Le voyage des loups

Le voyage des loups acrylique sur toile Patrick Blanchon 2018
Le voyage des loups acrylique sur toile Patrick Blanchon 2018

Dans la nuit, ils viennent doucement

j’entends leur pas crisser sur la neige molle.

Dans la montagne peu de bruit.

A part le silence pesant des loups

qui attendent en expirant dans l’ombre leur haleine bleutée.

Perdu parmi les hommes

j’ai emprunté le sentier raide et tordu

et voici je suis venu

Dans la nuit j’ai hurlé et les loups sont arrivés.

Je les ai tous reconnus et ils m’ont reconnu.

Puis nous avons couru à perdre l’homme

Puis nous nous sommes engouffrés

Au plus profond des soleils noirs.

La nuit de noël

Des villes sans personne
Acrylique sur papier
Patrick Blanchon 1995
Des villes sans personne Patrick blanchon 1995

Malgré le froid piquant j’avais ouvert la fenêtre pour écouter battre le pouls de la ville affolée. C’était ce soir réveillon, rien n’était à louper.

En bas le clodo gueulait comme un beau diable, sur sa litière cartonnée. Sa voix légèrement gutturale escaladait les façades et se perdait dans le crépuscule. Des passants passaient comme des poux tout en bas, ça me grattait la peine, ça me grattait l’ennui.

J’avais refusé l’offrande obligatoire. Non que j’eusse un manque de disponibilité, comme disent les banquiers. Non ça m’écœurait tout ce raffut, cette fête à neuneu, cette fabuleuse orgie alimentaire, ce désastre d’hypocrisie familialement partagé.

Cela faisait plus de 8 ans que je n’avais vu mes parents. Pas de coup de fil, pas de lettre, rien. La coupure totale et franche sans bavure.

J’imaginais noël la bas et ça ne m’enchantait pas. Ces montagnes de bidoche, de pâtés, de foie gras, d’ortolans ou de dindes additionnés d’un ou deux gros chapons …non, ça ne me disait pas d’entendre en tâche de fond pour éviter de se parler les chansons d’Henri, les conneries de Jacques, à la télé et la voix de ma mère ajoutant » il est bien bon ce petit Sauternes » en se réservant copieusement.

J’avais choisi l’exil par nécessité vitale, à rester au chaud là-bas rien n’aurait jamais poussé, une fatalité stérile, et une putain d’odeur de renfermé et de tabac froid mélangée aux non-dit, à ce qui jamais ne se dit, à ce qu’il ne peut se dire.

Et depuis chaque jour je pensais à eux, ils n’avaient pas quitté ma tête ni mon cœur, à croire que le Génie des familles m’avait bien eut. Je l’entendais ricaner, allongé sur un profond canapé de cuir..fallait bien faire avec, y a toujours un prix à payer.C’est comme ça.

Difficile à comprendre cette banalité. Mon inaptitude crasse m’avait éreinté.

J’allumais une cigarette et regardais encore en bas. Les gens l’enjambaient sans même s’excuser tant ils semblaient pressés.

J’avais un peu de soupe en boite et deux trois pommes de terre alors j’eus une idée dingue, comme ceux qui osent tout je me dépêchais de passer à l’acte avant qu’une autre idée aussi fameuse la supplante et annule ce bel empressement.

Je descendis les escaliers de l’hôtel pour apporter un bol de soupe et deux patates chaudes au clodo.

Evidemment celui ci m’envoya chier copieusement et je remontais dans ma boite la queue entre les jambes tout penaud voir même en colère contre le bougre.

Quel con il a pas voulu de ma soupe… c’est pourtant le soir de noël merde !

Et là je crois que j’ai appris plusieurs choses d’un coup.. dont je vous ferai l’économie bien sur.

Quand Tagore et moi

Le locataire, Acrylique sur papier 1990
Patrick Blanchon

Nous nous retrouvions le soir et dans la nuit d’été.

Lorsque dans le couloir j’entendais son pas léger je coupais la télé et brûlais de l’encens dans ma tasse vide.

Alors nous nous serrions ensemble sur le lit défait et il me racontait les mystères sans trop les dévoiler.

Rabindranath était de Calcutta, bien plus âgé que moi qui passait mon temps à m’abîmer dans l’idée de vieillir, sa souplesse physique n’avait de pendant que l’habileté de son discours concis . Je me souviens encore: sa langue limpide et ses mots simples pénétrant mon cœur comme la lame d’un scalpel.

Enivré par Tagore je devenais fou.

Il fallait jaillir, retrouver urgemment la rue.

Jaillir de la boite étroite que représentait la chambre, que représentait mon corps, que représentait mon cœur, oui jaillir comme un diable à ressort, s’élancer à à sa poursuite.

Tagore marchait à grand pas et je me demande encore s’il ne lévitait pas …

Irrémédiablement et ce malgré toute ma mauvaise volonté, je me retrouvais devant un comptoir. Je comptais mes pièces en lorgnant l’échanson.. la marche donne soif alors je buvais.

Je buvais à Tagore, à mon insignifiance, à l’indicible toujours renouvelé, et à la fin je crois bien que je buvais tout bêtement pour boire.

C’est tout proche de l’aube que je rentrais chez moi , les premiers camions- poubelle jetaient leur lueurs bleutées sur l’asphalte mouillé, alors je remontais lentement l’escalier , rejoignais mes boites, me rangeais en vrac, et pour tout oublier enfin j’allumais la télé.

Dans un million d’années

Quelle importance l’agacement de ce jour

Occupé à fumer comme un indien autour de mon brasier.

Quel sourire déclenchera sur la rosée

le passage des outardes ivres de bleu et de vent mêlé

Quelle larme sauve, évaporée dans l’azur

Étourdie de joie, assommée d’unité.

Dans un million d’années un se souviendra de deux et s’il sait encore compter ira t’il jusqu’à trois.

Dans un million d’années je serai toujours là riant de mes bêtises

les vénérant à genoux

Dans un million d’années je serai sage comme un fou

à chanter à tue tête la vie, le chant, la haine.

Comment je peins

Juste avant le Yin et le Yang
Huile sur toile 120x90
Année de réalisation 2018
Juste avant le Yin et le Yang huile sur toile 100 x 80 cm

Je sors dans la cour pour sentir le temps qu’il fait tout d’abord. En général j’ai avec moi une tasse de café noir que je sirote doucement en écoutant les premiers oiseaux chanter. Ce chant qui vient du fond des temps, à la frontière de l’aube et de la nuit , m’apaise car je suis dans mes pensées bien avant l’aurore et celles-ci ne m’occupent que par jeu, divertissement, m’éloignent par désœuvrement de l’essentiel.

Une fois le seuil de l’atelier franchi, j’ai toujours un petit malaise, une petite épreuve à traverser entre l' »à quoi bon » et le « je ne sais pas quoi faire. »

Bien sur je fais des plans sur la comète, bien détaillés, fouillés, documentés, et en les relisant je fume ma cigarette matinale.

Puis j’envoie tout cela bouler et je m’installe devant ma toile vierge ou inachevée.

Je reste là sans rien faire un petit moment. J’essaie de comprendre et je ne comprend jamais. Mais je renouvelle la tentative pratiquement chaque matin. Sans cette tentative à quoi bon renoncer?

Puis, une fois rendu à l’évidence, désarmé par celle-ci, je prépare mes couleurs, en général seulement les 3 primaires avec un peu de blanc dans le centre de la palette.

Et puis je disparais, réapparaît, au fur et à mesure des effacements, des ajouts, des erreurs, des tons gris ou sales, des excès de gras, des manques de gras, des couleurs trop vives, des couleurs trop ternes.

Et tout cela ne tient qu’à moi, et moi je tiens à lui … à tout ce désordre dont j’ai besoin absolument pour trouver l’ordre.

Le Graal c’est un peu ça la quête… Et les pièges sont nombreux avant d’y arriver. D’ailleurs je ne cesse de tomber dans tous, sans doute parce qu’au fond je sais très bien de quoi il s’agit.

Il faut faire des centaines de tableaux pour le comprendre, pour en être définitivement certain. Et des que l’on croit comprendre, surtout ne pas s’y arrêter, ce n’est jamais cela vous comprenez.

Ce sont juste, chaque tableau un indice, une coquille vide, celle d’une défaite toujours renouvelée.

Il n’y a rien d’important là dedans, rien que l’on puisse voir sur un seul tableau, non ça je ne pense pas qu’on puisse le voir, j’ai beaucoup espéré la dedans.. mais c’est passé.

J’imagine que quelque chose se situe entre tous les tableaux, oui il y a cette histoire dont je vous parle un peu, l’intimité du peintre si l’on veut.

Ah j’oubliais de préciser ne tentez pas de faire comme moi, vous n’y parviendrez pas, je m’entraîne depuis trop longtemps et maintenant je me tais, il est l’heure d’y aller .

La dernière illusion

Rue Custine
Huile sur panneau de bois
130x60 cm Année de réalisation 2018
Patrick Blanchon

Cela commença imperceptiblement, par un léger frisson, sans doute dû à la fatigue, à ces nuits d’insomnies traversées, à tous ces mots jetés sur le papier comme on remplit des sacs poubelles lors de déménagements.

Puis cela devint plus net. Tout le corps tremblait désormais et j’éprouvais une sensation de froid glacial.

Nous étions en août et les voix fortes et épicées des grand Zaïrois s’élevaient depuis la rue des Poissonniers rejoignant les cris des martinets dans une proximité d’heure de pointe. Même la fenêtre refermée je ne pouvais pas ne pas les entendre. 

Des odeurs de chevreaux grillés les avaient accompagnées ces voix. L’odeur de viande brûlée m’était insupportable.

Me relevant mollement pour faire couler l’eau de l’unique robinet du lavabo, je remplis le verre et le bu d’un trait. Peut-être un peu de fièvre aussi saisissais-je la boite de doliprane

il devait être 18h et le soleil était encore haut dans le ciel. Normalement, à cette heure j’aimais sortir de l’hôtel et prendre le pouls de la ville dans ce coin fabuleux du 18 eme. Au rez de chaussée je ne manquais jamais de saluer la concierge en échangeant un mot ou deux. Elle serait ainsi moins virulente qu’avec d’autres lorsqu’il s’agirait de payer le terme et puis bon dieu comme je me sentais seul. Alors échanger deux mots dans la journée me permettrait de conserver un rapport si minime soit il avec le reste de l’humanité.

Ainsi cultivant mon gout pour la survie, entretenais je le même type d’échanges minimalistes avec les caissières du supermarché voisin, le buraliste qui me fournissait en tabac et le loufiat du bar du coin ou j’aimais prendre quand je le pouvais mon petit crème du matin.

La folle de la chambre attenante, nous n’étions séparés que par une cloison fine comme du papier,  devait être absente car je n’entendais pas le bruit familier de ses toussotements, de ses paroles incohérentes qu’elle jetaient d’ordinaire sur les parois comme un boxeur s’entraîne à molester son sac.

Ce qui me décida c’était qu’il ne me restait presque plus de tabac. J’envisageais la nuit proche et ne me résolvant pas à m’en passer, je fouillais toutes les poches de pantalons, vestes, manteaux pour trouver un peu de monnaie, lorsqu’un billet de 50 francs tomba comme une manne sur le plancher.

Joyeux de ces retrouvailles et plein de gratitude envers la providence et ma nature désordonnée je descendis.

La concierge absente, j’économisais mes mots puis m’engouffrais dans la chaleur du soir.

J’avais traversé à grandes enjambées la place de Chateau-Rouge, sa cohue, ses odeurs de piment, de sueur et d’épices, pour enfin parvenir à mon hâvre de paix, la Rue Custine.

Alors peu à peu je ralentissais le pas, la rage retombait et mon regard suivait les mouvements des feuillages des hauts platanes qui à la façon d’une haie d’honneur m’accompagnaient vers Jules Joffrin.

Ce doit être dans ce café, que je m’arrêtai. La première bière accéléra rapidement mon envie d’uriner et c’est en ressortant des toilettes que je la vis, appuyée contre le bar.

C’était une femme sans age, mal fagotée, je ne me souviens plus si elle était brune ou blonde. Elle était ivre ça c’est certain et nous nous accrochâmes l’un à l’autre sans trop tourner autour du pot.

Après m’avoir asticoté un bon moment elle me ferra d’un « on va chez toi ? »

Je me rappelle encore des années après cette humiliation dont elle m’abreuva en critiquant ma vigueur sexuelle à son égard .. c’était des vas y bon dieu baise moi mais baise donc, plus loin, plus fort .. mais je restais définitivement d’une mollesse insultante à son égard.

Aux environs du troisième ou quatrième « qu’est ce tu fous connard » je me levais, me rhabillais et la flanquais dehors.

Et tu crois que c’est gratuit me jeta t’elle encore ?

Alors je sentis dans ma poche le billet de 50 francs et lui donnais.

Elle partit sans demander son reste et je m’asseyais sur mon lit une migraine terrible me terrassant à nouveau.

En mettant la bouilloire en route pour me préparer mon nescafé je ne me sentais pas bien fier mais je me mis quand même à rigoler.

Mon rire au début léger comme un coureur à pied qui s’élance à petite foulée devint assez rapidement tonitruant, puis carrément hystérique enfin, il me permit de me vider les poumons, de chasser l’air et les pensées viciées de ces dernières heures.

J’ouvrai la fenêtre, la nuit était là projetant ses grands bras sur les façades de craie. j’allumais une cigarette et respirait lentement. Peu à peu le calme revint.

Dans le couloir des bruits de talons, la folle rentrait chez elle. J’entendis un moment ses hurlements étouffés ses grattements aux murs et puis tout s’arrêta.

Je crois que c’est à partir de ce jour que j’ai décidé de ne plus écrire une seule ligne.

Nous fabriquons parfois des objets dans l’instant présent mués par des intentions multiples tant la confusion de vivre se mélange dans l’être et dans l’avoir. Pour retrouver la clarté, il faut bien plus biffer qu’ajouter. Mais comment se séparer de l’excès ? Du trop plein pour retrouver la faim, la soif naturelles ? Dans la régularité peu à peu le chaos cent fois, mille fois revisité par la mémoire mensongère, par l’idée de beau et de laid qui choisit et rejette,laisse l’eau troublée malgré tout effort.

Sans doute par ce que cet effort ne sert à rien que de parvenir à la conclusion que notre lucidité n’est rien d’autre que la dernière de nos illusions.

La dombe

La Dombe Patrick Blanchon 2005
Encre de chine sur papier

Quand je traverse la Dombe, je guette l’envol des grues, la pâleur des marais, le bruissement des herbes et tout m’appelle vers toi.

Garce magnifique, amère comme une pinte  dont le souvenir reste

après qu’on t’ait baisée , si peu qu’on t’ait aimée…

« Être vivant, c’est être prêt. Prêt à ce qui peut arriver, dans la jungle des villes et de la journée. D’une prévoyance incessamment et subsconciemment ajustée. L’état normal, bien loin d’être un repos, est une mise sous tension en vue d’efforts à fournir… Mise sous tension si habituelle et inaperçue qu’on ne sait comment la faire baisser. L’état normal est un état de préparation, de disposition vers les gouffres »

« connaissance par les gouffres » Henri Michaux.

Tout ce que je ne sais pas faire

Auguste ne rigole plus
Auguste ne rigole plus. Huile sur toile 120×90 cm Patrick Blanchon

Plus j’avance en age plus je suis pris d’un vertige quand je pense à tout ce que je ne  sais pas faire et que probablement je ne ferai sans doute jamais.

Je ne piloterai jamais un avion de chasse, je ne jouerai jamais de premier rôle dans un film d’aventure, je n’épouserai pas Marylin Monroe et le soufflé au fromage, je le crains, restera à tout jamais une énigme.

En fait plus je réfléchis à ma vie plus je me dis que jamais je n’ai rien su faire vraiment de mes dix doigts. Je veux dire par là en y croyant vraiment, car bien sur j’ai fait trente six mille métiers j’ai connu des maîtresses qui valaient bien Marilyn et j’ai aussi sauté en parachute à défaut de conduire un Mirage. Mais ce n’était toujours que moi comprenez vous ..?

Bien sur la malédiction de » l’a quoi bon » pourrait expliquer en partie une telle inaptitude à l’appropriation franche et massive  de mes actes passés et dans ce cas sans doute je pourrais me lamenter sur mon sort en me réveillant à presque 60 ans d’une crise d’adolescence un peu trop prolongée.

Cependant ce malaise s’envole aussitôt dès que je me retrouve attablé devant vous à écrire ces mots.

Se mettre à table dans le cadre policier est un aveu, alors soit, puisque j’ai décidé d’utiliser ce cadre je vais avouer.

Je vais avouer que j’ai toujours pensé être bien plus malin que les autres pour commencer.

Plus malin que mes parents que j’ai regardé  trimer toute leur vie en cherchant à les faire sortir d’eux même de nombreuses fois par mes écarts de conduite répétés. Je n’avais pas de haine, pas de colère, non juste une envie persistante de les voir eux , en tant qu’êtres humains et non comme des stéréotypes de ne je sais quelle feuilleton de série B.

Alors pour cela j’ai utilisé de nombreux stratagèmes, pour commencer envers moi-même afin d’oublier le but de mes actes, de mes erreurs, de mes errances. Il fallait que tout soit enfoui au plus profond de moi que je ne m’en souvienne plus.Donc oui j’ai éprouvé de la haine, de la colère, oui et j’ai fait largement de mon mieux pour bien comprendre l’entourloupe, le vol et le massacre.

Et si cela vous parait contradictoire c’est que vous avez encore pas mal de chemin à faire pour être vraiment vous. Je veux dire au delà de moi.

Moi, éternel insatisfait tremblant de trouille et de rage.

Moi capable de toutes les petitesses pour ne jamais dire je t’aime.

Moi hypertrophie des neurones sur pattes

Moi gros con attendrissant et désarmant pour mieux vous planter par derriere

Moi le salaud, l’horrible, l’insupportable.

Ce sale petit gamin  qui se cache derrière un masque en espérant être découvert un jour.

Ce petit garçon envahit par toute l’ignorance du monde à un tel point qu’il s’invente un rasoir de lucidité tranchante pour le découper, le déchiqueter, l’entendre se dégonfler hurler gémir.

Tout ce que je ne  sais pas faire et que je ne saurai jamais faire :

c’est être sans faille,  lisse et poli comme un beau galet avec lequel

le vent et l’eau jouent en se déchirant,  dans le cri de la mouette,  et la naissance des ruches.

Le revers

Il y aurait un endroit où le revers serait annoncé par un ensemble de fifres,de hautbois et de couverts dominicaux.

Le vin coulerait à flots dans des coupes adamantines, en l’honneur du Hérault,des pages et des gueux qui l’accompagnent.

Car le revers a tant de choses à dire qu’il se présente non glorieux mais un tantinet buté de prime abord.

C’est bien la l’unique raison de le fêter comme on cognerait sur une viande pour l’attendrir.

Ainsi, enivré par la louange et la douceur,se mettrait il à table.

Confiant de par l’attention que lui prêteraient les convives, il sortirait de sa poche le butin de sa quête. C’est bien connu que chaque revers se doit de nous montrer à son retour ce qu’il n’a pas atteint.

Tout le monde ouvrirait alors de grands yeux et évidemment le rien deviendrait pour chacun un quelque chose à sa mesure.

C’est là le génie de tout revers de nous apprendre le plan de table de l’Hôte qui nous convie à écrire ou lire ces quelques lignes.

Algorithme

quatrain d’Omar Khayyâm

Ce mot provient  du persan, du nom d’un mathématicien du XI ème siècle, Al-Khwârizmî,né dans les années 780 dans une région de l’Ouzbékistan nommée Khwarezm. Ses écrits, la plupart du temps rédigés en langue arabe furent traduits en latin au XII ème siècle et permirent ainsi l’introduction de l’algèbre en Europe.

Le bonhomme, mathématicien, géographe, astronome et astrologue prodigua ses services, et probablement son enseignement dans l’ une des « maisons de la sagesse » qui fleurissait dans le nouveau souffle d’un nouveau monde , le temps du califat Abasside.

 Muhammad Ibn Musa al-Khwârizmi exerçait son art quant à lui  à Bagdad.

Fondée en 762 après la bataille du grand Zab contre les Omeyades , Bagdad tirerait son nom du persan (donnée par Dieu) et c’est la  toute jeune capitale du monde Arabe qui dardera ses rayons pendant environ 500 ans durée approximative de la dynastie Abasside.

Le calife Al Mansour, est en effet très influencé par la culture persane et désire donc déplacer l’attention du monde depuis l’ancien Damas  en Syrie ( La ville du Jasmin )  qui était la capitale  administrative d’une province  de l’empire Ottoman. Damas entretient des liens étymologiques avec »sham », on retrouve ainsi cette étymologie dans la province de Sham, le pays de Sham  mais aussi dans le mot cham qui désigne la gauche lorsqu’on se tourne vers l’orient, à contrario du sud,  le Yemen . Damas, est une évolution  abrégée sans doute de la locution Dimachq al sham. (arabe)

Dans ses maisons de sagesse , l’attention est  portée sur des traductions de textes concernant les mathématiques,discipline peut-être voire surement tirée de l’étude des cosmogonies, branche de l’astrophysique qui a pour but d’étudier l’origine, la nature, la structure et l’évolution de l’univers, mais également sur l’histoire, la géographie, la philosophie, et la poésie tant, pour les savants de cette époque, universalistes, des connections évidentes s’effectuent encore  entre toutes ces disciplines. 

Mais revenons à cette notion d’algorithme.

Un algorithme est donc  une sorte de panacée apte, sinon à trouver  un remède à tous les maux, à résoudre d’une manière générale une quantité importante de problèmes donnés. Comprenez qu’il faille les préciser, c’est à dire les couper en instances, de la même manière qu’on couperait les cheveux en quatre.

C’est que pour résoudre un problème nous avons pris l’habitude de le découper. Ici ce qui m’importe ce n’est pas le problème mais le mot « résoudre » qui possède le triple sens de décider ( je me résous à résumer mon propos ) mais aussi » décomposer » dans le sens de faire passer un corps d’un état à un autre. Et enfin « trouver » la solution à un problème.

Comme Picasso par exemple qui  pour résoudre le problème du sujet se mit à le trouver dans la ligne plutôt qu’à le chercher dans les méandres de son esprit.

 C’est la version « mystique » en quelque sorte, tout droit issue du monde Soufiste et en ce sens je reviens un peu à l’origine de mon propos de départ, cette relation secrète entre l’ algorithme et l’un de mes poètes préféré: 
Omar Khayyâm. qui vécu dans le milieu de la période Abasside ( 1048-1131).

A cette époque l’Afghanistan s’appelle  encore le Khorassan et Omar passe une partie de son enfance à Bahli puis s’établit à Nishapur.  Entre temps on le retrouve à Ispahan pour organiser la réforme  du  calendrier solaire durant 5 années durant lesquelles il s’occupera d’observations astronomiques en même temps que d’élaborer son oeuvre poétique et fréquenter les tavernes.

Comme il risque la disgrâce après la mort du sultan Mālikshāh pour être allé un peu loin avec ses poèmes, il alla faire un tour à la Mecque et tout rentrera dans l’ordre pour mon plus grand bonheur car ainsi il continuera à écrire ses quatrains et moi de les lire comme des mantra.

Le nom de Khayyâm indique que probablement son père était fabriquant de tentes. Mais sous une autre lecture, selon un système ésotérique que l’on appelle le systeme abjad, Kayyâm deviendrait al-Ghaqi : « le dissipateur de biens. »expression qui dans la terminologie soufie est attribuée à « celui qui distribue ou ignore les biens du monde constituant un fardeau dans le voyage qu’il entreprend sur le sentier soufi » .d’après Omar Ali-Shah.

« Khayyam, qui cousait les tentes de l’intelligence,
Dans une forge de souffrances tomba, subitement brûla ;
Des ciseaux coupèrent les attaches de la tente de sa vie ;
Le brocanteur de destins le mit en vente contre du vent »

(Omar Khayyam (trad. Armand Robin), Rubayat, Poésie/Gallimard)

La difficulté du traitement de l’information en tant que problème, instance c’est sa susceptibilité face à la croissance ou l’inflation , c’est à dire comment interagir de façon élastique, souple dans une forme donnée lorsque celle-ci subit la pression ou la dépression de ce qui la constitue .

Quel est le filtre ou le critère majeur qui perpétuera son écologie en le faisant croître sans l’exploser ..?

Ce qu’il convient de comprendre c’est qu’il faut un filtre. Peu importe lequel. Ce dernier est un ensemble de variables à ajuster selon le client qui paie dans le monde de l’avoir . 

Dans le monde de l’art ce filtre, il se pourrait que ce fut longtemps  la beauté, pour des raisons de volumétrie ( la plus-value est plus longue à obtenir et inclut le paramètre de postérité) .

Quant au monde de l’Etre  si  l’on cherche la plus haute  qualité mieux vaut aller au simple et ne conserver qu’un   filtre de justesse.

« Au printemps, je vais quelques fois m’asseoir à la lisière d’un champ fleuri.
Lorsqu’une belle jeune fille m’apporte une coupe de vin, je ne pense guère à mon salut.
Si j’avais cette préoccupation, je vaudrais moins qu’un chien. »

Omar Kayyâm