, sans barycentre aucune société ne pourrait créer ses extrémistes pour renforcer l’idée d’un centre qui doit se maintenir et se renforcer sous leurs assauts. Tout est dans l’un et l’un est dans tout comme d’habitude et comme d’habitude seule une minorité profite de cette loi fondamentale et aussi il faut bien le dire de notre naïveté.

On aurait pu penser après 68 que la censure était comme la peste ou le choléra, une maladie révolue, vaincue, ridicule à penser même or ce n’est pas un hasard que la censure revienne en même temps que les épidémies. Il y a une culture d’entreprise comme une culture en générale qui nécessite des réajustements cycliques quant à sa morale lorsque celle ci menace de n’avoir plus aucune raison d’être aucune valeur collective.

C’est pourquoi on s’acharne tant à programmer des réunions régulièrement en entreprise, des débats dans la société, ou bien de façon plus primitive mais guère différente dans le fond , qu’on lapide, fouette, égorge une ou deux femmes afin de réajuster, rasseoir ces valeurs sans lesquelles aucun barycentre ne serait détectable, sans lesquelles , sans bien ni mal nous serions comme ces « éternels  » dont parle José Luis Borges dans la nouvelle du même nom. Des êtres mollassons, abouliques,fainéants, sans idéaux, sans violence, mais aussi installés au bord du sommeil à la limite d’une paix insondable.

Ainsi censure t’on encore au 21 eme siècle. Cette censure n’est pas toujours violente et exacerbée. De la même manière qu’à 45 ans on fait savoir à un employé qu’il coûte trop cher à l’entreprise, les GAFAS désormais ont des moyens plus subtils mais tout aussi radicaux d’interrompre toute tentative de désordre annoncée. Il suffit d’interrompre en quelques clics la visibilité d’un gêneur, et le tour est joué. Autrefois on devait suer un peu pour aller couper le bois des bûchers sur lequel on allait brûler les sorcières, la créativité des dirigeants de notre monde, qui ne s’arrêtent jamais de trouver des moyens rentables et efficaces se réduit donc à peu près au minimalisme, comme dans l’art contemporain, à presque rien.

Ce presque rien pourrait paraître inaperçu et j’imagine que c’est le but justement et c’est ainsi que si l’on n’observe pas attentivement le spectacle de nos sociétés actuelles on ne remarque pas les disparitions de certains acteurs « gênants »

Ainsi par exemple il serait tout à fait étonnant d’entendre désormais un sketch de Desproges à la radio à une heure de grande écoute, ou bien une chanson d’Henri Tachan voire désormais de Léo Ferré. Ce matin, en allumant mon ordinateur, j’ai trouvé un post du Délesteur qui s’excusait de disparaître lui aussi pour aller rejoindre le pays ou Google relègue ses gêneurs. J’ai trouvé que c’était classe et courageux de sa part d’avertir son public dont je fais partie et puis je me suis demandé pourquoi il devait en être ainsi … Et je me suis rappelé qu’on pouvait tuer des hommes bien sur mais qu’on ne pouvait jamais tuer une idée . Google peut bien censurer désormais le contenu de son travail à la fois poétique et révolutionnaire, il est trop tard car celui ci à déjà produit les germes de nouvelles façons de penser, de voir le monde, de s’interroger sur celui-ci.

La tactique du renard

Une fois par les fenêtres de mon appartement de Lausanne, je vis passer un renard qui inspectait méticuleusement les poubelles. C’était une petite zone résidentielle tranquille et il prenait bien son temps sans précipitation, sans doute connaissait il bien les lieux.

Cela me rappelle une histoire que l’on m’a racontée je ne sais plus où sur les renards pris au piège et qui sont capables de s’arracher la patte plutôt que de rester emprisonnés et donc attrapés.

Cette petite histoire a du avoir un impact très important dans ma vie car à la façon des renards, bien souvent je me suis coupé non pas une patte mais tout un pan de vie, tout un cercle de personnes, tout un tas d’habitudes géographiques, familiales, amoureuses, professionnelles à chaque fois que je sentais ma liberté trop menacée.

J’imaginais toujours le courage qu’il fallait alors au renard pour s’extraire du piège en y laissant un membre et cela me consolait un peu d’avoir laissé tant de choses derrière moi. J’ai toujours mes deux jambes et j’arrive encore à marcher avec souplesse et détermination.

On identifie bien souvent le renard avec la ruse mais pour moi c’est bien plus avec le courage, la liberté et le renoncement que j’associe à cet animal.

Je me demande toujours ce qui me serait arrivé si j’avais été influencé par l’histoire des pigeons voyageurs dont l’intérêt pour les propriétaires de ceux-ci est qu’ils retournent toujours à leur point de départ.

Sois dynamique !

Portrait d’un âne d’après Chagall. Patrick Blanchon 2018

C’est un ordre plus qu’une imprécation, du moins c’est comme cela que je le prends. Non pas comme un conseil, une invitation, car on ne reçoit pas de baffe si l’on fait défaut dans ces cas là. Et des baffes et des coups de pied au fesses j’en ai reçus tellement de ne pas avoir été suffisamment dynamique que si je n’obtempérais pas si facilement que ça c’est que je crois que je ne supportais pas le ton avec lequel on me le disait. Cet énervement mêlé à la déception avec un zeste d’agacement était pour moi le signal d’une fragilité certaine qu’il fallait à tout prix ne pas me laisser m’envahir. J’étais donc d’une mollesse fabuleuse juste pour faire chier mon père. Du moins c’est ce que j’ai pu penser un moment. En fait la vérité comme d’habitude est ailleurs.

Quand je le revois, propulsé par une invitation maternelle à entrer dans le personnage du bricoleur, certains dimanches, je crois que mon premier réflexe avant que je ne prenne la mesure de son incompétence , était de vouloir l’admirer.

Mais une fébrilité telle s’emparait de lui, qu’il devait perdre à peu près tous ses moyens et reportait copieusement sa faiblesse sur le premier venu. En l’occurrence, moi. Il y avait toujours un clou qui se tordait qui n’était pas le bon, un marteau oublié qu’il fallait retrouver, une scie qui pétait et dont on ne retrouvait pas la lame de rechange. Les séances de bricolage de mon père avaient vraiment quelque chose d’homérique.

J’en ris car moi aussi quand je bricole j’ai tendance à tempêter tout haut, à en vouloir au monde entier, à me frapper copieusement sur les doigts. Bref j’ai hérité de ce travers que nous possédons de père en fils.

Si je remonte à la source, je ne remonte pas bien loin. A mon grand père, le père de mon père. Qui d’une nature bonhomme et plutôt j’m’en foutiste tout bien pesé, était aussi un drôle de bricoleur. Lui son truc c’était le guingois. Il montait les piliers de traviole, les murs penchaient terriblement, rien n’était d’équerre et tout allait très bien aller comme ça. Il était d’une nature optimiste et on ne pouvait guère l’attrister par la moindre réflexion sur ses capacités de constructeur pas plus que de bâtisseur. Il allumait une gitane blanche sans filtre regardait son interlocuteur bien droit dans les yeux puis disait, on verra bien et si on allait s’en jeter un petit, et le tour était joué. Il s’en foutait complètement. Il s’était barré de la maison pendant 12 ans pour aller acheter une boite d’allumette… on ne pouvait plus lui dire plus qu’à son retour ma grand-mère.

De mon côté la vie m’a amené à côtoyer à peu près tous les corps de métier du bâtiment si bien que j’ai à peu près de bonnes notions en tout, aussi bien en Electricité, en plâtrerie, en maçonnerie, en plomberie, et en tout un tas de choses qui ne me viennent pas à l’esprit au moment où je suis en train d’écrire ces lignes.

Mais malgré tout je ne peux m’empêcher de râler quand je dois bricoler. qu’une seule vis me résiste et c’est alors la fin du monde, je crois que je pourrais en pleurer de rage. Mais finalement, une fois la crise passée, je finis par la boucler et à conclure la tâche quelle qu’elle soit. Cela fait beaucoup rire mon épouse désormais mais au début elle était assez surprise et effrayée.

Généralement quand je bricole cela se passe en deux temps, voire trois.

D’abord il faut que quelque chose me résiste pour laisser sortir ma fureur que l’on comprenne bien que ça m’ennuie profondément de bricoler et que j’aurais surement un tas d’autres choses bien plus intéressantes à faire dans la vie…

Ensuite je réfléchis je me calme car je sais pertinemment que je ne couperais pas à ce genre de travaux, trop coûteux à faire faire par autrui bien souvent.

Ensuite je suis envahit par une patience et une pugnacité infinie, et je réalise à peu prêt tout dans une sorte d’abnégation magistrale.

Je crois que dans cette expérience du bricolage je veux beaucoup réparer de choses anciennes pas seulement remettre un gond, installer un va et vient, ou changer une ampoule fichue, et puis mon père et mon grand-père sont enterrés bien loin du village où je vis désormais. Mes séances de bricolage, c’est un peu de petites Toussaint que je leurs dédicace secrètement.

« Je suis la nature »


A visitor to MoMA views Jackson Pollock’s painting « One (Number 31, 1950) » (CHIP EAST/Reuters/Corbis)

Est un commentaire de Jackson Pollock sur son travail. Et , effectivement on peut trouver des motifs répétitifs comme ceux des flocons de neige, des branches d’arbres selon une étude réalisée par Richard P. Taylor, physicien à l’institut des Sciences et matériaux 50 ans après la mort de l’artiste.

Dans la danse chamanique qu’il effectue autour de ses grandes toiles posées sur le sol je le vois comme si j’étais là tout près de lui, chaque geste est traversé par cette nature, le pinceau, le bâton n’est plus qu’un bâton magique, une incantation qui lâche son liquide plus ou moins poisseux et métallique sur la toile. On serait tenté de ne voir cette action que sous un angle rationnel, voire Freudien. Mais ce n’était qu’une grille de lecture valant pour hier, et il nous faut aller de l’avant, regarder vers le futur déjà présent dans les tableaux de Pollock. Mieux, les tableaux de Pollock et l’artiste lui même dans le présent dans lequel ils se tiennent créent le futur, et nous y parvenons, nous y sommes déjà.

Alors je regarde ses tableaux qui parait il selon les avis compétents ne cesseront plus de monter en valeur sur le marché de l’art désormais… je regarde toutes ces formes entremêlées qui ça et là font naître parfois quelque chose de familier parce que nous n’avons rien d’autre encore pour se raccrocher, et je mesure le retrait de l’homme comme un océan qui soudain s’écarte de toute terre à marée basse et le silence qui tout à coup s’élève comme un étendard flottant, un arbre à prières au dessus de ce monde anecdotique en perpétuelles métamorphoses .

Conversation avec un agent

Carbonisé, fossilisé mais toujours là .

Ce matin j’ai été contacté par un agent artistique qui me propose d’exposer dans un salon que cette personne organise. Le lieu semble alléchant, géographiquement la densité de personnes susceptibles d’acheter des œuvres d’art semble beaucoup plus importante que dans mon petit coin d’Isère, sinistré par le chômage, étrillé par les impôts, et pollué par la fumée nauséabonde des usines insomniaques.

Ce qui m’a surpris c’est que j’ai eut du mal à en placer une. J’ai eu droit à un flot continu d’explications sur l’activité de cette personne, ses motivations en tant qu’agent, et la déplorable mentalité du paysage français en matière de reconnaissance envers ses artistes. S’intéresse t’elle vraiment à mon travail cette personne ? écoutez, franchement, je n’en sais rien car elle ne m’a posé aucune question le concernant. Ce qui aurait pu froisser mon narcissisme naturel si, en miroir je n’avais du assister à l’expansion du sien. Ce constat m’a en tous cas permis de ne pas succomber à un excès d’orgueil, et donc de prendre la bonne distance par rapport à mes illusions premières et ce qui était en train de se jouer par l’intermédiaire de nos smartphones respectifs.

Comme vous le savez peut-être ma stratégie désormais est d’éviter de payer tous les parasites qui ne cessent de tourner autour de mon personnage d’artiste. Alors je n’ai pas dérogé à cette règle malgré la somme modeste qu’il m’était proposé de poser sur la table. Je sais bien qu’il faut que tout le monde vive, les agents comme les artistes mais trop c’est trop et je suis vraiment parvenu à saturation de ce genre de pratiques.

Du coup j’ai eu droit à une longue tirade sur les nécessités du marketing, et nous avons enclenché sur tout un tas de miroirs aux alouettes comme il se doit à la surface desquelles j’ai pu me projeter à Genève, New York, Hong Kong et je ne sais quel autre endroit encore car j’avais une désagréable sensation de vertige et de tournis.

Des questions sur mon travail, sur qui je suis, aucune. Heureusement que j’ai des accointances avec la philosophie bouddhiste, quelques notions sur la vacuité des choses de ce monde, et au final une compassion pour tous les êtres vivants qui se débattent dans la douleur d’exister… j’aurais pu mettre fin à cette conversation plus rapidement sinon. J’avoue que la compassion à un moment m’aura fait hésiter mais la lucidité finalement à repris le pas.

Je n’ai pas renoncé à trouver un agent artistique pour autant. Et j’espère que ce petit texte apportera de l’eau au moulin de celles ou ceux qui contactent les artistes un peu au hasard sur un vague coup de cœur bucolique accordé sur Facebook ou Instagram. Le plus joli de cette petite expérience c’est que cette personne à la fin a voulu me faire prendre conscience que nous avions perdu du temps dans une discussion stérile. C’est bien dommage de l’avoir pris ainsi car moi j’ai l’impression au contraire d’avoir fait un bond quantique dans ma connaissance du monde des agents artistiques.

Mon galeriste préféré

Ne regarderait pas mon travail uniquement comme une source potentielle de revenus, il aimerait mon travail tout d’abord pour l’émotion qu’il en retire sans se soucier qu’en faire par la suite. En cela il ne se poserait même pas la question de savoir si sa galerie est suffisamment grande pour m’accueillir, si les murs sont assez blancs, assez hauts, si la distance pour regarder chaque tableau est suffisante, pas trop exiguë. Non, il éprouverait quelque chose, un peu comme un gamin qui regarde un reflet dans l’eau, un nuage bizarre dans le ciel, la beauté ou l’effroi peu importe. Il ne ferait pas le tour mentalement de son carnet d’adresse pour estimer le nombre d’acheteurs à qui il pourrait présenter mes travaux. Enfin pas tout de suite, c’est logique tout de même qu’il le fasse à un moment ou un autre, j’aurais des doutes sinon.

Et alors il me tendrait la main en me regardant bien droit dans les yeux. Tout cela, tous ces tableaux, cela vient de moi finalement, alors autant aller droit à la source. Savoir qui je suis, mon pedigree ma race, mes origines, mon parcours pour arriver là jusqu’à lui. Et alors ce serait à moi de continuer la bout de chemin jusqu’à nous.

Il faudrait que je lui parle de mon travail, pas tellement de moi tout de suite, de toutes façons qui suis je sinon un vecteur, un tuyau.. une chose somme toute assez simple j’imagine comme tous les peintres.

On pourrait s’arrêter un instant et il me proposerait un café, j’aime le café et la gentillesse chez les gens. Et se regarder en le buvant sans trop parler. Sentir tous les deux combien cette rencontre fortuite ou programmée est importante pour chacun de nous. Car mon galeriste préféré avant d’être un commerçant, avant d’être un connaisseur en art, un curateur, un commissaire, un agent de liaison sur le front du grand champ de bataille des affaires et de l’art, j’aimerais qu’il soit tout d’abord un ami potentiel. Vous savez ce genre d’ami à qui on peut pardonner beaucoup justement parce que c’est un ami.

Nous parlerions de tout ce qui est nécessaire, je ferais des efforts remarquables pour éviter le superflu, encore que l’énervement de l’autre face à celui ci est toujours un indice utile.

J’aurais pris au sérieux la rencontre évidemment, il feuilletterait une fois la tasse vide reposée sur la table basse du salon, ou de la cuisine, car après tout un galeriste se déplace parfois encore jusque chez les peintres. Dans ce dernier cas il y aurait ce moment où il nous faudra passer à l’atelier, je ressentirais un petit pincement au cœur, une appréhension peut-être si je trouve la personne aimable, sinon je prendrais ma casquette de guide touristique et entonnerait les prémisses d’un boniment succinct pour ne pas éveiller sa méfiance. je ferai même l’idiot comme j’ai le talent de le pratiquer dans toute déception annoncée.

Mais non tout se passe incroyablement bien, très simplement en fait, nous parvenons à nous mettre à l’aise sans effort et il me pose les bonnes questions et ça y est je m’ouvre comme un crocus printanier à la lumière de celles ci , il connait son métier d’homme ou de femme qui a besoin d’aimer avant de proposer aux autres.

Sans doute ce premier moment avec mon galeriste préféré restera t’il gravé en moi comme une origine. Par temps de bourrasque je reviendrai à cet instant mesurant les distances, les écarts les dérives. C’est un peu comme une dignité que l’on voudrait conserver au souvenir d’une rencontre amoureuse même si celle ci se termine en queue de poisson, surtout si celle ci se transforme en eau de boudin.

Et la déception ou la joie de toutes façons ne sont là que pour nourrir les prochaines toiles alors il faudra tout accueillir à nouveau sans trop de bile, sans colère, sans excès d’enthousiasme non plus , car nous savons bien lui et moi que nous ne sommes pas des saints.