Back to the trees !

Criait le vieux dans l’arbre lorsqu’il vit tout le dégât que ses congénères allaient commettre au nom de la curiosité, du confort, de l’avidité, du mensonge, et de l’hypocrisie. Mais ils restèrent sourds à son appel et nous en sommes arrivés là.

Nous en sommes arrivés à bouffer le plastique que nous produisons à tour de bras via les poissons ,les mammifères, les organismes marins de tout acabit qui peuplent les océans, la moule et l’huître, le bigorneau, l’oursin et l’étoile de mer plastifiés par nos bons soins nous remplissent désormais la panse de particules et de molécules empoisonnées et c’est ainsi que la nature nous apprend que tout ce qu’on envoie en l’air retombe.

Nous avons conquis la planète, à la façon des conquistador qui ne tenant pas compte d’autre chose que de leur propre intérêt : le pognon et » convertir les sauvages au christianisme » et bien évidemment ce pendentif obligé que représente la notoriété pour les capitaines qu’allait leur fournir un génocide en bonne et due forme tout encore pour la flatterie et la flagornerie et leurs innombrables médailles en chocolat.

Nous bouffons des milliards de bestioles que nous asservissons comme si l’expérience nazie nous avait boostés pour prendre un plus bel élan vers l’horreur, Nous dévorons tout ce que nous traitons de bêtes, n’accordant que peu de cas aux turpitudes d’un goret, aux méditations d’un bœuf, nous déchiquetons à belles dents la tendre chair des agneaux au printemps sans nous soucier d’autre chose ensuite que d’aller faire une bonne sieste après cette nouvelle goinfrerie dominicale.

Et nous osons encore parler de beauté, d’art, de poésie, d’amour ?

Mais « l’amour c’est l’infini à la portée des caniches » disait Louis Ferdinand Céline, et il avait pleinement raison. Ceux des tranchées qui ont connu l’effroi, la brutalité crasse que l’on classe dans je ne sais quel héroïsme au nom de la famille de la patrie et je ne sais quelle autre foutaise encore sont restés le plus souvent muets à leur retour. Ce n’est pas tant le bruit assourdissant des obus qui éclatent qui rend sourd , mais la découverte soudaine pour ces jeunes de 20 ans à peine de la bassesse de notre condition humaine. Ces ordres sans queue ni tète, ces slogans superfétatoires pour aller au champ d’horreur au casse gueule, au casse pipe la tète haute , ils ont connu tout cela et sont devenus muets après la surdité

Rien ne change donc depuis que nous avons quitté les arbres et ce que nous nommons intelligence n’est qu’un trompe couillon à notre bassesse crasse.

Si nous étions vraiment intelligents nous nous lèverions une bonne fois pour toutes sur nos deux jambes et dirions « assez ! » « ça suffit » et alors nous retrouverions le chemin des arbres pour nous épouiller tendrement sans autre préoccupation que de trouver une banane ou deux pour passer la nuit.

La pensée agissante.

Ce matin je reçois dans ma boite mail un nouveau courrier de Mamie Annie. Je ne sais pas si vous connaissez Mamie Annie ? Non ? Et bien c’est une voyante bien comme il faut, c’est à dire que si l’on se fie à la photographie qu’elle met sur sa bannière on lui donnerait le bon dieu sans confession. Une petite dame âgée avec des cheveux blancs qui vous regarde le menton appuyé sur sa main avec un léger sourire bleuté derrière de simples lunettes à monture sécu.

Depuis quelques mois je collectionne les voyantes et les chamans, ainsi je
vous ai parlé de Mamie Annie, mais je ne vous ai pas parlé encore de Blanche qui ressemble à la fée Mélusine avec un petit coup de vieux et non plus de Cœur d’or dont je n’arrive pas à savoir si c’est un homme ou une femme finalement.


Le point commun entre tous ces personnages merveilleux c’est qu’ils proposent d’améliorer considérablement ma vie en me faisant gagner une somme énorme à des jeux de hasard. Pour cela chacun y va de sa recette personnelle : j’ai le choix entre le rituel de la grenouille bleue ou du bison vert, l’anecdote de l’herboriste style Hildegarde de Bingen qui découvre un chat perdu qui prononce un message caché, et désormais le rituel de la pensée agissante que seule une minorité de gens très riches connait et que pour la somme modique de 39 euros Mamie Annie se propose de partager avec moi.

C’est tentant je l’avoue. A une période ou tous les points de repères se
cassent la gueule les uns après les autres pourquoi ne pas se réfugier dans le
hasard et accorder sa confiance aux voyantes, magiciennes et chamans de tout acabit ?

Car finalement en quoi cela serait-il plus vrai ou plus faux qu’autre chose
? L’idée d’une arnaque bien sur vient derechef freiner mes tergiversations  et là un calcul s’opère: est ce que ça vaut le coup pour 39 euros de décider que je suis un con ou un rêveur ?

Car tout dépend encore une fois de la façon dont on veut voir les choses. Evidemment que je ne préfère pas être con mais rêveur ça ne me dérange pas trop dans le fond.

Je pourrais payer la somme rien que pour voir. Pour aller jusqu’au bout, d’autant qu’en prime, en bas de page est imprimée en rouge une garantie 100% de réussite ou remboursée ce qui est assez couillu tout de même.

Du coup je comprends un peu pourquoi mon camarade « le Délesteur » a
été ennuyé par le fisc il y a peu de temps. Lui propose de jeter un pavé dans
la mare ou de dormir à votre place si vous n’en avez pas le temps et cela coûte la modique somme de 19 euros en moyenne.  Du coup le fisc lui demandait des comptes sur ses ventes, « quelle longueur la mare vous avez dit ? Et puis le pavé que vous allez jeter dans la mare c’est du granit ? Vous avez des factures de fournisseurs ? » Ça laisse pantois sur le manque d’humour de l’administration fiscale et son inaptitude crasse à comprendre les manifestations poétiques en général et  artistiques en particulier. Enfin
bref je ne vous raconte pas ça pour changer le monde bien sur.

 Donc les tarifs de mon camarade le Délesteur, que je considère comme un poète-artiste sont  bien moins  cher que ceux de  Mamie Annie mais n’apportent   pas le même résultat non plus.

Mamie Annie me déclare quant à elle que je devrais déjà avoir presque 4 millions d’euros sur mon compte bancaire depuis longtemps, et que c’est certainement du  au fait que je n’ai pas encore adhéré au « rituel de la pensée agissante… »

Alors je me pose la question vraiment de cette différence entre les voyantes
et les chamans qui proposent la fortune contre 39 euros et l’action du
Délesteur de dormir à ma place pour 19 euros.

En fait la seconde action fait moins rêver et pour cause puisque qu’on en arrive à déléguer son sommeil à quelqu’un d’autre faute de temps. Cependant il y a un aspect  » terre à terre » plus rassurant quand même et puis le Délesteur ne promet pas la lune, juste des choses simples. Du coup je me demande si Mamie Annie ne devrait pas s’aligner sur les tarifs du Délesteur pour son rituel de la pensée agissante, ou si le Délesteur ne devrait pas ajuster ses tarifs à celui des cartomanciennes ? C’est cornélien voyez !

Bon je ne pense pas que je l’achèterais non plus à ces prix là …il y a peu
de différence en fait entre 39 et 19… c’est aussi pour ça que ça ne parait
pas crédible. Pourquoi ne pas proposer un prix plus important comme 7500 euros par exemple si c’est 100% garanti et remboursé en cas de pépin ? En  fait j’en viens à me demander si Mamie Annie, Blanche et Cœur d’or ne sont pas des artistes aussi, comme le Délesteur.

Du coup j’ai décidé d’augmenter considérablement le prix de mes tableaux
cette semaine parce que finalement artiste peintre c’est un peu pareil, si on
met des petits prix ça provoque une perte de crédibilité aux yeux de ceux qui
s’imaginent obtenir rapidement des plus values.

 

 

Le ciel et la terre

Photo Dominique Kret

Les chinois s’émerveillant de la justesse de l’ordre céleste ont imaginé pouvoir le reproduire sur terre ce qui plaça le Confucianisme comme modèle éthique durant un bon moment . L’empereur fut placé tel un soleil en plein milieu du monde et sa majesté comme sa puissance reproduisait ou représentait alors l’ordre immuable des choses.

Or Ce qui fonctionne pour le ciel ne fonctionne bien sur pas sur la terre et si nous sommes capable de dire à quelle heure le soleil se couchera dans 1000 ans avec une marge d’erreur aussi absurde que faible, nous sommes incapables sur terre de dire avec précision le temps qu’il fera demain.

Sur terre à contrario du ciel règne l’imprévisible.

Tchouang Tseu propose donc, 2000 ans avant Montaigne une méthode accélérée afin d’accéder au à la paix si ce n’est au bonheur voire à la joie en intégrant ce constat d’imprévisibilité.

Le tao consiste à se fondre sans effort dans chaque événement de la vie sans chercher à lutter contre l’évidence de celui ci. Chez ce lettré aucun effort n’est aussi précieux que de n’en produire aucun face au objets extérieurs qu’ils soient bons ou mauvais. C’est que pour les taoïstes comme plus tard Michel de Montaigne et encore Spinoza le bonheur ne peut se trouver à l’extérieur de soi tout comme la tristesse provient elle aussi d’une erreur d’aiguillage liée à ce qui ne nous regarde pas vraiment mais que l’on s’acharne à vouloir faire notre.

Dans notre monde insensé, une magicienne aux intentions de charlatan est passée. En quelques coups de baguette magique elle aura réduit en miettes toute la philosophie platonicienne, socratique, asiatique et j’en passe et des plus modernes y compris Spinoziste pour ne laisser place désormais qu’à une confusion magistrale quant à la recherche du bonheur. Le problème magistral semble être qu’il n’y a plus de sens

L’ignorance associé à l’oubli et à la vitesse à laquelle on nous aura fait croire que le progrès est tout, a conduit à cette société du loisir puis du plaisir comme celle du jeunisme. Kiffer est le mot d’ordre collectif et gare si toi tu ne likes pas on te pointera du doigt voire en cas de guerre tu seras le premier à être torturé pour que tu craches le morceau, que tu avoues enfin ton inaptitude à te rouler dans la fange des illusions. Déjà sur Facebook si tu reste passif tu es censuré par l’algorithme car celui ci ne considère pas que tu sois utile à l’épanouissement de ce monstre assoiffé de contenu, entendez cette machine à abrutir en masse.

Contre tout attente on aura fait fi de tout le capital de sagesse accumulé par les philosophes qui gênait dans son expansion celui des multinationales. Pour gouverner bien il faut rendre la masse la plus sotte possible et ensuite par quelques tours de passe-passe lui faire croire à la liberté, au bonheur, à la paix, contre monnaie sonnante et trébuchante. Tout est si bien ficelé désormais, avec de l’argent, du pouvoir on peut tout, que même les révolutions ne sont que d’apparat, prévues de manière statistique par des algorithmes elles aussi. Les puissants exercés à la gestion du risque financier l’ont étendu à la gestion des masses en tenant compte des probabilités de fluctuation des écarts types.

C’est pourquoi les boutiques d’apothicaires, comme les cabinets de voyance, les conférenciers avisés proposant des stages de tout sur tout fleurissent désormais. On voudrait nous faire croire qu’il serait simple de se sentir libre, heureux et serein en payant quelqu’un pour nous l’apprendre.

Or, animal de désir, l’homme est le sujet idéal pour le grand capital qui a bien compris que lorsqu’il obtient ce qu’il a désiré il désire à nouveau autre chose. C’est une aubaine pour les constructeurs qui jusqu’à peu construisaient dans une obsolescence d’environ 3 ans, ayant par de savants calculs mesurés la durée de nos désirs et leurs renouvellements. Le plaisir appelle de toutes ses forces à la satisfaction la plus rapide, alors le banquier du crédit à la consommation serre téléphoniquement votre main et tout est dans les clous.

Sauf que comme il y a plus de chance que les choses se mettent en désordre qu’en ordre, de vieilles maladies renaissent parfois avec de nouveaux patronymes comme la dépression, le burn-out, la bipolarité, la danse de Saint Guy et autres peste et choléra.

Les enfants qui sont les plus grands philosophes, en découvrant ce monde fou furieux, se doivent de l’être encore plus rapidement qu’auparavant et désormais il n’est pas rare que plutôt que de prendre un traité de philo j’aille consulter les tous petits dont je m’occupe dans mes ateliers de peinture pour retrouver les vraies définitions du bonheur, de la joie et de la paix. Il sont imprévisibles et j’ai pris l’habitude comme un vieux taoïste de me fondre dans leur brouhaha, leurs rires et leur justesse en conservant suffisamment d’énergie encore pour rire aux éclats en rentrant au volant de ma vieille bagnole toute cabossée.

Désordre

Lorsque sa fille demande à Grégory Bateson  » Papa c’est quoi l’ordre ? » Celui ci la regarde un instant attendri et tente de lui expliquer que chacun peut bien avoir le sien, cela ne change pas grand chose au fait qu’il y a plus de chances que les choses en général se mettent en désordre qu’en ordre.

Cela me rappelle les journées vastes et vides que j’adorais passer au jardin du Luxembourg à Paris. Je tirais un fauteuil de fer pour l’approcher du petit bassin central et là, soit bercé par les cris d’enfants soit par la musique des essieux de poucettes, soit encore par le son permanent du jet d’eau , soit par l’ensemble de tout ce que je n’ai pu citer, je m’assoupissais doucement mais fermement. Alors une musique générale apparaissait invisible durant la veille.

Sur l’eau du bassin, flottaient des résidus de bâtons de glace, des brindilles, des morceaux de papier de bonbon.. et j’admirais la façon de se rejoindre par groupes de plus ou moins semblables catégories tous ces déchets d’une jolie journée d’été.

Je devais chercher inconsciemment quelque chose qui pourrait être un « ordre des choses », mais plus modestement désormais au final, le mien.

C’est ma façon de sélectionner les éléments et de les ranger en catégories qui soudain semble les réaliser. J’ai toujours eut des intuitions de départ qui provoquaient des réalités à venir.

Ainsi je ne sais s’il faut parler ici de prescience , j’ai longtemps étudier le désordre, me laissant envahir, submerger par lui. Afin que ce désordre m’expose, me risque et m’oblige à l’assumer en quelque sorte et partant de là, au milieu de ce désordre, je me transformais en statue de sel ou en moine bouddhiste.. je ne sais plus vraiment.

C’est que vivre dans le désordre demande bien plus d’habileté que dans l’ordre. Il faut se méfier de tout, enjamber des piles de principes et des flots de « il faut » épuise tout autant qu’enjamber les objets hétéroclites de la pièce. Se prendre soudain pour un démiurge téléguidé par l’éducation et le savoir vivre et se mettre à ranger frénétiquement ne m’a jamais apporté que de la confusion, mais véritable alors celle-ci.

Pourtant crée un ordre n’est rien, on peut le faire avec une facilité déconcertante. Par exemple ces derniers mois j’ai décidé de ranger mon atelier. J’y reçois des élèves et pour ne pas paraître trop « cochon », j’ai rangé classé, nettoyé, ordre et propreté invitant apparemment à la confiance et à l’augmentation de la clientèle.

Crée une habitude prend 30 jours en moyenne. Mais cela demande de l’opiniâtreté comme de la régularité. Et celle ci acquise on ne peut plus s’en passer.

Cependant voilà il y a toujours plus de chances que les choses se mettent en désordre qu’en ordre .. comme la poussière ou la végétation les choses reprennent leur droit de s’amonceler de se désordonner aussitôt que nous avons tourné la tête…

Et si comme les physiciens modernes le disent à mi voix ce serait nous et nous seuls qui inventerions tout. « ordre et désordre » alors ne seraient que deux complices dont nous aurions besoin pour continuer à croire à une réalité.

Rien au delà

Crédit Photo Dominique Kret

Tous sont là en devenir de poissons non nés à venir ensablés dans les possibles à la queue leu leu en éventail en file indienne

Amorphe inscription dans la plage sans horizon.

Mais quand est ce que l’on va nager quand va venir la marée ?

réclame le collectif étêté

La marée ne viendra pas

L’eau disparaît laissant un gout de lune

âmes en suspension autour de la carne

pour des expériences cent fois mille fois cent mille milliers de fois renouvelées

dans l’à quoi bon

dans le peut-être

Jésus Marie Joseph et toute leur clique

Archanges et psychopompes

au chevet des débris d’espérance

dites le bordel dites le

Que vous vous faites tellement chier dans l’azur

Que l’inéluctable est toujours là à vous coller les ailes

Que l’ennui n’apporte pas toujours la grâce

Que demain sera comme aujourd’hui

L’avenir est déjà résolu

Nous pédalons pour faire tourner les bobines

D’un cinéma cosmique

Dont le moi-je spectateur est le rien et le tout

qui s’emmerde en bêlant à l’amour

en se gavant de pop-corn